Dynamique spatiale et caractérisation de la flore d’un écosystème urbain : exemple de la forêt classée de Mbao

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Spatial dynamics and characterisation of the flora of an urban ecosystem: example of the classified forest of Mbao

Mor FAYE

Université Gaston Berger de Saint-Louis-Sénégal Courriel : faye.mor1@ugb.edu.sn

Khadim NGOM

Consortium d’entreprise (CDE) Couriel : khadim99ngom@gmail.com

Résumé :

L’homme a toujours exercé une action sur la nature pour la satisfaction de ses besoins. Ainsi, l’homme de par ses activités modifie son espace ainsi que son environnement. Conscient des impacts des activités humaines sur l’environnement, des politiques ont été admises par les autorités pour prévenir les conséquences de la dégradation de l’environnement et des ressources naturelles. Ainsi, la politique de valorisation et de conservation des ressources forestières est reconnue comme un enjeu majeur dans les politiques de développement socioéconomique. L’Afrique Occidentale Française (AOF) a connu cette politique pendant l’époque coloniale. Des forêts ont été aménagées pour la préservation des ressources forestières et pour garantir un avenir durable des écosystèmes forestiers. La forêt classée de Mbao entre dans ce sens, elle est l’un des poumons verts de la région de Dakar. Cependant, elle subit des pressions qui anticipent sa dégradation. Ces pressions sont le maraîchage, la mise en place d’infrastructures d’envergure, induite par une urbanisation sans cesse croissance de la capitale du Sénégal. L’objectif de cette contribution est de montrer les différentes pressions et leurs conséquences sur un écosystème urbain qui est la forêt classée de Mbao. La préservation de cette forêt reste un enjeu capital car elle reste l’un des poumons verts dans la région de Dakar. Elle aussi apporte une contribution sur l’évolution spatiale et floristique de la forêt classée de Mbao. En plus, elle cartographie l’évolution spatiale de la forêt et analyse les impacts des activités socio-économiques sur la forêt et enfin d’expliquer les techniques développées pour la gestion de la forêt classée de Mbao. La méthodologie repose sur des outils et méthodes. Elle se décline en collecte et exploitation de données, téléchargement et traitement (classification) d’image satellitaires et consultation de la documentation existante. Les résultats obtenus montrent une évolution spatiale de la forêt et une menace des aménagements dus à l’extension et l’urbanisation. Ils montrent par ailleurs, que les activités de cueillette et de maraîchage sont des facteurs dégradants de la forêt.

Mots clés : Mbao, dégradation, forêt classée, dynamique spatiale, flore

Spatial dynamics and characterisation of the flora of an urban ecosystem: example of the classified forest of Mbao

Abstract

Man has always acted on nature to satisfy his needs. Thus, man, through his activities, modifies his space as well as his environment. Aware of the impacts of human activities on the environment, policies have been accepted by the authorities to prevent the consequences of environmental degradation and natural resources. Thus, the policy of valorisation and conservation of forest resources is recognised as a major issue in socio-economic development policies. French West Africa (AOF) experienced this policy during the colonial era. Forests were developed to preserve forest resources and to guarantee a sustainable future for forest ecosystems. The classified forest of Mbao is one of the green lungs of the Dakar region. However, it is subject to pressures that anticipate its degradation. These pressures are market gardening, the establishment of large-scale infrastructures, induced by the ever- growing urbanisation of the Senegalese capital. The objective of this contribution is to show the different pressures and their consequences on an urban ecosystem, which is the classified forest of Mbao. The preservation of this forest remains a key issue as it is one of the green lungs of the Dakar region. It also contributes to the spatial and floristic evolution of the classified forest of Mbao. In addition, it maps the spatial evolution of the forest and analyses the impacts of socio-economic activities on the forest and finally explains the techniques developed for the management of the Mbao classified forest. The methodology is based on tools and methods. It includes data collection and exploitation, downloading and processing (classification) of satellite images and consultation of existing documentation. The results obtained show a spatial evolution of the forest and a threat of development due to extension and urbanisation. They also show that gathering and market gardening activities are degrading factors for the forest

Key words : Degradation, classified forest, Mbao, spatial dynamics, flora

Introduction

Les programmes de création et de protection des forêts à proximité des villes en Afrique Occidentale Française (AOF) ont été lancés par les autorités coloniales (PAFCM, 2008 p.40). Au Sénégal, la politique de conservation des ressources forestières a débuté dans les années 1930 et s’est poursuivie après les indépendances (République du Sénégal, 2018, p. 2).

