Les cultures vivrières à l’épreuve de la Covid-19 dans le département de Ferkessédougou au nord de la Côte d’Ivoire.

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N’golo Brahima SORO

Institut Pédagogique National de l’Enseignement Technique et Professionnel Abidjan, Côte d’Ivoire.
sorongolobrahima@gmail.com

Résumé :

Résumé

La contribution des cultures vivrières est incontournable dans le développement socio-économique du département de Ferkessédougou. C’est pour cette raison la population de cette zone, dans sa majorité a adopté ces cultures dont les productions sont de plus en plus importantes. A l’avènement de la Covid-19 la production vivrière a été impacté comme d’autres activités. Elle a subi des revers qui ont entraîné des torts au secteur vivrier. L’étude a donc pour objet de présenter les répercussions de la Covid-19 malgré les mesures prises par le gouvernement pour endiguer sa propagation. Pour l’acquisition des données, une recherche documentaire a été faite. Elle a été suivie d’une enquête de terrain à travers des entretiens auprès des services du ministère de l’agriculture et de la santé. À cela, s’ajoute un questionnaire adressé à 142 producteurs dans 6 localités du département de Ferkessédougou. L’étude a montré que l’exécution des mesures barrières mise en œuvre pour freiner la Covid-19 a impacté négativement les facteurs de production (accès difficile à la main-d’œuvre et aux intrants) et la commercialisation des vivriers. Cela a entraîné une baisse de la production alimentaire, une interruption de la chaîne de distribution et une baisse des revenus des producteurs.

Mots clés : pandémie, Covid-19, agriculture, vivriers, production, commercialisation, revenus.

Abstract

Abstract

The contribution of food crops is essential to the socio-economic development of the Ferkessédougou department. This is why the majority of the population of this area has adopted these crops, the production of which is increasingly important. With the advent of Covid-19, food production was impacted like other activities. It has suffered setbacks which have caused harm to the food sector. The study therefore aims to present the repercussions of Covid-19 despite the measures taken by the government to stem its spread. For data acquisition, a documentary search was carried out. It was followed by a field investigation through interviews with the services of the Ministry of Agriculture and Health. Added to this is a questionnaire sent to 142 producers in 6 localities in the Ferkessédougou department. The study showed that the execution of barrier measures implemented to curb Covid- 19 had a negative impact on production factors (difficult access to labor and inputs) and the marketing of food crops. This has led to a drop in food production, an interruption in the distribution chain and a drop in producers’ income.

Keywords : pandemic, Covid-19, agriculture, food crops, production, income.

Les cultures vivrières à l’épreuve de la Covid-19 dans le département de Ferkessédougou au nord de la Côte d’Ivoire.

N’golo Brahima SORO

Institut Pédagogique National de l’Enseignement Technique et Professionnel Abidjan, Côte d’Ivoire.

sorongolobrahima@gmail.com

Résumé

La contribution des cultures vivrières est incontournable dans le développement socio-économique du département de Ferkessédougou. C’est pour cette raison la population de cette zone, dans sa majorité a adopté ces cultures dont les productions sont de plus en plus importantes. A l’avènement de la Covid-19 la production vivrière a été impacté comme d’autres activités. Elle a subi des revers qui ont entraîné des torts au secteur vivrier. L’étude a donc pour objet de présenter les répercussions de la Covid-19 malgré les mesures prises par le gouvernement pour endiguer sa propagation. Pour l’acquisition des données, une recherche documentaire a été faite. Elle a été suivie d’une enquête de terrain à travers des entretiens auprès des services du ministère de l’agriculture et de la santé. À cela, s’ajoute un questionnaire adressé à 142 producteurs dans 6 localités du département de Ferkessédougou. L’étude a montré que l’exécution des mesures barrières mise en œuvre pour freiner la Covid-19 a impacté négativement les facteurs de production (accès difficile à la main-d’œuvre et aux intrants) et la commercialisation des vivriers. Cela a entraîné une baisse de la production alimentaire, une interruption de la chaîne de distribution et une baisse des revenus des producteurs.

Mots clés : pandémie, Covid-19, agriculture, vivriers, production, commercialisation, revenus.

