La région du Kabadougou : un environnement aux conditions biophysiques favorables au développement des activités économiques et à l’installation humaine

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Résumé :

Dans le district d’Abidjan, malgré une planification urbaine rigoureuse mise en place depuis l’époque coloniale et la mise en œuvre du Schéma Directeur Urbain du Grand Abidjan (SDUGA) jusqu’en 2030, la présence persistante de 231 lotissements informels dans toute la ville constitue un défi majeur. Face à cette réalité, le Ministère de la Construction, du Logement et de l’Urbanisme (MCLU) s’engage dans une collaboration avec les promoteurs de lotissements, notamment les chefferies villageoises et les groupements d’habitants, pour régulariser ces zones informelles. L’objectif est de cartographier et d’intégrer ces lotissements dans le cadre urbain formel, afin d’améliorer les conditions de vie des habitants et de favoriser un développement urbain durable et inclusif. Ce processus de régularisation représente un défi complexe mais essentiel. Les résultats de cette étude soulignent la nécessité d’une approche concertée pour relever ces défis, en mettant en lumière les opportunités qui résident dans l’intégration de ces zones dans le cadre urbain formel.

Mots clés : Grand Abidjan, lotissements informels, urbanisation, cartographie, régularisation.

Abstract

In the Abidjan district, despite rigorous urban planning established since colonial times and the implementation of the Urban Master Plan for Greater Abidjan (SDUGA) until 2030, the persistent presence of 231 informal settlements throughout the city remains a major challenge. Faced with this reality, the Ministry of Construction, Housing, and Urbanism (MCLU) is collaborating with the developers of these settlements, including village chiefs and community groups, to regularize these informal areas. The objective is to map and integrate these settlements into the formal urban framework, in order to improve living conditions for residents and promote sustainable and inclusive urban development. This regularization process represents a complex yet essential challenge. The findings of this study highlight the need for a concerted approach to address these challenges, while also emphasizing the opportunities that lie in integrating these areas into the formal urban framework.

Keywords : Greater Abidjan, informal settlements, urbanization, mapping, regularization.

Introduction

L’aménagement du territoire est l’action volontaire et réfléchie d’une collectivité sur son territoire, soit au niveau local (aménagement rural, urbain, local), soit au niveau régional (grands aménagement régionaux, irrigations), soit au niveau national

(aménagement du territoire) ». C’est aussi le « résultat de cette action » (R. Brunet et R. Ferras,1995, p.29). C’est donc est une politique qui vise à rationaliser le territoire. Elle est appliquée à un espace dans un souci d’efficacité économique et d’équilibre géographique. A cet effet, l’aménagement se base sur les ressources d’un territoire pour le conduire au développement. C’est l’action de restructurer un espace donné en exploitant les atouts et en limitant les contraintes et les gaspillages par une utilisation rationnelle de l’espace et des ressources, afin d’assurer le bien-être du groupe social et l’équité territoriale (A. Belhedi, 1978, p.45). Par conséquent, la connaissance du cadre naturel s’avère très importante, puisque l’espace constitue le point de départ de tout développement. Parallèlement, le Kabadougou est une région disposant de diverses caractéristiques physiques grâce à sa situation en zone savanicole intertropicale. Cette position géographique est favorable d’une part à l’implantation humaine et d’autre part au développement des activités économiques. C’est donc une région qui dispose des ressources dont la mise en valeur est susceptible d’améliorer son développement. Mais, la région ne semble pas tirer profit de cette situation géographique. D’où le problème de la méconnaissance de la contribution des facteurs naturels au développement dans la région du Kabadougou. Ce qui suscite la question de recherche suivante : quels sont les potentialités naturelles de développement de la région du Kabadougou ?  Répondre à cette question, revient à mettre en exergue les atouts naturels de développement du Kabadougou. Il a donc été question de l’analyse des facteurs climatique, géologique, géomorphologique, pédologique et hydrographique du Kabadougou. L’on est passé outre en analysant le cadre biologique.

