Les facteurs de la dégradation

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Les facteurs de la dégradation de la zone portuaire d’Abidjan par les déchets

1Aman Marius Serge EHOUMAN  2Yao Thierry ANI  3N’guessan Hassy Joseph KABLAN

Résumé :


Le port d’Abidjan est un moteur de développement économique, social. Dans son fonctionnement, les activités non prévues dans les différents schémas directeurs se développent de plus en plus. Ces différentes activités sont à l’origine de nombreux désagréments. Dans le souci de gérer les questions liées à l’environnement, le port Autonome d’Abidjan a mis en place un département environnement, un département management de l’environnement, de santé et de la sécurité au travail et un département technique et entretien. En collaboration avec des structures étatiques rattachées au ministère de l’environnement et des structures privées (d’entretien, de nettoyage, d’enlèvement et de traitement des déchets) pour la gestion des déchets. Malgré la diversité des acteurs de gestion des déchets, il y a une prolifération des déchets dans le domaine portuaire d’Abidjan. Cet article s’attèle à montrer les raisons de la dégradation de la zone portuaire d’Abidjan. La méthodologie adoptée pour atteindre cet objectif, repose sur une recherche documentaire et des entretiens combinés à une observation directe sur le terrain. L’étude révèle que les insuffisances des politiques et les limites des moyens techniques de gestion des déchets sont à l’origine de la dégradation du domaine portuaire d’Abidjan. Mots-clés : Port d’Abidjan, dégradation, facteurs, déchets, structures de gestion.

Introduction

Les ports jouent un rôle primordial dans l’économie des Etats côtiers et enclavés. Ils sont parmi les principaux outils industriels et commerciaux pour le développement. La plupart des ports répondent aux exigences de la mondialisation, en effectuant diverses opérations de restructurations dans le but d’améliorer l’efficacité et d’attirer plus de trafic. Pourtant, la croissance des expéditions dans les ports représente des risques environnementaux, les déchets des navires, le déversement pétrolier, l’évacuation des eaux de ballast, les rejets d’effluents et la dégradation de l’habitat. Ces risques environnementaux communs à tous les ports peuvent non seulement constituer des risques sanitaires pour les villes et les populations environnantes, mais également éroder les gains économiques réalisés par le commerce international (PAA, 2016, p. 53). Le port d’Abidjan mis en service depuis 1951, a un domaine constitué d’une superficie lagunaire de 1000 ha avec 800 ha de terrain (PAA, 2009, p. 6). Il est accessible par le canal de Vridi, un lien artificiel entre la lagune Ebrié et l’océan atlantique. L’un des premiers ports de commerce de la Côte Ouest Africaine (COA), il assure le passage de 90 % des échanges extérieurs du pays, et une partie substantielle du commerce extérieur des pays sans littoral (PAA, 2015, p. 21). D’une superficie d’environ 800 hectares, la zone industrialo-portuaire d’Abidjan (ZIP) abrite à elle seule plus de 60 % des industries du pays, tournées pour la plupart vers les activités portuaires (PAA, 2016, p. 37). Le domaine portuaire d’Abidjan renferme des petites activités économiques sources majeures de production des déchets (ANDE, 2006, p. 37). Les déchets causent de nombreux problèmes environnementaux notamment la dégradation du paysage et la pollution du plan d’eau qui ont des conséquences négatives sur la qualité de vie des populations et de l’environnement du domaine portuaire d’Abidjan. Déjà en 1972, il existait des dispositions juridiques (conventions internationales, lois nationales, décrets nationaux, arrêtés, procédures) relatives à la gestion des déchets liés aux activités au port d’Abidjan (PAA, 2009, p. 11). En outre, le port Autonome d’Abidjan a mis en place un département management de l’environnement, de la santé et de la sécurité au travail, un département environnement et un département technique et entretien en collaboration avec des structures étatiques rattachées au ministère de l’environnement (CIAPOL1 et ANDE2), des structures privées chargées de l’entretien, de l’enlèvement, de la pré- collecte, de la collecte et des collecteurs libres (sans collaboration avec le PAA) pour la gestion des déchets. De plus, le port Autonome d’Abidjan est certifié à la norme ISO 14001 version 2015 (PAA, 2018, p.1). Cependant, la plateforme portuaire d’Abidjan se caractérise par une prolifération des déchets. La question qui fonde cette étude est de savoir pourquoi malgré la mise en place des structures et l’adoption de politiques en matière de gestion des déchets par les acteurs, la zone portuaire d’Abidjan reste dégradée ? L’objectif principal poursuivi par cette recherche est de montrer les raisons de la dégradation de la zone portuaire d’Abidjan.