Abstract

The contribution of food crops is essential to the socio-economic development of the Ferkessédougou department. This is why the majority of the population of this area has adopted these crops, the production of which is increasingly important. With the advent of Covid-19, food production was impacted like other activities. It has suffered setbacks which have caused harm to the food sector. The study therefore aims to present the repercussions of Covid-19 despite the measures taken by the government to stem its spread. For data acquisition, a documentary search was carried out. It was followed by a field investigation through interviews with the services of the Ministry of Agriculture and Health. Added to this is a questionnaire sent to 142 producers in 6 localities in the Ferkessédougou department. The study showed that the execution of barrier measures implemented to curb Covid- 19 had a negative impact on production factors (difficult access to labor and inputs) and the marketing of food crops. This has led to a drop in food production, an interruption in the distribution chain and a drop in producers’ income.

Keywords : pandemic, Covid-19, agriculture, food crops, production, income.

Introduction

En Côte d’Ivoire le secteur agricole représente 22% du PIB, les 2/3 des emplois directs et indirects et 60% des recettes d’exportation (MINADER, 2022, p.18). Parmi les différentes cultures que constituent ce secteur, celles des vivriers occupent une place importante dans le développement socio-économique. Elles sont essentiellement orientées vers la consommation locale. D’où son appellation de cultures d’autosubsistance. Cette réalité est identique à la plupart des Etats africains (S. Coulibaly, 1987, p. 29) en général et à la Côte d’Ivoire en particulier (I. Ndabalishye, 1995, p. 204).

Dans le département de Ferkessédougou, l’activité principale de la population est l’agriculture. Celle-ci est basée sur les cultures vivrières notamment le riz, l’igname, le maïs, l’arachide, le mil, le sorgho et le fonio (MINADER, 2019, p. 15-16). Même si la production vivrière est rarement excédentaire dans toutes les régions, il est important de noter que selon les statistiques

collectées par les services du ministère de l’agriculture, cette région a connu une augmentation du volume de la production du vivrier de 9,6% de 2017 à 2018 (MINADER, 2019, p. 36).

C’est dans ce contexte que survient la pandémie du covid-19 en janvier 2020. Cette maladie a non seulement isolé les hommes, les familles mais aussi les villages, les villes et les Etats. Les conséquences se sont faites ressentir dans le milieu urbain et le milieu rural notamment dans le domaine de l’agriculture. Dans la première année de la crise de la COVID-19, le PIB par habitant a diminué de 2,1% en moyenne dans les pays de l’Afrique subsaharienne (OMC, 2021, p.11-18). Les indicateurs de la sécurité alimentaire se sont dégradés également (FAO, 2021, p. 16). Dans le secteur agricole les difficultés rencontrées par les cultures vivrières ont augmenté entraînant parfois une baisse de rendement et de production (MINADER, 2021, p. 28).

Ces différents constats suscitent une préoccupation principale qui est de savoir : quelles sont les conséquences de la pandémie du COVID-19 sur les cultures vivrières dans le département de Ferkessédougou au nord de la Côte d’Ivoire ?

Cette étude vise à mesurer les répercussions de la COVID-19 sur les cultures vivrières dans le département de Ferkessédougou.

  1. La présentation de la zone d’étude et méthode de travail
    1. La présentation de la zone d’étude

Le département de Ferkessédougou est situé au nord de la Côte d’Ivoire. C’est une circonscription administrative et une collectivité territoriale. Elle regroupe les sous-préfectures de Ferkessédougou, Koumbala et de Togoniéré. Il est limité au sud par la région du Hambol, à l’est par la sous-préfecture de Sikolo, au nord on a le Burkina Fasso, le département de Ouangolodougou et de Diawara. A l’ouest on a la région du Poro. Elle couvre 17 728km2 et a une population de 603 084 habitants (RGPH, 2021, p. 6-7).

Il existe plusieurs activités économiques dans le département de Ferkessédougou. On note la présence de l’unité de traitement de coton (SECO) et de la canne à sucre (SUCAF). Il y a aussi de petites unités de décorticage de noix de cajou et de traitement de karité. Les populations rurales s’adonnent, pour l’essentiel, à l’agriculture et /ou à l’élevage. Elles pratiquent non seulement les cultures annuelles de rente en particulier le coton, l’anacarde, le tabac, le soja et certaines cultures maraîchères mais également et surtout les cultures vivrières.