1.     Matériels et méthodes

1.1. Présentation de la zone d’étude

La région du Kabadougou est l’une des 31 régionsadministratives et collectivités territoriales de la Côte d’Ivoire. Elle est située au Nord-ouest du pays entre les longitudes 8°17 et 6°75 W et les latitudes 8°5 et 9°97 (Conseil Régional du Kabadougou, 2016, p. 11). Cette région est composée de cinq départements à savoir Odienné, Séguélon, Madinani, Gbéléban et Samatiguila (Carte 1) sur une superficie de 14 000 km². 

Carte 1 : Localisation de la région du Kabadougou en Côte d’Ivoire

  Source : INS, 2014                                                                                     Réalisation : SYLLA M., Mai 2021

La région du Kabadougou dispose d’un relief et d’un climat favorables au développement des activités agricoles. En effet, le Kabadougou est dominé par un relief de plateaux avec la présence de massifs montagneux. C’est une région, qui appartient au domaine du climat tropical de transition, également appelé climat soudanien.

1.2.       Méthode de collecte et de traitement des données  

Les données utilisées pour écrire cet article sont essentiellement des données socioéconomiques et environnementales obtenues en partie dans les monographies sur la région, des rapports annuels d’activités de certaines directions régionales et le plan stratégique de développement du conseil régional du Kabadougou. Ces données ont été obtenus à partir de la recherche documentaire et des enquêtes de terrain, précisément l’observation directe et des entretiens. La recherche documentaire a conduit à consulter les monographies des 5 circonscriptions administratives de la région, du plan stratégique de développement du conseil régional du Kabadougou et les rapports annuels de certaines Directions Régionales comme celles de l’Agriculture et du Développement Rural et du plan et du développement. 

En ce qui concerne les entretiens, ils ont été réalisés à travers des guides d’entretiens soumis aux directions régionales des Mines et de la Géologie, de l’INS, des Eaux et Forêts et la SODEFOR local ainsi qu’aux deux directions prémentionnées. Cette méthodologie a permis de passer en revue les ressources naturelles de la région du Kabadougou. 

Le traitement des données collectées s’est fait de façon manuel et informatique. Le traitement manuel a consisté au dépouillement manuel des guides d’entretiens et autres documents reçus lors des entretiens. Quant au traitement informatique, il a servi aux traitements cartographiques et statistiques. À cet égard, nous avons eu recours aux logiciels QGIS 2.01 et Microsoft Excel 2016.

2.     Résultats

2.1. Les facteurs biophysiques de la région du Kabadougou

             2.1.1.     Un relief peu contraignant et régulateur de climat

L’on distingue dans le Kabadougou, plusieurs types de relief selon leur morphologie. Ces reliefs peuvent être qualifiés en fonction des altitudes, des types de plateaux, de la nature et du regroupement des éléments de reliefs. À cet égard, les plateaux et glacis constituent l’élément dominant du paysage (Préfecture d’Odienné, 2015, p. 6). Ce relief est favorable à l’installation des hommes et au développement des activités économiques (agriculture, élevage, transport avec l’ouverture de 2158 km de routes.) Il offre également l’extension des zones d’habitation. Le cadre territorial de la région du Kabadougou est donc facilement constructible avec des possibilités d’étalement de la circonscription. 

Ces plateaux présentent de nombreux bas-fonds (allant jusqu’à 14 000 ha, (Direction Régionale de l’Agriculture-Odienné, 2017, p. 15)). Ces bas-fonds sont présents sur toute l’étendue de la zone d’étude (Carte 2). Cette carte représente le nombre de barrages hydroagricoles et de bas-fonds.

