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Les mutations socioéconomiques et spatiales liées au bitumage des voies d’accès au CHU de Cocody-Angré à Abidjan

1Kouakou David BRENOUM, 2Atsé Laudose Miguel ELEAZARUS, 3Archange Dongo KOUADIO

Resumé :


Dans le cadre de la mise en œuvre du Projet de Renforcement des Infrastructures en Côte d’Ivoire (PRICI), la ville d’Abidjan bénéficie du renforcement de son réseau routier à l’image du bitumage des voies d’accès au Centre Hospitalier et Universitaire (CHU) d’Angré, un quartier de la périphérie Nord-est de la commune de Cocody. La modernisation des voies d’accès à cet établissement sanitaire implique d’importantes mutations socio- économiques et spatiales dans les quartiers traversés. Cet article vise donc à analyser ces mutations. La méthodologie adoptée, à cet effet, repose sur des enquêtes de terrain soutenues par la recherche documentaire. L’étude révèle que le bitumage des voies d’accès au CHU d’Angré a favorisé le peuplement des quartiers et le développement d’activités économiques. L’accessibilité de ces quartiers a induit leur animation via le développement des transports. Par ailleurs, ces quartiers de Cocody présentent un paysage embelli, alimenté par les belles maisons qui bordent les routes.
Mots clés : Cocody-Angré, espaces urbains, activités urbaines, mutations, voies.

 

Introduction

La Côte d’Ivoire connaît à l’instar des pays d’Afrique noire, une croissance urbaine rapide avec un taux d’urbanisation de 51,3 % en 2014 (INS, 2014), contre « 5 % avant l’indépendance » (A. V. F. D. Loba, 2009, p. 28). Abidjan, grande métropole et capitale économique du pays est le reflet de cette urbanisation rapide. L’afflux massif et presque permanent de migrants et la dynamique démographique interne alimentent et renforcent l’expansion de cette métropole.

« En 1950, à l’ouverture du canal de Vridi, Abidjan comptait environ 65 000 habitants, on en dénombrait 125 000 en 1955, 951 000 en 1975, et en 1987 les deux millions sont probablement atteints, voire dépassés » (P. Antoine et al. 1987, p. 5). En 1998, Abidjan comptait 2 953 018 habitants (INS, 1998). Sa population est estimée en 2014 à 4 395 243 habitants, soit 20 % de la population totale de la Côte d’Ivoire (INS, 2014). Parallèlement, la ville d’Abidjan connaît une croissance spatiale spectaculaire. En effet, s'étendant sur 600 hectares en 1912, Abidjan couvre une superficie de plus de 63 000 hectares en 2012 (D. P. Dihouegbeu, 2012, p. 44). L’urbanisation de la ville, caractérisée par une extension spatiale et une périurbanisation rapide, s’accompagne de la réalisation d’importantes infrastructures comme les réseaux de voirie. Elément fondamental dans la création des espaces urbains, la route suscite la dynamique spatiale de la ville, et est perçue comme « artère vitale pour le bon fonctionnement de la vie urbaine et support de l'urbanisation » (Soria et al, 1883, cité par H. C. E. Assoumou, 2007, p. 154). A Libreville, dans la capitale du Gabon, « le réseau de voies joue un rôle considérable dans la création du paysage urbain et les différentes étapes de la croissance de la ville en sont fortement marquées, que ce soit de façon volontaire (…) ou inopinée » (H. C. E. Assoumou, 2007, p. 154). La ville-capitale d’Abidjan compte aujourd’hui 10 communes dont celle de Cocody, un quartier résidentiel (…) aménagé afin de répondre aux besoins impérieux de logements (ONU-Habitat, 2012, p. 7). A l’image de la métropole abidjanaise, l’urbanisation de la commune de Cocody est marquée par une forte croissance spatio-démographique. En effet, petit hameau Ebrié en 1899, Cocody s’étend actuellement sur une superficie de 7 476 hectares, soit 20,8 % de l'agglomération abidjanaise. Une décennie après l’indépendance de la Côte d’Ivoire, sa superficie passe de 384,02 hectares à 1 083,91 hectares (K. D. Brenoum et al. 2017, pp. 212-213). La commune de Cocody compte selon l’INS (2014), 447 055 habitants, soit 10% de la population totale de la ville. Cette population était de 260 159 habitants en 1998 et de 132 067 habitants en 1988 (INS, 1988 et 1998). Au-delà des facteurs démographiques et économiques, Abidjan et singulièrement Cocody doit son extension à la distribution spatiale des infrastructures, en particulier au tracé du réseau routier. D’ailleurs, le Ministère de la Construction, du Logement, de l’Assainissement et de l’Urbanisme de Côte d’Ivoire (2015, partie 1, p. 46) atteste que « Cocody est une zone bien développée, avec un réseau routier complet ». La voirie est alors un élément fondamental dans la création des espaces urbains de cette commune résidentielle, et ce, à travers les mutations spatiales et socio-économiques qu’elle suscite. Le cas spécifique des voies d’accès au Centre Hospitalier et Universitaire (CHU) de Cocody-Angré, dans la périphérie Nord-est d’Abidjan mérite d’être élucidé. Anciennement situé dans une zone enclavée, cet établissement sanitaire est aujourd’hui desservi par des voies bitumées, traversant des quartiers de la commune. La particularité de cet article relève de l’absence d’études relatives à la question des implications de ces routes dans le paysage urbain. Quelles sont alors les mutations spatiales et socio-économiques liées au bitumage des voies d’accès au CHU de Cocody-Angré ? Cette étude vise à analyser les mutations spatiales et socio-économiques qui s’opèrent sous l’effet du bitumage des voies d’accès au CHU de Cocody-Angré, dans la périphérie Nord-est de la ville d’Abidjan (Carte 1).

