Analyse cartographique et statistique de l’état

regards

¹Olivier Gérard Konan KOUASSI , ²Fulgence Kouassi N’GUESSAN, ³Gautier Wilfried KOUKOUGNON

Résumé :


La répartition des activités de production agricole constitue un élément fondamental de l’organisation de l’espace. Cette recherche a pour objectif d’analyser de façon cartographique et statistique l’état de l’occupation du sol entre 1986 et 2015 dans la sous-préfecture de Bondoukou au nord-est de la Côte d’Ivoire. Pour ce faire, on a eu recours à des d’images satellites, des données cartographiques et d’enquêtes. La méthodologie utilisée se fonde sur une approche cartographique, analytique basée sur l’utilisation de la télédétection et des Systèmes d’Information Géographique (SIG). Les résultats obtenus montrent la répartition spatiale et statistique de l’intensité de l’occupation du sol de 1986 à 2015. Ils indiquent que l’état de l’occupation du sol de la sous-préfecture de Bondoukou s’étend sur une superficie de 74464 ha. L’analyse cartographique montre que l’occupation du sol dans la sous-préfecture de 1986 à 2015 obéit à la règle générale de la distribution spatiale disséminée. Elle se compose de six éléments principaux repartis sur toute l’étendue du territoire. Les différents types d’occupation du sol sont répartis sans ordre. Du nord au sud et de l’est à l’ouest, on rencontre les affectations du sol propres à cette sous-préfecture. L’analyse statistique indique que la sous-préfecture connaît une pression anthropique. Les savanes ont fortement régressé entre 1986 et 2015, passant de 36% à 11%. Quant aux espaces cultivés, ils sont plutôt passés de 40% à 55%.

Mots clés : Analyse, Cartographie, Statistique, Occupation du sol, Bondoukou.

Introduction

La répartition des activités de production agricole constitue un élément fondamental de l’organisation de l’espace. L’étude de l’occupation du sol revêt une importance capitale dans l’évaluation des interactions entre l’homme et le milieu naturel (Z. Koli Bi, 2009, p 72). Les travaux de D. Koffi et al. (2016, p138) révèlent que l'étude de la dynamique de l’occupation du sol s’avère de plus en plus indispensable, à la fois pour la connaissance d’un territoire et pour son aménagement. Elle aide à avoir une meilleure compréhension des différentes tendances dans les processus de transformation spatiale. Ainsi, cette étude s’inscrit-elle dans la constitution d’une base de données géocodées sur l’environnement des savanes de la souspréfecture de Bondoukou. Aussi, sa gestion durable implique-t-elle une bonne connaissance de son occupation du sol. D’où l’utilité d’aborder la question de l’analyse cartographique et statistique de l’occupation du sol dans cette localité. De manière spécifique, la présente étude vise à analyser de façon cartographique et statistique l’occupation du sol entre 1986 et 2015, afin de connaître la répartition et l’intensité des types d’occupation du sol dans cette souspréfecture du nord-est de la Côte d’Ivoire.

1. Méthodologie

1.1 Présentation de l’espace d’étude

La sous-préfecture de Bondoukou fait partie des 12 sous-préfectures que compte le département de Bondoukou (carte 1).

La sous-préfecture de Bondoukou est limitée au nord par les sous-préfectures de Yézimala et Sorobango, au sud par les sous-préfectures de Gouméré, Appimandoum et Pinda-borokro, à l’ouest par les sous-préfectures de Sapli-sépingo et Tabagne. Elle est limitée à l’est par le Ghana pays frontalier de la Côte d’Ivoire. Cette circonscription administrative s’étend sur une superficie de 74464 ha, soit 7 44,64 km², avec une densité de 157,7 habitants/km².