1. Méthodologie

Pour atteindre l’objectif fixé, une recherche documentaire et des enquêtes de terrain appariées à une observation directe ont été nécessaires. La recherche documentaire s’est faite dans le centre de documentation du port d’Abidjan. Les données et informations recherchées portent sur les catégories et typologies des déchets liés aux activités au port d’Abidjan, le mode de gestion, le dysfonctionnement de la gestion et les impacts du dysfonctionnement de la gestion des déchets au port d’Abidjan. Les informations recueillies ont été renforcées par une enquête de terrain. Elle a consisté en une observation directe des sites de précollecte, de collecte des déchets et à des entretiens guidés menés auprès des chefs de département, de service et d’un cadre du département management de l’environnement, de la santé et de la sécurité au travail du port Autonome d’Abidjan. De même, les entretiens guidés auprès du chef de service et deux cadres du département d’environnement et avec deux agents du département technique et entretien. Aussi, des entretiens guidés auprès d’un responsable du service ANAGED (Agence Nationale de Gestion des Déchets) en charge de l’organisation de la collecte et du transport des déchets du centre de pré-collecte du port d’Abidjan vers la décharge d’Attinguié, cinq collecteurs des structures d’entretien et nettoyage engagés par le port Autonome d’Abidjan et cinq collecteurs libres. Auprès des autorités portuaires, il s’est agi de connaître les rapports entre le port Autonome d’Abidjan et les autres acteurs de gestion des déchets liés aux activités dans le domaine portuaire d’Abidjan. Au niveau des pré-collecteurs, des collecteurs, des agents et des collecteurs libres, il a été question de savoir les conditions de gestion et de transport des déchets, des difficultés auxquelles ils sont confrontés dans la gestion. Les résultats obtenus ont été structurés en trois parties à savoir, les déchets liés aux activités et la répartition du niveau de dégradation dans la zone portuaire d’Abidjan et les raisons de la dégradation.

2. Résultats

2.1. Les facteurs explicatifs de la dégradation de la zone portuaire d’Abidjan

La raison principale de la dégradation de la zone portuaire d’Abidjan est le dysfonctionnement de la gestion des déchets. Elle se manifeste au niveau des insuffisances des politiques et les limites des moyens techniques de gestion des déchets.

2.1.1. Les insuffisances des politiques en matière de gestion des déchets au port d’Abidjan.

Les lacunes au niveau des politiques de gestion des déchets sont nombreuses mais surtout se perçoivent au niveau juridique dans l’organisation des acteurs. Elles concernent l’absence de normes techniques spécifiques dans le traitement et l’élimination des déchets, de la limitation de rejet d’effluents, et aux normes relatives à la qualité de l’eau. Aussi, y a-t-il une absence d’une politique portuaire nationale de gestion des déchets, la non-application des textes réglementaires sur l’environnement et le manque de clarté entre les attributions des différentes directions du PAA et les acteurs externes. Ce sont les déchets ménagers et dangereux qui sont gérés par les différents acteurs impliqués dans la gestion des déchets sur la plateforme portuaire d’Abidjan.