Carte 1 : Présentation de la zone d’étude

1.Méthode

La méthodologie utilisée repose sur des enquêtes de terrain soutenue par la recherche documentaire. La documentation consultée est constituée de fonds de carte, de documents administratifs et d’écrits mis en ligne par l’unité de coordination du Projet de Renforcement des Infrastructures en Côte d’Ivoire (PRICI). Les fonds de carte ont servi à mieux circonscrire la zone d’étude, à définir l’itinéraire des voies d’accès au CHU de Cocody-Angré et à apprécier la dynamique spatiale induite par l’exécution du projet de bitumage de ces voies. Parmi les différentes données textuelles disponibles, celles en rapport avec le phénomène étudié ont été privilégiées et complétées par les enquêtes de terrain. Singulièrement, les études de P-J. Olagnier (1999) et d’H-C. E. Assoumou (2007), respectivement relatives à « La voirie, trame des paysages urbains. Le rôle des infrastructures routières dans le paysage des villes » et à « Voirie et structure urbaine à Libreville », ainsi que celle de M. B. d’Hautefeuille (2014) sur « la route, facteur de développement socio-économique ? Une analyse des enjeux portés par les projets routiers en Guyane française » ont renseigné sur les effets des infrastructures routières dans le processus d’urbanisation. L’enquête de terrain a été menée dans les zones de la commune de Cocody, traversées par les voies d’accès au CHU d’Angré, notamment les sous- quartiers 7ème tranche, Djorogobité et Riviera palmerais. A l’effet d’appréhender les mutations sociales qui relèvent du bitumage des voies, une enquête d’opinion auprès de 45 chefs de ménage obtenus selon la méthode de choix raisonnée et vivants de part et d’autre des voies a été menée. Le type d’habitat est le critère défini (villa basse, immeuble, duplex). Ainsi 15 chefs de ménages résidants dans chacun des 3 quartiers traversés par les voies, respectivement à raison de 5 habitants par type d’habitat se sont vus administrés un questionnaire. Une autre enquête a été menée auprès de 318 acteurs des activités économiques implantées le long des voies et au préalable inventoriées a permis de connaître les motifs de leur implantation, la période d’installation et les revenus moyens rapportés. L’observation a été utile dans l’optique d’analyser les mutations spatiales induites par l’exécution du projet de bitumage des voies d’accès au CHU de Cocody-Angré. Enfin, des entretiens auprès de 30 chauffeurs des taxis communaux ont été effectués à l’effet d’appréhender l’impact économique lié à l’exécution du projet de bitumage des voies. Leur choix s’est opéré de manière hasardeuse en raison leur difficile inventaire et du peu de temps à nous consacrer.