1.2 Données de l’étude

Les données d’ordre satellitaire, cartographique et d’enquête de terrain ont été utilisées pour cette étude. Pour l’obtention des images satellites, l’aide du Bureau National d’Études Techniques et de Développement/Centre d’Information Géographique et Numérique (BNETD/CIGN) a été sollicitée. Cette structure a fourni des données ayant permis de réaliser l’occupation du sol à travers trois images satellites. Elles sont de types Landsat et datent des années 1986 et 2015 des scènes 195-54. Ce sont des images de type Landsat 5 TM (Thematic Mapper) du 18/01/1986 et Landsat 8 OLI-TIRS (Operational Land Imager and Thermal Infrarouge Sensor) du 10/01/2015. À partir des données relatives aux images satellites, à un travail de vérification thématique sur le terrain afin d’obtenir une information contenue dans l’image qui est proche de la réalité. Cette vérification sur le terrain a permis d’observer directement, les modes d’utilisation du sol et les différentes pratiques des populations dans la sous-préfecture de Bondoukou. Ainsi, les localités telles que Nanfambéni, Motiamo et Similimi ont été sélectionnées pour l’enquête, dans la sous-préfecture de Bondoukou. Ces trois localités ont été choisies d’abord pour leur accessibilité, ensuite la disponibilité de la population à collaborer, enfin, elles sont représentatives des autres localités. Les données cartographiques sont relatives aux cartes de localisation de l’espace d’étude. Elles ont été obtenues auprès du Bureau National d’Études et de Développement (BNETD)/Centre d’Information Géographique et du Numérique (CIGN). L’enquête a été effectuée auprès de 50 chefs exploitants agricoles (Tableau 1).

Les 50 chefs exploitants agricoles étant des responsables de plusieurs exploitants sont représentatifs. Ils sont donc à mesure de fournir tous les renseignements et répondre au besoin de l’enquête. Les entretiens nous ont donné des éclairages sur les localités à bas-fonds fortement exploités, les modes et les cultures pratiquées, le niveau d’encadrement et la productivité. L’échantillonnage des localités à enquêter a été fait sur la base de la méthode de choix raisonné et le questionnaire a été adressé à des paysans choisis de façon aléatoire. L’analyse de ces données s’est faite par les méthodes quantitatives et qualitatives.

1.3 Méthodes d’analyse

La démarche méthodologique adoptée est basée sur une approche cartographique, analytique et diachronique qui se fonde sur l’utilisation de la télédétection et des systèmes d’information géographique. De façon explicite, elle s’est appuyée sur des traitements cartographiques et statistiques. Le traitement et l’analyse des images satellites ont servi à la production des cartes d’occupation du sol, à la caractérisation de l’occupation du sol et la détermination des activités anthropiques. Pour le traitement et l’analyse des données d’occupation du sol, la cartographie a été utilisée. À cela s’ajoutent les méthodes complémentaires, à l’exemple de la télédection. En effet, la première étape est le prétraitement d’images. Le prétraitement a permis une amélioration du contraste des images satellites pour en faciliter le traitement. Le prétraitement d’images se résume en un ensemble d’opérations, qui a pour objectif d’augmenter la lisibilité des données. Il facilite leur interprétation en vue d’une meilleure extraction de l’information (Konan, 2008). Dans cette étude, le prétraitement a consisté d’abord à faire une calibration radiométrique en utilisant l’algorithme « radiométric calibration », ensuite une correction atmosphérique par « Dark Subtraction » à l’aide du logiciel ENVI 5.1. Une composition colorée RGB des bandes (4, 5 et 3), suivie d’un rehaussement a permis de discriminer les types d’occupation du sol.

Le traitement des données a débuté par une délimitation de la zone d’étude suivant les limites de la sous-préfecture de Bondoukou. Une fois délimitée, la zone d’étude a été extraite de la scène par masque à partir du logiciel ARCGIS 10.2.

Le traitement des images a eu pour but de transformer les images satellites en cartes d’occupation du sol. Pour la définition de la nomenclature des objets à cartographier, il s’est agi de présenter les thèmes qui ont fait l’objet d’une cartographie de l’occupation du sol en 1986 et 2015. Sept classes ont été définies : la forêt dense sèche, les savanes, les cultures pérennes, les champs/jachères, les localités/sols nus, les cours d’eau, les routes.

Ces différents thèmes identifiés en 1986 et 2015 ont respectivement été extraits des images satellites de 1986 et 2015, pour en faire des cartes d’occupation du sol.

Par la suite, une création de composition colorée et choix des parcelles d’entrainement furent opérés. Les compositions colorées sont des combinaisons linéaires de trois canaux (Rouge/vert/Bleu) qui permettent d’obtenir une image synthétique et également d’avoir une meilleure discrimination des types d’objets géographiques sol (KOFFI I. et al., 2018, p 3). Par ailleurs, une création de composition colorée fut effectuée. En effet, après plusieurs combinaisons, les compositions colorées (TM4, TM5, TM3) pour l’image de 1986 et (OLI4, OLI5, OLI3) pour l’image de 2015 ont été retenues, car elles permettent une meilleure identification des thèmes à cartographier.