  1. Les méthodes de collecte et de traitement des données

L’étude s’est déroulée en quatre étapes imbriquées et itératives comprenant la recherche bibliographique, la collecte des données primaires en 2020 sur une durée de 45 jours, la codification et l’analyse des données.

La réalisation de cette étude s’est appuyée sur les données de l’Office d’Aide à la Commercialisation des Produits Vivriers (OCPV), du Ministère de l’Agriculture et du Développement Rural (MINADER), du Programme National pour le développement de la Riziculture (PNR), de l’Agence Nationale d’Appui au Développement Rural (ANADER) et du Plan National d’Investissement Agricole (PNIA).

La collecte des données primaires a été possible grâce à une enquête sur le terrain qui a eu lieu pendant la période de l’allègement des mesures barrières instituées par le Conseil National de Sécurité (CNS) afin de freiner la propagation de la COVID-19. Elle a eu lieu tout le mois de novembre et les deux premières semaines du mois de décembre 2020. Un guide d’entretien et un questionnaire ont été administrés aux enquêtés. Le contenu des questions posées est lié à leur activité agricole, au niveau de leur information sur la Covid-19, aux difficultés rencontrées avant et après la Covid-19 dans la production et la commercialisation des vivriers, aux répercussions de la pandémie sur leurs revenus. Le guide d’entretien et le questionnaire ont été adressés à certains responsables de structures agricoles de vivriers et des cultivateurs chefs de ménage en particulier les producteurs de vivriers afin d’obtenir les informations exactes des effets de la pandémie sur la main-d’œuvre, l’acquisition et le coût des intrants, les superficies cultivées, les productions enregistrées, le niveau et la fréquence d’encadrement, de formation et d’information des producteurs. L’échantillonnage s’est fait à trois niveaux : d’abord les sous- préfectures (secteur communal et secteur non-communal), ensuite les villages et enfin les producteurs de vivriers. La prise en compte des critères socio-démographiques, de l’équilibre spatial et biogéographiques a permis d’enquêter sur les trois (03) principales sous-préfectures à savoir Ferkessedougou, Kombala, Togoniéré; six (06) villages Fangakaha, Tiépké, Kiniékaha, Sambakaha, Kalakala, Togoniéré et 142 producteurs de vivriers chefs de ménage. Le tableau 1 indique le nombre de villages et producteurs enquêtés par sous-préfecture et par village retenus. Dans chaque sous-préfecture il a été retenu les deux villages qui réalisent les plus grandes productions vivrières. Le nombre et le type de producteurs retenus sont fonction du nombre total de producteurs dans chaque village. Ont été retenus les meilleurs producteurs de chaque village.

Tableau 1 : Sous-préfectures, villages et nombre de ménages enquêtés.

Source : RGPH 2021 et nos enquêtes 2020

La figure 1 présente la localisation des villages enquêtés dans le département de Ferkessédougou.

Une image contenant texte, carte, diagramme, atlas

Description générée automatiquement

Figure1 : Localisation des villages enquêtés dans le département de Ferkessédougou.

Le traitement des données a permis d’organiser le travail comme suit :

  1. Résultats de l’étude

La pandémie de la Covid-19 a débuté en janvier 2020. Elle a favorisé une crise sanitaire dans le monde entier. La Côte d’Ivoire a enregistré ses premiers cas en mars 20220 a pris des mesures barrières pour freiner la pandémie. Ces mesures concernent entre autres :

  • -La fermeture des frontières terrestres, maritimes et aériennes à tout trafic de personnes ;
  • -La régulation des transports interurbains, intercommunaux, intra-communaux et l’interdiction des déplacements non autorisés entre Abidjan et l’intérieur du pays ;
  • -La fermeture des lieux de commerce, de restauration de loisirs ;
  • -L’instauration du couvre-feu et l’interdiction de rassemblements de populations de plus de 30 personnes… (Chambres d’Agriculture C.I, 2020, p. 6)

L’exécution de ces mesures a entraîné des répercutions certaines dans tous les secteurs d’activité de l’économie ivoirienne en général et du secteur agricole en particulier.

L’objectif de cette étude est de mesurer l’ampleur de l’impact de la Covid-19 et de la mise en œuvre des mesures barrières liées à celle-ci sur les cultures vivrières dans le Département de Ferkessédougou.

