Dynamique urbaine d’Oyem dans le nord du Gabon (1950-2022)

Résumé :

Dans le district d’Abidjan, malgré une planification urbaine rigoureuse mise en place depuis l’époque coloniale et la mise en œuvre du Schéma Directeur Urbain du Grand Abidjan (SDUGA) jusqu’en 2030, la présence persistante de 231 lotissements informels dans toute la ville constitue un défi majeur. Face à cette réalité, le Ministère de la Construction, du Logement et de l’Urbanisme (MCLU) s’engage dans une collaboration avec les promoteurs de lotissements, notamment les chefferies villageoises et les groupements d’habitants, pour régulariser ces zones informelles. L’objectif est de cartographier et d’intégrer ces lotissements dans le cadre urbain formel, afin d’améliorer les conditions de vie des habitants et de favoriser un développement urbain durable et inclusif. Ce processus de régularisation représente un défi complexe mais essentiel. Les résultats de cette étude soulignent la nécessité d’une approche concertée pour relever ces défis, en mettant en lumière les opportunités qui résident dans l’intégration de ces zones dans le cadre urbain formel.

Mots clés : Grand Abidjan, lotissements informels, urbanisation, cartographie, régularisation.

Abstract

In the Abidjan district, despite rigorous urban planning established since colonial times and the implementation of the Urban Master Plan for Greater Abidjan (SDUGA) until 2030, the persistent presence of 231 informal settlements throughout the city remains a major challenge. Faced with this reality, the Ministry of Construction, Housing, and Urbanism (MCLU) is collaborating with the developers of these settlements, including village chiefs and community groups, to regularize these informal areas. The objective is to map and integrate these settlements into the formal urban framework, in order to improve living conditions for residents and promote sustainable and inclusive urban development. This regularization process represents a complex yet essential challenge. The findings of this study highlight the need for a concerted approach to address these challenges, while also emphasizing the opportunities that lie in integrating these areas into the formal urban framework.

Keywords : Greater Abidjan, informal settlements, urbanization, mapping, regularization.

Introduction

L’urbanisation est le phénomène qui participe à la transformation profonde du continent africain dans ce XXIème siècle. Depuis 1990, le nombre des villes en Afrique a doublé ; passant de 3 300 à 7 600 et caractérisées par une population jeune. Les villes d’Afrique sont celles qui connaissent la croissance la plus rapide au monde avec 4,5% par an (G. RAFAEL et M. JORDANA, 2022, p.4). Cette croissance aura un impact certainement profond sur le paysage économique, social et politique du continent au cours des prochaines décennies.

Les pays d’Afrique subsaharienne sont caractérisés par un réseau urbain déséquilibré (L. WACQUANT, 1993, p.81). En effet, dans cette partie du continent, il existe des villes très importantes, des métropoles dans les différents pays, qui sont souvent des capitales politiques et/ou économiques, dans lesquelles toutes les grandes infrastructures y sont présentes, et il n’existe pas en-dessous de ces dernières, des villes capables de les rivaliser sur le plan économique. Les grandes villes africaines sont généralement situées sur les côtes telles que Libreville, Lomé, Abidjan, etc., représentants ainsi le miroir d’un pays (O. L. MBENG, 2020, p.3). 

Par ailleurs, l’urbanisation en Afrique reste marquée par l’héritage colonial, car les villes ont été créées dans le cadre d’une structure politique, administrative et économique bien particulière. Toutefois, l’observation de la forte urbanisation après les indépendances dans le détail révèle une situation disparate. Pendant que les villes capitales connaissent une croissance dans presque tous les domaines, les villes secondaires semblent régresser ou stagner (J. C. BARBIER, B. DELPECH & F. GIRAUT, 1995, p.18), une stagnation démographique qui s’ajoute à une certaine léthargie des principales activités socio-économiques des villes moyennes.