2.1.1.1. Les lacunes des politiques en matière de gestion des déchets ménagers au port d’Abidjan.

Le terme déchet ménager englobe tous les déchets produits par un ménage ou assimilés, c'està-dire par certaines petites entreprises et commerces ou par le secteur tertiaire. Ainsi y incluton les ordures ménagères résiduelles ou en mélange, les déchets issus des collectes sélectives (emballages, journaux, etc…) et les déchets déposés en déchèterie (PAA, 2019, p.6). Les politiques de gestion des déchets ménagers au port d’Abidjan sont plombées par des limites. Celles-ci se perçoivent par une mauvaise organisation des acteurs impliqués dans cette gestion. Avant de montrer les insuffisances de ces politiques de gestion des déchets, il est opportun d’indiquer ce qui se fait quotidiennement afin de mettre en exergue les limites de ces politiques. Le Département Management de l’Environnement, de la Santé et de la Sécurité au Travail (DMESST) pilote la politique du PAA à travers un Plan de Gestion Environnementale (PGE). Il effectue une tournée de vérification des preuves (photos et rapports de visites) et une réorganisation des actions planifiées avec les acteurs des directions du port Autonome d’Abidjan en charge de la gestion des déchets du domaine portuaire d’Abidjan. De manière opérationnelle, le Département Environnement(DE) est chargé de la gestion de l’environnement du PAA, du contrôle, du suivi et de la supervision de la gestion des déchets ménagers en faisant l’état des lieux de la dégradation de l’espace concernant le nettoyage des espaces verts du domaine portuaire. Quant au Département Technique et Entretien (DTE), il fait la passation des marchés des opérateurs de précollecte, de collectes des déchets, du nettoyage et de l’entretien des bureaux du PAA alors que la DAGS (Directeur des Achats et de la Gestion des Stocks) a en charge l’aspect financier des services (Figure 1).

Dans cette organisation, il n’y a pas d’échanges d’informations directes entre le DE, le DMESST et les opérateurs de gestion des déchets ménagers (SIMKO) recruté par le port Autonome d’Abidjan et LDS (Lassire Déchets Service) recruté par les entreprises. De même, le DMESST (Département management de l’environnement, de santé et de la sécurité au travail) et le DE (Département environnement) ne sont pas associés au choix de la société privée en charge de la gestion des déchets ménagers au port d’Abidjan. Aussi, y a-t-il un laxisme dans les contrôles et les vérifications des preuves pendant les PGE (Plan de Gestion Environnemental) entre les acteurs internes et externes et un difficile transfert des informations entre eux. Toutes ces insuffisances sont à l’origine de la dégradation de l’environnement du domaine portuaire d’Abidjan.

2.1.1.2. Les limites des politiques en matière de gestion des déchets dangereux au port d’Abidjan.

 

Un déchet est classé dangereux s’il présente une ou plusieurs propriétés de danger. Du fait de ses propriétés physiques, chimiques ou biologiques, un déchet qui présente un risque pour la santé ou l’environnement ne peut être traité dans les mêmes installations que les déchets ménagers et assimilés (Sivom de la région de cluses et al, 2012). Au port d’Abidjan, l’organisation de la gestion des déchets dangereux présente des lacunes occasionnant la dégradation de cet espace portuaire. En effet, le Département Management de l’Environnement, de la Santé et de la Sécurité au Travail (DMESST) pilote la politique du port Autonome d’Abidjan à travers un plan de gestion environnemental (PGE). Il effectue une tournée de vérification des photos et rapports de visites et une réorganisation des actions planifiées avec les acteurs des directions du PAA impliquées dans la gestion des déchets du domaine portuaire d’Abidjan. Dans la même dynamique, le département environnement(DE) représentant l’aspect opérationnel de la gestion de l’environnement du PAA, contrôle et fait le suivi et la supervision de l’enlèvement des déchets dangereux avec le soutien financier de la DAGS (Directeur des Achats et de la Gestion des Stocks). Quant au CIAPOL il fait le suivi et la supervision de l’enlèvement des déchets dangereux des activités portuaire et industrielles par les structures (PAGANETTI, ENVIPUR, ITI, TECOR, ULTRA ENEGIE) agréées par le CIAPOL (Figure 2).