2.Résultats

2.1.Le bitumage des voies d’accès au CHU de Cocody-Angré : un volet du Projet de Renforcement des Infrastructures en Côte d’Ivoire

Situé dans la périphérie Nord-est de la commune de Cocody, le Centre Hospitalier et Universitaire de Cocody-Angré à Abidjan a officiellement ouvert ses locaux aux populations le 15 décembre 2017. Cet équipement sanitaire bâti sur un site de bas-plateaux, parsemé de vallées aux pentes plus ou moins fortes, était jadis situé dans une zone enclavée avec des routes non bitumées et marquées d’importants ravins. Les quartiers 7ème-8ème et 9ème tranches étaient traversés par une vallée en V, rendant pénible la mobilité. Cette réalité des voies d’accès au CHU de Cocody-Angré qui traduit les difficultés de déplacement des populations riveraines est mise aux oubliettes avec la fin des crises sociopolitiques qu’a connu la Côte d’Ivoire depuis Septembre 2002. En effet, la reconstruction du pays, sortie de la crise post-électorale de 2010/2011 prend forme dans la mise en œuvre du PRICI, initié en juin 2012 par l’Etat. Le montant global du projet s’élève à 174 milliards de francs CFA cofinancé par l’Etat de Côte d’Ivoire, la Banque Mondiale et les communes cibles. Le PRICI vise à améliorer l’accès aux infrastructures de base dans les zones urbaines et rurales ciblées, et dans le cas d’une crise ou d’une urgence admissible, à fournir une réponse immédiate et efficace. De manière spécifique, le projet permettra en milieu urbain, d’améliorer l’accès des populations aux services de base à travers la réhabilitation de la voirie, des installations d’alimentation en eau potable, des réseaux d’assainissement et de drainage, de l’éclairage public et des bâtiments publics. L’aménagement de la voirie dans la commune de Cocody à Abidjan, dont le bitumage des voies d’accès au CHU de Cocody-Angré est partie intégrante des composantes du PRICI. Il s’agit singulièrement des voies des secteurs 7ème-8ème et 9ème tranches et Saint Viateur, respectivement dans les quartiers Angré et Riviera palmerais de la commune de Cocody (Figure 2).

Le projet de bitumage des voies d’accès au CHU de Cocody-Angré se compose de deux grands itinéraires d’une distance totale de 7,687 km :

- l’itinéraire allant du secteur Sud-ouest précisément des 7ème-8ème tranches en passant par les Rosiers 6ème programme à l’hôpital d’Angré (CHU de Cocody-Angré). Cet itinéraire est une route en 2x2 voies avec un pont à structure mixte, métallique et béton, d’une longueur de 110m. La construction du pont vise à franchir l’obstacle naturel qui est la vallée en V séparant les secteurs 7ème-8ème tranches et les Rosiers, des secteurs 7ème-9ème tranches ;

- l’itinéraire allant du collège Saint Viateur à la Riviera palmerais au CHU d’Agnré est une route en 2x1 voie.

Photo 1 : Itinéraire des deux voies d’accès au CHU de Cocody-Angré

Ces voies nouvellement bitumées sont affectées d’ouvrages de drainage constitués principalement de buses, de caniveaux en béton armé, de dallettes ajourées, d'ouvrages de raccordement de bordures et de dalots. Faciliter l’accès des populations au CHU de Cocody- Angré, améliorer la fluidité routière et contribuer à la modernisation des cadres de vie font partie des buts assignés au projet. Ces voiries modernisées, induisent de toute évidence des mutations significatives dans l’espace urbain qu’il importe d’analyser.

