Industries et urbanisation

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Industries et urbanisation à Abidjan sud (Abidjan-Côte d’ivoire)

1Akoissi Ida Natacha YAO-ASSAHI, 2Kouassi Paul ANOH

Résumé :


Après l’indépendance, la Côte d’Ivoire a su développer une économie industrielle grâce aux matières premières dont elle dispose. Cette industrialisation a engendré une forte immigration à Abidjan Sud et une rapide urbanisation. Toutefois, la non maîtrise de l’urbanisation a chamboulé tous les programmes préétablis au point qu’où aujourd’hui le paysage urbain d’Abidjan Sud se particularise. Pourtant avant l’indépendance, Abidjan avait un modèle de planification bien structuré. Industries et habitations cohabitent sans tenir compte des dangers que cela représente tant pour la population que pour l’environnement. Cette étude vise à mettre en évidence l’impact de la non maitrise des planifications urbaines sur les zones industrielles d’Abidjan Sud. L’étude repose sur une recherche documentaire, une géolocalisation des industries avec un GPS et des entretiens. Il ressort qu’il y a un maillage entre les zones industrielles et les habitations à Abidjan Sud. Cependant, il n’existe donc aucune zone de servitude entre les zones industrielles et les habitations.
Mots clés : Abidjan Sud, industries, urbanisation, zones industrielles

 

 

Introduction

La Côte d’Ivoire s’est investie dans le secteur agricole dès l’indépendance. Car elle a hérité d’une économie de plantation depuis la colonisation et d’un port en 1950. Dans un souci de diversification des bases de son économie, elle s’est donc orientée vers le secteur secondaire : l’industrie. Cela, grâce à la production de matières premières telles que le palmier à huile, le coton, le café, le cacao… La création du port va accentuer le développement de cette activité industrielle dans toute la zone d’Abidjan Sud. Ce qui va marquer le point de départ d’une industrialisation rapide en Côte d’Ivoire. Or, les fonctions de distribution des zones industrielles répondent à des principes particuliers comme le confirme le géographe A. Dubresson (1989, p.197) : « La distribution des activités manufacturières au sein de l'espace urbain est caractérisée par le poids considérable des zones industrielles, dans toutes les villes d'Afrique occidentale ». Ainsi, les zones industrielles occupent une place de choix au niveau économique. Elles constituent le berceau du développement de l’industrie d’où leur importance stratégique et la place de choix qu’elles occupent dans le cadre des politiques de développement industriel (Ministère de l’industrie et des mines, 2014, p. 1). Toute cette dynamique industrielle créatrice d’emploi va être couplée à une rapide urbanisation mal maîtrisée à Abidjan compromettant ainsi tous les plans d’urbanisme préétablis. Or, le développement du tissu industriel entraîne toujours un accroissement des risques causés par l’essor et la transformation des activités industrielles et leur imbrication dans le tissu urbain. Toutes ces pratiques justifient la non maitrise de l’urbanisation à un moment donné. D’où l’intérêt d’établir un diagnostic de l’espace urbain industriel actuel. Ainsi, quel impact la non maitrise de l’urbanisation a entrainé dans le paysage industriel à Abidjan Sud ? Cette étude vise à mettre en évidence l’impact de la non maitrise des planifications urbaines sur les zones industrielles d’Abidjan Sud. De façon spécifique, il s’agit d’établir la géographie des industries et montrer l’impact du non-respect des planifications urbaines préétablies dans les zones industrielles

1.Outils et méthode

1.1. Présentation et localisation de la zone d’étude

Notre investigation a porté sur les industries situées dans toute la zone d’Abidjan Sud précisément dans les zones industrielles de Koumassi, Marcory, Treichville et Port-Bouët et sur l’organisation de l’espace industriel (carte 1).

Carte 1 : Localisation de la zone d’étude

1.2. Outils

Notre outil était le GPS (Global Positioning System) afin d’avoir les coordonnées géographiques des établissements industriels.

1.3. Techniques et collecte de données

La base d’analyse de cette étude tire son fondement de la théorie de localisation (Walter Christaller, 1933) qui tente d’expliquer la distribution des activités industrielles dans l’espace géographique à travers la théorie des lieux centraux. La théorie des lieux centraux permet de mieux cerner le dispositif urbain. La collecte de données s’est faite en deux phases : la recherche documentaire et l’enquête de terrain. La recherche documentaire a été faite à l’IRD (Institut de Recherche pour le Développement), au CIAPOL (Centre Ivoirien Anti-pollution), à l’IGT (Institut de Géographie Tropicale), à l’INS (Institut National de la Statistique), à la chambre de commerce et d’industrie et au BNETD (Bureau National d'Etudes Techniques et de Développement). Elle a permis d’avoir des statistiques sur les industries, l’historique des planifications urbaines et des zones industrielles. Les fonds de cartes proviennent du Comité National de Télédétection et d’Information Géographique (CNTIG). Concernant l’enquête de terrain, une géolocalisation des industries et des zones vulnérables avec un GPS (Global Positioning System) a été nécessaire au cours de l’observation.