Le schéma de gestion dans sa forme ne présente pas d’insuffisance mais il n’y a aucune sanction à tous les niveaux. Il s’agit du contrôle laxisme entre le DMESST et la DE pendant le plan de gestion environnemental trimestriel et du manque de rigueurs du DE aux niveaux de contrôle, du suivi et de la supervision auprès des entreprises. De plus, le CIAPOL n’applique aucune sanction du PAA et aux entreprises du domaine portuaire d’Abidjan.

2.1.2. Les limites des moyens techniques de la gestion des déchets au port d’Abidjan

L’inéquation de la gestion pratique des déchets dangereux au port d’Abidjan est perceptible au niveau du non-respect des mesures de gestion de l’environnement et l’insuffisance des équipements. En claire, la plupart des déchets dangereux dont la gestion incombe le PAA, ne sont pas traités par les structures avant leurs déversements à Attinguié ou dans le plan d’eau lagunaire. Aussi, les déchets industriels dangereux sont-ils déversés dans le plan d’eau et dans l’air sans traitement. Cela provoque la pollution du plan d’eau lagunaire du port d’Abidjan. La pollution par les déchets du plan d’eau est fonction de la typologie des activités qui les produit. En zone sous douane, la pollution par les déchets s’identifie dans toutes les zones du plan d’eau mais de manière inégale. En effet, l’outillage et le port de pêche sont les zones caractérisées par un niveau très élevé de pollution. Aussi, les sites des quais (surtout au quai fruitier) présentent-ils un niveau élevé de pollution tandis que les niveaux moyen et faible sont respectivement observés dans les autres parties du plan d’eau de la zone sous douane. Quant au plan d’eau de la zone hors douane, il présente un niveau de pollution très élevé par les déchets dans les zones de la CARENA3, de la baie de Biétry et du Canal de Vridi. La pollution est aussi représentée à un niveau élevé en mer, entre le GMA4 et le site de la CIE5. Et le niveau moyen de pollution est perceptible au niveau de la baie de Marcory et les fosses septiques et faible dans le plan d’eau d’Abobodoumé (photo 1 et 2).

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L’outillage, la CARENA, la baie de Biétry et le Canal de Vridi sont les lieux où le niveau de pollution et présence de déchets sont très élevés car tous les résidus provenant des navires et des canalisations du plan de la ville d’Abidjan sont déversées dans ces parties du port. En plus, ces déchets qu’ils soient liquides ou solides, ne subissent aucun traitement avant leur rejet d’où la pollution par endroits différente. Pour la collecte des déchets ménagers, SIMKO (structure privée de précollecte et collecte des déchets ménagers au port d’Abidjan) a un seul camion de type PC inadéquat pour la collecte et le transport et un tricycle (non conforme à la précollecte) de précollecte en panne depuis (8) mois. Ensuite, techniquement, le dysfonctionnement s’explique par l’insuffisance de la fréquence de la pré-collecte, de la collecte et du transport des déchets. Effectivement, SIMKO, au niveau des déchets pré-collectés, collectés et évacués ne respecte pas les normes du contrat du PAA. La pré-collecte se fait entre 2 et 3 voire 4 jours or la norme voudrait que la pré-collecte soit quotidienne. S’agissant de la collecte, elle se fait une fois par semaine (cas extrême) alors qu’elle devrait se faire aussi quotidiennement. L’évacuation du centre de pré-collecte du PAA vers la décharge d’Attinguié s’effectue chaque 3 jours et par moment une fois par semaine (lorsque l’ANASUR ferme le centre de pré-collecte du PAA pour évacuation totale des déchets laisser par SIMKO). Pourtant, la règle établie veut que cela se fasse chaque jour. Quant à la structure Lassire Déchets Service (LDS), le transport qui devrait se fait trois fois par semaine n’est pas respecté car elle se fait une fois par semaine et parfois une fois chaque deux semaines. Cela est perceptible surtout au niveau des bacs à ordures à l’extérieur des entreprises ou industries. Cela justifie la dégradation de l’espace terrestre du port d’Abidjan. Dans l’ensemble, la dégradation se présente autour des poubelles, des bacs à ordures et points déchets, des quais et les entrées des services du PAA. Cette dégradation de l’espace terrestre en zone sous douane et hors douane se perçoit selon la classification graduelle subdivisée en (6) grandes parties. Elle a un niveau très insalubre avant la DOMSE6 et derrière le commissariat du port Autonome d’Abidjan. De plus, le port de pêche et le quai sud enregistrent un niveau tandis que l’outillage, la sortie de la DOMES et le terminal à conteneur présentent le niveau moyennement salubre. Le niveau salubre se localise au quai fruitier et devant les bureaux du PAA. La zone hors douane enregistre un niveau élevé d’insalubrité par les déchets. En effet, le marché du port de pêche et les cités portuaires accumulent un niveau très insalubre car les poubelles, les bennes, les bacs à ordures, les points déchets et les dépôts sauvages installés dans ces deux lieux ne sont pas quotidiennement vidés. Cela engendre une prolifération accrue des déchets. Aussi, la ZIP est-elle le site qui enregistre un niveau insalubre provoquée par les déchets. Cette proportion de dégradation est remarquable également dans les voies et la sortie du terminal à conteneur précisément au niveau la sortie de l’administration Bolloré manutention et des voies publiques (entre le dépôt SOTRA et le port de pêche). Le niveau moyen d’insalubrité se remarque au niveau des couloirs et voies de la zone des cimenteries, les sites de restauration et de commerce, le marché à côté de la marine et l’espace terrestre de la CARENA. La dégradation à un niveau faible dans le secteur de l’administration du port d’Abidjan qualifié de salubre et à la sortie du quai fruitier. La répartition de la dégradation provoquée par les déchets liés aux activités sur l’espace terrestre de la zone portuaire d’Abidjan se perçoit de manière générale sur la carte 1.