Depuis l’indépendance, le Gabon en général et Oyem en particulier a subi d’importantes transformations économiques qui se répercutent inévitablement sur la consommation de l’espace et sur le cadre de vie de la population. Il faut préciser que les villes secondaires se situent au deuxième niveau de la hiérarchie urbaine dans un pays. Elles sont le plus souvent abandonnées dans leur agonie au profit des métropoles qui ne cessent de renforcer d’avantage leur supériorité dans tous les domaines. Certaines d’entre elles, vivent dans une autonomie de par leur isolement en subissant les influences des grandes villes. C’est ainsi que la ville d’Oyem au Gabon s’identifie dans cette catégorie, car elle est le chef-lieu de la province du Woleu-Ntem, du département du Woleu et de tout le Nord du pays. Cette ville fondée en 1904, connait aujourd’hui un taux de croissance annuelle de 2,5% depuis les trois dernières décennies selon les données des Recensements Généraux de la Population et de l’Habitat (RGPH, 2003, 2013). Elle enregistre une population estimée à 60 685 habitants en 2013 au dernier RGPH de 2013 pour atteindre aujourd’hui à 92 971 habitants en 2022 (O. L. MBENG, 2022, p.10).

Ainsi, dans l’optique de répondre à l’un des grands défis auxquels sont actuellement confrontés la plupart des États africains, c’est-à-dire celui de la croissance excessive de quelques métropoles, l’on cherche à prendre appui sur les villes secondaires qui sont des territoires qui font face à de nombreux enjeux auxquels il faudrait apporter des solutions efficaces et durables. Aussi bien rendre dynamique l’armature urbaine du pays en permettant aux villes secondaires telle qu’Oyem de jouer pleinement leur rôle de moteur de développement urbain des régions en cohérence avec leur hinterland. 

1.   Matériels et méthodes

1.1.  Présentation du site d’étude

Oyem, est une ville secondaire et chef-lieu de la province du Woleu-Ntem dans le Nord du Gabon. 

Elle est située à 550 km de Libreville. Une ville carrefour considérée comme le grenier du Gabon, Oyem est la quatrième ville du pays en termes de poids démographique après Libreville, Port-

Gentil et Franceville. Elle s’étend sur une superficie de 6 594 ha d’après le Schéma Directeur d’Aménagement et d’Urbanisme (SDAU) de 2020. Cette ville qui est un ancien poste militaire français érigée en commune en 1922, compte aujourd’hui deux arrondissements de 15 quartiers chacun ; il s’agit d’Oyem 1er et d’Oyem 2ème (F. BEFENE BIBANG, 1992). De par ses services, la ville assure deux fonctions aujourd’hui : d’une part la fonction administrative, elle est le chef-lieu de province et chef-lieu du département du Woleu et d’autre part, la fonction économique, car c’est le centre régional de tout le Nord, en plus d’être le grenier du Gabon. Lorsqu’une ville assure de telles fonctions, elle doit être un moteur de développement, un nid d’activités et de services. Ville carrefour et centre régional du Nord du Gabon, Oyem fait face à de nombreux problèmes qu’il conviendrait de solutionner. D’abord spatialement, l’absence prolongée de document de planification sur ce territoire[1] a conduit inévitablement à un étalement incontrôlé occasionnant une occupation des zones à risque tels que la création des quartiers Walala, Peuleton, Adzougou, Valée et Cité apache pour ne citer que ceux-là. Puis, la pression démographique qu’a subie cette ville a favorisé un sous-équipement considérable ne garantissant pas le bien-être des populations dans les quartiers périphériques. C’est ainsi que la tâche urbaine passe de moins de 300 ha avant les indépendances à 2 600 ha en 2022 (O. L. MBENG, 2022, p.11). 

Ensuite, sur le plan environnemental, ce territoire fait face à des enjeux majeurs liés à la dégradation des ressources naturelles et une déforestation massive limitée à 0.1% par an du territoire national (Rapport-Gabon-FAO, 2020, p.17) et aussi une dégradation accrue de l’environnement à travers la prolifération des dépotoirs. La réduction massive des terres agricoles estimée à 0,25% par an, l’exploitation intensive des produits du sol et du sous-sol tels que le sable à 100 000 tonnes et le gravier à 50 000 tonnes par an. Les lacs présents dans la ville font office de décharges, ce qui pollue l’eau qui est une ressource indispensable à tout établissement humain. 

En termes de démographie, Oyem enregistre un taux d’accroissement annuel de sa population à l’ordre de 2,5% de 2003 à nos jours. En effet, cette tendance n’est pas sans rapport avec sa position géographique, qui s’explique par la proximité des frontières du Cameroun et de la Guinée Équatoriale situées respectivement à 100 et à 40 km et de l’influence qu’exerce la ville d’Oyem sur les villes et les villages environnants qui favorisent un exode massif vers ce territoire. 