2.2.Le bitumage des voies d’accès au CHU de Cocody-Angré et les mutations socio- économiques et spatiales qui en découlent

2.2.1.Les mutations socio-économiques en liaison avec la modernisation des voies d’accès au CHU de Cocody-Angré

La construction d’infrastructures routières et le développement socio-économique sont deux domaines inéluctablement liés. On ne peut parler de développement économique dans un espace dépourvu d’infrastructures de communication adéquates. Le désenclavement de la périphérie Nord-est de la commune de Cocody via le bitumage des voies d’accès au CHU de Cocody- Angré a suscité le développement d’activités économiques tant formelles qu’informelles.

Si des commerces se développaient avant le bitumage des voies, ceux-ci se sont amplifiés après l’exécution du projet, et ce, suite au peuplement des quartiers traversés par les voies (Figure 1). Plus les infrastructures routières sont modernisées, plus les espaces bénéficiaires connaissent un peuplement qui appelle les activités économiques.

Figure 1 : Proportion des activités économiques implantées avant et après le bitumage des voies d’accès au CHU de Cocody-Angré

Sur 318 activités économiques recensées le long de ces voies, 192, soit 60 % se sont implantées au lendemain de l’exécution du projet de bitumage. Ce sont entre autres des magasins de vente de vêtements et autres articles de beauté, des pressings, des quincailleries, des maquis et buvettes, des agences de voyage (photo 2), avec une part belle faite aux quincailleries qui représentent plus de 18 % des activités identifiées. La mobilité résidentielle consécutive à la modernisation du réseau routier est le motif majeur du foisonnement des quincailleries.

Par ailleurs, la forte ampleur des activités le long des routes d’accès au CHU d’Angré est liée au souci des acteurs de faciliter leur accès avec pour finalité, leur rentabilisation. Plus encore, l’ampleur des activités économiques le long des voies d’accès au CHU d’Angré est de toute évidence source d’emplois. Ce sont au total 627 personnes qui sont occupées directement par les différentes activités implantées le long de ces voies au lendemain de leur bitumage, mis à part les emplois indirects qui en découlent.

Photo 2 : Distribution spatiale des activités économiques implantées après le bitumage des voies d’accès au CHU d’Angré

Au-delà des activités commerciales, l’exécution du projet de renforcement des voies d’accès au CHU de Cocody-Angré entraine la facilité des mobilités avec une réelle densification surtout que l’on est passé de routes non bitumées à des routes entièrement bitumées (Planche 1).

Planche 1: Une section d’une des voies d’accès au CHU d’Angré : la Voie de liaison du Collège Saint Viateur à la cité SIPIM avant et après l’exécution du projet

Les populations riveraines jadis confrontées à de réelles difficultés de déplacement, bénéficient désormais d’une fluidité dans la mobilité avec l’exécution du projet. Les voies d’accès au CHU d’Angré contribuent désormais à réduire les durées de déplacement via le désengorgement des voies dans les quartiers. En effet, les incessants embouteillages qui caractérisent le quotidien des automobilistes aux heures de pointe dans la capitale abidjanaise et particulièrement dans la commune de Cocody sont réduits. Véritable diffuseur du trafic routier, ces voies contribuent à désenclaver d’importants secteurs de la commune de Cocody et partant, à relier aisément les autres communes de la ville d’Abidjan.

Les chauffeurs des transports en commun artisanaux, appelés communément « wôrô-wôrô » parviennent dans des difficultés moindres à engranger leur recette journalière. Ils soutiennent en effet obtenir en moyenne 40 000 francs CFA, voire 45 000 francs CFA quotidiennement contre une recette journalière d’à peine 30 000 francs CFA avant la réalisation des travaux de bitumage des voies d’accès au CHU d’Angré.

L’amélioration du cadre de vie des populations riveraines représente l’une des implications de l’exécution du projet de bitumage des voies d’accès au CHU de Cocody-Angré. En effet, le drainage des eaux usées pluviales est facilité par la mise en place le long de ces voies de réseau de canalisation. La stagnation des eaux sur ces routes et leur impraticabilité, surtout en saison pluvieuse sont estompées. L’insécurité antérieurement déplorée dans les quartiers traversés par les voies d’accès au CHU d’Angré s’est aujourd’hui amenuisée avec leur bitumage, suivi de l’éclairage public.