Les différents entretiens avec le ministère de la construction et de l’urbanisme, ainsi que de celui de l’industrie et des mines ont permis de comprendre la logique de planification des zones industrielles dans le processus de l’urbanisation de la ville d’Abidjan et les facteurs de la colonisation des espaces autour des zones industrielles.

Sur un total de 586 établissements industriels à Abidjan Sud (CIAPOL, 2012) qui varient selon leur nature, leur taille et surtout l’importance de leurs activités, les collecteurs et pré- collecteurs représentaient 1,02%, les carrières (1,02 %), les entrepôts (29,86 %), les garages (7,51 %), les boulangeries (0,68 %) et les industries (47,78 %). Ainsi, toutes les industries ont été visitées en vue d’actualiser la base de données. Au terme de la collecte de données, le logiciel Excel a servi à l’analyse et l’obtention des tableaux tandis qu’Arc GIS a été utilisé pour la réalisation des cartes.

2. Résultats

2.1. Une concentration des industries à Abidjan Sud

Il ressort de notre enquête de terrain que, 317 industries sont localisées et réparties dans les communes d’Abidjan Sud comme suit : Port-Bouët (35,65%), Koumassi (29,65%), Treichville(19,55 %), Marcory(15,14%). On constate que la zone industrielle de Port-Bouët concentre le plus grand nombre d’industries tandis que celle de Marcory détient le plus faible comme le présente la carte 2.

Figure 2 : Localisation des industries à Abidjan Sud

 

2.2. Répartition des industries selon le type d’activité

La classification des industries selon le type d’activité économique permet de dénombrer des catégories d’industries qui sont des industries chimiques, agro-alimentaires, minières et textiles (carte 3).

Figure 3 : Classification des industries par type d’activité

Il ressort de l’analyse de la figure 3 que nous avons une forte concentration d’industries minière (32,1%) à Abidjan Sud. Elles sont suivies des industries non identifiées (21,76%), des industries chimiques (19,87%), des industries agro-alimentaires (16,71%) et des industries textiles (9,46%). Concernant la répartition des industries par type d’activité (figure 4), il ressort que la commune de Marcory détient la plus faible concentration industrielle avec une forte présence d’industries minières (41,67%) et se partage pratiquement les mêmes concentrations que les industries textiles, minières et agroalimentaires (18,75%). Toutefois c’est à Marcory que l’on note le taux le plus faible des industries non identifiées (04,16%). La zone industrielle de Koumassi dispose d’une part importante des industries chimiques (23,40

%) et d’une part faible des industries agroalimentaires (03,19 %). Cependant, c’est à Koumassi que l’on note le taux le plus élevé des industries non identifiées (46,81%). La commune de Treichville concentre un taux élevé des industries agroalimentaires (38,71%) et un faible taux d’industries textiles (06,45 %).

 

Figure 4 : Répartition des industries par type d’activité

La commune de Port-Bouët concentre une forte densité des installations industrielles et un taux élevé des industries minières (46,90 %). Il s’agit des industries de gaz, de pétrole, d’électricité. Ce qui fait de la zone industrielle de Port-Bouët le siège des industries lourdes donc une zone très sensible en matière de risques industriels. La zone industrielle de Port- Bouët détient un faible taux d’industries textiles (03,54%). Aussi, se partagent-elles plusieurs quartiers précaires où vivent toutes ces personnes travaillant dans les industries. Cette forte présence des habitations accroît la vulnérabilité des populations (tableau 1).

Tableau 1 : Estimation de la densité des populations en 2008 et 2018 à partir de la densité de 1998

Commune Quartier Densité 1998 Densité 08 Densité 18
Koumassi Zone industrielle 115,76 187,53 303,80
Koumassi Prodomo 288,27 466,99 756,53
Marcory Zone 4C 37,80 61,23 99,19
Port-Bouët Derrière wharf 254,32 412,00 667,44
Port-Bouët Camp douane 256,96 416,26 674,34
Port-Bouët Vridi plage 22,69 367,75 59,54
Port-Bouët Vridi canal 432,37 700,43 1134,70
Port-Bouët Petit-Bassam 121,17 196,30 318,02
Treichville Zone industrielle 06,76 10,95 17,74
Treichville Zone portuaire 12,29 19,91 32,26

Source : INS, 1998

C’est en zone 4 qu’on rencontre les densités de populations les plus faibles. Toutes ces industries sont régies par une réglementation selon le Code de l’Environnement à travers la loi n°96-766 du 3 octobre 1996. Cette réglementation permet de faire une classification des industries.

