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Approvisionnement des marchés de quartier et sécurité alimentaire des ménages d’Abidjan (Côte d’Ivoire)

1Adouobo Christophe N’DOLY

Resumé :


Dans un contexte marqué par la crise de la « vie chère », la sécurité alimentaire est devenue un défi permanent pour les ménages ivoiriens. Dans les grandes villes du pays notamment à Abidjan, la question se pose en terme d’approvisionnement des marchés en denrées alimentaires. Le présent texte se propose d’analyser le système d’approvisionnement des marchés de quartier et la question de sécurité alimentaire qui en résulte. Pour ce faire, des d’entretiens qualitatifs ont été réalisés auprès des différents acteurs impliqués (commerçantes grossistes et détaillantes, transporteurs et chefs de ménages) dans les communes de Yopougon, Adjamé, Cocody et Port-Bouët. L’analyse des résultats obtenus a révélé des défaillances du système d’approvisionnement des marchés de quartier. Celles-ci s’appréhendent d’une part dans le fonctionnement des marchés de gros et d’autres parts dans les relations socio-professionnelles entre acteurs dans le processus d’approvisionnement. Toute chose qui expose les ménages aux risques d’insécurité alimentaire.

Mots-clés : Côte d’Ivoire, approvisionnement des marchés, sécurité alimentaire, denrées alimentaires.

 

Introduction

Les politiques de lutte contre la faim, la malnutrition et la sous-alimentation en faveur des populations se multiplient depuis plus de deux décennies sur le continent africain. Dans les débats nationaux et internationaux, les discussions qui se déroulent entre acteurs au développement sur ces problèmes, tournent essentiellement autour de la question de la sécurité alimentaire. C’est une question fondamentale pour ces pays dont la plupart est en situation d’insécurité alimentaire (M. Aragrande et S. Farolfi, 1997, p. 3). En 2012, l’assemblée générale de haut niveau sur la sécurité alimentaire des populations, tenue à Bruxelles a révélé le caractère

chronique des crises alimentaires et nutritionnelles qui affectent les ménages notamment ceux d’Afrique subsaharienne.

En Côte d’Ivoire, la sécurité alimentaire fait partie de l’agenda de la politique alimentaire du gouvernement. Elle est apparue dans un contexte de massification des villes corollaire à l’exode rural, à la pauvreté provoquée par la crise économique et à la « crise de la vie chère » dont les origines remontent aux programmes d’ajustement structurel (PAS) des années 1980-1990. Selon la FAO (2000, p. 11), « la sécurité alimentaire existe lorsque tous les êtres humains ont, à tout moment, un accès physique et économique à une nourriture suffisante, saine et nutritive leur permettant de satisfaire leurs besoins énergétiques et leurs préférences alimentaires pour mener une vie saine et active1 ». Autrement dit, la sécurité alimentaire des ménages n’est pas assurée, lorsqu’il y a un risque d’exposition à l’insécurité alimentaire c’est-à-dire lorsque les personnes n’ont pas accès à une quantité suffisante d’aliments sains et nutritifs, ce qui les empêchent à mener une vie saine et active (HLPE, 2012, p. 33). L’on peut retenir dans cette définition, quatre conditions cumulatives pour qu’il y ait sécurité alimentaire, à savoir une disponibilité puis un accès permanent aux produits alimentaires, une utilisation et une stabilité de consommation alimentaire. La première condition représente l’offre alimentaire déterminée par la production et le stockage des produits. La deuxième est liée au revenu soumis aux « lois » du marché. La troisième se rapporte à la consommation alimentaire des ménages. Enfin, la dernière condition fait intervenir la dimension temporelle de l’accès aux aliments en termes de fréquence d’approvisionnement des marchés. Critiquant cette définition A. Sen (1981, p. 434) fait remarquer que ce n’est pas tant l’offre insuffisante et non garantie de nourriture qui est à la base de la famine et de la sous-alimentation, mais bien au contraire c’est la carence dans l’accès aux denrées alimentaires. Dans ce maillage, P. Janin (1998, p. 2) pour sa part indique que la persistance de l’insécurité alimentaire (malgré une production suffisante) est à rechercher dans les modalités de répartition des denrées disponibles, importées ou nationales, dans la politique de stockage et de prix comme dans les modes de régulation du système alimentaire et de répartition intra-familiale de la nourriture. Cette position reflète l’intérêt de cette étude.

En effet, les marchés de gros de la ville d’Abidjan sont approvisionnés en produits vivriers provenant des régions du pays. En dépit de cette disponibilité permanente de denrées sur les marchés de gros, les ménages sont exposés à une insécurité alimentaire. Dès lors, se pose le problème d’approvisionnement des marchés de quartier d’Abidjan. De nombreux auteurs (H. Rapoport, 1993 ; F. Goosens, B. Minten et E. Tollens, 1994 ; J. Randriamiandrisoa et J. Ballet, 1994 ; M. Padilla, 1997 ; E. Oyep, 1997 ; A. Seck et al., 1997, E. Tollens, 1997a ; A. G. Aguié, 1997 ; P. Janin, 2019 ; F. Lançon et A. Boyer, 2019) ont déjà mené des études sur le système d’approvisionnement des villes en produits alimentaires. Leurs écrits analysent la dimension urbaine et structurelle de l’approvisionnement en insistant sur les circuits de distribution des produits à travers les centres urbains. Ainsi, organisés en réseaux d’acteurs, ces circuits fonctionnent à travers des maillons de chaîne avec une spécialisation des différentes tâches (commerce de gros et commerce au détail) dans le processus d’approvisionnement des marchés. Toutes ces études ont le mérite d’avoir apporté à l’analyse de l’approvisionnement, des réponses techniques visant à assurer la sécurité alimentaire à travers des circuits de distribution. Cependant, elles ont occulté les rapports qui s’établissent entre les différents acteurs dans le système d’approvisionnement des marchés de quartier. C’est ce qui expose les ménages aux risques d’insécurité alimentaire. En effet, autour de l’approvisionnement des quartiers se joue fondamentalement la reproduction des systèmes sociaux dans des configurations spatiales et temporelles où la redistribution est cruciale et où les aspirations alimentaires individuelles sont de plus en plus fortes dans la ville d’Abidjan. Quelles sont les caractéristiques des denrées alimentaires étudiées ? Quelles relations socioprofessionnelles entretiennent les acteurs dans le jeu d’approvisionnement des produits ? Quels sont les risques d’exposition des ménages à l’insécurité alimentaire ?

Au centre des enjeux liés à la sécurité alimentaire des ménages, cette étude se propose d’analyser le système d’approvisionnement des marchés de quartier d’Abidjan. Il s’agit dans un premier temps, de caractériser les offres alimentaires étudiées. En deuxième lieu, l’étude montre les relations socio-professionnelles qui se construisent autour de ces denrées dans le processus d’approvisionnement des marchés de quartier. Enfin, troisièmement, l’étude démontre les risques d’insécurité alimentaire liés aux défaillances du système d’approvisionnement auxquels sont exposés les ménages.

