Dysfonctionnement des ouvrages

regards

Dysfonctionnement des ouvrages d’assainissement collectif et risques sanitaires dans la ville de Yamoussoukro

Kouamé Sylvain N’DRI, Kouassi KOFFI Doctorant, Armand Josué DJAH, Grah Félix BECHI

Résumé :


L’assainissement collectif est l’ensemble de réseaux d’égouts et des caniveaux destinés à évacuer les eaux usées domestiques et les eaux pluviales vers une station d’épuration afin de les traiter. La ville de Yamoussoukro a été dotée de ces équipements d’assainissement collectif. Cependant, ces ouvrages sont pour la plupart hors d’usage. Les eaux usées domestiques surtout les eaux vannes qui devraient être épurées, sont déversées dans l’environnement immédiat. Les eaux usées ne respectent pas les normes de rejet comme l’exige l’arrêté du n°01164/MINEF/CIAPOL/SDIIC du 04 Novembre 2008 portant réglementation des rejets et émissions des installations classées pour la protection de l’environnement. Le dysfonctionnement de ces équipements constitue un réel problème sanitaire à Yamoussoukro. L’objectif poursuivi par cet article est d’analyser les risques sanitaires liés au dysfonctionnement du système d’assainissement collectif surtout des stations d’épuration dans la ville de Yamoussoukro. Le cadre méthodologique s’appuie sur la recherche documentaire et l’enquête de terrain conduites à Yamoussoukro. Les enquêtes ont montré que cinq stations d’épurations sont fonctionnelles tandis que dix-neuf sont dysfonctionnelles. Le dysfonctionnement quasi total de ces ouvrages expose les populations riveraines à des risques sanitaires. L’étude est essentiellement centrée sur les stations d’épuration des eaux usées domestiques. Les enquêtes ont montré que le dysfonctionnement de ces stations entraine la pollution environnementale sous différentes formes notamment la prolifération des odeurs nauséabondes (36,80%), l’accumulation des ordures ménagères (33,33%) et la présence des moustiques (30,10%). Par conséquent, les principales maladies comme le paludisme (48,84%), les maladies diarrhéiques (21,06%) et la fièvre typhoïde (12,26%) sévissent au sein de la population.

Mots-clés : Yamoussoukro, dysfonctionnement, assainissement, ouvrages d’assainissement collectif, risques sanitaires.

Introduction

La ville de Yamoussoukro est la capitale politique et administrative de Côte d’Ivoire. Dans le but de lui accorder une notoriété nationale et internationale, l’Etat ivoirien s’est investi dans la construction des infrastructures de grandes envergures (grandes écoles, routes, équipements sanitaires, édifices religieux, salles de conférences de renommée internationale, etc...). Dans le même élan, des ouvrages d’assainissement collectif ont été construits pour accompagner l’évolution de la ville. Ainsi, des stations d’épuration des eaux usées domestiques et des caniveaux d’évacuation des eaux pluviales sont construites. Cependant après des décennies de fonctionnement, ces ouvrages et installations sont hors d’usage à cause de leur manque d’entretien et du vieillissement des matériels. Dès lors les eaux usées domestiques qui devraient être épurées, sont partiellement traitées et sont déversées soit dans les lacs artificiels de la ville, soit sont déversées dans la nature sans aucun traitement. Du reste, les voies de circulation de la capitale ivoirienne sont régulièrement inondées pendant les saisons pluvieuses à cause de la dégradation des caniveaux. Par ailleurs les études antérieures menées par le cabinet Cecaf International montrent que la pollution environnementale se manifeste sous différentes formes : dégagement des odeurs nauséabondes, la prolifération des moustiques, une eutrophisation avancée des lacs artificiels (Cecaf International, 2013, p 60). Quel est l’impact réel du dysfonctionnement des ouvrages d’assainissement collectifs sur la santé des populations ? L’objectif visé par cette étude est de mettre en évidence les risques sanitaires liés au dysfonctionnement des ouvrages d’assainissement collectifs. De manière spécifique, l’article vise d’abord à cartographier les ouvrages d’assainissement collectifs. Ensuite, il met en évidence les caractéristiques de ces ouvrages. Et enfin, l’article permet d’analyser les risques sanitaires liés aux dysfonctionnements de ces ouvrages d’assainissement.