 

2.3. Classification des industries selon la réglementation

Les activités relevant de la législation des installations classées sont énumérées dans une nomenclature. Ainsi, en Côte d’Ivoire, la nomenclature les classe en deux régimes. Celle-ci les soumet soit à un régime d’autorisation, soit à un régime de déclaration en fonction de l’importance des risques ou des inconvénients que peuvent être engendrés l’activité industrielle. La Côte d’Ivoire dispose d’une loi portant code de l’environnement depuis le 03 octobre 1996 dans lequel une classification des industries est établie en fonction des dangers que ceux-ci représentent sur l’environnement et la santé.

 

2.3.1. Les industries soumises à autorisation

Selon l’article 3 du même code, l’autorisation ne peut être accordée que si les dangers ou inconvénients peuvent être prévenus par l’exécution des mesures spécifiées par arrêté du ministre chargé de l’environnement. Ainsi les installations soumises à autorisation sont celles qui présentent des dangers et inconvénients les plus importants. Il s’agit des risques d’incendie, d’explosion, de pollution de l’air, de l’eau et du sol qui affectent les populations et l’environnement. En effet, lorsque le plan d’urbanisme prévoit des zones destinées au logement, les installations soumises à autorisation ne peuvent s’y installer. Toutefois, en cas de non-respect de cette norme conduisant à la présence de logement auprès des installations soumises à autorisation, seules peuvent être autorisées les modifications qui n’aggravent pas les dangers ou inconvénients résultant de leur fonctionnement pour le voisinage. Ainsi sur 317 industries, 75 sont soumises à autorisation donc 23,66% des industries répertoriées avec une forte concentration de ces industries à Port-Bouët (61,33%) tandis que Treichville et Koumassi se partagent 13,33% et Marcory 12% des industries (figure 5).

 

2.3.2. Les industries soumises à déclaration

Les industries soumises à déclaration sont les installations qui bien que ne présentant pas de graves dangers ou inconvénients doivent néanmoins respecter les prescriptions générales édictées pour toutes les installations, en vue de la protection des intérêts mentionnés à l’article 1er du décret du 20 octobre 1926. De ce fait, 242 industries sont soumises à déclaration c’est près de 76,34% d’industries. Ce sont de fortes concentrations qu’on observe dans pratiquement toutes les communes d’Abidjan Sud (figure 5).

Figure 5 : Répartition des industries selon la réglementation

 

2.4. Un paysage urbain industriel, fruit d’une planification mal maîtrisée

2.2.1. Historique de la planification urbaine

Avant l’indépendance, Abidjan a été un modèle de planification à travers les premiers schémas directeurs de planification. Il y a eu le plan du Prey de 1928 qui a renforcé la séparation entre quartiers européens et quartiers africains existants déjà sur le terrain, en fixant et en délimitant les zones d’activité et de résidence selon le modèle colonial de la ville ségrégée. Le rapport Hoyez de 1939, a pris en compte les données physiques et le choix d’une organisation partielle de la ville. Enfin, le plan BADANI de 1948 commandé dans la perspective du percement du canal de Vridi et approuvé en 1952, repose sur le développement du Port et des zones industrielles de Petit-Bassam, des zones 3 et 4 industrielle et résidentielle à la fois. Après l’indépendance, d’autres plans ont été mis en place. Ce sont les schémas directeurs de 1969, 1985 et de 1998. Au cours des années 1970, la limitation d’espace consommable disponible à Vridi, associée à la recherche de l’équilibre de distribution entre aires d’emplois et d’habitation ont favorisé la création, l’aménagement, l’entretien et l’extension ou le développement des zones industrielles de Koumassi et de Yopougon par la SETU (Société d’Etat chargé de l’équipement des terrains urbains).