Le domaine forestier du Sénégal comprend un domaine classé et un domaine protégé. Le Sénégal compte environ 213 forêts classées réparties dans les différents domaines phytogéographiques du pays (Daniel André, 2018 p. 5). Elles jouent un rôle très important dans la conservation de la végétation, de la flore et de la faune. Leur superficie est estimée à 6 240 000 hectares dont environ 1 500 000 ha pour les réserves sylvo-pastorales et 1 980 000 ha pour les zones d’intérêt cynégétique (FAO, 2020 p. 23). Le périmètre de Mbao a été classé le 07 mai 1940. Il a une superficie de 815 ha. Toutefois, l’immatriculation des terrains qui composent la forêt de Mbao date de novembre 1908 (PAFCM, 2008, p. 5).

Les forêts au Sénégal sont d’une manière générale très dégradées du fait des feux de brousse répétitifs, de l’envahissement des terres agricoles lié à la pression des marabouts, des populations riveraines et de l’exploitation clandestine, etc. D’après la FAO (2005, p. 56), le Sénégal connaît une régression d’environ 45 000 ha par an, dont 11 000 ha de forêt primaire. A l’image du Sénégal, du fait de la croissance urbaine de la ville de Dakar, la forêt classée de Mbao subit de fortes pressions. Les projets d’aménagement, d’urbanisation et l’exploitation de la forêt par les populations riveraines ont entrainé une réduction du périmètre forestier et une importante dynamique floristique de la forêt classée de Mbao.

La connaissance de l’évolution spatiale et environnementale de la forêt permettra de mieux contrôler l’exploitation et de mieux considérer cet espace, dans une perspective de développement durable. Conscient des impacts des activités humaines sur l’environnement, une politique de valorisation et de conservation des ressources forestières est reconnue comme un enjeu majeur dans les politiques de développement socioéconomique.

La forêt de Mbao subit des pressions dues à la croissance urbaine de Dakar qui a entrainé le passage de certaines infrastructures telles que l’autoroute à péage, le Train Express Régional (TER) et l’installation d’industries et d’entrepôts dans la forêt. Certaines parties sont, également, grignotées par les promoteurs immobiliers. Ce qui fait qu’aujourd’hui, elle garde toutes les caractéristiques d’une forêt anthropique avec sa population végétale naturelle remplacée par des plantations exotiques, les activités agricoles intenses et une forte présence d’infrastructures publiques.

La forêt classée de Mbao est ceinturée par des communes en pleine extension maintenant dépourvus ou disposant de peu de réserves foncières. Ainsi, elle fait objet de convoitise de la part de la population, des promoteurs immobiliers et des autorités. De surcroît, l’extension des routes et l’installation d’industries dans le périmètre de la forêt compromettent la biodiversité. En effet, le périmètre de la forêt classée de Mbao a connu une régression de plus de 103 hectares depuis son classement (Sources ?). Toutes les pressions subies par la forêt de Mbao pose le problème de sa la dynamique spatiale et l’évolution floristique restent mal connues. Il est donc

important et urgent d’analyser de manière plus approfondie l’évolution de la superficie et celle floristique de la forêt classe de Mbao. La question générale qui structure cette étude est : quelles sont les principales activités qui menacent les ressources de cet espace protégé dans la capitale sénégalaise ?

L’objectif général de cette étude est par conséquent d’appréhender la dynamique spatiale de la forêt et de sa population floristique.