 

3. Discussion

L’étude a révélé que la raison principale de la prolifération des déchets sur l’espace terrestre et dans le plan d’eau portuaire d’Abidjan est le dysfonctionnement de la gestion des déchets en général. Spécifiquement, l’implication de plusieurs acteurs dans la gestion des déchets, l’organisation institutionnelle inadéquate, les conflits de compétence, le non-respect des mesures de gestion de l’environnement, les contrôles laxistes des acteurs internes du port Autonome d’Abidjan, l’insuffisance des équipements et des agents de la structure en charge de la gestion des déchets dangereux et ménagers concourent à la prolifération des déchets au port d’Abidjan. La logique aurait voulu que la gestion des déchets dangereuses soit accompagnée de sanctions de sorte à contraindre les acteurs internes du port Autonome d’Abidjan à accomplir leurs tâches d’une manière rigoureuse mais aussi à obliger les entreprises concessionnaires de cette gestion des déchets à respecter les normes qui régissent le domaine portuaire au niveau environnemental. Ainsi, la loi du pollueur payeur doit être appliquée à tous les contrevenants de la salubrité de la plateforme portuaire d’Abidjan. Concernant les déchets ménagers, il est souhaitable qu’une réorganisation des acteurs de gestion des déchets soit faite (Figure3) afin de permettre au département environnement de collaborer directement avec les opérateurs privés de gestion des déchets ménagers.