 

2.2.2. Etat actuel de l’urbanisation autour des zones industrielles à Abidjan Sud

Tous les schémas n’ont pas été suivis car ils se sont révélés très vite caducs suite à une urbanisation très rapide. Aujourd’hui, industries et habitats se partagent les espaces. Car plusieurs quartiers précaires se sont développés dans les zones industrielles de Treichville, de Koumassi et de Port-Bouët. Il s’agit du quartier Innoh dans la zone industrielle de Treichville, des quartiers Soweto et de Yapokro dans le secteur de Prodomo (Koumassi) ainsi que des quartiers de Vridi village, petit Bassam, de Vridi Canal et de Zimbabwe à Port-Bouët sous le regard des ministères de l’industrie, de la construction et de l’environnement (figure 7). Ce qui montre un problème réel de gestion quotidienne d’infrastructures industrielles.

Figure 7 : Répartition des quartiers illicites dans les zones industrielles d’Abidjan Sud

Par exemple, dans la zone industrielle de Koumassi, dans le quartier Soweto et à Vridi aux environs de la SIR, plusieurs bâtiments sont sortis de terre au point où il n’y a plus de zone de servitude d’utilité publique (SUP). En fait, il s’agit de limitations administratives au droit de propriété, instituées par l’autorité publique dans un but d’utilité publique. Les SUP s’imposent aux documents d’urbanisme. La servitude ne peut affecter que le voisinage des installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE) susceptibles de créer des risques importants pour les populations du fait des risques d'explosion ou d'émanation de produits nocifs (directive SEVESO 3). Les servitudes d'utilité publique sont également applicables pour les risques supplémentaires créés par une installation nouvelle sur un site existant ou par la modification d'une installation existante nécessitant la délivrance d'une nouvelle autorisation. Cette absence de servitude favorise le maillage entre habitats et industries (photo 1).

Photo 1 : Absence de servitude d’utilité publique entre habitations et industries dans la zone industrielle de Koumassi

 

3. Discussion

L’étude a montré qu’il y a un maillage entre les zones industrielles et les habitations à Abidjan Sud. Cependant, il n’existe aucune zone de servitude entre les zones industrielles et les habitations. La dynamique urbaine a engendré une cohabitation entre habitats et industries sous le regard impuissant des acteurs qui ne disposent pas de textes ni de force de coercition pour rétablir le désordre actuel. Les résultats de cette étude sont dans l’ensemble analogues à ceux obtenus par d’autres auteurs. Le développement industriel a entrainé la forte concentration des industries dans les zones industrielles à Abidjan Sud. Ces résultats viennent confirmer ceux de certains auteurs. A. Dubresson (1983, p. 89) révèle que la distribution des activités manufacturières au sein de l'espace urbain est caractérisée par la très forte représentativité des zones industrielles lesquelles regroupent 90,7% des établissements productifs de l'agglomération abidjanaise. Pour B. J. Tapé (2004, p. 508), la présence de ces industries constitue un avantage pour l’outil portuaire car elles génèrent des profits à travers le fret régulier et stable ce qui le met à l’abri de la concurrence des ports voisins. Les localisations industrielles sont largement dépendantes des choix effectués avant les indépendances. Cela se justifie par les nombreuses planifications effectuées avant les indépendances accordant une place aux zones industrielles dont le plan BADANI. Y. Gnamba (2014, p. 39) note que malheureusement, le plan BADANI, pour avoir accordé le primat aux zones industrielles, se révèle insuffisant. Il souligne que : la SIHCI et la SUCCI s’adressent essentiellement aux élites européennes ; pour les autres, le problème de pénurie des logements demeure, entraînant le développement d’un habitat spontané à Port-Bouët, Vridi et à Bramakouté notamment. A. Yapi-Diahou (2000, p. 2) souligne que les zones 1, 2, 3 et 4 étaient prévues jouant deux fonctions ce qui explique ce maillage entre habitations et industries. Ainsi qu’il le dit : « Bien souvent, les premières zones industrielles combinèrent les fonctions de production et de diffusion qu'elles combinèrent avec la fonction de résidence, comme ce fut le cas des Zones dites 2, 3, et 4 à Abidjan. Cette fonction résidentielle demeure toujours ». Confirmant le poids de l’industrie lourde à Vridi, A. Dubresson (1988, p. 102) écrit : la zone de Vridi dans sa fonction d’accueil pour les "industries lourdes liées aux trafics lagunaire et portuaire" en tenant compte des entreprises existantes (raffinerie de pétrole, dépôts d'hydrocarbures) et des programmes d'investissements, on adopte une trame formée d'îlots de 400 m de largeur et 570 m de longueur, ce qui, outre la possibilité d'offrir de vastes lots. Par ailleurs, l’Article 43 souligne que « Sont soumises à autorisation, les installations qui présentent les dangers ou inconvénients visés à l'article 6 du présent Code. Elles ne peuvent être ouvertes sans une autorisation préalable délivrée dans les conditions fixées par décret sur demande de l'exploitant. Sont soumises à déclaration, les installations qui, bien que ne présentant pas de tels dangers ou inconvénients, doivent néanmoins respecter les prescriptions générales édictées par l'autorité compétente en vue d'assurer la protection des intérêts visés à l'article 6(Code de l’Environnement Loi n°96-766 du 3 octobre 1996 p.10-11).