Du point de vue social, il faut ajouter que la longue absence de document de planification urbaine a rendu la gestion du foncier assez difficile. La vente illicite des terres sans respect d’un plan adapté a conduit à une structuration ne respectant pas les normes urbanistiques en vigueur telle que le découpage de 60% pour les habitations et 40% pour les équipements dans la mise en place d’un lotissement. A cet effet, l’occupation qui en a suivi se caractérise majoritairement par un habitat spontané et insalubre de l’ordre de 45% où les conditions de vie de la population laissent à désirer, caractérisé par une absence d’équipements de proximités et infrastructures de base qui contraint les populations à parcourir de grandes distances. 

Du point de vue économique, malgré son statut de grenier du Gabon, l’économie urbaine d’Oyem fait face à de nombreux problèmes parmi lesquels : le découragement de la population dans les travaux de plantation qui a eu pour conséquence une baisse vertigineuse des quantités de production agricole qui était de 1 920 tonnes en 1990 avant de s’effondrer à 375 tonnes en 2010 (J. LEROUEIL, 2019, p.93). A cela s’ajoute aujourd’hui non seulement le vieillissement des planteurs mais aussi l’avènement des industries extractives plus rémunératrices implantées dans les villes voisines a fortement favorisé un exode massif de près de 40% de la population. Les emplois actuels de la majorité de la population d’Oyem tournent autour des services 25%, du commerce informel 45% et de l’agriculture de subsistance 30%. Elle a connu un développement économique significatif par le passé au travers l’implantation de la Caisse de Stabilisation et de Péréquation communément appelée Caistab[2] créée en 1971, spécialisée dans le traitement du café-cacao. Cela a très vite conduit à la production annuelle d’un peu plus de 6 000 tonnes de café tout au long des années 70 faisant ainsi de ce territoire, le quatrième pôle économique du pays. Ces années de gloire s’évanouissent 20 ans plus tard en plongeant Oyem dans un état de stagnation. Malgré la baisse de la production agricole de ce territoire en comparaison avec la production des années 1970, les chiffres de production qu’elle affiche sont toujours significatifs. D’après le SDAU de 2020, elle produit annuellement 500 tonnes de cacao, 200 tonnes de café, 2 000 tonnes de bananes, 3 000 tonnes de tomates et 5 000 tonnes de manioc, toutes des matières premières qui peuvent permettre le développement des industries de transformation au niveau local et l’augmentation de la compétitivité de la ville. 

L’artisanat et la culture, dans les années 1960, étaient assurés par une population active qui formait la catégorie socio-professionnelle la plus stable et la plus solidement attachée au territoire (F. BEFENE BIBANG, 1992, p.01). Ils représentaient 30% de la population active à l’époque, alors qu’aujourd’hui on ne dénombre que moins de 15% de la population active qui se donne à l’artisanat et la culture. Les causes du déclin de ces activités sont multiples et variées. Elles peuvent être à l’origine de la modicité du capital de base puis de la non-valorisation du secteur par l’État et l’emploi des techniques de production dépassées. Enfin, la ville d’Oyem fait donc face à tous ces problèmes qui favorisent aujourd’hui la perte de son attractivité et de sa compétitivité. 

1.2.  Matériels

Pour la réalisation de cette étude, nous avons eu recours non seulement à la télédétection combinée à la cartographie mais aussi et surtout les documents officiels existants sur le territoire d’étude sans oublier les images satellitaires disponibles gratuitement sur les sites glovis.usgs.gov, Diva-gis.org et OpenStreetMap.org dont la résolution spatiale des pixels est comprise entre 15 et 80m. Ces sources de données ont constitué une base solide pour réaliser cette étude. Cette base de données nous a permis de comprendre une importante partie des enjeux spatiaux tels que l’évolution de la tâche urbaine, de la répartition des équipements, l’analyse des zones agricoles, etc. auxquels la ville d’Oyem fait face. 

Par ailleurs, une enquête auprès des ménages et des acteurs locaux a été menée dans le but de mieux appréhender les différentes dynamiques actuelles sur le territoire. Le traitement de toutes ces données s’est fait à l’aide des logiciels comme Google earth Pro, Global Mapper 22, Arcgis 10.3, Autocad 22, Adob illustrator 22 et certaines composantes du Microsoft Office 2013 comme World et Excel.