Carte 2 : Répartition des barrages hydro-agricoles et des bas-fonds du Kabadougou par sous-préfecture

                     Source : INS, 2014, DR. MINADER, 2020     Réalisation : SYLLA M, M 2021

La carte 2 présente le nombre de bas-fonds par sous-préfecture. Les sous-préfectures d’Odienné et de Séguelon abritent le plus grand nombre de bas-fonds (plus de 06 bas-fonds) dans la région. Cependant, 5 sous-préfectures n’en possèdent pas. Ce sont : N’goloblasso, Fengolo, Gbongaha, Samatiguila et Dioulatiédougou (Carte 2). 

 En outre, ces bas-fonds ont permis de mettre en place de nombreux projets dont, le barrage de la SODECI, en 1971 (à Logbanasso), un barrage et d’irriguer une parcelle de culture maraîchère par le projet Fonds Régionaux d’Aménagement Rural (FRAR) en 1996 (à Madinani et Dioulatiédougou). Ces bas-fonds ont également permis la mise en place d’un barrage pastoral dans le cadre du projet Fonds d’Investissement et de l’Aménagement Urbain (FIAU) en 1999.

Par ailleurs, l’on recense aussi, les reliefs isolés comme autre forme élémentaire de relief. Ces reliefs contribuent par l’ampleur de leur développement vertical, à donner un aspect montagnard à la région, malgré l’espace assez limité qu’ils occupent. La présence de ce relief élevé entraine la formation d’un microclimat propre à la région. Son importance dans le développement du Kabadougou, est qu’il régule le climat. Ce qui favorise naturellement le développement des cultures, de l’élevage et de l’exploitation de carrières. Aussi, constituentils un réel potentiel économique à travers le développement du tourisme. Il ne tient alors qu’aux autorités locales tant municipales que régionales de valoriser ce paysage pour l’activité touristique.  Les autorités locales peuvent donc saisir cette opportunité pour non seulement créer des emplois pour leurs populations, mais également pour attirer des potentiels investisseurs et des entrées de devises.

             2.1.2.      Un climat caractérisé par une importante pluviométrie

La région du Kabadougou s’individualise comme une zone de transition climatique entre les climats équatoriaux du sud et les climats soudaniens plus au nord (ANADER-Odienné, 2014, p. 14).  Comparée à l’ensemble du nord ivoirien le Kabadougou est une région bien arrosée, car les précipitations moyennes annuelles ne descendent qu’exceptionnellement en dessous de 1200m. Selon cette structure, la période de pluies s’étend de mai à octobre avec le pic pluviométrique atteint au cours du mois d’août. Durant ces six mois humides, l’espace d’étude est bien arrosée avec un cumul de 1 221,7 mm avec en moyenne 203,6 mm par mois. Au cours de cette période, les conditions hydriques sont excellentes pour permettre la croissance des plantes. La forte pluviométrie qui s’explique par la proximité de la dorsale guinéenne constitue un atout indéniable pour la région. Avec cette bonne pluviométrie qui contribue indéniablement à la pratique d’activités agropastorales, les populations locales y cultivent le riz pluvial, le maïs, le fonio, l’igname, le manioc, l’arachide pour leurs besoins alimentaires. Quant aux besoins économiques, ils pratiquent l’anacarde, le coton et la mangue qui occupent les grandes surfaces. 

Par ailleurs, l’insolation de la zone d’étude est d’environ 2 500 KW/an (ANADER-Odienné, 2014, p. 15). Les températures oscillent entre 18°C en décembre-janvier et 36 °C en mars-avril. Ce type de climat est favorable à la culture des céréales telles que le riz, maïs, mil.  Le climat est également favorable à quelques cultures de spéculation telles que l’anacarde et le coton. 