La zone de Vridi a donc été aménagée pour accueillir les industries lourdes et ne devrait pas avoir la fonction de résidence. Aujourd’hui, la zone de Vridi regorge des densités de populations très élevées ce qui entraine un dysfonctionnement de l’espace industriel. D’autres auteurs ont analysé ces dysfonctionnements à travers les installations illicites notamment A. Yapi-Diahou (2000, p. 1) qui établit le constat selon lequel : « Aujourd’hui, autour de ces zones industrielles se sont bâtis des quartiers illicites. Certains sont bien antérieurs aux zones industrielles, d'autres leur ont survécu en dépit des clauses des cahiers de charges appelant à leur destruction, ou sont nés après les zones industrielles, et résistent aux injonctions des collectivités publiques, État et communes, qui, martelant l'illégalité de ces quartiers, invitent les "fondateurs" à libérer les terrains qu'ils occupent ».

Il souligne que ces quartiers se créent sur les marges réservées à l'extension des zones d'activités. Et leurs présences constituent un défi aux plans d'urbanisme, aux clauses des cahiers de charges, et par conséquent aux divers groupes d'intérêts concernés par le sort des aires d'activités : pouvoirs publics, intérêts privés, communautés de quartiers, communautés dites coutumières et parfois groupes de pressions « para coutumier ». Cela justifie la non maîtrise de l’urbanisation à un moment donné en Côte d’Ivoire et surtout l’absence de cadre réglementaire fiable et opérationnel pour l’inspection et le contrôle des zones industrielles ; conséquence de l’inexistence de périmètre de sécurité entre ces industries et ces quartiers augmentant ainsi la vulnérabilité de ces habitants. Le Ministère de l’Urbanisme étant bien conscient de leur présence les ignore car ne figurant pas dans les programmes directeurs. Aussi, aucun texte n’existe véritablement définissant les périmètres de sécurité entre les quartiers industriels et les quartiers d’habitations. Le Ministère de l’Industrie qui était censé l’avoir, ne s’est pas encore doté de textes réglementaires, outil indispensable pour mener à bien cette mission. Toutefois, l’installation de ses nombreux quartiers illicites autour des quartiers industriels accroît la vulnérabilité de la population. Au fur et à mesure que la Côte d’ Ivoire développe des industries et attire les investisseurs, davantage de risques sont à craindre si rien n’est fait dans le cadre de la mise en place de l’amélioration de ce cadre réglementaire.

 

Conclusion

La Côte d’Ivoire dispose d’une forte concentration d’industrie, réparties dans la partie Sud et Nord de la ville d’Abidjan. Ces industries sont classées par types d’activités et reparties sur l’ensemble du territoire. Certaines industries sont classées selon la réglementation et selon le degré de dangerosité de l’activité. L’industrialisation en Côte d’Ivoire s’est effectuée rapidement et a créé des emplois faisant de la ville d’Abidjan un pôle d’immigration des populations à la recherche d’un bien-être. Ainsi, l’industrialisation de la ville d’Abidjan a entraîné la non maîtrise de l’urbanisation bouleversant tous les programmes d’urbanisation prédéfinis avant l’indépendance dont Abidjan avait bénéficié. Aujourd’hui, les quartiers industriels se partagent les quartiers d’habitation sans tenir compte des risques que cela représente pour ces populations. Notons que la plupart des quartiers d’habitations sont des installations illicites qui constituent aujourd’hui un problème. Aussi, aucun texte ne définit véritablement le périmètre de sécurité réel existant entre les habitations et les zones industrielles. Tous ces facteurs justifient l’état des lieux des industries à Abidjan et accroît le risque industriel précisément dans la zone de Vridi, siège de l’industrie lourde qui concentre une forte densité de la population.

 

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Auteur(s)


1Doctorante, Institut de Géographie Tropicale (IGT), Université Félix Houphouët-Boigny, Abidjan, Côte d’Ivoire, yassahida@yahoo.fr

2Professeur Titulaire, Institut de Géographie Tropicale (IGT), Université Félix Houphouët-Boigny, Abidjan, Côte d’Ivoire, anohpaul@yahoo.fr

Droit d'auteur


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