1. Matériels et méthodes

1.1. Présentation de la zone d’étude

La ville de Yamoussoukro est localisée au centre de la Côte d’Ivoire entre 6°40 et 7° de latitude Nord et entre 5°10 et 5°20 de longitude Ouest. Située au centre du pays à environ 230 Km de la ville d’Abidjan, la ville de Yamoussoukro est le chef-lieu du District Autonome dudit nom. Devenue commune de plein exercice depuis 1983, elle est érigée en capitale politique de la Côte d’Ivoire depuis le 22 mars 1983 par la loi n°83-242 du 22 mars 1983, après Grand-Bassam, Bingerville et Abidjan. En janvier 2002, un statut particulier confère à la ville de Yamoussoukro, le statut du District Autonome administré par un ministre résident (S. K N’dri, 2017, p. 67). À la faveur de la politique de décentralisation, le département de Yamoussoukro a été érigé en District selon la loi n°2002-44 du 22 janvier 2002. Le siège est localisé dans la ville de Yamoussoukro depuis le 25 septembre 2011. La ville de Yamoussoukro comprend dix-sept quartiers (J.N. Loukou, 1989, p.14). La figure 1 présente l’espace d’étude.

Figure 1 : Localisation et présentation de la zone d’étude

1.2. Méthodes de collecte de données

Les données utilisées dans cette étude proviennent des enquêtes de terrain menées dans le cadre de nos recherches doctorales. La collecte des données s’est matérialisée par des enquêtes par questionnaires qui ont été adressées aux responsables chargés de l’entretien des stations d’épuration et aux chefs de ménages des quartiers qui ressentent les effets induits par le dysfonctionnement des stations d’épuration. Le questionnaire adressé aux responsables vise à identifier les caractéristiques des stations d’épuration. La visite de terrain a consisté à voir de près les stations d’épuration afin de nous rendre compte de leur état de fonctionnement. Enfin des entretiens ont permis de nous s’imprégner des rôles joués par des structures en charge de l’entretien de ces installations sanitaires. Le critère du choix des stations d’épuration porte sur leur état de fonctionnement. La méthode a permis de visiter toutes les 24 stations d’épuration de la ville de Yamoussoukro. L’enquête auprès des chefs de ménage porte sur leur promiscuité avec ces installations, leur opinion sur l’état de dégradation de leur cadre de vie et la manifestation des maladies ressenties suite au dysfonctionnement des stations d’épuration. Le choix des ménages à enquêter a majoritairement porté sur ceux qui habitent dans les quartiers disposant une station d’épuration ou à proximité de celle-ci. Un échantillon a été défini à partir des données issues du Recensement Général de la Population et de l’Habitat. Les données disponibles de la dernière opération de recensement, qui a eu lieu en 2014 se limitent aux effectifs globaux de population. Pour rester dans la réalité des faits, nous avons utilisé ces données. Selon ses données statistiques, le nombre de ménages de la ville de Yamoussoukro est estimé à 46536 (INS, 2014). La taille de l’échantillon a été obtenue par le calcul suivant : n = Z2 (PQ) N / [e2 (N-1) +Z (PQ), n=384, 1,96= coefficient de marge et une charge d’erreur= 0.05. À un niveau de confiance de 95%, la taille minimale de ménages représentatifs est estimée à 384. Cependant, la réalité du processus d’enquête nous a amené à procéder à un réajustement de la taille de l’échantillon en vue de pallier d’éventuels refus ou défection de la part des répondants au cours de notre enquête longitudinale sur les indicateurs spatiaux de la dégradation de l’environnement. Pour ces raisons, il nous a paru impérieux d’estimer un taux de réponses minimal afin de compenser d’éventuelles pertes. Pour compenser la perte anticipée, il importe de multiplier la taille de l’échantillon par l’inverse des taux de réponses Gumuchan, Marios et Fève, (2000). Dans le cadre de cette étude, nous avons estimé le taux de réponse à 90%. Dès lors, la taille d’échantillon de ménages corrigée est n*=426. En tenant toujours compte des 12% de l’échantillon, la taille de l’échantillon à enquêter par quartier est de 35.5 soit 36 ménages. La taille totale de l’échantillon de l’enquête est de 432 personnes (tableau 1). La population cible à enquêter est le chef de ménage ou son représentant.