1 Définition adoptée en 1996 par l’assemblée lors du sommet mondial de l'alimentation tenue à Rome.

1.Méthodologie

La démarche méthodologique qui oriente cette étude s’articule autour de la présentation des sites d’enquête, de la méthode et matériels qui ont servi à la collecte et à l’analyse des données et à l’échantillonnage.

1.1- Sites d’enquête

Les enquêtes de terrain se sont déroulées dans 4 communes d’Abidjan, à savoir Yopougon, Adjamé, Cocody et Port-Bouet. Trois raisons principales militent en faveur du choix de ses communes. La première est relative aux fonctions sociales de ces communes. Elles sont constituées toutes de « quartiers-dortoirs » où résident différentes catégories sociales. Deuxièmement, ces communes se caractérisent par leurs disparités socio-économiques et le niveau de vie des ménages résidents. Troisièmement, chacune d’elles joue un rôle important dans l’accessibilité des produits alimentaires par les ménages. La carte 1 indique ces sites d’enquête :

Carte 1 : Localisation des sites d’enquête

Sur la carte géographique de la ville d’Abidjan, se situent les communes où les enquêtes ont lieu. Dans la commune de Yopougon au sud-ouest, les marchés de Siporex et de Sicogi sont visibles dans la partie centre-est. A Adjamé (centre d’Abidjan), le marché Gouro servant de marché de gros est situé à l’ouest. La commune de Cocody au nord-est d’Abidjan indique le marché de quartier COCOVICO au centre de la commune. Enfin, dans la commune de Port- Bouët (sud), le marché central qui fait office de marché de quartier est situé au sud.

1.2- Méthodes et Matériels

L’étude s’inscrit dans une démarche qualitative de type inductif. Ainsi, l’enquête de terrain a privilégié la méthode d’observation et d’entretiens individuels semi-directifs. Il s’est agi dans un premier temps, de faire une enquête exploratoire à partir d’observations du système d’approvisionnement des marchés de quartier pendant une période relativement longue allant d’avril 2018 à décembre 2018. Au cours de cette période, nous avons noté dans un cahier de bord toutes les activités qui s’y déroulaient et les comportements qui se développaient autour de ces activités. Cela a permis d’identifier les acteurs qui sont en interaction, leur statut social et à comprendre leurs pratiques routinières. Ces acteurs ont été ensuite interrogés à l’aide d’une grille d’enquête qui s’articulait autour de 4 thèmes dont 1) le système d’approvisionnement des villes et des quartiers d’Abidjan ; 2) la formation des prix des denrées sur les marchés de quartiers et 3) les pratiques de consommation des ménages face à l’insécurité alimentaire. Cette phase de collecte des données s’est étendue sur la période allant de janvier 2019 à mai 2019.

Les données collectées auprès de ces différents enquêtés ont été transcrites manuellement et classées par type d’information à analyser. Le corpus ainsi obtenu, a servi de base d’analyse. Une triangulation des données collectées a permis de dégager les grandes tendances des discours d’acteurs qui donnent du sens et du contenu aux informations recherchées selon l’analyse du discours chère à L. Bardin (2003).

1.3- Echantillonnage

L’échantillon choisi est de type non probabiliste, élaboré par la méthode de choix raisonné. Les personnes enquêtées ont été préalablement identifiées et répertoriées durant la phase exploratoire. Dans un premier temps, la sélection des commerçantes et transporteurs a été rendue possible grâce aux différentes responsables d’associations féminines installées sur les différents marchés. Dans un second temps, les chefs de ménages ont été sélectionnés de façon aléatoire dans chacune des communes. Aucun critère n’a été retenu compte tenu du fait que quel que soit le pouvoir d’achat, tous sont assujettis aux mêmes prix des produits alimentaires fixés au négociés auprès des commerçantes. Le tableau 1 détaille la répartition de l’échantillon.

Tableau 1: Répartition de l’échantillonnage

Le tableau ci-dessus présente un effectif de 61 personnes enquêtées. Il montre que les marchés de gros sont localisés à Yopougon notamment au quartier Siporex où 5 commerçantes grossistes ont été enquêtées contre 3 à Adjamé à la grande gare routière. En ces lieux, 5 transporteurs qui font la livraison des denrées alimentaires aux commerçantes détaillantes ont été interrogés dont 3 à Yopougon-Siporex et 2 à la gare d’Adjamé. Sur les marchés de quartier 21 commerçantes détaillantes ont été interviewées, reparties respectivement dans 3 communes comme suit : marché de Yopougon-Sicogi, 9 contre 5 au marché Cocovico à Cocody et 7 au marché de Port- Bouët. Enfin, s’agissant des ménages, au total 27 chefs de ménages dont 12 à Yopougon, 7 à Cocody et 8 à Port-Bouët ont été interrogés pendant l’enquête.

2.Résultats

Le traitement des données issues des enquêtes permet d’analyser les résultats en trois grands points ; la caractérisation des offres alimentaires étudiées, les relations socio-professionnelles entre acteurs dans l’approvisionnement des denrées et les risques d’exposition à l’insécurité alimentaire des ménages.

2.1- Caractérisation des offres alimentaires étudiées

L’analyse de l’approvisionnement implique une caractérisation des offres alimentaires étudiées. Sur les marchés de gros, les relations marchandes se nouent autour de ces offres entre les différents acteurs. Les trois denrées étudiées présentent chacune des caractéristiques spécifiques qu’il convient de décrire. Il s’agit de la banane plantain, de l’igname et du manioc.

2.1.1- La banane plantain, une denrée alimentaire prisée mais très périssable

La banane plantain est un produit de consommation très prisé par les ménages abidjanais. Elle est livrée en grande quantité sur les marchés d’Abidjan pendant la période de récolte (début octobre et vers la fin de mars). Selon l’OCPV (2018, p. 8), en période de forte production, cette denrée est présente sur tous les marchés de quartier à hauteur de 55% de la production nationale estimée à 1600000 tonnes par an. Transportées depuis les villages, lieux de production, ces denrées alimentaires sont groupées sur des plateformes aménagées par les commerçantes grossistes installées aux marchés de gros de Yopougon et d’Adjamé. Ces plateformes assurent différentes fonctions : logistiques (déchargement et stockage), commerciales (espace de négociation entre l’offre et la demande) et organisationnelles (mise en place de planning, rotations, tri et reconditionnement) (A. Perrin, 2015, p.37). Sur les marchés d’Abidjan, la demande alimentaire en banane plantain est déterminée par sa consommation. En général, les ménages d’Abidjan préfèrent consommer cette denrée à l’état mûr en raison de sa saveur sensorielle et gustative. Elle se consomme sous diverses formes : en ragoût de bananes (Apessi), en pâte modelée obtenue après avoir pilé sa bouillie (foutou ou foufou) ou en grillade sous forme de frite (Alloco). Denrée fragile et très périssable, les convois de bananes qui arrivent sur les marchés d'Abidjan n'ont qu'une durée limitée de conservation (3 à 4 jours), faute de quoi les fruits subissent un processus de transformation rapide pouvant conduire à sa détérioration. A ce jour, il n’existe aucune méthode moderne de conservation de la banane sur une longue durée. Il est donc nécessaire d’écouler rapidement les flux stockés sur les plate-formes, afin d’éviter les avaries qui constituent des pertes en numéraire pour les commerçantes grossistes.