  1. Au niveau des facteurs de production et de la production
    1. Une main-d’œuvre de plus en plus rare.

La main-d’œuvre est impérative dans la réalisation des tâches agricoles surtout pendant les périodes de goulot d’étranglement. Le tableau 2 met en évidence l’accessibilité des paysans à celle-ci.

Tableau 2 : Répartition des producteurs selon leur accès à la main-d’œuvre

Source : Nos enquêtes, novembre-décembre 2020

Ici, seulement 29% des 142 producteurs enquêtés ont pu satisfaire leurs besoins en celle-ci. 40% de ceux-ci n’ont pas reçu une main-œuvre satisfaisante et 31% de ces paysans n’en n’ont pas obtenu. L’insatisfaction des producteurs à ce niveau se justifie par l’application des mesures de lutte contre la Covid-19 qui sont l’interdiction de rassemblement de plus de 30 personnes, le

respect de la distanciation… Nonobstant le manque de respect de ces mesures à certains lieux et par certaines personnes dans la zone d’étude, elles ont tout de même influencé négativement certains éléments qui concourent à la production des vivriers. Certes il existait des difficultés de main-d’œuvre dans l’aire d’étude avant l’apparition de la pandémie ; cependant celles-ci n’étaient pas à grande échelle. Cette maladie a exacerbé les obstacles relatifs à la disponibilité de la main-d’œuvre au point où les producteurs sont passés du stade de l’insuffisance de la main-d’œuvre au stade de l’absence de celle-ci. En plus des difficultés relatives à l’accès de la main-d’œuvre, on a aussi la suspension de l’encadrement, de la formation et de l’information. Depuis le déclenchement de la crise sanitaire et de la mise en œuvre des mesures barrières, on assiste à la suspension de toutes les activités d’encadrement et de formation de paysans. La quasi-totalité des producteurs enquêtés n’a reçu aucun encadrement ni formation depuis 2020 d’où une paralysie totale de ces activités. En outre de ces deux difficultés, il existe une indisponibilité des intrants.

  1. Des intrants très coûteux

Parmi les facteurs de production des cultures vivrières, les intrants occupent une place très importante. Ils influencent significativement les récoltes. Lorsqu’ils sont suffisants et bien utilisés les récoltes aboutissent aux résultats escomptés. En revanche, leur insuffisance, leur manque ou leur mauvais usage entraîne des rendements très faibles. Avant l’apparition de la Covid-19, la filière vivrière était confrontée à des problèmes d’intrants (ANADER, 2020, p.17). En effet, dans la zone d’étude, certains producteurs de vivriers achètent les intrants sur les marchés locaux et d’autres utilisent les intrants perçus qui leur ont octroyé sous-forme de crédit par les sociétés cotonnières pour accroitre leur production vivrière (SECO-COIC, 2017, p. 12). Le groupement des producteurs par coopérative et la subvention des intrants grâce à l’action conjuguée de l’Etat et de certaines institutions tel que la Banque Islamique de Développement (BID), les difficultés d’intrants ont commencé à connaitre un début de solution (MINADER, 2018, p.23). C’est dans ce contexte qu’a débuté la pandémie qui a eu un impact sur la disponibilité et le coût des intrants. Le tableau 3 donne un aperçu sur les coûts des intrants avant et après 2020 (année où les répercussions de la covid-19 se sont plus fait sentir). En effet, la mise en œuvre de certaines mesures barrières pour éviter la propagation de la pandémie sont à l’origine du coût élevé, de l’insuffisance ou du manque d’intrants dans certaines localités. Il s’agit principalement de la fermeture des frontières et de la mise en quarantaine du grand Abidjan puisqu’une importante quantité des intrants provient d’Abidjan et de l’extérieur de la Côte d’Ivoire. Ces mesures ont favorisé des difficultés de disponibilité et d’accès aux intrants, herbicides et insecticides du fait de leur coût élevé comme on peut le constater dans le tableau 3.