L’étude menée par ANDE (2006) sur le profil environnemental du port d’Abidjan aboutit au même résultat. Elle indique qu’au total, le souci de la gestion de l’environnement portuaire est réel ; l’organisation institutionnelle actuelle du port l’atteste et le confirme comme aussi l’abondance des lois et règles existantes et l’implication de plusieurs acteurs. Mais, il est entravé voire contrarié par le manque ou l’insuffisance de moyens financiers, matériels et humains. À cela s’ajoute le manque de clarté entre les attributions des différentes directions du PAA d’une part et de l’autre entre le rôle des acteurs publics et privés opérant sur le domaine portuaire. Enfin, le système actuel de contrôle paraît peu efficace. Cependant, le port d’Abidjan est certifié à la norme ISO 1401 version 2015. Le port Autonome d’Abidjan en 2009 va dans le même sens lorsqu’il montre les lacunes de la législation relative à la gestion des déchets portuaires à savoir celles liées aux normes techniques pour les déchets non dangereux, à la détermination des responsabilités et à l’élaboration de procédures. Par ailleurs, après la signature des contrats entre le port Autonome d’Abidjan et les structures d’entretien et de gestion des déchets ainsi que les zones du domaine portuaire concédées aux entreprises, le port Autonome d’Abidjan (DOMSE) est laxiste dans le contrôle. De plus, YAOKOUASSI (2010), affirme que plusieurs orientations se sont profilées dans le cadre de la gestion des déchets ménagers dans le district d’Abidjan. Il y a la privatisation de la gestion des déchets à celle de la régie en passant par la gestion locale. A cela s’ajoute une législation qui n’a pas évolué avec l’augmentation de la production de déchets et les différentes mutations sociales, économiques et environnementales. La problématique des déchets s’est ensuite installée dans la sphère politique. Ce qui s’est traduit par la loi de décentralisation de 2002, avec des changements successifs d’acteurs et de ministères. Ce processus non abouti et complexe, rend la ville difficilement gérable, marquée par une duplication des compétences et leurs chevauchements entre le district et les communes. Ainsi, le district est toujours à la recherche de solutions, voire d’un modèle de gestion des déchets ménagers conciliant, à la fois des ressources limitées, l’accroissement de la population, la typologie de l’habitat, le respect des normes écologiques et environnementales, dans une situation de crise économique aggravée et de développement urbain non maîtrisé. Enfin, le dysfonctionnement est révélé au niveau des comportements des populations et des permissionnaires. À ce niveau, le jet des sachets d’eau et autres, la non utilisation des poubelles et des coffres présents dans la zone portuaire, l’insuffisance des toilettes (la lagune comme lieu d’aisance) et l’abandon des marchandises diverses. Nous sommes d’avis avec l’ANDE (2006) et le Ministère de l’Industrie et des Mines et APEX-CI, (2014) qui avancent que la gestion des déchets a toujours constitué une seconde priorité pour la Côte d’Ivoire en particulier le port et les industries du domaine portuaire d’Abidjan.

Conclusion

Les problèmes environnementaux spécifiquement la gestion des déchets liés aux activités dans le domaine portuaire d’Abidjan sont principalement des problèmes d’organisation des acteurs impliqués dans la gestion, de manque et d’insuffisance des équipements de collecte et de nonrespect des normes et règles techniques. Ces insuffisances sont à l’origine de la dégradation de l’environnement du domaine portuaire d’Abidjan. Les déchets industriels sont responsables à 60 % de la pollution du plan d’eau et à 10 % responsables de la dégradation de l’espace au port d’Abidjan. Quant aux déchets liés aux activités strictement portuaires et informelles, ils sont responsables à 40 % de la pollution du plan d’eau et à 90 % responsable de la dégradation de l’espace au port d’Abidjan. Cependant, l’amélioration de l’organisation des acteurs, le renforcement et l’amélioration de ces équipements et le respect des normes techniques s’imposent au PAA puisqu’il est certifié à la norme ISO 14001 version 2015. Cette certification prend en compte tout le domaine portuaire et soumet au port des exigences pour protéger et préserver l’environnement contre toutes formes de pollution. En outre, il serait intéressant d’impliquer les acteurs internes et externes impliqués dans la gestion des déchets et de l’environnement du domaine portuaire à la réflexion et à la recherche de solutions pour une meilleure gestion des déchets ménagers du domaine portuaire d’Abidjan. Le port d’Abidjan, à l’instar des autres ports du monde doit acquérir ces propres équipements, infrastructures et moyens adaptés à la gestion des déchets ménagers dans le domaine portuaire d’Abidjan.

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Auteur(s)


1Doctorant, Institut de Géographie Tropicale / Université Felix Houphouët-Boigny, mariusehouman@yahoo.fr

2Docteur en Géographie, Institut de Géographie Tropicale / Université Felix Houphouët-Boigny, thierryani14@gmail.com

3Maître de Conférences, Institut de Géographie Tropicale / Université Felix Houphouët-Boigny, kablanjoseph@yahoo.fr

Droit d'auteur


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