1.3.  Méthodes

Dans le but d’atteindre l’objectif de mise en exergue des enjeux auxquels la ville d’Oyem est confrontée, nous avons opté non seulement pour une approche cartographique mais aussi une immersion sur le terrain. Cette démarche nous a permis d’identifier les différentes dynamiques à l’œuvre dans la ville tout en identifiant les problèmes auxquels elle fait face. Pour y parvenir, nous avons considéré le périmètre urbain d’Oyem de 6594 ha afin d’approfondir l’analyse et répondre aux attentes des populations. Suite à cela une enquête ménages a été menée sur la base d’un échantillon représentatif de 225 ménages et 10 entretiens auprès des responsables des services, les directeurs provinciaux et les autorités locales en plus des personnes ressources pour mieux comprendre et analyser le territoire.

En somme, il était question à travers cette méthode de réaliser une analyse pointue des différentes données recueillies en lien avec les différentes dynamiques à l’œuvre dans la ville d’Oyem. Ainsi, les observations ont été enregistrées à travers les différents arrondissements et quartiers de la ville, par la pris des photos, la conception des cartes par des levés topographiques à l’appui. Et enfin, des recherches documentaires ont été effectuées.

2.   Résultats et analyses

2.1.  Dynamique sociodémographique et économique

2.1.1.      Dynamique démographique

La population d’Oyem ne cesse de s’accroitre continuellement à l’image de la population de la province. Elle part de 14 460 habitants en 1993 à 22 404 habitants en 2003 puis à 60 685 habitants en 2013 d’après le SDAU. En 2020, cette dernière est estimée à 86 000 habitants selon les données de la Direction Régionale de Santé Nord et enfin cette population est estimée à 92 971 habitants en 2022 ; soit une augmentation de 91 571 habitants en l’espace de 29 ans ; c’est-à-dire de 1993 à 2022, ce qui représente une multiplication par plus de six (6). Cette croissance galopante de la population est impulsée sans doute par le phénomène de migrations engagé par les évènements socio-politiques de toute sorte que connaît le pays (F. BEFENE BIBANG, 1992). On peut classer ces mouvements migratoires en deux groupes qui sont les migrations nationales et les migrations internationales. Cette croissance de la population favorise une urbanisation qui s’opère de façon incontrôlée et s’accompagne de nombreux problèmes tels que, l’occupation illégale et nonsécurisée des espaces périphériques et les difficultés de satisfaction en services urbains de base comme l’adduction en eau, en assainissement, en électricité, etc. (O. L. MBENG, 2022). 

2.1.2.  Structure démographique et spatiale de la ville d’Oyem

D’après le Plan de Développement Communal d’Oyem de 2015 à 2020, l’âge moyen de la population est de 32,5 ans. Ainsi, cette dernière est composée de trois (3) catégories : jeunes, adultes et vieux avec la catégorie des jeunes de 15 à 35 ans étant perçue comme majoritaire soit un taux de 40% (UNDP-GA-ArtGold G9. P.9). D’après le recensement Général de la Population de 2013, le taux de chômage à l’échelle provinciale atteint les 16% et touche plus les femmes que les hommes et plus particulièrement les jeunes de 19-35 ans.

La variation de la structure de la population par sexe démontre une proportion inégalitaire entre masculin et féminin. Les enquêtes ménages ont permis de démontrer que malgré la forte domination démographique féminine, même si elles sont très peu chefs de ménage. Elles le sont soit par suppléance lorsque le mari est absent, soit lorsque ce dernier est décédé. D’après les données du RGPH de 2013, la taille de ménage est de 5,3 personnes et le taux de croissance annuelle de la population est de 2,5% en 2020 avec un taux de natalité de 64 0/00 et un taux de mortalité de 0.90 0/00. Ces chiffres nous témoignent que la population de la ville demeure jeune. 

L’histoire de l’occupation et de la croissance spatiale d’Oyem situe les premières installations dans le centre administratif avant de s’étendre (A. NGUEMA, 2018, p.05). Ainsi, l’accroissement démographique rapide et spontané de la ville a rendu quasiment non opérationnel l’outil de gestion spatiale et d’urbanisme de 1989 qui n’est autre qu’un Schéma Préliminaire d’Urbanisme (SPU). 