Tableau 3 : Coûts (FCFA) des intrants avant et après le déclenchement de la Covid-19

Campagnes cotonnières2018-20192019-20202020-20212021-2022
Sac Urée (50kg)13 40013 3503175031 000
Sac NPK (50kg)14 40014 45025 00025 000
Herbicide3 0002 5005 0005 000
Insecticides3 0003 0005 0005 000

Source : SECO, 2018-2019-2020-2021-2022

Dans ce tableau les intrants (Urée et NPK), insecticides et herbicides ont un coût élevé surtout à partir de l’apparition et de la mise en œuvre des mesures barrières (2020) de la Covid-19. Dans l’ensemble, les prix de ces différents produits connaissent une nette hausse après 2020. Le prix du sac de 50kg de l’urée qui est de 13 350FCFA au cours de la campagne 2019-2020 passe à 31 750FCFA au cours de la campagne 2020-2021 et 31 000FCFA en 2021-2022 soit une augmentation de 130%. Le sac du NPK (50kg) passe de 14 450FCFA à 25 000FCFA. Ce qui représente une hausse de plus de 100%. Cette même augmentation est perçue au niveau des herbicides et des insecticides. La croissance des coûts des intrants, des herbicides et des insecticides rend ceux-ci difficilement accessibles aux producteurs comme l’indique le tableau 4.

Tableau 4 : Répartition des producteurs de vivriers en fonction de leur accès aux intrants

Source : Nos enquêtes novembre-décembre 2020

Ce tableau montre que dans l’ensemble des localités enquêtées, plus de la moitié des producteurs (51,3%) ont eu difficilement accès aux intrants. Parmi ceux-ci 12% des producteurs n’ont pas eu accès aux intrants. Seulement 47,9% ont reçus suffisamment des intrants. Avant la levée des mesures de protection, plus de la moitié des producteurs n’ont quasiment pas obtenu des intrants. Evidemment, on aboutit non seulement à une inaccessibilité des intrants, des insecticides et des herbicides du fait de leurs prix très hauts mais à une augmentation des facteurs de production et une réduction considérable de la production des vivriers.

  1. Une production vivrière en baisse

L’analyse du tableau 5 ci-dessous indique une nette involution de l’ensemble de toutes les productions vivrières à partir de 2020. La production vivrière qui connaissait une hausse jusqu’en 2019 chute à partir de 2020, du fait de l’effectivité des mesures barrières liées à la lutte

contre la Covid-19. Passant de 15,2 tonnes à 7,4 tonnes soit une baisse de 51,3%. De 2020 à 2021 la production chute à nouveau et atteint 7,2 tonnes soit une régression de 2,7%. De 2019 à 2021 elle est réduite de plus de 54%. Cependant, de 2021 à 2022 (période après la levée des mesures de sécurité), on constate une augmentation notable de cette même production qui atteint 11,7 tonnes soit une augmentation de 38,4%. Cela s’explique d’une part, par les aides et subventions agricoles du gouvernement ivoirien. A cet effet, le gouvernement a mis en place un plan de soutien de près de 300 milliards de Fcfa pour atténuer les impacts de la cvid-19 dans le secteur agricole. En plus, il a été mis en œuvre un appui de 50 milliards pour soutenir le secteur des vivriers afin d’anticiper sur une éventuelle crise alimentaire. Cet appui était sous- forme de kits (dans lequel figuraient les intrants, l’encadrement, les outils agricoles, semences…) distribués aux groupements de producteurs de vivriers. Et d’autre part, de certaines institutions internationales tels que l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO), la Banque Islamique pour le Développement (BID) et le gouvernement de Côte d’Ivoire (A. Coulibaly, 2020, p. 87).

Tableau 5 : Production en tonne des principales cultures vivrières de 2018 à 2022

Source : Nos enquêtes, novembre-décembre 2020

L’analyse des effets de la Covid-19 sur les facteurs de production met en exergue trois principales mesures qui ont fortement entraînées une baisse de la production vivrière. Selon la figure 2, les mesures ayant plus impactées par ordre d’importance sont la distanciation sociale (25%), la fermeture des marchés (20%), l’interdiction de rassemblement (15%), la fermeture des restaurants (3%), la mise en quarantaine de la ville d’Abidjan (3%), le port du masque (1%), le couvre-feu (1%), le lavage des mains (1%) et autres (1%).

Figure 2: Principales mesures ayant impacté négativement la production des vivriers

Les mesures de restriction liées à la Covid-19 ont fortement impacté les principaux facteurs de production notamment la main-d’œuvre et l’approvisionnement en intrant.

Qu’en est-il de la commercialisation de la production des cultures vivrières ?