Tableau 1 : Répartition de nombre de ménages à enquêter
Quartiers Type d’habitat Nombre de ménages à

enquêter

Thérèse Evolutif 36
Assabou Evolutif 36
Nanan Evolutif 36
Morofè Evolutif 36
N’zuessi Economique 36
Habitat Economique 36
Kokrénou Economique 36
Dioulakro Economique 36
Millionnaire Résidentiel 36
Riviera Résidentiel 36
Sopim Résidentiel 36
227 Logements Résidentiel 36
Total 432
Source : Nos enquêtes, N’DRI Sylvain, 2014

1.3. Matériels

Après l’enquête de terrain, le dépouillement des données a été effectué grâce au logiciel SPSS

17. Ces résultats ont permis de réaliser des figures avec le logiciel Excel. Du reste les cartes ont été réalisées à l’aide du logiciel ArcGIS 10.2.1.

2. Résultats

2.1. Répartition et état de fonctionnement des ouvrages d’assainissement collectifs (réseau d’égout, de caniveaux et des STEP de la ville de Yamoussoukro

La carte 2 présente la répartition et l’état de fonctionnement des ouvrages d’assainissement collectifs stations dans la ville de Yamoussoukro.

Figure 2 : Etat de fonctionnement des ouvrages d’assainissement collectifs

L’analyse de la figure 2 montre l’état défectueux de la majorité des stations des eaux usées du fait d’un faible niveau d’entretien. Toutes les stations de la ville de Yamoussoukro fonctionnent toutes selon le principe épuratoire basé sur l’épuration biologique avec trois variantes que sont : l’épuration à boues activées à aération prolongée ; l’épuration en milieu anaérobie ; l’épuration sur une biomasse fixée (lit filtrant). Mais on constate que sur les 24 stations d’épuration de la ville, seulement 5 soit 20,83% sont en état de fonctionnement. Les autres stations (79,17%) ne fonctionnent pas et rejettent tous leurs effluents dans la nature et même dans les lacs aménagés. Le dysfonctionnement des stations résulte de plusieurs facteurs. Il y’a d’une part l’absence et le manque et d’autre part l’absence complète des exploitants. Certaines stations sont dépourvues d’équipements électromécaniques. De plus, elles sont envahies par la broussaille. Ces défaillances sont à l’origine de l’épuration insuffisante des eaux usées domestiques. La majorité des stations d’épurations sont situées au centre de la ville. Cela est dû au fait la capacité d’épuration des stations est en déphasage avec l’augmentation de la population des quartiers environnants.

2.2. Les caractéristiques fonctionnelles des stations d’épuration

La figure 3 présente les caractéristiques de fonctionnement des stations d’épuration de la ville de Yamoussoukro.

Figure 3 : Caractéristiques fonctionnelles des STEP de Yamoussoukro Source : Cecaf International,2013 ; N’DRI, 2015

La figure 3 montre que les stations fonctionnelles représentent 20,83 % contre 79,17 % non fonctionnelles. Le dysfonctionnement des stations est imputable au manque d’entretien et au vieillissement des matériels.

2.3. L’épuration insuffisante des eaux usées domestiques

La figure 4 présente l’état d’épuration des eaux usées domestiques dans la ville de Yamoussoukro.