Par la suite, le choix des parcelles d’entrainements a été fait. Ainsi, sur les images de 1986 et 2015, des échantillons ont été sélectionnés. Les coordonnées de ces échantillons ont été enregistrées dans un GPS pour vérification et consolidation sur le terrain. En outre, une classification des images a été faite. Elle a consisté à transformer les informations spectrales contenues dans les images satellites en carte d’occupation du sol. Parmi les techniques de classification existantes, la classification supervisée, la plus utilisée pour l’élaboration des cartes d’occupation du sol en raison de sa bonne performance a été choisie. Comme algorithme de classification, nous avons utilisé le maximum de vraisemblance.

Cette dernière est basée sur la théorie probabiliste bayésienne qui suppose que les classes suivent une distribution gaussienne (KOFFI I. et al., 2018, p 3). Les pixels sont donc classés selon la probabilité d’appartenir à une classe donnée, sur la base de l’information spectrale contenue dans des échantillons fournis en amont de la classification.

Ces échantillons regroupés en différentes classes suivant les années (1986 et 2015) ont respectivement été utilisés pour la classification des images de 1986 et 2015.

À l’étape de l’évaluation et validation de la classification, deux indicateurs de précision ont été calculés. Une campagne de terrain a été associée en vue d’évaluer et valider les résultats de classifications. Le premier indicateur calculé est la précision globale. Avec des valeurs respectives de 91 % et 94 % pour les images de 1986 et 2015, il caractérise la proportion des pixels bien classés. Le deuxième indicateur est le coefficient kappa estimé respectivement à 89 % et 92% pour les images de 1986 et 2015, est le rapport entre les pixels bien classés et le total des pixels échantillonnés.

En plus de ces indicateurs satisfaisants, la campagne de terrain a permis de vérifier la conformité du contenu thématique des images classifiées à la réalité du terrain. À la suite de ces différents tests, les résultats de la classification ont été validés suivis d’une homogénéisation ainsi que d’une vectorisation des images classifiées.

Pour l’homogénéisation et la vectorisation des images, un filtre de convolution (médian 3x3) le mieux adapté, a été appliqué aux différentes images classifiées en vue d’éliminer les pixels isolés et rendre homogène le contenu thématique des types d’occupation du sol. Après la phase d’homogénéisation, les images classifiées ont été vectorisées (sous le logiciel ENVI) donnant lieu à trois cartes d’occupation du sol (1986 et 2015). Ces dernières ont été intégrées dans un système d’information géographique pour gestion et analyse.

C’est ainsi que les données cartographiées intégrées dans une base de données SIG. En effet, après le traitement des images, une base de données a été créée. Elle comprend :

- des données cartographiques sur l’occupation du sol (1986 et 2015),

- des données sur les différentes localités,

- une carte du réseau routier.

Cette base de données a été intégrée dans un environnement SIG en l’occurrence dans le logiciel Arc Gis. Plusieurs opérations statistiques, d’analyses et de synthèses de données cartographiques ont été effectuées dans la base.

Les opérations statistiques sont de deux types. La première opération a consisté à déterminer à travers les tables attributaires, les superficies des types d’occupation du sol en 1986 et 2015. La deuxième opération a consisté à déterminer les taux d’évolution globale et moyenne annuelle de chaque type d’occupation du sol entre 1986 et 2015. Les formules suivantes ont été appliquées :

Taux d’évolution global (Tx) = [(SP2 – SP1) / SP1] x100

Avec,

Tx = taux d’expansion ou de régression globale

SP1 = superficie en 1986, SP2 = superficie en 2015.

- Si Tx est positif ; cela traduit une expansion de l’occupation du sol.

- Si Tx est négatif ; cela traduit au contraire, un recul de l’occupation du sol.

Taux d’évolution moyen annuel (Tx) = [(SP2 / SP1)1/t – 1] x 100

Avec :

Tx =taux d’expansion moyen annuel

SP2 : superficie en 2015 SP1 : superficie en1986

t : différence d’année entre 1986 et 2015 = 29.

Les synthèses cartographiques ont pour but de synthétiser l’information spatiale. Elles ont consisté à combiner ou à croiser deux ou plusieurs données cartographiques pour en faire une seule.

Cette opération a permis de détecter dans le temps et dans l’espace, les transformations spatiales opérées dans l’espace d’étude entre 1986 et 2015.

2. Résultats

L’analyse de la carte d’occupation du sol de la sous-préfecture de Bondoukou a permis de faire l’inventaire cartographique et statistique de l’état de l’occupation du sol dans ladite souspréfecture. Cela traduit le degré d’utilisation du sol dans l’espace. Le milieu naturel est utilisé dans le cadre de son exploitation par les paysans.