             2.1.3.     Une couverture végétale dominée par la savane arborée 

La végétation dans le Kabadougou se présente comme une association de forêts claires et de savanes surtout dans le Département de Madinani. Naturellement, la savane arborée contribue à la présence d’espèces ligneux à vertu médicinale, favorisant et facilitant l’élevage et permet des coupes franches. Elle permet de ce fait, des rentrées de devises. La flore dans la région du Kabadougou est diversifiée. Selon la SODEFOR-Odienné (2018), les principales essences forestières qu’on distingue dans toute la région sont la Vittellaria paradoxa (karité), la Parkia Biglobosa (néré). En effet, les divers services écosystémiques (soumbara, beurre de karité) procurent aux populations des devises importantes à partir de la commercialisation des produits de ces arbres. Les populations les utilisent aussi au quotidien pour satisfaire leurs besoins. Ces essences contribuent donc, à l’amélioration des conditions de vie des populations.

L’on rencontre également de nombreuses plantes médicinales dont Daniella oliveri,

Cochlospermum SP, parinarium SP, Cussonia djalonensis, la bauninia réticulata, l’erythrina SP, Hymenocardia acida, l’Uapaca SP, Isoberlinia doka, Lophira alata, Terminalia marcottera. Le Kabadougou constitue de ce fait, une réserve pour la médecine tradi-moderne.

Les collectivités peuvent percevoir des taxes avec l’exploitation rationnelle de cette ressource.

L’on note aussi la présence d’arbres tropicaux à fleurs tels Plumeria (frangipaniers), Swietenia macrophylla (acajou), Ceiba pentandra, Ceiba bombax (kapokier). Il y prospère également des essences prisées telles que le Pterocapus eurinaceus (vêne ou n’gbin en langue locale) dont l’exploitation, bien que strictement interdite, continued’alimenter divers trafics. La région se singularise par des forêts, disposées en galerie et clairsemées le long des dépressions humides. Ces surfaces boisées assurent l’essentiel de l’humus au sol et constituent un écran de verdure contre l’érosion des sols. À cet égard, l’on dénombre 21forêts classées dans la région sur une superficie de plus de 196 630 ha (SODEFOR-Odienné, 2018). Cette couverture forestière est à l’avantage du Kabadougou car, les forêts jouent un rôle primordial dans la préservation des équilibres sociaux et écologiques. Elles rendent des services essentiels en régulant le climat, en favorisant les pluies, en procurant de l’eau potable et constituent un véritable stock de carbone. La régulation du climat et l’influence sur la qualité de l’air est un service universel et sans frontière.

Carte 3 : Répartition des forêts classées dans la région du Kabadougou

Source : INS, 2014, SODEFOR-Odienné, 2019                                         Réalisation : SYLLA Makemissa, 2021

Il se déduit de la carte 2, que le Kabadougou est l’une des régions les plus oxygénées du pays, par la répartition équilibrée de ses forêts classées. Ces réserves forestières classées jouent un rôle déterminant dans le maintien du couvert végétal. En plus de ces forêts classées, le Kabadougou regorge de plusieurs forêts sacrées (Carte 4). 

Carte 4 : Répartition des forêts sacrées dans le Kabadougou par sous-préfecture

                           Source : INS, 2014                                      Réalisation : SYLLA M., Mai 2021

Cette carte 4 présente 38 forêts sacrées dans le Kabadougou, disséminées dans tous les cinq (05) départements de la région. Ces forêts constituent un lieu de sauvegarde de la biodiversité, contrairement aux forêts classées qui sont menacées par l’incursion humaine. Tout comme sa flore, la faune du Kabadougou est marquée par la présence de nombreuses espèces dont : les grands mammifères, les autres mammifères, les oiseaux et les reptiles. Cette faune révèle un potentiel économique pour la région par le biais de l’activité touristique.

Quant au couvert herbacé, il est à peu près de même importance sur toute l’étendue de la région. Ce couvert herbacé est une ressource très importante pour le développement de l’élevage, notamment celui du bovin.  Grace à ces ressources, la région du Kabadougou est devenue une zone très prisée pour les éleveurs de bovins à cause des pâturages pendant la saison sèche.