Figure 1 : Tâche urbaine d’Oyem en 1954 (108 ha).          Figure 2 : Tâche urbaine d’Oyem en 1990

                Source : Mairie d’Oyem, 2020                                         Source : Mairie d’Oyem, 2020

Figure 3: Tâche urbaine d’Oyem en 2003 (684 ha)           Figure 4: Tâche urbaine d’Oyem en 2013 (1364 ha)

                Source : Mairie d’Oyem, 2020                                         Source : Mairie d’Oyem, 2020

Figure 5 : Tâche urbaine d’Oyem en 2022 (2637ha)

Source : Mairie d’Oyem, 2020

Il s’en est suivi un accroissement des besoins en infrastructures et équipements collectifs comme écoles, dispensaires, marchés, gares routières, voiries, etc., et en services sociaux de base comme adduction en eau potable, électricité, assainissement, etc. Cette situation défavorable à un développement maitrisé a favorisé l’extension des quartiers dans des zones inappropriées à l’habitat telles que les zones d’érosion et inondables. Tout ceci en absence de tout contrôle de l’administration ; ce qui entraine d’autres problèmes comme l’insécurité, la pollution, etc. 

Tableau 1 : Évolution de la population d’Oyem de 1954 à 2022

AnnéePopulationTâche urbaine
19547 000 habitants108 hectares
198314 460 habitants250 hectares
200322 404 habitants684 hectares
201360 685 habitants1 364 hectares
202291 571 habitants2 637 hectares

Source : images satellitaires sur glovis.usgs.gov, SDAU, 2020, MBENG, 2022 et MAHAMAT HEMCH & MBENG,

2022

Le processus d’occupation entamé dans la phase précédente va être poursuivi malheureusement sans prendre en compte les recommandations du Schéma Préliminaire d’Urbanisme mentionné. A la fin des années 90, Oyem s’étend de plus en plus et son périmètre passe de 250 ha en 1990 à 6 594 ha en 2021 (Mairie d’Oyem, 2021). Enfin, il faut préciser que la dynamique d’occupation des sols d’Oyem se caractérise par : une domination des activités commerciales en plein centre urbain repoussant en périphéries les zones résidentielles ; ce qui est sans doute à l’origine de l’extension linéaire des activités commerciales le long des grands axes routiers qui traversent la ville. Les tendances d’urbanisation d’Oyem tirent son développement autour des pôles et des axes routiers qui compartimentent la ville (O. L. MBENG, 2020, p.26).

Le front d’urbanisation prend appui autour du quartier administratif et l’articulation spatiale qu’on perçoit sur l’image satellitaire n’est pas celle d’une ville polycentrique mais d’une agglomération structurée en zones d’habitation juxtaposées autour d’un seul centre administratif. Ainsi, l’observation de l’évolution actuelle de la tâche urbaine d’Oyem permet de dégager des fronts majeurs d’urbanisation. Ainsi, l’étalement de la ville se fait dans une logique d’orientation EstOuest avec une dissociation entre les quartiers centraux mieux équipés et les périphéries souséquipés (O. L. MBENG, 2020, p.20). Cette dernière se fait selon quatre directions ; avec une prédominance (Est-Ouest) qui se déclinent comme suit : à l’Est en suivant la voie nationale N°2 en direction de Bitam et à l’Ouest en suivant la voie départementale en direction de la Guinée Équatoriale, au Nord en suivant la route départementale qui rejoint la nationale N°2 avant Bitam et au Sud en direction de Libreville (O. L. MBENG, 2020, p.20).

Par ailleurs, l’aspect foncier d’Oyem comme sur l’ensemble du territoire national gabonais, la terre appartient à l’État qui le concède à qui de droit. Le régime de la propriété foncière actuellement en vigueur est fondé sur plusieurs lois parmi lesquelles on peut citer :  la loi 6/61 du 6 mai 1961 qui réglemente l’expropriation pour cause d’utilité publique et la loi 14/63 du 8 mai 1963 qui confirme la suppression du droit ancestral en définissant le domaine de l’État en trois blocs, il s’agit :  du domaine public de l’État, le domaine privé de l’État et le domaine des personnes physiques ou morales des collectivités. La valeur vénale des terrains quant à elle varie au fur et à mesure qu’on s’éloigne du centre-ville et en fonction de la catégorie hiérarchique dans laquelle se trouve le quartier allant de 1 000 à 50 000 F CFA le m² (Mairie d’Oyem, 2020).