Figure 4 : Etat d’épuration des eaux usées domestiques à Yamoussoukro Source : Cecaf International, 2013 ;N’DRI, 2015

Les volumes d’eaux usées domestiques et les boues transitent par les stations d’épuration. Les stations fonctionnelles représentent 20,83 % contre 79,17 % non fonctionnelles. Les études menées par le Cabinet Cecaf International en 2013 montrent que les eaux usées épurées représentent 42,60% contre 52,60% des eaux usées non épurées (graphique 2). Les études de ce même cabinet relèvent que les stations ont une capacité qui varie de 250 à 2000 Équivalent-Habitants (EH). Les volumes d’eau journaliers qui y transitent fluctuent entre 17 (STEP du CHR) et 290 m 3 (Lycée scientifique+100 logements garçons). Les zones où l’on enregistre la production de volumes d’eaux usées et de boues les plus élevés sont le Lycée scientifique, l’INP-Nord, l’INP-Centre et l’INP-Sud. En considérant toute la zone urbaine, le volume total d’eaux usées rejetés dans les milieux récepteurs du District de Yamoussoukro est de 1 597 m3 par jour, soit un volume annuel de 582 905 m3. Ce volume d’eau usée engendre un apport annuel de 1 432 m3 de boues dans les milieux récepteurs compte tenu de l’état non fonctionnel des stations d’épuration (Cecaf International, 2015, p.15). Cette forte proportion des eaux usées domestiques non épurées additionnées aux excréments humains constituent des boues compactes qui sont difficiles à traiter, d’où leur accumulation dans les réservoirs.

2.3.1. Une grande quantité de boues non traitées

La figure 5 présente l’état des quantités de boues au niveau des stations d’épuration

Figure 5 : Etat de quantité de boues au niveau des stations de Yamoussoukro
Source : Cecaf International, 2013 ; N’DRI, 2015

La figure 5 montre que les boues traitées représentent 28,08% contre 72,92% des boues non traitées. La proportion élevée des boues non traitées résulte en grande partie du dysfonctionnement des stations d’épuration. Par ailleurs le manque d’entretien de ces ouvrages est un facteur de ce dysfonctionnement. De plus, les investissements consentis à la création des stations n’ont pas été envisagés pour l’avenir. Du reste, le traitement préliminaire des déchets n’est pas réalisé. Alors que cette étape est importante dans la mesure où elle permet d’éliminer les débris abrasifs et les impuretés solides et de flottation.

2.3.2. La faible ventilation des stations d’épuration

Le tableau présente 2 présente la proportion de traitement des eaux usées par les stations d’épuration.

Tableau 2: Récapitulatif des STEP et stations de pompage par type de traitement
Type de traitement Nombre de STEP et Stations de pompage Proportion de

traitement (%)

Fosses septiques 09 27,28
Boue activée

Monobloc

09 27,28
Boue activée à

clarificateur séparé

04 12,13
Boue activée à

aération prolongée

04 12,13
Décanteur-Digesteur 05 15,16
Lit bactérien à flux

vertical

01 3
Rejet dans la nature 01 3
Total 33 100
Source : MIE, 2015, nos enquêtes, N’DRI, 2015

L’analyse des données du tableau 2 montre que les stations d’épuration fonctionnent en deçà de la moyenne (27,28% ˂50%). Toutes les stations présentent des anomalies. En effet, les stations de traitement des fosses septiques et des boues (monobloc) fonctionnent à 27,28 % de leur capacité. Celles-ci fonctionnent à 12,13 % chacune de leur capacité. En outre, la station (décanteur-digesteur) fonctionne à 15,16% de sa capacité.

2.4. Les risques sanitaires liés au dysfonctionnement des stations d’épuration

Le risque est l’existence d’une probabilité de voir un danger se concrétiser dans un ou plusieurs scénarios, associée à des conséquences dommageables sur des biens ou des personnes. C’est la combinaison de probabilité d'évènement et de sa conséquence, l’effet de l’incertitude sur les objectifs P.I. Feudjeu Defo, 2012, p.9). Le risque sanitaire ici représente la probabilité pour les populations de Yamoussoukro de voir leur santé se détériorer à cause du dysfonctionnement des stations d’épuration et des égouts. La photo 1 présente un regard débordé par les eaux usées domestiques.