2.2.2.Une dynamique spatiale et un embellissement paysager des quartiers sous l’effet du bitumage des voies d’accès au CHU de Cocody-Angré

2.2.2.1.Les voies d’accès au CHU de Cocody-Angré, facteurs de création d’espaces urbains

Les infrastructures routières sont depuis toujours associées au développement local et/ou régional eu égard au modernisme qu’elles véhiculent. C’est fort de cette évidence que l’Etat de Côte d’Ivoire fait de la mise en place des infrastructures routières une de ses priorités. A ce titre, le premier Président de la Côte d’Ivoire affirmait que : « la route précède le développement ». Le développement qu’appelle la modernisation des voiries s’apprécie à différentes échelles et singulièrement, la route suscite naturellement la dynamique spatiale des localités qu’elle traverse. Dans la périphérie Nord-est de la commune de Cocody, le bitumage des voies d’accès au CHU d’Angré est un véritable catalyseur dans la création des espaces urbains (Carte 2).

Carte 2 : Evolution de l’espace urbain du secteur périphérique Nord-est du quartier Cocody-Angré avant et après le bitumage des voies d’accès au CHU d’Angré

Les investigations de terrain ont révélé qu’avant la mise en œuvre du projet de bitumage des voies, le paysage était marqué par une faible installation des établissements humains dans le rayon du Centre Hospitalier et Universitaire de Cocody-Angré. Les terrains mis en valeur par le biais de sociétés immobilières étaient faiblement habités. Les routes non bitumées, exposées au ravinement, associées aux obstacles naturels tels les vallées qui ne facilitaient guère la mobilité étaient les motifs du sous-peuplement des quartiers. Il était de plus en plus difficile pour les quelques ménages qui y résidaient de se déplacer aisément. Cet état de fait caractérisait le quotidien des résidents de la cité GESTOCI, SIPIM 4 et de Djorogobité 1. Cependant, l’exécution du projet de bitumage des voies d’accès à cette structure sanitaire a accéléré la densification des cités avec l’arrivée de populations. Elle fut également une opportunité pour les autorités compétentes de mettre à la disposition des ménages des terrains viabilisés. Une évolution fulgurante du plan cadastral de la commune de Cocody en particulier du quartier Angré, consécutive à la modernisation des voies d’accès au CHU de Cocody-Angré est à souligner. Environ trois hectares de terrains ont fait l’objet de lotissement. Ces lots rapidement mis en valeur par les acquéreurs conduisent à la périurbanisation et à la valorisation des espaces environnants. Ce développement spatial inéluctablement lié à l’exécution du projet de bitumage des voies d’accès au CHU de Cocody-Angré traduit la forte corrélation entre la modernisation du réseau routier et l’installation des établissements humains.

2.2.2.2.Un embellissement paysager des quartiers traversés par les voies

La modernisation des cadres de vie des populations est un trait de développement impulsé par le bitumage des routes. Les réseaux divers qui l’accompagnent notamment, les réseaux d’assainissement et d’électricité traduisent cette réalité. L’éclairage public qui a suivi l’exécution des travaux de bitumage des voies d’accès au CHU d’Angré donne une belle vue nocturne aux quartiers traversés par les voies et participe ainsi à la rénovation urbaine. L’embellissement des quartiers est d’autant plus marqué que les abords des voies bitumées sont les plus prisés pour accueillir les établissements humains de loisirs. La nuit, l’éclairage continu le long des routes combiné aux jeux de lumières issus des bars, restaurants et maquis donnent une image idyllique à la périphérie Nord-est de la commune de Cocody. Dans la journée, la vénusté généralisée des maisons bordant ces voies constitue un marqueur du paysage urbain (Photo 3).