1.    Méthodologie

1.2   . Localisation de la forêt classée de Mbao

La forêt classée de Mbao est située dans le département de Pikine dans la commune de Mbao, Région de Dakar. Elle est limitée au Nord par les quartiers de Boune, Darou Misseth et Médina Kell. Au Sud, la forêt est limitée par les communes de Petit Mbao et Grand Mbao, à l’Est par Kamb et Keur Mbaye Fall. Enfin à l’Ouest par la Route Nationale N°1 et les bretelles de Petit Mbao et Fass Mbao (PAFCM, 2008, p. 3)

La forêt classée de Mbao est à la frontière entre la commune de Keur Massar et Diamaguene Sicap Mbao. La forêt appartient à la commune de Mbao depuis 1996.

Toujours dans le sens d’ouest en est, l’autoroute à péage a également traversé la forêt classée, ce qui va contribuer à renforcer l’accessibilité tout en constituant des facteurs susceptibles de saper l’intégrité de celle-ci. La forêt est aussi traversée du nord vers le sud par la route reliant Keur Massar à la RN1. La carte 1 ci-dessus montre la situation de la forêt de Mbao dans la région de Dakar.

Carte 1: Situation de la forêt de Mbao dans le département de Pikine

Carte 2: Situation de la forêt de Mbao par rapport aux Communes

La forêt de Mbao a été classée le 7 mai 1940 par l’Arrêté 979 SE/F (ANSD, 2016, P 74). Les plantations ont débuté en 1918 avec du filao (Casuarina equisetifolia), dans le but de fixer et de protéger le périmètre. Pour la conservation et la préservation de la biodiversité plusieurs espèces furent introduites dans la forêt entre 1940 et 1955 : Eucalyptus camadulensis, Prosopis juliflora, Anacardium occidentale etc. C’est dans cette optique que la forêt de Mbao a été classée le 7 mai 1940 par l’Arrêté 979 SE/F (ANSD, 2016, P 74). Les plantations ont débuté en 1918 avec du filao (Casuarina equisetifolia), dans le but de fixer et de protéger le périmètre. Pour la conservation et la préservation de la biodiversité plusieurs espèces furent introduites dans la forêt entre 1940 et 1955 : Eucalyptus camadulensis, Prosopis juliflora, Anacardium occidentale etc.

1.2.  La collecte de données

Pour se faire, une visite a été effectuée dans la forêt classée de Mbao pour rencontrer des agents des eaux et forêt et des acteurs dans les secteurs d’activités de la cueillette et de maraîchage qui ont émis des réponses et des éclaircissements dans certaines de nos interrogations. En effet, on a collecté des données dans les sites. Elles concernent les activités de cueillette, les différentes spéculations dans le maraichage etc. Earth Explorer, Google Earth ; ont permis d’acquérir des images satellitaires et enfin la consultation d’une documentation (rapports gouvernementaux et d’ONG et mémoire dans le domaine) ou tout autre donnée utile à cette étude.

La collecte par téléchargement et le traitement de données raster a concerné des images de Landsat 8 qui ont été téléchargées sur la plateforme Earth Explorer et Google Earth.

1.3.  Le traitement des données

Les données surtout cartographiques ont fait l’objet de traitement pour en faciliter l’interprétation. Ainsi grâce au logiciel de traitement d’image (télédétection) Envi 5.3.1, les images Landsat 8 ont été classifiées et traitées avec un niveau de précision de 30 mètres. Le logiciel ArcMap de ArcGIS 10.5 a ensuite été utilisé pour la cartographie et calculs de superficies pour chaque catégorie.

Le logiciel Excel 2016 a été utilisé pour créer des diagrammes et des tableaux synthétiques. La figure (Numéro 1) ci-dessus synthétise la démarche méthodologique adoptée. Elle montre les différentes étapes pour aboutir aux résultats et analyses.

Figure 1 : Démarche méthodologique

2.    Résultats

2.1  La dynamique spatiale dans la forêt classée de Mbao

L’occupation du sol est une variante fondamentale dans le cadre d’une étude d’évolution d’un espace forestier. Cette étude s’attèle donc à faire comprendre la disposition et la répartition des espèces dans la forêt entre les années 2000 et 2020.

La Forêt Classées de Mbao en 2000

La carte 2 présente l’état de dégradation de la forêt de Mbao. En effet, elle est dégradée avec une très grande proportion présentée ici comme des sols nus et de savanes dégradées. Ceci peut se justifier par les activités de production effectuées dans la forêt, notamment le maraîchage, l’agriculture saisonnière, le pâturage.