  1. Une commercialisation et un transport épineux

La commercialisation des spéculations agricoles est la phase la plus importante après celle de la production. Elle permet la distribution et le ravitaillement des vivriers. Cette activité est précédée par le transport des récoltes et la création de marchés. Le transport des vivriers dans le département de Ferkessédougou est confronté le plus souvent à des difficultés de voirie. Ce qui rend complexe l’acheminement des vivriers vers les marchés. Les routes et les pistes qui relient les champs des centres urbains sont dans l’ensemble en mauvais état. Cela empêche les camions et d’autres moyens de transporter les récoltes. Après le transport des vivriers, on a la commercialisation de ceux-ci qui se fait soit sur les marchés villageois ou sur les marchés des centres urbains. A ce niveau, la Covid-19 a favorisé une interruption partielle souvent totale de la chaîne d’approvisionnement des vivriers où interviennent les commerçants (grossistes, demi- grossistes et détaillants). En effet, on a assisté à la suspension des activités intermédiaires qui assurent les liaisons entre les marchés ruraux et les marchés urbains. La figure 3 indique les motifs liés aux mesures ayant impactées la commercialisation des productions vivrières.

Figure 3: Principales mesures ayant impacté la commercialisation des vivriers

Source : Nos enquêtes, novembre-décembre 2020.

La mesure qui a le plus influencé la commercialisation des vivriers est la fermeture des marchés (47%), suivi de la distanciation sociale (30%), l’interdiction de rassemblement (25%), le couvre-feu (15%), la mise en quarantaine de la ville d’Abidjan (12%), fermeture des restaurants (5%), le port du masque (6%), la fermeture des frontières (1%) et le lavage des mains (1%). Nonobstant le non-respect des mesures barrières à 100% dans certaines localités, leur mise en œuvre effective a entraîné de nombreuses conséquences parmi lesquelles nous avons la réduction des revenus des producteurs et aussi des commerçants.

  1. Les revenus des producteurs

De nos jours, les cultures vivrières assurent la subsistance et les revenus aux populations. Initialement prévues à l’alimentation du groupe familial, elles sont de plus en plus destinées à la vente d’où leur appellation de cultures marchandes (J.L.Chaléard, 1995, p. 42-43). La transformation des cultures vivrières en cultures marchandes s’est faite en raison de la croissance accélérée de la demande urbaine. Beaucoup de ventes proviennent des surplus de la production. Deux acteurs principaux de la filière vivrière ont vu leurs revenus chuter du fait de la Covid-19. Il s’agit d’abord des producteurs puis des commerçants des vivriers. En ce qui concerne les producteurs, les sources de revenus sont dépendant certes des facteurs naturels (pluviométrie, sols, insectes …) mais des dépenses liées à la main-d’œuvre, aux intrants, à la qualité et à la qualité de la production. A mesure la main-d’œuvre et les intrants sont suffisants et moins coûteux, la production est importante et est de qualité. Cependant, lorsque ces facteurs font défauts, les rendements chutes et la production est moins importante. Ici, on constate que la Covid-19 a impacté négativement sur la disponibilité de la main-d’œuvre en rendant celle-ci insuffisante voir manquante et l’accès aux intrants en favorisant leur coût élevé et leur insuffisance.

Selon la figure 4, la fermeture des marchés (36,6%) a le plus réduit les revenus des paysans même si dans certaines localités enquêtées l’on a pu constater que certains marchés étaient restés ouverts malgré la mise en œuvre des mesures de fermeture des marchés.

Figure 4: principaux facteurs favorisant la baisse des revenus des producteurs de vivriers

Source : Nos enquêtes, novembre-décembre 2020.

Les difficultés de transport des productions vivrières (19%) viennent en seconde position, troisièmement on a le coût élevé des intrants (14,7%), ensuite vient l’absence de commerçants bord-champs (12,7%), les aléas climatiques (11,26%) et enfin la rareté de la main-d’œuvre (5,6%). En somme, tous les producteurs sont unanimes de la forte réduction de leurs revenus due aux conséquences engendrées par la Covid-19. Certaines solutions sont envisagées pour redynamiser le secteur des vivriers particulièrement dans le département de Ferkessédougou.