Photo 1 : Débordement des regards au 227 Logements

Cliché : N’dri, avril 2015

La photo 1 met en évidence le dysfonctionnement des regards dû aux conditions d’auto- curage plus difficiles à satisfaire en terrains très plat. Par ailleurs, l’encombrement du sous-sol crée des gênes au passage des autres réseaux. Ce qui bloque la circulation des eaux usées d’un regard à un autre. L’ensablement important des tronçons des réseaux des eaux pluviales empêche la circulation des eaux de ruissellement. Ainsi, les dysfonctionnements constituent une source de nuisance sanitaire pour les populations à cause des odeurs nauséabondes qui embaument l’environnement immédiat des populations (S.K.N’DRI, 2017, p. 45).

2.4.1. La cohabitation des résidents avec les excréments humains

Le dysfonctionnement des stations crée des désagréments sanitaires dans les quartiers. On assiste à la cohabitation entre les excréments humains et les résidents (Photo 2). Cette situation gène la vie de la population car les odeurs nauséabondes dégagées par de ces excréments importunant les habitants.

Photo 2 : Excréments humains issus des eaux vannes à Sopim

Cliché : N’dri, avril 2015

La photo 2 montre le vécu des populations du quartier Sopim suite au dysfonctionnement des stations d’épuration et de pompage. Les couloirs des habitations sont envahis par les excréments humains suite à leur débordement. Cette situation est régulièrement vécue par les résidents du quartier Sopim. La manifestation de la pollution de l’environnement est différemment appréciée dans les secteurs investigués. D’abord, cette pollution est engendrée par les odeurs nauséabondes. En effet, les fortes proportions des odeurs nauséabondes sont rencontrées dans les secteurs comme Riviera (69,44 %), 227 Logements (66,67 %), Millionnaire (50 %), Habitat (47,22 %), Thérèse (36,11 %), Nanan (27,78 %). Cependant, les faibles proportions de dégagement des odeurs nauséabondes sont rencontrées les secteurs comme N’zuessi (19,44 %), Assabou (16,67 %), Dioulakro (16,67 %), Kokrénou (13,89 %), Morofè (13,89 %). Ensuite, la pollution de l’environnement est aussi causée par l’accumulation des ordures ménagères. Mais les proportions varient d’un secteur à un autre. Ainsi, les fortes proportions de l’accumulation des ordures ménagères se rencontrent les quartiers comme Dioulakro (66,67 %), Morofè (63,88 %) Kokrénou (52,78 %), Nanan (41,67 %), Assabou (38,89 %), N’zuessi (27,78 %), Riviera (22,22 %), Millionnaire (22,22 %). En outre, les faibles proportions se rencontrent dans les quartiers comme Thérèse (19,44 %), Sopim (16,67 %), 227 Logements (13,89 %), Habitat (13,89 %). Enfin, la pollution de l’environnement est manifestée par la présence des moustiques. En effet, les fortes proportions de présence de moustiques sont rencontrées dans les secteurs comme N’zuessi (52,78 %), Thérèse (44,44 %), Assabou (44,44 %), Habitat (38,39 %), Kokrénou (33,33 %), Millionnaire (30,56 %) et Morofè (22,22 %). Du reste, les faibles proportions se rencontrent dans les quartiers comme Sopim (19,44 %), 227 Logements (19,44 %), Dioulakro (16,67 %) et Riviera (8,33%). Les investigations ont révélé que les excréments humains constituent un véritable gène pour les populations (figure 6).

Figure 6: Manifestation de la pollution de l'environnement Source : N’DRI, 2015

La figure 6 montre les manifestations du dysfonctionnement des stations d’épuration des eaux usées et vannes. Ces dysfonctionnements créent de nombreux désagréments aux populations. En effet, 55,32 % des individus investigués affirment que les odeurs nauséabondes portent atteinte à leur environnement immédiat tandis que 44,68 % affirment que les moustiques sont sources de nuisances dans leur environnement.