2.1.2- L’igname, une denrée alimentaire précieuse mais de qualité culinaire aléatoire

Sur les marchés, l’igname est l’un des rares produits alimentaires qui est valorisé à la vente. Contrairement à la banane et au manioc, cette denrée se conserve de façon durable. Avec une production nationale moyenne estimée à 2800000 de tonnes par an, l’igname demeure quasiment présente sur les marchés d’Abidjan avec un taux de disponibilité oscillant entre 49 et 51% selon l’OCPV (2018, p. 9). Elle est très appréciée par les ménages ivoiriens dans leurs différentes composantes. Il existe plusieurs variétés d’igname sur le marché. Parmi celles-ci, se trouvent les plus consommées par les ménages abidjanais, à savoir le "bêtê-bêtê", le "florido", le "kponan", le "klenglè" et le "bassawa". Toutes ces différentes variétés n’ont pas la même importance sur le marché vis-à-vis des consommateurs qui s’intéressent plus à la qualité organoleptique. Selon les commerçantes rencontrées, les trois dernières variétés sont beaucoup appréciées sur le marché et ont une grande valeur marchande. Pendant la période d’abondance, le prix au kilogramme varie entre 500 et 800 FCFA, alors que les deux premières variétés sont vendues à moitié prix. Leur mise à marché se relaie au cours de l’année. Les variétés "kponan", "klenglè" et "bassawa" sont précocement récoltées pour être consommées et vendues en fin d’année et en début d’une nouvelle année. Par contre, le "bêtê-bêtê", le "florido" sont visibles sur le marché de mars à octobre. Toutefois, ces dix dernières années, la qualité de toutes les variétés reste à désirer du fait de l’introduction de la biotechnologie dans le système de production. Le recoupement des données de l’ensemble des chefs de ménage enquêtés indique que les différentes variétés d’ignames produites et vendues sont obtenues de composantes d’OGM. De ce fait, leur qualité culinaire évolue en fonction du temps de stockage surtout lorsqu’elles sont exposées à de fortes chaleurs. En période d’abondance, lorsque les détaillantes installées dans les marchés de quartier disposent de ressources suffisantes, et des espaces de stockage appropriés, ils s’approvisionnement directement depuis les villages auprès des collecteurs bord-champ.

2.1.3- Le manioc, une denrée alimentaire à usages multiples destinée à la consommation de masse

Parmi les trois denrées soumises à l’étude, le manioc est le plus commercialisé selon une étude réalisée par l’OPCV (2018, p. 10). C’est un produit alimentaire qui est très présent sur les marchés d’Abidjan. Avec une production nationale moyenne estimée à 5000000 tonnes par an, c’est le deuxième produit alimentaire qui nourrit la population ivoirienne après le riz. L’offre en manioc est très atomisée à travers le pays, car toutes les régions pratiquent cette culture et font converger leur production vers les grandes villes notamment Abidjan. Toutefois, en raison des contraintes liées à l’approvisionnement (transport, logistique, manutention, conservation, etc.), ces dernières années, la production est plus concentrée à la périphérie de la ville d’Abidjan surtout dans les régions de Dabou, d’Adzopé, d’Agboville, de Tiassalé, de Bonoua. Ces régions fournissent aux marchés d’Abidjan plus de la moitié de la consommation des ménages abidjanais (Ph. Mungagbeu, 2010, p. 34).

La consommation du manioc arrive au quatrième rang des produits consommés, et l’attiéké est le premier des plats cuisinés vendus dans les centres urbains du pays (J. L Chaléard, 2002, p. 117). Deux variétés sont distinctes : le manioc doux et le manioc amer. Toutes les deux variétés sont difficiles à conserver car très périssables. La demande est très forte à Abidjan en raison du croît démographique. Le manioc rentre dans la fabrication de plusieurs aliments. Par exemple, le manioc doux peut se consommer à la cuisson sous forme de ragoût, ou de foutou (soit uniquement, soit mélangé avec la banane / l’igname). Quant au manioc amer, il est utilisé pour la fabrication de l’attiéké ou du placali ; deux aliments très consommés par les nationaux comme les non nationaux. A l’origine, le commerce de manioc se faisait par la vente de tubercules frais fortement liée à la variation de prix sur le marché local. Mais, avec les techniques de transformation artisanales de plus en plus développées à travers le pays (extraction du jus par le pressage de la pâte), ses sous-produits dérivés sont valorisés et vendus sur les marchés d’Abidjan. Les groupements d’initiatives communes (coopératives, associations, ONGs...) ont été mis en place pour la fabrication de l’attiéké. Composés essentiellement de femmes, ces groupements sont organisés en réseaux et approvisionnent le marché local en attiéké. Abidjan constitue le plus gros pourvoyeur avec un taux d’approvisionnement de 45% (A. Perrin, 2017, p.15). S’ajoute également, la pâte pressée, fermentée et conditionné en sac de 50 à 100 kg destiné à la confection du placali qui est acheminé sur les marchés d’Abidjan. En somme, le manioc est une denrée aux multiples vertus alimentaires. Il est l’un des produits qui domine le commerce du vivrier sur les marchés d’Abidjan en dépit des contraintes d’approvisionnement.

La description des caractéristiques de ces trois denrées étudiées montre leur importance dans la consommation alimentaire des ménages. Leur distribution sur les marchés de quartier met en jeu les relations socio-professionnelle entre différents acteurs sociaux.

2.2- Les relations socio-professionnelles entre acteurs dans l’approvisionnement des marchés de quartier

L’approvisionnement constitue une étape fondamentale pour assurer la sécurité alimentaire des ménages. Si en milieu rural, cette dernière semble être préservée en raison d’une disponibilité quasi-permanente et d’une fluidité d’accès aux denrées alimentaires, par contre, les villes ivoiriennes, particulièrement la ville d’Abidjan reste exposée à l’insécurité alimentaire eu égard aux difficultés d’approvisionnement des marchés. Les marchés de gros et les réseaux de distribution des denrées jouent des rôles importants dans le processus d’approvisionnement des marchés de quartier.