Carte 3 : L’occupation des sols de la Forêt Classées de Mbao en 2000

Les principales causes de la dégradation de la forêt sont aussi les activités de prélèvement et les feux de brousse. Il y a aussi une présence de bâtis surtout dans la partie sud, sud-ouest ce qui ne favorise pas la végétation. Sur cette carte, la végétation est répartie de manière sporadique. Ce qui laisse apparaitre clairement que les végétaux sont répartis en groupe et parfois d’espèce un peu isolé dans le périmètre de la forêt. Le traversé de routes aussi participe grandement à la dégradation de la forêt. Il s’agit de l’emprise de l’autoroute à péage.

 Forêt Classées de Mbao en 2020

La carte numéro 4 présente l’empiètement de la forêt. En effet, le passage de l’Autoroute à péage, le tracé du Train Express Régional (TER), la route nationale et l’installation d’usines et d’entrepôts dans l’enceinte du principal poumon vert de Dakar ont disséqué la forêt classée. Malgré son statut juridique d’espace protégé, on note la diminution de son périmètre depuis des décennies.

Carte 4 : L’occupation des sols de la forêt classée de Mbao en 2020

Pour l’implantation de l’autoroute une superficie de 35 hectares a été déclassée de la forêt. La libération des emprises a entrainé aussi une perte des surfaces forestières.

En conséquence, avec le passage de l’autoroute à péage dans la forêt de Mbao, il a été proposé un plan de gestion environnementale et sociale (PGES) dans l’étude d’impact environnemental et social du projet d’autoroute (EIES)1. En effet, pour maitriser la gestion de la forêt de Mbao, le Plan d’aménagement de la Forêt classée de Mbao (PAFCM) est établi. Le PAFCM fait un diagnostic de l’écosystème et de l’environnement humain de la forêt et définit des propositions d’aménagement en tenant compte des travaux déjà effectués par le conseil régional de Dakar dans le cadre du projet d’aménagement et des différentes activités conduites dans la forêt.

1 www.aps.sn)

2.2.Une diversité des espèces de la flore dans la forêt classée de Mbao

Tableau 2 : Liste des espèces ligneuses et familles rencontrées dans la forêt de Mbao

Source : Ce tableau est obtenu suite au traitement des données de l’inventaire phytoécologique (PAFCM, 2008)

On dénombre dans l’échantillon 26 familles et 57 espèces. Ces espèces sont réparties en 3 strates comme suit: 47 espèces dans la strate 1 d’une hauteur comprise entre 1 et 5 m, 24 espèces dans la strate 2 dont la hauteur comprise entre 5 et 9 m et 16 espèces dans la strate 3 avec une hauteur supérieure à 9 m.

2.2  Activités socio-économiques : une menace pour la forêt

Les activités socio-économiques qui menacent et dégradent la forêt classée de Mbao sont subdivisées en plusieurs catégories :

 Les activités de cueillettes

Les produits de cueillette contribuent à l’alimentation humaine et à la pharmacopée traditionnelle. Les produits alimentaires sont essentiellement les noix et les pommes d’anacarde récoltées par les habitants des villages environnants qui les grillent pour l’autoconsommation ou la vente le long des axes routiers. A cet égard, Mbao était un véritable centre d’approvisionnement. D’importantes quantités de noix et de pommes d’anacarde y sont récoltées dont une large part alimente les marchés locaux ou extérieurs : comme les marchés, « syndicat » de Pikine et de Dakar.

En plus de l’anacarde, les activités de cueillette s’étendaient aussi à des espèces telle que le Maad (Saba senegalensis), le Toll (Landolphia heudolotti), le New (Parinari macrophylla), le Solom (Dialium guineense), le Raat (Combretum glutinosum), le Oul (Parkia biglobosa), l’huile de palme (Eleais guineense), le soump (Balanites aegyptiaca), le Ditax (Detarium senegalense), le Ndiadam (Boscia senegalensis), le Digor (Annona senegalensis).