2.4.2. Les pathologies liées à la dégradation de l’environnement

La figure 7 présente les maladies ressenties par les populations dans les quartiers investigués

Figure 7 : Maladies ressenties par les populations Source : Nos enquêtes, N’DRI, 2015

L’analyse du graphique 5 montre que le Paludisme (48,84 %) est la maladie la plus récurrente dans les secteurs enquêtés dans la ville de Yamoussoukro. Après celui-ci, suivent les maladies diarrhéiques (23,06 %). La fièvre typhoïde vient en troisième position avec une proportion de 14,06% des chefs de ménages interrogés. De plus, les investigations révèlent que les autres maladies (IRA, Dermatose, Rhume, Toux) (9,48 %) menacent la santé des populations riveraines de Yamoussoukro. Enfin, les recherches montrent aussi que la tuberculose (4,56 %) touche les populations enquêtées. Ces maladies ressenties résultent d’un environnement insalubre. Cependant, les maladies sont différemment ressenties dans les quartiers enquêtés. En effet, les fortes proportions du paludisme se rencontrent dans les secteurs comme : Sopim (61,11 %), Habitat (58,33 %), Kokrénou (55,56 %), Dioulakro (55,56 %), Assabou (52,78 %), Nanan (52,78 %), Morofè (50 %). Cependant, on rencontre les proportions sont en deçà de la moyenne dans les secteurs comme : N’zuessi (47,22 %), Thérèse (47,22 %), 227 Logements (36,11 %), Millionnaire (36,11 %) et Riviera (33,33 %).

Concernant, les maladies diarrhéiques, les fortes proportions se rencontrent dans les quartiers comme : Thérèse (27,11 %), Riviera (27,11 %), Millionnaire (25 %), Nanan (25 %), Morofè (22,22 %), Dioulakro (22,22 %) et 227 Logements (21,11 %). Par ailleurs, on rencontre les faibles proportions dans les quartiers comme : Sopim (19,44 %), Assabou (19,44 %), Kokrénou (13,89 %) et Habitat (11,11 %). Par ailleurs les individus investigués témoignent de la présence de la fièvre typhoïde dans les quartiers. En effet, les fortes proportions se rencontrent dans les secteurs comme : Riviera (30,56 %), Millionnaire (27,78 %), Sopim (27,78 %), N’zuessi (22,22 %), Assabou (22,22 %), Morofè (16,67 %), Dioulakro (16,67 %), Nanan (16,67 %) et Kokrénou (13,89 %). Malgré les fortes proportions de fièvre typhoïde dans les secteurs précités, on rencontre de faibles proportions dans d’autres secteurs comme : 227 Logements (8,33 %), Habitat (5,6 %) et Thérèse (5,56 %). En outre, les cas de tuberculose ont été évoqués par les individus investigués mais avec des proportions moindres. Ainsi, celle-ci est faiblement ressentie dans les secteurs enquêtés. En effet, les faibles proportions déclarées se rencontrent dans les quartiers comme : Millionnaire (5,56 %), Assabou (2,78 %), Morofè (2,78 %). Enfin, on rencontre d’autres maladies comme les Infections Respiratoires Aiguës (IRA), la dermatose, le rhume et la toux. Ainsi, les fortes proportions de ce groupe de maladies sont fréquentes dans les secteurs comme : Assabou (11,11 %), 227 Logements (8,33 %), Dioulakro (8,33 %), Riviera (8,33 %) et Millionnaire (8,33 %). Néanmoins, on rencontre de faibles proportions dans les quartiers comme : Sopim (5,56 %), N’zuessi (2,78 %), Nanan (2,78 %) et Thérèse (2,78 %).

Au total, nous remarquons que la survenance de ces différentes maladies est provoquée par l’insalubrité même si les proportions varient d’un secteur à l’autre. Car les secteurs visités, ne bénéficient tous les mêmes niveaux d’équipements en ouvrages d’assainissement collectifs.