2.2.1- Organisation et rôles des « marchés de gros »

D’un point de vue commercial, il n’existe véritablement pas de marché de gros dans la ville d’Abidjan. Du fait de leur fonction de commerce, les centres de groupage des marchandises dans les communes sont considérés comme des « marchés de gros ». Ce sont en réalité des espaces urbains aménagés par des commerçantes qui servent de commerce de gros. Ils sont localisés à proximité des grandes gares routières. Toutefois, leur création est essentielle pour non seulement assurer la maîtrise des flux des denrées alimentaires provenant des différentes régions mais, surtout pour l’approvisionnement des marchés de quartier. C’est notamment à partir de ces sites de gros que les grossistes gèrent leurs réseaux d’approvisionnement (D. M. Harré, 2001, p. 121). La plupart de ces sites de gros ont été créés de façon spontanée par des commerçantes grossistes en dehors de tout schéma directeur ou plan d’urbanisation des communes. Ils sont configurés selon le modèle de fonctionnement des marchés traditionnels africains. Ce sont en général, des marchés informels et anarchiquement constitués où les pouvoirs publics n’arrivent pas à les contrôler. Les espaces commerciaux réservés pour les activités marchandes sont le plus souvent débordés sous la pression de petits commerces, détenues par des vendeurs occasionnels. Sur ces marchés, les bâtiments servant d’activité de vente de produits sont souvent des abris de fortune, dépourvus de toutes commodités. On note également la présence d’étals sur lesquels les produits vendus sont exposés à l’air libre et subissent de fait les intempéries.

Ainsi par exemple, le marché de gros de Yopougon-Siporex est construit sur un espace de 2 hectares et d’une capacité de 150 personnes, ce marché est aujourd’hui saturé et a complètement débordé de son espace initial pour s’élargir sur le domaine public. Il ne dispose pas d’infrastructures spécialisées pour le stockage et la vente de marchandises. Certaines commerçantes utilisent des boxes métalliques ou des conteneurs hors usage comme local d’entreposage et de ventes de leurs marchandises. D’autres qui n’ont assez de moyens, sont regroupées sous des hangars pour vendre leurs produits.

Quant au marché de gros d’Adjamé, il est localisé au marché Gouro non loin de la grande gare routière d’Adjamé. Ce marché a été créé par un groupement de femmes réunies au sein de la coopérative de distribution des produits alimentaires (CODIPRAL). Il s’étend sur une superficie d’environ 3 hectares. Contrairement à celui de Yopougon-Siporex, ce marché bénéficie d’un aménagement amélioré avec des équipements relativement modernes : construction de magasins, d’entrepôts et d’abris en dur. Néanmoins, on note la présence de box, d’hangars de fortune et d’étals appartenant à des semi-grossistes.

Ces marchés de gros remplissent trois fonctions traditionnelles : stockage, vente et distribution de marchandises. Lieux de rencontre entre l’offre et la demande et de formation de prix, ils ont l’avantage de faciliter l’approvisionnement des marchés de quartier en denrées alimentaires. Les commerçantes grossistes qui y sont installées, l’animent grâce à leurs entrepôts et espaces aménagés qui leur servent de lieu de travail. Elles proposent ainsi leurs services de ventes aux commerçantes détaillantes en tenant compte des opportunités du marché. Dans le jeu commercial, il y a une interaction qui se crée et chacune mobilise ses ressources pour tirer le meilleur parti. Les détaillantes, achètent toujours les produits en s’engageant dans un processus de négociation des prix. En somme, chaque site de gros est géré par des groupements de commerçantes réunies soit en association ou en coopérative. Ces lieux de commerce sont en effet, des constructions sociales dont les grossistes ont fait le lieu privilégié des relations socioprofessionnelles (D.M. Harré, 2001, p. 123).

2.2.2- Relations entre grossistes et détaillantes

L’organisation des commerçantes en réseau apparaît comme une nécessité pour comprendre la dynamique de l’approvisionnement. C’est à partir des marchés de gros que se fait le ravitaillement des marchés de quartier en denrées alimentaires. Ici, nous abordons la distribution sous l’angle de la circulation spatiale des denrées alimentaires à travers les réseaux associatifs. Ces réseaux ont une fonction économique mais surtout sociale. Ils permettent de faire l’échange marchand mais constituent également des cadres de sociabilité. Les relations interpersonnelles au sein des réseaux associatifs sont fondées sur des valeurs communes telles que la solidarité, la réciprocité et la mutualisation des actions. Toutefois, le maintien de l’autonomie de chaque personne est central dans ces réseaux. Par exemple, au marché de gros de Yopougon-Siporex, les commerçantes grossistes ont développé des formes associatives sur la base des relations traditionnellement entretenues sur les marchés (D.M. Harré, 2001, p. 116). Celles-ci sont regroupées au sein de l’association des commerçantes grossistes de vivriers de Yopougon-Siporex. Chacune d’elles tient son commerce indépendamment des autres, mais liées entre elles par une « entente » dans la fixation des prix des denrées. Contrairement au principe économique du « libre marché » où le prix d’un produit brut est négocié entre un vendeur et un acheteur surtout concernant les denrées vivrières, ces commerçantes font une « homologation » des prix de leurs différentes denrées sur le marché. Il appartient dès lors à l’acheteur ou au client de se procurer le produit sur la base de ses préférences. Dans la logique économique, cette pratique « étouffe » la concurrence comme règle du jeu commercial et restreint le libre choix de la clientèle. De même, d’un point de vue social, l’homologation des prix « dé-fidélise » la clientèle dans la mesure où les commerçantes détaillantes tendent à diversifier leurs partenaires commerciaux sur le marché en fonction de la qualité de denrées vendues. Cette situation réduit considérablement la capacité des grossistes à rendre stable leurs activités. Ce qui est dénoncé par plusieurs d’entre elles en ces termes :

« Je n’ai pas de clients fixes. Les gens qui viennent au marché là, ont le choix entre nous qui sommes ici. Tout le monde vend les mêmes marchandises et les prix sont les mêmes […] On n’arrive pas vite à écouler nos produits et souvent ça pourrit dans nos mains. » K. M., 39 ans, Grossiste, Marché de gros de Yopougon-Siporex.

A la question de comprendre les motivations justifiant une homologation des prix sur ce marché, la présidente de cette association explique :

« C’est au cours d’une réunion que nous les femmes, avons décidé de vendre nos marchandises aux mêmes prix. On vend les mêmes produits. Et puis, pour donner la chance à chacune de faire un bon bénéfice, il est bon que nos produits aient le même prix. En le faisant, le client qui arrive ici, ne se fatigue pas à discuter beaucoup pour prendre moins cher le produit. Parce que nous souffrons beaucoup. Quand on va payer les produits dans les villages, on souffre beaucoup. On achète les produits bord-champ avec les femmes, on loue des camions de transport, on prend des gens pour charger. On prend la route pour Abidjan, chemin faisant, on subit les tracasseries des corps habillés. Et puis on arrive à Abidjan, on paye encore des gens pour décharger les marchandises. Tout ça à un coût […] Chaque jour les agents de collecte de la mairie nous font payer des taxes. Donc, vous comprenez que, si on ne fait pas attention et qu’on vend en désordre, notre commerce n’ira pas loin ». B. Y. L, 48 ans, Responsable de l’association des grossistes de Yopougon-Siporex.