2.1.3. Un important réseau hydrographique     

Le réseau hydrographique dans la région du Kabadougou est assez dense. Il est caractérisé par de nombreux cours d’eaux, en crue aux mois d’août-septembre-octobre et en étiage à partir de fin novembre-début décembre.  Le Kabadougou est l’une des régions les plus pourvues en ressources en eau car trois bassins y sont présents. Il s’agit du bassin du cours d’eau Baoulé, important affluent du fleuve Niger, du bassin du fleuve Sassandra qui prend sa source dans le Kabadougou et du bassin versant du fleuve Bandama. Ces trois bassins de coursd’eaux et leurs nombreux affluents irriguent tout le Kabadougou du Nord au Sud pour le Sassandra et le Bandama, et du Sud vers le Nord pour le Baoulé. 

En dehors de ces rivières à régime permanent, il y existe de nombreux marigots à régime irrégulier. Ces cours d’eaux (permanents et intermittents) pourraient constituer un vivier économique important. La présence de nombreux cours d’eaux dans la région ont permis la desserte en eau potable de la majeure partie de la population. Le potentiel cumulé des eaux de ruissellement, souterraines et pluviales est suffisant pour garantir un approvisionnement intégral et satisfaisant des populations du Kabadougou en eau potable et en énergie hydraulique.

2.1.4. Des sols et sous-sols propices au développement des activités économiques

Les sols de la région du Kabadougou sont caractérisés par les sols ferralitiques, ferrugineux et granitiques. Ces sols sont favorables au développement des arbres fruitiers (orangers, citronniers, manguiers, anacardiers) et des céréales (maïs, riz, mil).  Dans les bas des pentes et des bas-fonds, on y trouve des sols hydromorphes qui permettent la pratique des cultures maraîchères et vivrières (riz inondé…). Les sols du Kabadougou permettent le développement de cultures généralement pratiquées dans les zones forestières, comme la cola, le palmier à huile et même l’hévéa et le cacao (Photo 1).

Photo 1 : Une plantation de cacao dans la sous-préfecture de Dioulatiédougou

       Prise de vue : SYLLA Makemissa, 2018

De plus, l’on dénombre plusieurs carrières de sables, de graviers et de graveleux à travers la région. Nous pouvons citer entre autres, les carrières de sable de Massadougou et d’Odiennésienso dans la sous-préfecture d’Odienné, celui de Kahanso dans la sous-préfecture de Bako et celui de Seydougou et Balala dans la sous-préfecture de Seydougou. Les données de la Direction Régionale des Mines et de la Géologie de la région viennent renchérir ce qui précède, avec les productions annuelles de 2019 (Tableau 1).

Tableau 1 : Production minérale du Kabadougou par département

  Produits miniers  Volume  Départements   Ensemble région
OdiennéGbélébanMadinaniSamatiguilaSéguélon
Sableen m35 540001 27506 815
Gravier latéritiqueen m362 183,5308 887,250071 070,78
Granite (gravier concassé)en m3003 031,60003 031,60
Terre   de remblaien m30098 75121 5630120 314

  Source   : Direction Régionale des Mines et de la Géologie-Odienné, 2019

Le Tableau 1 indique une production de 201 231,38 m3 de ressources minérales dans la région au cours de l’année 2019. Ces ressources sont au nombre de quatre. Il s’agit du sable, du gravier latéritique, du granite et de la terre de remblai. Ces carrières facilitent l’approvisionnement de la région en matériaux de construction. Elles constituent aussi des sources d’entrée de devises pour les différents conseils régionaux et municipaux de la région. Pour preuve, le conseil municipal de Seydougou prélève une taxe de 5 000 FCFA par voyage dans ses carrières de sable de Seydougou et Balala. 