2.1 Analyse cartographique de l’état de l’occupation du sol à Bondoukou de 1986 à 2015

Les résultats de la cartographie présentent les tendances au niveau des affectations au sol en 1986 et en 2015.

2.1.1 L’état de l’occupation du sol en 1986

La carte 2 présente la répartition des types d’affectation du sol de l’espace d’étude en 1986.

La carte de l’occupation du sol en 1986 montre un aspect de la situation générale de l’occupation du sol au sein la sous-préfecture de Bondoukou. Elle se compose de six éléments présents sur toute l’étendue du territoire. Ce sont : les savanes, la forêt dense sèche, les cours d’eau, les cultures pérennes, les localités/sol nu, les champs/jachères. Les savanes se rencontrent le plus au nord et à l’est de la sous-préfecture. Les forêts denses sèches se localisent à l’ouest et au sud. Les cultures pérennes se développent au nord et à l’ouest. Les champs et les jachères se pratiquent plus au centre et à l’est de la sous-préfecture.

2.1.2 L’état de l’occupation du sol en 2015

L’occupation du sol dans la sous-préfecture obéit à la règle générale de la distribution disséminée (KOLI Bi, 2009). Les différents types d’occupation du sol sont répartis sans ordre précis sur tout le territoire. Du nord au sud et de l’est à l’ouest, nous rencontrons les affectations du sol propres à cet espace d’étude (carte 3).

Une organisation des types d’occupation du sol permet d’avoir deux catégories : les espaces humanisés et les espaces naturels. Les espaces naturels concernent la forêt dense sèche, les savanes et les cours d’eau. Les espaces naturels se rencontrent sur toute l’étendue de la souspréfecture, mais avec divers taux de concentration. En 2015, ils sont moins répandus et moins étendus que les espaces humanisés. Les espaces humanisés renferment les cultures pérennes, les localités/sol nus, les champs/jachères. Les espaces humanisés sont considérés comme l’aboutissement des activités humaines. Ils couvrent les 2/3 de la moitié-est de l’espace d’étude. On note une dominance des espaces humanisés. Cela détermine la pression humaine dans la sous-préfecture de Bondoukou en 2015.

2.2 Analyse statistique de l’occupation du sol dans la sous-préfecture de Bondoukou de 1986 à 2015

La distribution spatiale des types de l’occupation du sol au sein de la sous-préfecture de 1986 à 2015 fut analysée de façon statistique.

2.2. 1 Répartition statistique des types d’occupation du sol en 1986

Une vue générale permet de distinguer les types d’occupation du sol. On constate en 1986, une répartition différenciée des éléments constituants la trame de la sous-préfecture de Bondoukou. Les types d’occupation du sol s’étendent sur une superficie totale de 74464 ha (Tableau 2).

Les savanes couvrent une superficie de 26 512 ha, soit 36 % et demeurent la formation végétale la plus dominante en 1986. Les champs et jachères occupent une superficie de 21 994 ha, soit 30% de la superficie totale étudiée. La forêt dense sèche se répartit sur 11 363ha, soit 15 %. Les cours d’eau s’étalent sur 55 ha, soit 0%. Les cultures pérennes s’étendent sur 7480 ha, soit 10% de la superficie en 1986 et sont moins développées. Ce qui indique que les agriculteurs pratiquaient à cette date, plus les cultures vivrières que les cultures pérennes. Ils recourent à la jachère comme pratique culturale destinée à une meilleure fertilité de la productivité et du sol. Les localités et sols nus couvrent 7 060 ha, soit 9% de l’espace d’étude.

2.2.2 Répartition statistique en 2015

En 2015, les types d’occupation du sol s’étendent également sur une superficie totale de 74 464 ha et se répartissent selon un ordre de grandeur (Tableau 3). La forêt dense sèche se répartit sur 15 775 ha, soit 21% de l’espace d’étude. Les savanes s’étendent sur 8 193 ha, soit 11%. Les localités et sols nus s’étalent sur 9489 ha, soit 13%. Les champs et jachères couvrent une superficie de 22639 ha, soit 30% et demeurent les plus dominants en 2015. Cette situation indique que les agriculteurs pratiquent plus les cultures vivrières. Ce sont des champs d’igname, de manioc, de maïs, de la patate, de la tomate et du piment (Photo 1). Ces cultures sont pratiquées dans l’optique de produire pour leur consommation. De plus, ceux qui ont des grandes superficies agricoles et qui privilégient la méthode de la jachère la font sur de grandes superficies.