Photo 3 : Un immeuble de haut standing à Cocody-Angré, 7ème Tranche

L’accessibilité des quartiers sous l’effet du bitumage des voies d’accès au CHU incite les détenteurs de terrains à bâtir des résidences privées ou des logements locatifs de luxe en y injectant une masse monétaire considérable. La modernisation des voies d’accès donne la certitude au propriétaire d’amortir dans un bref délai des dépenses effectuées ou de vivre dans un cadre saint. La fonction résidentielle imposée à la commune de Cocody où se concentre une frange importante de la classe bourgeoise abidjanaise, justifie la présence des maisons de standing. La densification des quartiers traversés par les voies amplifie leur animation.

3.Discussion

Le bitumage des voies d’accès au CHU de Cocody-Angré, dans la périphérie Nord-est de la métropole abidjanaise s’inscrit dans la mise en œuvre du PRICI au lendemain de la crise post- électorale de 2010/2011. Jadis moins dynamiques, les quartiers traversés par ces voies nouvellement bitumées se densifient, favorisant le foisonnement des activités. La mise en valeur des lots prend de l’ampleur avec un paysage qui se modernise via le style architectural du bâti, soutenu par la mise en place de réseaux divers. A l’évidence, le bitumage des voies d’accès à cet établissement sanitaire d’Abidjan engendre d’importantes mutations socio-économiques et spatiales dans cette périphérie abidjanaise.

3.1.Une dynamique économique de la périphérie Nord-est d’Abidjan imputée au bitumage des voies d’accès au CHU de Cocody-Angré

Bitumées et ouvertes à la circulation dans le cadre du projet de renforcement des infrastructures urbaines, les voies d’accès au CHU de Cocody-Angré sont à la base d’importantes mutations socioéconomiques. Traversant les sous-quartiers d’Angré et Riviera palmerais, ces voies ont métamorphosé ces quartiers périphériques de par leur densification, appelant de toute évidence les activités économiques. D’ailleurs, le PMC (2009), cité par J. E. Gnele et al. (2016, p. 184) souligne que : « les infrastructures de transport stimulent l’activité économique ». De nature formelle et informelle, la recherche de la rentabilité fonde l’implantation des activités économiques aux abords de ces voies. Cet état de fait reflète l’une des spécificités majeures des activités dites informelles dans les villes du Sud. En effet, les abords des voiries restent les sites les plus prisés et A. F. Loukou et al. (2017, p. 24), rapporte que cette politique d’implantation des activités « répond à la volonté de se rapprocher du mouvement des citadins ». D. Couret (1997, p. 443), renchérit pour dire que du fait de leur nature passante ou de leur localisation particulière, les voiries, une composante des espaces publics, acquièrent une valeur marchande recherchée et disputée. Le foisonnement des activités économiques le long des voiries sont ainsi de nature à les requalifier, faisant d’elles des espaces de travail. A Abidjan, « le tronçon Agban- carrefour Zoo qui renferme quatre grands carrefours foisonnent d’activités relevant du petit commerce » (D. Abou, 2015, p. 117). Les activités économiques dans la périphérie Nord-est de Cocody doivent en partie leur essor à la modernisation des voies d’accès au CHU de Cocody- Angré, soutenue par la densification des quartiers. Outre la prolifération d’activités génératrices de revenus, « l’aménagement des voies d’un quartier améliorent le cadre de vie des habitants, et leur souhait d’y rester » (S. Mesplé-Somps et al., 2016, p. 30). En effet, les réseaux d’assainissement et d’électricité qui ont suivi l’exécution du projet de renforcement des voies d’accès au CHU de Cocody-Angré aboutissent à une amélioration des conditions d’existence des populations riveraines. La fluidité des mobilités qui découle de l’exécution du projet de bitumage de ces routes ne peut également être occultée.

3.2.Du rayonnement spatial des quartiers traversés par les voies d’accès au CHU de Cocody-Angré

Les infrastructures routières sont des socles du développement urbain et péri-urbain de par la structuration des espaces qu’elles induisent. P.J. Olagnier (1999, p. 162) affirme à ce titre que :

« La voirie constitue un réseau structurant la ville par sa fonction première de circulation. Par les liens qu’elle permet de tisser entre les bâtiments qui la composent et entre les habitants qui la pratiquent, elle semble faire de l’espace urbain un territoire qui ne se résume pas à la collection d’objets superposés et accolés les uns aux autres ».