 Selon la Direction Régionale de l’Industrie et des Mines de la région, il y a des indices de fer, de manganèse et de bauxite. Mais, la principale ressource minière est l’or qui est disséminé dans presque tous les départements de la région. Mais, la région ne compte actuellement, que trois mines aurifères en activité. Il s’agit des mines d’or sur la route de la montagne Denguélé à Odienné et de celle de Ziévasso dans la sous-préfecture d’Odienné et de la mine d’or de Korondougou dans la sous-préfecture de Bako. Le Conseil Régional du Kabadougou (2016, p.16) déclare d’autres richesses du sous-sol que sont le nickel de Iradougou, le chrome de Dabadougou-Mafele et de Samango, la colombo tantalite de Bogodougou et de Somokro, les indices aurifères de Farala et de Lossogo dans la sous-préfecture de Samango. Les indices de molybdène du Mont Denguelé et les indices aurifères de Ziévasso dans la sous-préfecture d’Odienné. Les potentialités diamantifères de Tora dans la sous-préfecture de Madinani et les indices de manganèse de Zébénin, dans la sous-préfecture de Séguélon sont également déclarés.

2.2.  Les limites de la planification dans l’exploitation des potentialités biophysiques  L’extraction aurifère dont il est question dans le Kabadougou, se fait essentiellement de manière artisanale et illégale. De plus, elle profite uniquement aux propriétaires terriens qui concèdent leurs terres aux personnes exerçant l’activité d’orpaillage. Pourtant, cette richesse minière pourrait être une opportunité d’investissements conséquents dans les domaines de l’exploitation des carrières, des infrastructures de communication (route, téléphone), de la création d’emploi pour les jeunes. La région pourrait bénéficier, en contrepartie, des retours de ces investissements en termes de renforcement des capacités d’épargne locale, de consommation, de productions de plus-values et de promotion humaine. 

Par ailleurs, malgré la mise en œuvre des projets hydro-agricoles, les enquêtes de terrain ont montré une faible exploitation des bas-fonds. En effet, sur une superficie potentielle, estimée à 14 000 hectares de bas-fonds, seuls 379 hectares sont exploités, soit 2,71 % des superficies totales. Ce sont donc, des ressources faiblement exploitées dans le Kabadougou. De plus, bon nombre d’entre eux sont aujourd’hui, dans un état de dégradation avancée pour manque d’entretien.  Pourtant, ces bas-fonds constituent de véritables atouts pour le développement des cultures maraichères. Outre cela, les bas-fonds ayant la particularité de pallier aux changements saisonniers (surtout en saison sèche) et permettant de cultiver des cultures exigeantes en eau en zone de savane, ils permettront de cultiver du riz sur toute l’année. Ces bas-fonds sont donc une bonne alternative aux aléas climatiques. Quant au sous-sol, il est riche en ressources minières. Mais, il est faiblement exploité.

3.     Discussion

3.1.  L’importance de la maîtrise des facteurs biophysiques dans le développement

Les résultats de cette étude révèlent l’importance de la maîtrise des facteurs biophysiques d’un territoire dans la planification du développement de cet espace. Ces résultats concordent avec les travaux de l’Association pour l’Organisation des Missions de Coopération Technique (1966, p. 1) et de P. Usselmann (1987, pp. 96-97).  Pour l’Association pour l’Organisation des Missions de Coopération Technique (1996, p. 1)

    « Le plan de développement intégré du bassin du Wabi Shebelli en Ethiopie doit reposer sur une connaissance aussi complète et exacte que possible du milieu. A cet égard, les principaux éléments physiques visés par l’association dans cette recherche des données de base du développement sont le climat, notamment les facteurs influençant la production agricole ; l’eau dont les ressources superficielles des cours d’eau, les nappes phréatiques et potentiel hydro-électrique ; le sol : support de l’agriculture et le sous-sol : ressources minières ».

Quant à P. Usselmann (1987, pp. 96-97), l’importance du milieu physique en dehors des facteurs économiques et sociaux est prise en compte sous la forme d’inventaires qui doivent permettre de connaitre ses potentialités. Il s’agit de donner l’image, la plus complète du milieu physique avec ses diverses composantes, afin que le planificateur-le politique fasse son choix à partir des meilleures données. A l’instar de ces études, les données collectées mettent en rapport le développement de la région du Kabadougou et les aspects du cadre physique.