A la pratique, l’homologation des prix ne permet pas aux commerçantes de maîtriser les flux des denrées alimentaires. Partant du fait que ce sont des denrées saisonnières et très périssables, leur conservation sur une longue période cause des avaries constituant ainsi une perte en termes de gains financiers pour ces grossistes. Au lieu de procéder à une homologation, les prix des denrées doivent être fixés par le jeu des rapports de force et de négociation de sorte à rendre fluide l’approvisionnement des marchés. Ainsi, chaque partie est libre d’accepter ou de rejeter les propositions. Le jeu des rapports de force dans cette négociation peut tendre à un équilibre où chacune des parties sort gagnante. La condition du maintien de la relation d’échange marchand et de son efficacité économique résident dans la capacité des acteurs sociaux à créer des relations personnelles continues, stables et affectives, elles-mêmes génératrices de confiance (V. Cova, 2004, p. 1720).

Par ailleurs, pour certaines grossistes, la crainte d’avoir des produits périssables qui risquent d’être invendus au-delà du temps de consommation peut constituer une perte en termes de gains financiers. D’où l’obligation d’être en relation de partenariat avec les détaillantes en témoignent les propos de cette enquêtée :

« Dans ce commerce, on perd beaucoup : en produits comme en argent. C’est pourquoi, il faut vite faire partir ses marchandises sinon tu sors perdant. Si on ne fait pas ça, tes marchandises vont pourrir dans tes mains et voilà dette sur ta tête. Donc, on n’a pas le choix, il faut toujours t’attendre avec les clients même si ce que tu gagnes n’est pas assez, c’est bon que de perdre. De toutes les façons quand tes produits vont vite, tu peux te rattraper ! » K. L., 45 ans, Grossiste, Marché Gouro d’Adjamé

La vente au marché de gros a ses contraintes que l’on ne peut ignorer en raison des incertitudes liées aux transactions. La préférence à la liquidation des produits conduit certaines grossistes à une grande flexibilité dans les échanges marchands. En effet, même si la marge bénéficiaire issue des ventes est en deçà des attentes du grossiste, la rotation de la vente lui permet de renouveler rapidement son stock et constituer son capital financier. De telle pratique sous- entend le tissage d’une alliance forte avec les détaillantes. De leur côté, les détaillantes peuvent décider de maintenir la relation. Mais, parfois, il arrive que cette relation se fragilise lorsque les intérêts sont en jeu comme l’explique une enquêtée :

« J’ai ma fournisseuse de produits certes, mais si ce qu’elle vend, ne me plaît pas ou est trop cher pour moi, je vais vers d’autres. Même si cette dernière n’est pas contente, ce n’est pas mon problème puisque, moi aussi, je ne veux pas perdre quand je vais détailler au marché. C’est comme ça le commerce. Ça m’arrange, je prends, dans le cas contraire, je laisse. » M.T., 36 ans, Détaillante, Marché Yopougon-SICOGI

Les détaillantes se donnent une liberté ou une préférence d’achat des produits en fonction de leur intérêt. Or, dans l’échange marchand, les grossistes cherchent à fidéliser leur clientèle pour écouler rapidement leurs produits. Le capital confiance est une ressource qu’elles investissent dans leur relation marchande. Elles livrent les produits à des prix flexibles pour offrir plus de possibilité d’achat aux détaillantes. Parfois, lorsque certaines d’entre elles, ne disposent pas de ressources suffisantes, les marchandises sont livrées à crédit et le coût remboursé après la vente.

2.2.3- Relations entre détaillantes et transporteurs

Pour l’approvisionnement des marchés de quartier en denrées alimentaires, le transport constitue un maillon essentiel dans la chaîne de distribution. Appréhender l’organisation du transport des denrées suppose la mise en place d’une logistique opérationnelle et efficace. D’un point de vue alimentaire, la logistique représente « l’ensemble des activités de service visant à assurer le déplacement d’un produit de son lieu de production à son lieu de consommation » (Vaillant et al., 2017, p. 128). Celle-ci renvoie au rapport qu’entretiennent les transporteurs avec les détaillantes. Les premiers déploient les moyens à leur disposition pour assurer le convoyage des produits. Les secondes sont animées par le désir de voir transporter leurs marchandises dans des conditions optimales, sans que les produits ne subissent aucune dégradation. Les résultats de l’étude révèlent que le transport des denrées depuis les marchés de gros est uni-modal avec l’utilisation des moyens de locomotion comme des camionnettes, des engins motorisés (tricycles, motocyclettes), des charrettes... qui servent à les acheminer jusqu’au point de destination finale. Les activités logistiques font intervenir plusieurs acteurs dont les coxers2 et les apprentis qui assurent la manutention des produits (chargement et déchargement). Les coxers sont le plus souvent recrutés et payés à un tarif négocié pour leur service par les commerçantes au détail. Leur service consiste essentiellement au chargement de la cargaison. Quant aux apprentis, ils assurent les services d’aides liées au déroulement du convoyage. Les frais liés à leurs activités sont entièrement pris en charge par les transporteurs. Toutefois, les mésententes surviennent entre transporteurs et détaillantes, lorsqu’il y a des freintes durant le convoyage des marchandises. Dans ce cas, les détaillantes ont tendance à diminuer les frais de transport sous prétexte qu’il y a un manque à gagner. De telles situations sont courantes et dénoncées par les transporteurs interrogés :

« Nous travaillons avec les femmes qui viennent acheter leurs marchandises au marché de Siporex-Yopougon depuis longtemps. C’est nous qui transportons leurs marchandises quand elles viennent faire leurs achats ici. [...]. Bon ! Comment on travaille, je vais vous expliquer. Ces femmes-là, ont nos contacts. Et, quand elles ont besoin de nous, elles nous font appellent. Maintenant pour le transport des marchandises là, on juge le prix et quand on s’entend, on vient faire le travail. Mais, ce qui n’est pas bien, c’est lorsque certaines d’entre elles refusent de payer ton argent correctement sous prétexte qu’il y a des marchandises qui sont gâtées. Alors que c’est faux ! » F.T, 29 ans, Transporteur de marchandises, Yopougon-Siporex.