2.2.  Organisation structurelle des parcelles et tissus urbains d’Oyem

Les parcelles à vocation d’habitat uniquement sont les types de parcelle les plus courantes rencontrées au sein du paysage urbain et qui représente 62,3 % des parcelles utilisées à des fins d’habitations. Puis, 18,3% des parcelles sont utilisées à des fins agricole/élevage ; et moins de 2% à des fins artisanales et économiques. Toutefois, 9,8 % de ces parcelles font usage de combinaison de ces utilisations, c’est-à-dire habitat et artisanale/ économique. Cette diversité d’utilisation des parcelles témoigne le manque de pouvoir d’achat de la population à la recherche permanente d’activités génératrices de revenus (O. L. MBENG, 2020, p.63). 

La ville d’Oyem présente une structure arborée constituée d’une voirie primaire (la RN2) qui la traverse du Sud au Nord-Est, d’une voirie secondaire qui dessert les quartiers et enfin d’une voirie tertiaire et piétonne assez peu développée. Cette structure viaire peu ramifiée de la ville ne suffit pas à désenclaver l’ensemble des quartiers et crée par conséquent des difficultés d’accessibilité, de mobilité, des conditions défavorables à l’assainissement et la gestion des ordures ménagères surtout pendant les saisons de pluies (O. L. MBENG, 2022, p.64).

L’organisation spatiale d’Oyem est le fruit de la juxtaposition des quartiers. Les extensions se sont développées à partir des cœurs des villages anciens, telle une première couronne, puis une seconde, une fois encore, ainsi de suite tant que le terrain le permet. Ainsi, ces espaces présentent des différences du point de vue de la qualité de l’habitat, de leur aménagement et de leur fonction. Ces aspects permettent de distinguer quatre types des tissus urbains : le tissu structuré, le tissu mal structuré, le tissu mixte et le tissu rural. 

Les parcelles dans les zones d’habitat planifié sont de forme rectangulaire ayant des superficies allant de 300 à 800 m² par zones d’habitation, 1 000 m² et plus pour des usages industriels. Aussi faut-il noter que les quartiers à plus forte démographie sont ceux qui sont les plus proches des axes principaux. A cet effet, plus on s’éloigne de ces derniers, plus la densité de population baisse considérable de sortes à avoir moins de 8,6 habitants/ha qui est la moyenne d’Oyem.

Ainsi, la classification des tissus de la ville est indispensable. Cette classification qui prend en compte à la fois l’ancienneté, la densité (densité d’occupation spatiale évaluée à partir du coefficient d’encombrement spatial) et la structuration, fait ressortir distinctement trois (03) principaux tissus sur le territoire d’Oyem.

@ Le tissu ancien, de moyenne densité et structuré : il s’agit de la zone du centre-ville qui a bénéficié d’un lotissement communal. Les constructions datent des années 1960. Ce tissu naît d’une intervention coloniale matérialisée par la présence dominante des équipements administratifs et sociaux-collectifs (Photo 1).

Photo 1 : Tissu ancien 

       Source : TPFE 2022, Lascony MBENG.  

@ Le Tissu d’extension, de moyenne densité et structuré : il s’agit des quartiers péricentraux dont l’occupation date d’après les indépendances. Il est caractérisé par un habitat moderne qui prend forme loin du centre-ville (Photo 2) avec la présence des équipements de proximité indispensables.

Photo 2 : Tissu d’extension structuré 

              Source : TPFE 2022, Lascony MBENG

@ Le tissu d’extension, de moyenne densité et non structuré : il est question ici des quartiers périphériques qui sont nées il y a quelques années. Ils sont caractérisés par une occupation spatiale sans cohérence. Il existe une insuffisance accrue des équipements de proximité et la trame viaire n’obéi à aucune logique de planification ou de structuration urbaine (Photo 3).

Photo 3 : Tissu d’extension non structuré 

               Source : TPFE 2022, Lascony MBENG

Avec les difficultés des autorités locales à produire des parcelles viabilisées en quantité suffisante, les populations se sont résolues à occuper illégalement et de manière anarchique des terrains qui sont majoritairement dans les zones insalubres et impropres à la construction (Mairie d’Oyem 2021). Cette situation a amené de façon inéluctable à une précarité foncière dans la quasi-totalité des occupations en zones périphériques de la ville d’Oyem.