  1. Discussion

Les résultats de cette étude mettent en évidence l’impact de la pandémie de la Covid-19 sur les cultures vivrières dans le département de Ferkessédougou au nord de la Côte d’Ivoire. Les principales répercussions de cette crise sanitaire et les mesures barrières mises en œuvre pour la stopper et l’éradiquer se situent d’une part au niveau des facteurs de production que sont l’indisponibilité de la main-d’œuvre, la suspension des séances de formation et d’encadrement des producteurs de vivriers, l’augmentation excessive des prix des intrants. D’autre part elles concernent la commercialisation des vivriers et des revenus qui en découlent. Sur la première question, il faut retenir que la pandémie a exacerbé un problème qui existait déjà dans la zone d’étude. Les mesures barrières ont favorisé une indisponibilité de la main-d’œuvre. Les différents groupes d’entraide et de solidarité mis en place par les villages enquêtés sont restés inactifs pendant toute la période de la crise. SECO (2020, p.20) partage cet avis lorsqu’elle affirme que les mesures barrières de la crise ont entraîné une raréfaction de la main-d’œuvre dans le bassin cotonnier du département de Ferkessédougou. Par ailleurs, les ateliers, les séances de formation et d’encadrement ont été suspendu. ANADER (2020, p.11) abonde dans le même sens en soutenant que dans le but de se conformer à l’application des mesures barrières,

la majorité des structures (ANADER, ARK, BFCD) chargées de l’encadrement et de la formation des paysans ont suspendu toutes leurs activités durant cette période. En ce qui concerne les intrants, les coûts étaient un peu élevés mais stables. La Covid-19 a provoqué l’augmentation des prix de ceux-ci les faisant passer du simple au double ou triple. C’est le cas du sac de l’UREE (50 kg) dont le prix avant la pandémie qui était de 13 350 Fcfa est passé à 31 750 Fcfa soit environ trois fois plus coûteux que la période d’avant la crise. L’OMC (2020, p.11) est en phase avec cet aspect de cette étude. Dans un rapport rendu public en 2020, soutien que le coût des intrants et de la logistique en rapport avec la production agricole a très fortement augmenté en raison de la pandémie. Pour cette organisation, l’augmentation des prix des intrants est due à la fermeture des frontières étatiques et de certaines usines de fabrication des intrants réduisant significativement l’offre face à une demande de plus en plus forte. Cette augmentation du coût des intrants a été constaté par la CNACI et la FAO (2020, p. 27) qui dans une analyse des impacts de la Covid-19 sur les organisations professionnelles agricoles en Côte d’Ivoire ont conclu que cette crise a provoqué d’énormes difficultés d’approvisionnement des producteurs en intrants et de fournitures des activités d’appui-conseils des producteurs du fait de l’isolement du district d’Abidjan. La commercialisation des vivriers et les revenus tirés de celle-ci ont été impacté par la crise sanitaire. La fermeture des marché, la distanciation sociale ont le plus contribué à réduire les gains de producteurs. Cela a été accentué par une production vivrière réduite entrainant l’augmentation du prix des denrées alimentaires. La CNACI et la FAO (2020, p.27) soutiennent une fois de plus qu’au niveau local, les obligations imposées par les décisions du Conseil National de Sécurité justifient la baisse de la vente des produits. ¨Pour eux, les marchés ont été perturbé par la limitation des heures d’ouverture des marchés et de l’alternance des vendeurs sur les marchés ce qui a influencé la commercialisation des vivriers et réduit les revenus qui en découlent. En outre les résultats de cette étude sont en conformités avec ceux du FMI (2020, p.79). Selon cette institution, les mesures prises pour freiner la propagation du virus et endiguer la maladie ont réduit les revenus des producteurs agricoles et impacté le niveau de l’activité économique. Elle ajoute que cette activité devrait connaitre un recul de 1,6% en 2020, en Afrique sub-saharienne. A. Gbohou (2020, p.79) confirme ces différents résultats en soulignant que la crise sanitaire du nouveau coronavirus s’est muée en crise économique voire agricole.