Dans le même sens, une autre pratique qui a cours est le convoyage groupé des marchandises appartenant à plusieurs commerçantes. Elle permet de mutualiser les flux de marchandises afin de réduire les coûts de tarifs de transport de chaque commerçante. Ainsi chaque commerçante négocie le tarif du transport en fonction de la distance et du volume de marchandises à transporter. Avant de procéder au chargement, chaque lot de marchandises est étiqueté par des signes de reconnaissance. Cela permet d’éviter la confusion au moment du dépotage. Mais, une fois à destination, certaines d’entre elles renient leurs marchandises au motif de pertes ou de dégradations de colis. Ces comportements provoquent souvent des tensions tendues entre certaines d’entre eux, comme le témoigne ce transporteur :

« Parmi les femmes dont nous transportons les marchandises, il y en a qui sont bien gentilles. Mais d’autres sont compliquées. Ces dernières, chaque fois qu’on transporte leurs marchandises, on a toujours des problèmes avec elles. Pour quelques manioc ou tubercules d’igname brisés, elles nous font des histoires. L’autre fois, Dame C. T m’a fait ça. Elle a fait des retenues sur notre argent. Je lui ai demandé pardon, mais elle n’a pas voulu me comprendre. Mais, je laisse pour moi à Dieu ! » M. T, 32 ans, Transporteur, Adjamé.

Cette situation est due aux mauvaises conditions de transport des marchandises. En effet, du fait de moyens logistiques inadaptés (camions ou autres engins non spécialisés) à ces types d’activités, les commerçantes subissent des dommages en termes de pertes en gains financiers liées aux avaries ou détérioration des produits. La pratique de groupage des produits comporte des risques d’insécurité alimentaire dans la mesure où les circuits de distribution sont parcourus par les transporteurs dont le comportement laisse transparaître des doutes. Selon des détaillantes enquêtées, certains convoyeurs de marchandises sont de moralité douteuse car simulent des pertes de marchandises. En réalité, il s’agit de détournements de marchandises au préjudice des commerçantes. Plusieurs fois, certaines d’entre elles ont subi d’importantes pertes de marchandises les contraignant ainsi à abandonner leurs activités de commerce. A cela s’ajoute l’épineuse question de « tracasserie routière » dont sont victimes les transporteurs. La plupart de ceux-ci, ont souvent payé des amendes de contravention aux forces de l’ordre parce que leur camion était en surcharge. Or, de telles dépenses n’ont pas été prévues dans les tarifs de transport. De plus en plus, ces transporteurs s’obstinent à assurer le transport de marchandises en raison des problèmes évoqués plus haut.

Au final, l’analyse des relations socio-professionnelles entre acteurs a révélé des défaillances du processus d’approvisionnement des marchés. Cette situation expose les ménages aux risques d’insécurité alimentaire

2.3- Les risques d’exposition des ménages à l’insécurité alimentaire

En dépit d’un niveau acceptable d’approvisionnement des marchés en denrées alimentaires, les ménages d’Abidjan semblent être exposés aux risques d’insécurité alimentaire. Les modalités de ce risque alimentaire sont à rechercher dans la qualité des produits vendus et de l’inflation des prix de ces denrées.

2.3.1- De la qualité sanitaire des denrées vendues sur les marchés

L’accès à une alimentation saine et nutritive est une condition pour assurer la sécurité alimentaire des ménages. Mais, étant donné, la complexité de la chaîne d’approvisionnement, les denrées alimentaires subissent les aléas durant les différentes étapes d’approvisionnement. Ainsi, de la collecte jusqu’à la livraison en passant par le convoyage puis l’entreposage, les denrées alimentaires sont anarchiquement manutentionnées et cela contribue à leur détérioration. Les conditions de précarité dans lesquelles ces denrées sont transportées (entassement, absence de conditionnement, exposition aux intempéries) montrent les risques de contamination par l’infiltration de parasites fongiques ou bactériens rendant ainsi ces denrées impropres à la consommation. Par exemple, depuis les lieux de provenance, ce sont des camions remorques de 20 ou 30 tonnes surchargés de produits différents entassés les uns sur les autres (bananes, ignames, maniocs, piments, gombos, aubergines, etc.) qui assurent le transport sur Abidjan. Dans les différents marchés, les marchandises sont déchargées par du personnel non qualifié qui les exposent de façon disparate, à même le sol sur lequel jonchent parfois des immondices. Les blessures causées par les activités de manutention témoignent de la maltraitance de ces denrées destinées à la consommation. Cette activité couramment pratiquée par les acteurs de la chaîne d’approvisionnement est de nature risquée compte tenu de l’apparition des maladies d’origine alimentaire auxquelles s’exposent les consommateurs. Dans le même sillage, les analyses de certains professionnels de la santé nutritionnelle ont démontré que les aliments obtenus à partir d’OGM peuvent être une menace potentielle et réelle pour les consommateurs même si certaines recherches semblent prouver le contraire (J-P. Sikeli, 2005, p. 20). Cette incursion dans ce débat nous ramène à la réalité sur le terrain de la consommation des produits vivriers pour la plupart des ménages enquêtés en témoigne le récit de cet enquêté :

« Le marché est bourré d’aliments qui contiennent beaucoup de produits chimiques. De plus, il y a des maladies qui sont causées par les produits vivriers que nous consommons. Ça nous tue ! Quand tu vas au marché, bananes ooh ! ignames ooh ! maniocs ooh ! tomates ooh ! … Tout est produit chimique. C’est pourquoi, on doit faire attention. Sur le marché, il faut chercher les produits naturels à acheter. » G.K. J., 45 ans, Chef de ménage, Marché COCOVICO de Cocody-Angré

Cette représentation sociale que se font les ménages sur la consommation des denrées pose un problème de confiance en la sécurité sanitaire et de pureté de l’alimentation (FAO et OMS, 2003 p. 4) au regard des maladies qui leur sont associées. Cela pose un problème de « doute alimentaire » pour les ménages. Ainsi, le risque alimentaire devient un enjeu au cœur du système alimentaire. De plus en plus les ménages émettent des doutes quant à la consommation des denrées alimentaires produites. Dans un tel contexte, l’offre alimentaire semble être assujettie à une insécurité alimentaire des ménages.