La voirie, est donc un élément fondateur de la ville à travers la création des espaces urbains et péri-urbains qu’elle suscite. Le bitumage des routes d’accès au CHU de Cocody-Angré a dynamisé l’extension spatiale de la périphérie Nord-est de la commune de Cocody avec une mise en valeur des importants lots crées. Ces effets du projet de renforcement des voiries urbaines sont similaires à ceux mis en œuvre en Guyane française. Dans cette région, les projets de construction des routes ont conduit au « désenclavement d’implantations humaines préexistantes d’un côté, et la mise en valeur du foncier traversé, de l’autre». (M. B. d’Hautefeuille, 2014, p. 178). K. D. Brenoum et al. (2018, p. 323), soulignent dans cette même veine que le quartier périphérique N’Dotré au Nord-ouest de la commune d’Abobo à Abidjan, a connu une extension progressive induite par l’axe Abidjan-Adzopé (National Y4). La facilité de transports et de déplacements qui découle du bitumage des axes menant au CHU d’Angré a été une source de motivation des populations venues densifier les quartiers jadis faiblement peuplés. Cette amplification de la création des espaces urbains sous l’effet de la voirie est attestée à Libreville par H. C. E. Assoumou (2007, p. 154), qui stipule que « la construction d'une voie le long du littoral explique que la ville se soit d'abord développée en s’étirant le long des rives de l'estuaire. Cette voie fut une aubaine pour l'implantation des habitants à cause des facilités de transports et de déplacement qu'elle offre ». Les mutations spatiales liées au bitumage des voies d’accès au CHU d’Angré relèvent de l’embellissement des paysages avec les opérations d’aménagement qui en ont suivi, notamment l’éclairage des artères, et H. C. E. Assoumou (2007, p. 155) ne dit pas le contraire. Selon lui, « en 1977, les travaux d'embellissement de la ville préparant le sommet de l'Organisation de l'Unité Africaine (O.U.A) confirmèrent le rôle principal dévolu à la voie dans l'aménagement de Libreville. Les travaux consistèrent surtout à l'élargissement de certaines voies et à l'ouverture d'artères à grande circulation ». Reflet de la modernisation, l’urbanisation doit son essor aux politiques définies et mises en œuvre par les gouvernants. Figurant parmi les infrastructures de base, la voirie est un élément fondateur et structurant de la ville.

Conclusion

Né sur les cendres de la crise post-électorale de 2010-2011, le Projet de Renforcement des Infrastructures en Côte d’Ivoire, cofinancé par l’Etat et la Banque mondiale a pour champ d’action la ville d’Abidjan. Le bitumage des voies d’accès au CHU d’Angré, un quartier périphérique de la commune de Cocody est le fruit de la mise en œuvre de ce projet ouvert à la circulation en 2017. Visant à améliorer l’accès aux infrastructures de base, le bitumage des voies d’accès à cet édifice sanitaire a transformé le paysage des quartiers traversés. La densification des quartiers désormais facile d’accès à induit un développement des activités commerciales le long des voies et l’essor des transports. Les discontinuités jadis observées dans l’occupation du sol sont rapidement comblées avec la fluidité de la mobilité suscitant une valorisation du foncier. Enfin, c’est un paysage enjolivé par le style architectural des logements du ressort d’une classe aisée. Comme en Guyane française et à Libreville, l’exécution du projet de bitumage des voies d’accès au CHU de Cocody-Angré à Abidjan est fondatrice de la ville et structure les paysages urbains. Mieux, les infrastructures routières créent les espaces urbains en entrainant des mutations socio-économiques et spatiales dans les périphéries.

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Auteur(s)


1Maître-Assistant,Institut de Géographie Tropicale / Université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan-Cocody,kbrenoum@yahoo.com

2Assistant,Université Jean Lorougnon Guédé de Daloa (Côte d’Ivoire),eleazarus20@gmail.com

3Docorant,Institut de Géographie Tropicale / Université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan-Cocody,donarchange88@gmail.com

 

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