Photo1 : Fruits d’anacardier

Illustration d’un d’anacardier dans la forêt classée de Mbao (Cliché Ngom 2021)

Les activités de cueillette sont souvent diffuses et dépassent les superficies allouées par le plan d’aménagement de la forêt. Une superficie de 152,05 ha est consacrée à la cueillette et celle-ci est dépassée pour empiéter dans les 150,28 ha consacrés à la conservation de la biodiversité.

Le maraîchage

La forêt de Mbao renferme d’importants bas-fonds traversés dans sa partie Est par le marigot de Mbao. Le maraîchage y est l’activité la plus importante. Il est entrepris dans la forêt par les femmes qui habitent les villages riverains de la forêt classée souvent associées en groupement de femmes pour exploiter leurs jardins maraîchers. Les groupements les plus remarquables sont le groupement de promotion féminin de Keur Mbaye FALL qui bénéficie d’un soutien financier d’une ONG française dénommée « Secours Populaire français » et de l’Union des Femmes pour le Développement de Kamb (UFDK).

Le territoire maraîcher est constitué d’une mosaïque de parcelles de quelques centaines de mètres carrés chacune. Le maraîchage constitue l’activité la plus importante de la forêt grâce au nombre d’individus qui s’y active et les ressources qu’il génère attirent de plus en plus d’acteurs. Il existe 59,78 ha exclusivement réservés au maraîchage. En effet, le maraîchage emploie plus de 750 personnes (enquêtes). Ils viennent de plusieurs quartiers de la capitale. On retrouve une importante communauté d’étrangers venus de la Guinée communément appelés Soussou. Ces derniers sont très souvent des travailleurs saisonniers. Durant l’hivernage, quand l’activité est moins productive, ils vont travailler dans les marchés de la capitale comme mains d’œuvre. La figure 2 montre la proportion de chaque type de culture dans la forêt classée de Mbao.

Figure 2 : Répartition de la production maraichère

Source : enquêtes, 2021

La culture des légumes et la laitue dominent le maraichage dans la forêt classée de Mbao. Elles sont suivies de la culture de menthe et la spéculation la moins présente est l’ognon vert. Cependant, d’autres spéculations sont cultivées dans la forêt mais sont de moindre importance. Il s’agit de la culture de salades, de tomate, la carotte, la pomme de terre les haricots, ognons etc.

Photo 2 : Exploitation maraichère de Fekké Fadj

(Cliché Ngom, 2021)

L’importance du maraichage qui utilise beaucoup de surfaces, l’utisation de produits chimiques et les techniques de culture comme la jachère participe à la dégradation de la forêt.

L’exploitation Forestière

Ce sont des activités très anciennes que la population locale a toujours pratiquées dans la forêt. Elles sont de plusieurs natures mais les plus présentatives sont le ramassage de bois de combustible, de l’herbe de pâturage, la récolte de produits pharmacopées. L’exercice de ces activités est réglementé par les autorités en charge de la gestion de la forêt pour assurer une utilisation rationnelle des ressources de la forêt.

Les productions forestières dont il est question ici concernent les ressources forestières ligneuses comme le bois de feu, les poteaux et perches. En l’absence de bois morts, les riverains coupent les arbres et arbustes. Il a été noté ces derniers temps des opérations de ramassage de à l’aide de coupe-coupe prélevées frauduleusement dans la forêt pour être vendues. Les personnes incriminées sont des charretiers incriminés venus de l’intérieur du pays. En effet, les enquêtes nous révèlent une hausse des contentieux lié à l’exploitation frauduleuse du bois. Ces opérations frauduleuses sont dégradantes pour l’écosystème.

Photo 4 : Femmes ramassant du bois mort dans la forêt de Mbao

(Source : PAFCM, 2008)

La pharmacopée

Au Sénégal et probablement dans les autres pays ouest africains, l’on a constaté un développement important des prélèvements de plantes médicinales. La grande diversité biologique dont la forêt de Mbao faisait l’objet avait fait de cet espace un lieu de récolte de plantes médicinales par excellence. Les plus vieux herboristes et vendeurs de plantes médicinales de Thiaroye ont reconnu que la forêt recelait un important potentiel de plantes. Cependant, elle devient de moins en moins fréquentée du fait de la rareté croissante des espèces les plus recherchées. Les populations riveraines continuent de dénoncer la pression de ces récolteurs de médicaments qui utilisent des techniques de récolte dégradantes et nuisibles à l’écosystème. En effet, ils prélèvent les racines ou écorcent les arbres exagérément de manière à les tuer de progressivement. Avec la raréfaction, les espèces reliques sont surexploitées jusqu’à leur disparition. La récolte n’étant pas organisée, la compétition entre les récolteurs et le souci de se faire des réserves confortables ne permettent plus une régénération correcte des arbres.