Par ailleurs, le milieu physique influe sur la productivité de l’agriculture. Ces résultats concordent avec ceux de J. Trouchaud (1971, p. 2), qui stipulent que 

« les effets favorables ou restrictifs du milieu physique sont d’autant plus ressentis en Côte d’Ivoire que l’agriculture reste comme dans la plupart des pays d’Afrique Tropicale, un secteur essentiel de l’économie. En conséquence, l’on retient que le plein essor de l’activité agricole est conditionné par des conditions naturelles ». 

Ces résultats corroborent l’affirmation-ci : vue que la technologie ne domine pas tout, il est souhaitable de connaître un peu mieux le milieu physique dans lequel se développent les activités humaines et, d’abord celles de la production agricole. (P. Usselmann, 1987, pp. 9596).

3.2.            Les facteurs biophysiques, des ressources à valoriser au profit du développement durable

En outre, à l’instar de cette étude qui présente l’écotourisme, comme un potentiel économique à exploiter pour le développement du Kabadougou, celle de S. Khelifa Bedhioufi et W. Khelifa (2013, p. 5) sur le nord-ouest tunisien, aboutit aux mêmes résultats. 

     En effet, ces auteurs précisent que « l’activité écotouristique devrait générer des revenus qui seront destinés à la fois à la conservation des patrimoines naturel et culturel, ainsi qu’à l’amélioration des revenus et des conditions de vie des populations locales. De ce fait, les attributs naturels de la région deviennent une ressource économique pour l’activité touristique durable (S. Khelifa Bedhioufi et W. Khelifa, 2013, pp.5-6) qui pourrait valoriser l’agriculture traditionnelle pratiquée par les petits agriculteurs qui représentent plus que 70 % des agriculteurs tout en fédérant une large gamme d’activités économiques autour ». C. Chaboud et al. (2003, p.1) s’inscrivent dans cette même logique. 

     Pour ces auteurs, « l’écotourisme est une activité considérée par la plupart des acteurs des politiques de développement comme permettant la conservation et la valorisation de la biodiversité, le développement local et celui du secteur touristique, source de devises et d’emplois. De ce fait, l’écotourisme apparaît comme symbolique de ce qu’on entend par développement durable en associant les dimensions économique, écologique et sociale ». Outre ces aspects, « Le bon niveau d’ensoleillement est un critère important pour le développement de l’urbanisation, en raison des gains de consommation d’énergie qu’il permet » (Y. Hanin et al., 2013, p.18).

3.3.  Prise en compte des restrictions biophysiques dans la planification du développement

 Cependant, il est indiqué de tenir compte des limites que peuvent imposer les facteurs biophysiques dans la planification du développement socio-économique des territoires. A ce propos, les aménagements du domaine agricole doivent être modulés en fonction des caractères du milieu physique, puisque si les modes d’exploitation ne sont pas suffisamment adaptés aux facteurs du milieu, leur durabilité sera faible. Ceci est capital car lutter contre la nature est un combat coûteux, perdu d’avance. Par conséquent, il est plus économe de s’y adapter (R. Bertrand, 1998, p.9). 