2.3.2- L’inflation des prix des denrées sur les marchés

Sur les marchés de quartier, les prix des denrées subissent des variations tendancielles du fait des aléas du marché depuis trois décennies. Ces prix sont en hausse continue. Si théoriquement, cette hausse des prix trouve une justification dans le principe économique de l’offre et de la demande, force est de reconnaître que l’urbanisation galopante que connaît la ville d’Abidjan aujourd’hui, avec son corollaire de poussée démographique reste un élément déterminant de l’insécurité alimentaire. Selon l’INS (2018, p. 2), la population Abidjanaise estimée à 4 millions d’habitants en 2014 connaît chaque année une progression de 5 à 10%. Cette croissance démographique résulte de l’exode massif des populations rurales et du phénomène migratoire dont la Côte d’Ivoire reste assujettie depuis des décennies. La frange de la population exposée au risque alimentaire est dominée par les ménages à revenu faible et/ou à revenu modeste. Bien que conscients de tous les problèmes sanitaires liés à la qualité des denrées évoquée plus haut, ces ménages sont enclins à consommer les denrées alimentaires du fait de leur vulnérabilité. Leur pouvoir d’achat reste relativement faible et ils éprouvent des difficultés à s’approvisionner sur les marchés. De même, lorsque des rumeurs de pénurie sont annoncées, ceux qui disposent occasionnellement des ressources financières, se ravitaillement rapidement en grande quantité pour constituer des stocks de consommation comme l’indique cette enquêtée :

« A Abidjan, la nourriture est chère. Les produits vivriers qui étaient un peu moins chers sur le marché dans les années 2005 là, on ne peut plus acheter, tellement c’est devenu cher. Mais on est obligé d’acheter parce qu’on a la famille à nourrir à la maison. Ici, à Port-Bouët, quand tu vas au marché, tout le monde se plaint parce que les marchandises sont chères. Moi, je connais des gens, quand ils viennent au marché, ils dépensent tout leur argent et souvent ils prennent à crédit beaucoup de marchandises parce qu’à peine finis, les nouveaux stocks des commerçants, changent de prix ; encore plus chers qu’avant. » F. B. 38 ans, Chef de ménage, Commune de Port-Bouët.

La flambée des prix des denrées est une pratique récurrente, malgré l’approvisionnement des marchés à en croire les ménages. Même la saisonnalité des prix des denrées vivrières (L. Temple et S. Dury, 2003, p. 12) ne permet pas d’infléchir la tendance à la baisse au profit des consommateurs. L’enquête a également révélé que la situation d’inflation des prix constatée s’explique par l’« intrusion » de nouveaux acteurs à l’environnement social dans lequel fonctionne ces marchés. Il s’agit des ménages venant de Grand-Bassam, de Bonoua, de Dabou de Songon, d’Attinguié (localités environnantes à la ville d’Abidjan). Ces ménages qui présentent les mêmes caractéristiques que leurs homologues d’Abidjan, viennent aussi s’approvisionner sur les marchés de Port-Bouët et de Yopougon selon une détaillante interrogée :

« Mes clients viennent de partout. Ce n’est pas seulement ceux qui sont à Abidjan qui achètent mes marchandises. Il y en a même qui quittent Grand-Bassam, Bonoua3 qui viennent faire leur marché ici à Port-Bouët. Ils sont même les plus nombreux. Eux quand, ils viennent, ils ne discutent pas trop parce que chez eux, on ne trouve même pas bananes, ni ignames, donc, ils achètent rapidement pour aller. Souvent même, tellement ils sont contents, ils me font cadeaux. » G. J., 45 ans, Détaillante au Marché de Port-Bouët

En réalité, ces ménages résidant à la périphérie de la ville d’Abidjan, voyant la disponibilité physique et permanente des denrées sur les marchés d’Abidjan, pensent que les prix de celles- ci sont abordables par rapport à ceux pratiqués sur leurs marchés. Ce qui n’est pas vérifié dans la plupart des cas. Selon des commerçantes, la majorité de ces « clients spéciaux » méconnaissent les prix pratiqués aux ménages d’Abidjan. Et pour cela, ils ont développé des relations commerciales avec certaines commerçantes pour favoriser une fluidité de leur approvisionnement. Par exemple, il est apparu au cours des entretiens que certains d’entre eux font leur marché par semaine voire par quinzaine et de ce fait, demandent aux commerçantes de leur réserver des stocks de marchandises. Dans ces conditions, les marchandises sont revendues encore plus chères que celles étalées sur le marché. Pressés d’avoir leurs marchandises, ils viennent juste prendre leurs commandes de gros pour repartir. La plupart du temps, ils sont satisfaits des prestations offertes au point de faire des faveurs sous forme de pourboires aux commerçantes. De telles situations amplifient l’inflation des prix des denrées et cristallisent l’insécurité des ménages d’Abidjan.

Exceptées, la banane et l’igname, le manioc est une denrée qui a des particularités dans l’approvisionnement des ménages en vertu de ses usages multiples. Produites en grandes quantités dans toutes les régions du pays, il est accessible pour la majorité des ménages d’Abidjan. Les aliments consommés qui dérivent du manioc sont entre autres foutou et l’attiéké. Ce produit alimentaire est très consommé par les populations ivoiriennes. Fabriqué de façon artisanale, il est aujourd’hui transformé par des unités agro-industrielles et vendu dans les grandes surfaces de la place. De plus en plus, ce produit intervient dans la fabrication des bouillon d’assaisonnement connu sous l’appellation de « cube maggi » et qui est manufacturé par la société Unilever.

Discussion

Les recherches en sociologie sur la question de la sécurité alimentaire sont assez récentes, contrairement à celles qui ont été réalisées en géographie et en économie. Ces deux disciplines l’ont abordé depuis très longtemps sous l’angle des politiques agricoles et des échanges commerciaux (C. Cerdan et al., 1995, p. 8). Les travaux des premiers sociologues ont débuté au milieu des années 1980 et s’inscrivent dans la lignée des études de sociologie des activités marchandes (G. Anzalone, 2011, p. 112). Le point de convergence de ces études, est centré sur l’idée d’un marché stable au sein duquel les transactions marchandes qui ont comme support les liens sociaux, constituent une garantie de sécurité alimentaire pour les ménages. S’inspirant de leur approche, le présent travail analyse la sécurité alimentaire des ménages sous le prisme de l’approvisionnement des marchés de quartier.

Un premier niveau de l’analyse des résultats obtenus permet de comprendre le caractère vital des denrées étudiées pour les ménages et d’étaler les défaillances liées au fonctionnement des marchés de gros, donnant ainsi le sentiment que ces denrées sont difficilement accessibles. Or, visiblement, l’observation donne à voir qu’il y a une disponibilité permanente de ces denrées alimentaires sur ces marchés. Ce résultat a déjà été mis en évidence dans d’autres recherches comme celle de E. Tollens (1997, p. 2) dans le contexte marocain où il dénonce les fonctions de vente de gros dans la commercialisation des vivres à Rabat et à Salé. Il souligne à juste titre, le caractère diffus de l’organisation desdits marchés bien que servis en denrées alimentaires. Dans le sillage de ses travaux, l’auteur montre que l’inexistence d’infrastructures appropriées (magasins de stockage et de conditionnement des produits dégradés) rend inefficace les opérations de ventes en gros. Du coup, les relations marchandes entre offreurs et preneurs deviennent de plus en plus complexes. Poursuivant dans le même sens, T. Paulais (1998, p. 37) décrit le système d’approvisionnement des marchés urbains d’Afrique noire en montrant que les marchés de gros jouent un rôle central dans la chaîne de distribution des denrées. Cependant, dans de nombreuses villes d’Afrique subsaharienne à l’image du marché de gros "Dantokpa" de Cotonou, on note l’absence d’équipements spécialisés pour la conservation des produits, le manque de services d’entretiens et de conditionnement des produits. Cela a un impact sur l’approvisionnement des produits qui, conservés dans la promiscuité, ne tardent pas à se détériorer.