En 2015, les cultures pérennes couvrent 18320 ha, soit 25 %. Cela montre que les cultures pérennes occupent une place importante à Bondoukou, principalement l’anacarde. Ainsi, l’anacarde prend de l’ampleur dans cette sous-préfecture (Photo 2). Plusieurs paysans cultivent l’anacarde pour des raisons économiques et écologiques. Selon eux, la culture de l’anacarde permet d’avoir des revenus plus considérables pour subvenir aux besoins familiaux de tout ordre.

De plus, selon certains agriculteurs, la culture de l’anacarde a permis de freiner le processus de savanisation à Bondoukou.

3-Discussion

Les diverses possibilités de traitement et d’analyse offertes par la télédétection et les SIG ont permis de réaliser une cartographie spatio-temporelle afin d’analyser de façon cartographique et statistique l’état de l’occupation du sol dans la sous-préfecture de Bondoukou. Les résultats cartographiques témoignent de la capacité des images satellites à fournir des informations spatiales indispensables au suivi du milieu naturel et des activités anthropiques. La cartographie à l’aide des données multi-sources et multi-dates a permis d’enrichir la connaissance de l’occupation du sol dans cette circonscription administrative. Cette méthode présente l’avantage de renseigner à la fois de manière exhaustive sur l’occupation du sol à une date donnée. L’approche utilisée dans la présente étude est basée sur l’utilisation des images satellites et des données de terrain. Les résultats obtenus ont été rendus possible par le SIG et la géomatique, qui permettent le traitement croisé des données spatiales multi-sources comme les images satellitaires, les cartes d’occupation du sol, les enquêtes de terrain. Les images satellites utilisées datent de 1986 et 2015. En effet, les résultats issus des traitements démontrent que les extractions faites sur les images satellites Landsat, à partir d’une classification supervisée de qualité suffisante. L’algorithme de classification utilisé a permis d’aboutir dans l’ensemble à des résultats cartographiques satisfaisants. Les précisions globales de classification obtenues (respectivement de de 91 % et 94 % pour les images de 1986 et 2015), sont supérieures à celles obtenues par A. KANGAH (2006 ; 2010) et N. EDJAGNE (2017) lors d’études menées au niveau de la forêt de Badenou, dans l’ancienne boucle de l’ananas dans le Sud-est ivoirien et du parc de la Marahoué. Ces résultats sont au-delà de la normale préconisée par R. CONGALTON (1991), à savoir, une « classification est jugée acceptable lorsque la précision globale avoisine les 80 % ». Cependant, si cet algorithme donne dans l’ensemble des résultats satisfaisants, il présente des insuffisances. En effet des campagnes de terrain ont été effectuées pour corriger des erreurs de confusion de certaines classes. Les changements observés sur les images correspondent effectivement à des variations de l’occupation du sol dans la souspréfecture de Bondoukou. Cette méthode de classification peut être nuancée à travers les travaux de ATTA et al. (2016) qui utilisent des approches post-classificatoires au travers de l’article cartographie experte de la déforestation dans les forêts classées de Beki et de Bossématié dans l’Est ivoirien. La qualité de la classification est d’ailleurs confirmée par les valeurs de l’indice de Kappa qui sont de 91% et 94% pour les images de 1986 et 2015. On peut conclure que les résultats de cette analyse sont statistiquement acceptables, car selon POINTUS (2000), les résultats d’une analyse d’image dont la valeur de Kappa est supérieure à 50% sont bons et exploitables. L’analyse des résultats montre que la dynamique des espaces naturels dans le finage est régressive durant cette période de l’étude. Une observation des cartes d’occupation de sol montre que cette régression est générale sur tout l’ensemble du finage de Bembéla. Ces résultats viennent confirmer ceux de K. ZAKARIYAO et al. (2013) qui affirment qu’au Togo, les forêts claires et sèches dégradées ont subi une dégradation importante. De 231 947 ha en 1986, elles sont passées à 73 959 ha en 2012. Il en est de même pour les mosaïques forêts-savanes. Ces auteurs ont aussi évalué la dynamique spatio-temporelle de cette végétation. Cela a montré qu’il y a une régression des forêts claires et sèches dégradées et des mosaïques forêts-savanes (formations naturelles) au profit des formations anthropiques. Aussi, indiquent-ils que les classes agglomérations et sols nus, de même que les champs et jachères sont passées respectivement de 1,8 % et 34,8 % en 1958 à 14,9 et 38,1 % en 2015. A. S. MAMADOU (2009) fait le même constat en utilisant la matrice des changements générée par le croisement des cartes d’occupation du sol de 1990 et de 2002 de la région du Bassin Versant Centre (BVC) du Ferlo et montre une évolution au niveau des différentes unités d’occupation du sol. D. KOFFI et al, (2017, p 218) indiquent qu’au Togo, les formations forestières qui occupaient 13,2 % en 1958 sont passées à 0,3 % en 2015, soit une diminution de 97,4 % et que les savanes sont passées, durant la période 1958- 2015, de 113 690,9 ha à 85 380,9 ha. Ce qui équivaut à une baisse de 24,9 %. Au terme de plusieurs traitements d’images à savoir les prétraitements, la classification par maximum de vraisemblance et la classification experte, les travaux menés par K. J. M. ATTA (2009, p.191, p.196 et p. 330) révèlent des résultats très patents. Contrairement à la classification par maximum de vraisemblance qui produit des cartes d’occupation du sol à 10 classes, la classification experte en produit 27 au niveau de l’ensemble de la zone d’étude et 19 à l’intérieur des limites des deux forêts classées. On observe de plus un gain "inégalé" en précision, un raffinement des classes préexistantes et la cartographie de nouvelles classes ».