A. Pissart et D. Closson (1998, p.29-30) renchérissent en avançant que « bien que l’homme peut, de nos jours s’affranchir de toutes les contraintes du milieu physique du fait du développement de la technique, ses possibilités sont limitées par le capital qu’il peut investir dans de tels travaux. Il faut donc qu’il tienne compte des diverses contraintes physiques dont le poids de chacune est très différent. Ils classifient ces contraintes en quatre catégories à savoir : les contraintes liées aux risques naturels telles que les inondations, tremblements de terre, glissements de terrain, tempêtes… Un bon aménagement du territoire doit veiller à ne pas laisser installer des constructions qui vont entraîner des surcoûts pour la communauté ou lorsque ces constructions seront à l’origine d’une aggravation d’un risque naturel. Il semble par ailleurs qu’un bon aménagement du territoire doit aussi viser à conserver aux terres les plus fertiles leur affectation agricole. Il devra veiller à ne pas dégrader les paysages. Et, enfin, peut-on se demander, si un bon aménagement du territoire ne devrait pas tenir compte de l’intérêt des particuliers en limitant l’implantation des constructions qui nécessitent des surcoûts élevés ? Ou, si un bon aménagement ne devrait limiter les constructions ou imposer des dispositions particulières dans des zones où des nappes affleurent une partie de l’année et où des caves, si elles existent, risquent d’être inondées ? »

3.4.  La question de gestion rationnelle des ressources

Contrairement, aux résultats de cette étude, qui ne se limitent qu’à l’analyse des potentialités naturelles, ceux de J. Tricart (1970, p. 65) et P. Usselmann (1987, p. 99) vont, au-delà, en indiquant que ces ressources doivent être exploitées de façon rationnelle de sorte à préserver l’équilibre écologique. A cet égard, il est question, pour le second auteur cité, 

   « De tenter d’évaluer les modifications que les prélèvements effectués par la mise en valeur agricole font subir à 1’écosystème, afin de déterminer quel est le seuil maximum de prélèvement tolérable sans déprédation irréversible de l’écosystème, étant donné que la production agricole modifie l’écosystème ».

 En ce qui concerne J. Tricart (1970, p. 65), il soutient qu’une utilisation plus rationnelle du milieu physique et écologique est à l’ordre du jour et le restera. Les progrès techniques la rendent même de plus en plus nécessaire. Pour lui, cette utilisation intéresse aussi bien les pays industrialisés que les pays sous-développés. Y. Hanin et al. (2013, p.14), spécifie en avançant qu’un sol maintenu par la végétation naturelle peut devenir instable si on modifie celle-ci. 

Conclusion

Cette étude a permis de recenser les facteurs naturels de développement de la région du

Kabadougou. Il en résulte que cette région dispose d’un environnement naturel très riche de par sa diversité. De prime abord, le relief est dominé par les plateaux avec la présence de massifs montagneux atteignant en moyenne 833m. Ensuite, la région appartient au domaine du climat tropical de transition. Quant à la végétation, elle est celle de la savane arborée, se présentant sous forme d’association de forêts claires et de savanes. Par ailleurs, l’on rencontre dans le sud de la région des forêts difficilement dissociables des forêts denses semi-décidues du centre de la Côte d’Ivoire. La région est fortement drainée par les bassins des cours d’eaux Baoulé, Sassandra et Bandama. Ces trois bassins et leurs nombreux affluents baignent tout le Kabadougou du Nord au Sud et du Sud vers le Nord. Le sol y est une association de sols ferralitiques, ferrugineux et hydromorphes. En outre, l’on compte plusieurs carrières de sables, de graviers et de graveleux à travers la région. Ces sols sont l’effet d’une pluviométrie abondante (pluviométrie moyenne annuelle 1 600mm) et d’une sédimentation particulière. Ils sont favorables à l’arboriculture (anacarde), à la céréaculture (maïs, riz, mil etc.) et au développement des cultures pratiquées dans les zones forestières, comme la cola, le palmier à huile et l’hévéa.

En somme, la qualité du climat, de la végétation, du relief, du sol et du sous-sol de la région du Kabadougou constitue de véritables potentialités pour le développement local. Il ne tient alors qu’aux autorités locales, d’en tirer profit en les exploitant convenablement de sorte à les pérenniser.  

Références bibliographiques

  • Agence National d’Appui au Développement Rural-Odienné, 2014, Monographie de la région du Kabadougou, Odienné, ANADER, p.14-15
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