Ensuite, dans les relations socio-professionnelles, les grossistes, installés en amont sur les marchés de gros et conscients des enjeux liés au commerce de gros, tentent de minimiser les risques de pertes au regard de la périssabilité des denrées. Toute chose qui influence leur relation avec les détaillantes qui en aval, sont animés d’un désir de satisfaction des ménages dans les quartiers, tout en cherchant à préserver leurs intérêts. Dans les transactions marchandes, le capital « confiance » est un facteur d’affermissement de leurs relations car il contribue à l’écouler rapidement les produits pour assurer la sécurité alimentaire des ménages. Ces résultats coïncident avec ceux obtenus par C. Thuillier-Cerdan et N. Bricas (1998, p.33) qui mettent en avant les relations sociales dans l’analyse des stratégies d’approvisionnement des marchés à partir d’une étude sur la consommation et la distribution alimentaire à Cotonou. Ils démontrent que les relations « amont-aval » du point de vue éthique, favorisent une meilleure intégration des différentes fonctions commerciales. Et que la coordination entre les agents se fait par le biais du marché. En ce sens, E. T. Hatcheu (2006, p. 8) démontre qu’au-delà des relations commerciales, le lien social structure l’approvisionnement des marchés. Il instaure une certaine complicité et un niveau de confiance entre grossistes et détaillantes de sorte à créer une complémentarité fonctionnelle dans le processus de distribution des denrées.

D’un autre point de vue, dans le processus d’approvisionnement des marchés de quartier, le transport constitue étape essentielle dans le maillon de la chaîne. Cette étape est charnière entre le ravitaillement des produits sur les marchés de gros et leur acheminement vers les marchés de quartier. Elle implique différents acteurs qui se mettent en relations d’affaires. Ici, détaillantes et transporteurs interagissent pour le bon déroulement des opérations de transport. Dans cette dynamique, les activités logistiques constituent le point de mire du processus de mise à marchés. Toutefois, les intérêts divergents qui surviennent parfois entre ces deux acteurs, complexifient l’approvisionnement et rendent incertain la sécurité alimentaire. L’étude a relevé par exemple, les cas d’avaries durant le transport des denrées et qui mettent en péril les relations d’affaires entre ces deux acteurs au point de constituer un obstacle dans l’approvisionnement des marchés. Cette analyse relationnelle expose les ménages aux risques d’insécurité alimentaire. Elle n’a pas été encore documentée dans la littérature scientifique notamment à travers les écrits en sociologie. C’est pourquoi, elle se présente comme une valeur ajoutée aux études déjà réalisées par d’autres chercheurs sur la sécurité alimentaire.

En dernière analyse, les résultats de l’étude montrent que les dysfonctionnements relevés dans le système d’approvisionnement des marchés de quartier constituent des risques d’exposition des ménages à l’insécurité alimentaire. Ces risques résultent d’une part de la qualité sanitaire des denrées vendues sur les marchés. En effet, les avaries, les blessures sur les produits sont des poches de contamination de maladies créant de fait un « doute alimentaire » chez les ménages. Des études précédentes l’ont déjà démontré. En effet, selon une étude conjointe réalisée par la FAO et l’OMS en 2019, la chaîne d’approvisionnement alimentaire est complexe et de ce fait tout incident lié à la sécurité sanitaire des aliments a des répercussions sur le commerce et la santé publique (OMS et FAO, 2019, p. 2). De même, en étudiant la sécurité sanitaire des aliments d’origine animale sur les marchés informels, K. Roesel et D. Grace (2016, p. 9) indiquent que le manque d’hygiène des camions de transport et les conditions de manutention inappropriées de ces produits sont source de contamination par des germes microbiens. Ce qui constitue un risque de dangers à la consommation. D’autre part, l’inflation des prix sur les marchés de quartier favorisée par les coûts alternatifs des activités logistiques et de manutention, amenuise de plus en plus la consommation de ces denrées par les ménages particulièrement ceux qui ont un faible pouvoir économique. Ce résultat concorde avec celle de L. Temple et S. Dury (2003, p .4) qui montrent que dans un contexte marqué par la baisse du PIB par habitant, l’inflation des prix se traduit une insécurité alimentaire des ménages.

En somme, il convient de noter que, sans toutefois épuiser la réflexion sur le sujet étudié, ce travail a le mérite d’enrichir un tant soit peu la connaissance scientifique sur la sécurité alimentaire des ménages par une analyse sociologique de l’approvisionnement de marchés de quartier.

Conclusion

L’analyse des résultats issus de cette étude a montré que la sécurité alimentaire des ménages se pose aujourd’hui avec acuité dans la ville d’Abidjan. Plusieurs facteurs l’expliquent. D’un point de vue structurel, le fonctionnement du système d’approvisionnement des denrées sur les marchés à travers la chaîne de distribution apparaît inopérante voire inefficace. En effet, les conditions précaires dans lesquels les produits sont transportés, stockés et mis sur les marchés favorisent leur dégradation et créent des avaries qui les rendent impropres à la consommation. Du point de vue socio-économique, la crise économique caractérisé par le chômage/ sous-emploi et la baisse du pouvoir économique ne garantit pas une accessibilité régulière des produits par les ménages précarisés. La hausse des prix des denrées sur les différents marchés du fait de la forte demande, érode le pouvoir d’achat de ceux-ci, les exposant ainsi à une insécurité alimentaire persistante. A cela s’ajoute, la qualité des denrées alimentaires produit dans un environnement social marqué par l’introduction des innovations biotechnologiques modernes avec l’utilisation de produits chimiques dans le système de production qui laisse planer des doutes de consommation. Dès lors, cette analyse sociologique prolonge les études déjà réalisées en appréhendant la question de la sécurité alimentaire dans sa dimension techno-commerciale. Ici, les différents acteurs (grossistes et détaillantes d’une part et ménages d’autre part) qui interagissent, sont conscients des risques d’insécurité alimentaire. Chacun à son niveau essaie de lutter contre cette menace en raison des intérêts en jeu. Au demeurant, cette réflexion n’épuise pas l’analyse sur la sécurité alimentaire car le débat en gestation sur l’introduction des OGM dans la production mérite beaucoup d’attention par d’autres recherche sur la question.

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Auteur(s)


1Maître-Assistant,Département de Sociologie / Université Félix Houphouët-Boigny,ndolychristophe@gmail.com

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