3. Discussion

Les résultats de cette étude montrent que le dysfonctionnement des ouvrages d’assainissement collectif entraine une dégradation de l’environnement sous différentes formes notamment la prolifération des odeurs nauséabondes (36,80%), l’accumulation des ordures ménagères (33,33%) et la présence des moustiques (30,10%). Par conséquent, les principales maladies comme le paludisme (48,84%), les maladies diarrhéiques (21,06%) et la fièvre typhoïde (12,26%) sévissent au sein de la population. Les résultats du cabinet SETTEAF (2014, 14) au Maroc ont aussi montré que les maladies diarrhéiques ont contaminé une frange importante des enquêtés. Le dysfonctionnement des ouvrages d’assainissement collectif engendre de nombreuses maladies. En effet, pour (Saint-Ouen et al, 2008, p. 27), le dysfonctionnement des stations d’épurations est à l’origine des rejets atmosphériques et liquides, facteurs d’impacts potentiels sur l’environnement et la santé. Du reste, les mêmes auteurs affirment que les cancers et les troubles de reproduction et du développement sont les pathologies les plus fréquentes liées au dysfonctionnement des installations sanitaires. Dans le même élan, le dysfonctionnement des stations d’épuration elles génèrent des nuisances olfactives. En effet, le traitement d’un mètre cube d’eau usée produit de 350 à 400 grammes de boues. Ces boues, généralement très liquides, contiennent une forte proportion de matières organiques. Elles sont très fermentescibles et susceptibles de causer des nuisances (INRS, 2008, p. 2). Du reste, la gestion des déchets conduit à des rejets de polluants potentiellement toxiques au même titre que l’industrie, le transport, et plus généralement l’ensemble des activités humaines. Les polluants émis dans le milieu entrent en contact avec l’homme et transmettent leur nocivité de façons diverses. Du reste, ces polluants peuvent être transmis soit par voie directe – ingestion, inhalation et contacts cutanés avec les polluants – soit par voie indirecte, c’est-à-dire par l’intermédiaire de médias qui ont été pollués par transfert à partir du sol ou de l’eau. Ainsi, dans le cas des dioxines rejetées par les incinérateurs de déchets ménagers, l’exposition indirecte a souvent représenté la source d’exposition principale (Observatoire Régional de la Santé Nord -Pas- de Calais, 2010, p. 15). Dans les eaux réceptrices de charges de DBO ou de DCO réduisent les concentrations d’oxygène dissous à des valeurs insuffisantes pour assurer la survie des organismes aquatiques; de forts écoulements de ruissellement urbain (Cluus et al. 2010, p. 32) et d’une contamination bactérienne qui rend les mollusques impropres à la consommation humaine. Cependant, les résultats du même cabinet révèlent que le bon fonctionnement des stations d’épuration a aussi un impact positif sur l’environnement.

Du reste, des virus, des bactéries, des protozoaires et des helminthes pathogènes passent dans les excréta des personnes infectées et se retrouvent dans les eaux usées. Ils peuvent être transmis soit par voie orale (par la consommation de légumes contaminés), soit par la peau (dans le cas des ankylostomes et des schistosomes). Les eaux usées contiennent généralement de fortes concentrations d'agents pathogènes, en particulier dans les pays où les maladies diarrhéiques et les parasites intestinaux sont répandus (Olanrewaju et al, 2004, p.28).

Conclusion

Le dysfonctionnement des ouvrages d’assainissement collectif engendre des désagréments sanitaires aux populations riveraines de Yamoussoukro. Les stations d’épuration sont dans un état de dysfonctionnement et de dégradation à cause de leur manque d’entretien. Et du vieillissement des matériels. Elles fonctionnent en deçà de leur capacité. De ce fait, les eaux usées domestiques non épurées sont déversées dans la nature sans aucun traitement. Les populations riveraines sont exposées aux maladies hydriques telles que le paludisme, les maladies diarrhéiques, la fièvre typhoïde, la tuberculose. Suite aux désagréments causés par le dysfonctionnement des stations d’épuration, celles-ci doivent être réparées afin d’épurer les eaux usées domestiques. Il serait intéressant de mettre en œuvre des structures techniques spécialisées pour un suivi régulier de ces installations.

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