Photo 5 : Boutique de vente des produits pharmacopées au marché de Thiaroye

(Cliché Faye, 2021)

En dehors des herboristes, les populations reconnaissent qu’elles prélevaient des parties de plante dans la forêt à des fins de pharmacopée. Cependant depuis quelques années, la dégradation de la forêt ne lui permet plus de jouer grandement ce rôle. L’illustration suivante montre une place de vente de produits pharmacopées issues de la forêt de Mbao (Photo 5). Ils sont exposés au marché préférentiel d’écoulement de Thiaroye. En effet, les produits ligneux, outre leur utilisation dans l’énergie domestique, fournissent des bois de service pour la construction des habitations et l’artisanat.

3.    Discusion

Du fait de son importance et des différents services écosystémiques qu’elle rend, la forêt classée de Mbao a fait l’objet de plusieurs recherches scientifiques. La communauté scientifique dans sa diversité s’est beaucoup intéressée à la cet écosystème urbain de différentes manières : plan d’aménagement de la forêt classée de Mbao PAFCM, (2008), Gaye (2015,) Ba (2019) : la conservation des fonctions écologiques, la structure de la flore herbacée, le système de production maraichère etc… Dans tous les cas, la forêt subit une dégradation de sources diverses. L’étude de la forêt classée de Mbao montre une forte augmentation des cultures maraîchères, des infrastructures et des équipements au détriment des plantations forestières, la savane herbeuse et les sols nus entre 2006 et 2012 (N. F. Ba, (2019 p. 38).

Carte 5: Occupation du sol dans la forêt classée de Mbao en 2019 Source : Ba, Ndeye Fatou, 2019

Tableau : Occupation du sol en 2006, 2012 et 2019

Source : Ba, Ndeye Fatou, 2019

Comme le montre cette carte 5 les superficies des espaces maraichères et celles des sols nus ont connu une régression. Cette perte des terres est due à la mauvaise qualité de l’eau d’irrigation qui pousse les exploitants à abandonner ces périmètres et d’autre part à l’inondation des parcelles à cause du déversement de l’excès d’eau stocké dans la LGI de Mbao.

Un autre facteur de dégradation de la forêt classée de Mbao est que celle-ci fait office de dépotoirs d’ordures. En effet, les zones les plus concernées sont celles contiguës aux habitations. Il s’agit des quartiers de Fass Mbao, Kamb, Darou Misseth etc… (Baye Massar Gaye, 2015, p 59)

Conclusion

La forêt classée de Mbao est considérée comme le principal poumon vert de Dakar. Elle est marquée par une importante diversité floristique. Ceinturée par des communes en pleine extension ayant presque épuisé leur assiette foncière, la forêt fait objet de convoitise. Cette étude portant sur la dynamique de l’occupation du sol et sur l’analyse de l’évolution de la flore, montre une forte influence anthropique liée à l’urbanisation. L’étude diachronique de cet espace a montré que la végétation dans la forêt n’a pas subi une grande dégradation en 20 ans (entre 2000 et 2022). Cependant, les activités anthropiques exercent une pression sur elle et le menace de dégradation.

La forêt subit des pressions et voit son périmètre diminuer de plus en plus.

Malgré la mise en place d’une gestion participative, la forêt reste fortement marquée par des pertes continuelles de surface. Cette situation est due en majeure partie à la multiplication de grandes infrastructures. Il est clair qu’au rythme actuel la forêt risque tout simplement de disparaître au profit des installations immobilières et des infrastructures. Toutefois pour préserver la forêt, le PAFCM a mis en place un plan de Série pour une exploitation rationnelle de la forêt.

Références bibliographiques

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