La crise sanitaire a certes causé des préjudices aux cultures vivrières dans le département de Ferkessédougou mais elle a permis l’octroi de nombreuses aides matérielles et financières aux producteurs de vivriers. Ce qui a redynamisé les cultures vivrières et permis un début de développement de celles-ci. Parmi les structures donatrices, on peut citer le FDFP (2020, p. 80) qui a apporté une aide de 130 millions de Fcfa dont 30 millions pour le secteur vivrier ; L’Etat de Côte d’Ivoire à travers le ministère de l’économie et des finances a mis en place un fonds de soutien de 300 milliards dont 120 milliards financés sur le budget de l’Etat. 50 milliards sont destinés à la production vivrière. En outre, les actions de certaines structures agricoles ont permis de freiner les répercussions de la crise sur les cultures vivrières. C’est le cas de la mise en œuvre du Programme d’Urgence du secteur agricole (PURGA) qui a évité une désorganisation majeure en matière de production et de distribution agricole à la Côte d’Ivoire (ANADER, 2020, p. 2). Selon le Directeur Général de cette structure, ce programme a permis l’acquisition et la distribution d’importantes quantités de produits phytosanitaires, de semences et de matériels agricoles pour les denrées de grande consommation. Il poursuit en affirmant que les aliments produits ont effectivement favorisé le maintien des ménages de producteurs en situation de sécurité alimentaire satisfaisante sans occulter la mise en marché de surplus de production qui a amélioré le revenu des concernés.

Conclusion

Les cultures vivrières dans le département de Ferkessédougou sont d’une utilité indéniable et incontournable. L’apparition de la Covid-19 en 2020 a été très éprouvante pour les populations de ce département car cette pandémie a entraîné de nombreuses difficultés dans la filière vivrière. Ces difficultés sont liées aux facteurs de production et de la commercialisation des vivriers. En effet, pour freiner, la Covid-19, le gouvernement a initié des mesures barrières. L’application de ces mesures sur le terrain a entrainé de nombreux inconvénients notamment l’insuffisance de la main-d’œuvre, la cherté des intrants et la suspension des circuits de commercialisation des produits vivriers. Dès lors, on assiste à la réduction des récoltes vivrières et à leur difficile commercialisation faisant obstacle non seulement à l’autosuffisance en vivriers mais aussi réduit fortement les revenus des producteurs de vivriers d’où l’insécurité alimentaire des ménages. La mise en œuvre des solutions apportées à partir de cette étude permettra non seulement de redynamiser le secteur vivrier à travers une augmentation des surfaces cultivées, de l’accroissement des productions vivrières mais surtout de renforcer la capacité des autorités, des producteurs agricoles à surmonter les chocs dans le département de Ferkessédougou. Il faut agir vite car la Covid-19 semble ne pas être maîtrisée totalement. Elle peut ressurgir à tout moment.

Références bibliographiques

  • Chambre d’Agriculture de Côte d’Ivoire, Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture, 2020, Analyse des impacts de la Covid-19 sur les organisations professionnelles agricoles en Côte d’Ivoire, 47p.
  • Chaleard Jean Louis, et al, 1995, Temps des villes, temps des vivres : l’essor du vivrier marchand en Côte d’Ivoire, Kartala, Paris, 661p.
  • Chaleard Jean Louis, 2023, Cultures vivrières et cultures commerciales en Afrique occidentale : la fin d’un dualisme, Editions du temps, Nantes (France), 447p.
  • Ndabalishye Ildefonse, 1995, Agriculture vivrière ouest-africaine à travers le cas de la Côte d’Ivoire, IDESSA, Bouaké, 383p.
  • RCI, Ministère de l’Agriculture et du Développement Rural (MINADER), 2017, Le Programme National d’Investissement Agricole de deuxième génération (PNIA II) de Côte d’Ivoire, 18p.
  • RC, Ministère de l’Agriculture et du Développement Rural (MINADER), CIRAD, AFAD, 2020, Etude d’impact socio-économique des effets de la Covid-19 sur les stratégies paysannes et l’adaptation des filières agricoles et alimentaires au Cameroun, 118p.
  • RCI, Cabinet du Premier Ministre, 2020, Covid-19 analyse des mesures du plan de soutien économique, social et humanitaire dans le secteur de l’agriculture : Rapport du comité restreint 15 avril 2020, 37p.
  • OMC (Organisation Mondiale du Commerce), 2021, Les répercussions de la pandémie de Covid-19 sur le secteur du coton et les chaînes de valeur connexes : La situation dans les pays du C-4 et les autres PMA producteurs de coton, Suisse, Genève, Centre William Rappart, 67p.

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