À cet effet, pour la Forêt classée de Béki, cette étude révèle des taux de déforestation globaux de 62,53% et de 3,33% annuels. Il souligne aussi qu’à Bossématié, les taux de déforestation globaux et moyens annuels sont respectivement d’environ 16% et 0,6%, des taux très faibles comparés à ceux de Béki. Le finage de Bembéla est à l’image de la forte pression anthropique que subit la zone savanicole ivoirienne, qui s’avère être très propice au développement des cultures. En outre, les transformations constatées dans l’utilisation des terres montrent le développement et l’intérêt accordé aux cultures récentes.

Conclusion

Il est à noter au terme de cette étude, que l’analyse cartographique et statistique de l’occupation du sol dans la sous-préfecture de Bondoukou révèle les traits caractéristiques de la trame du paysage de cette circonscription administrative du Nord-est ivoirien. Cette analyse donne un aspect de la situation générale de l’occupation du sol au sein de ladite sous-préfecture. La superficie globale de l’espace étudié est estimée à 74 464 ha. Elle se compose de six principales classes d’occupation du sol disséminées sur toute l’étendue du territoire. L’état de l’occupation du sol présente un paysage constitué par les espaces naturels et les espaces humanisés. On y rencontre des savanes, de la forêt dense sèche, des cours d’eau, des cultures pérennes, des localités/sol nus et des champs/jachères. Les cartes d’occupation du sol de 1986 et 2015 indiquent la répartition et l’intensité de l’occupation du sol dans ladite localité. L’occupation du sol dans la sous-préfecture obéit à la règle générale de la distribution disséminée. Les différents types d’occupation du sol sont répartis sans ordre précis sur tout le territoire. Du nord au sud et de l’est à l’ouest, nous rencontrons les affectations du sol propres à cet espace d’étude. Les espaces naturels se rencontrent généralement au nord et à l’est, à l’ouest et au sud de la sous-préfecture. Les cultures pérennes se développent au nord et à l’ouest. Les champs et les jachères se pratiquent plus au centre et à l’est de la sous-préfecture. Les résultats obtenus ont été rendus possibles par la télédétection et le SIG, qui permettent le traitement croisé des données spatiales multi-sources comme les images satellitaires, les cartes d’occupation du sol et les enquêtes de terrain. L’analyse statistique indique que la sous-préfecture connaît une forte pression anthropique et une augmentation des espaces humanisés, et ce, au détriment des espaces naturels. Les savanes ont fortement régressé entre 1986 et 2015, passant de 36% à 11%. Tandis que les espaces cultivés sont passés de 40% à 55%.

Face aux pressions humaines exercées sur le milieu naturel, il est nécessaire de suivre l’évolution du milieu à travers des analyses diachroniques basées sur l'utilisation des données multi-sources et multi-dates permettant de saisir l'ensemble des changements intervenus.

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Auteur(s)


Masterand, Institut de Géographie Tropicale / Université Félix Houphouët Boignyolivierk475@gmail.com

Maître-Assistant, Institut de Géographie Tropicale / Université Félix Houphouët Boignydr.nkful8@yahoo.fr

Maître-Assistant, Institut de Géographie Tropicale / Université Félix Houphouët Boignykoukougnon74@yahoo.fr

Droit d'auteur


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