3.     Discussion

La ville d’Oyem s’est développée sans document de planification de base comme garde-fous pendant une durée assez importante depuis sa création en 1904 jusqu’aux années 80, soit plus de 26ans après. Ensuite, de 1989 à 2020, près de trente une (31) années se sont écoulées alors que l’occupation spatiale de cette ville s’est accrue, le premier outil d’urbanisme de ce territoire a été élaboré, même si l’occupation du sol s’est faite sans une logique de planification urbaine, ce qui a favorisé la naissance de plusieurs quartiers spontanés, tous caractérisés par la promiscuité et une absence d’équipements et infrastructures urbaines de base. Cette occupation spontanée a ensuite conduit inévitablement à une augmentation du périmètre urbain communal passant de moins de

800 ha en 1990 à 6 594 ha aujourd’hui (Mairie d’Oyem, 2021). Ce changement d’échelle urbaine sans planification a pour conséquences une augmentation des distances à parcourir du centre-ville qui concentre l’essentiel des équipements vers la périphérie qui héberge la population. La population est obligée de parcours des longues distances pour atteindre les équipements de base tels que les écoles, les hôpitaux, les marchés, etc. 

La ville d’Oyem a longtemps connu un développement spatial sans documents de planification urbanistique prévisionnelle. En effet, la ville compte à ce jour deux documents d’urbanisme. Le premier qui était le Schéma Préliminaire d’Urbanisme de 1989 qui faisait office de Schéma Directeur pendant plus de 25 ans qui a permis tant bien que mal de canaliser le processus de croissance de cette ville. Le second est le Schéma Directeur d’Aménagement et d’Urbanisme qui a été validé 2020 par la commune et approuvé par les hautes autorités. Aujourd’hui, sa mise en œuvre est conditionnée par l’élaboration des Plan d’Occupation des Sols (POS) qui vont règlementer l’occupation et l’usage des sols à travers les deux arrondissements. En effet, un POS permet d’assurer un développement urbain durable de la commune d’Oyem à l’échelle d’arrondissement pour une durée d’une décennie tout en priorisant les aspects suivants : d’abord, la définition de la vocation des différentes parties de l’espace urbain qui permettra d’assurer sa gestion efficace et la préservation des milieux naturels. Puis, la répartition optimale des équipements permettra de résoudre le problème du sous équipement du territoire afin d’améliorer le cadre de vie de la population locale. Et enfin, la proposition d’un règlement qui garantira une occupation et un usage réfléchi de l’espace urbain. Dans ce contexte, l’apport d’un outil stratégique de planification constitue un atout dans le processus de redynamisation de ce territoire.

Conclusion

Le phénomène de l’évolution spatiale incontrôlée de la ville d’Oyem n’a pas pour seule cause l’absence de bonne volonté politique, la dynamique urbaine est accentuée par un processus d’urbanisation spontanée qui est aussi la conséquence en partie de l’absence des outils de planifications. Il y’a nécessité de mettre en œuvre des outils d’urbanisme opérationnel ; comme les Plans d’occupation du sol et les plans d’urbanisme de détails. La dynamique urbaine actuelle de la ville d’Oyem nécessite une intervention innovante dans tous les secteurs d’activité. L’absence de politique de gestion urbaine adéquate aggrave encore les effets induits par la croissance urbaine spontanée. L’extension incontrôlée, l’accessibilité au logement, le transport, la mobilité et la pauvreté sont tellement liés qu’il est difficile d’admettre ou d’identifier comme facteur ou paramètre de lecture de la dynamique urbaine actuelle.  A cet effet, comme dans les autres villes du Gabon et particulièrement à Oyem, il est impératif que les autorités en charge de la gestion urbaine s’attachent à la recherche des moyens pour maîtriser l’extension urbaine et ses effets au profit du bien-être des populations qui subissent les conséquences multiples et diverses bien qu’intrinsèquement liées.

REFERENCES

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  • NGUEMA Alain Corneille, 2018, Oyem City : Récit des premiers villages jusqu’à nos jours. In :
  • Books on Demand ; 1er édition (13 août 2018), 152p.
  • ONU-HABITAT, Rapport National Gabon pour Habitat III, ONU-Habitat. 122 p.
  • PNUD, 2009, Programme Art Gold Gabon : Document de markéting de la province du WoleuNtem, PNUD. 60 p.
  • RAFAEL Gomez & JORDANA Moya, 2022, La croissance économique urbaine en Afrique : analyse de l’urbain africain et ses implications. Dynamiques de l’urbanisation en Afrique 2022, Le rayonnement économique des villes africaines. 
  • Recensement Général de la Population et de l’Habitat (RGPH) 2013, 93 p. 
  • WACQUANT Loïc, 1993. « Désordre dans la ville ». In: Actes de la recherche en sciences sociales. Vol. 99, septembre 1993. Migrations et minorités. pp. 79-91
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