Adétikopé, un pôle urbain

regards

1Madinatètou TAKILI  2Taméon Bénoît DANVIDE  3Fabrice BANON

Résumé :


Dans la couronne périphérique de Lomé, ville-capitale du Togo, émergent des noyaux urbains, véritables lieux de migration des néo-citadins et de la fabrique urbaine. Considéré comme nouveau pôle urbain, Adétikopé se singularise par un dynamisme de zone résidentielle et une attractivité d’installation industrielle. Situé au Nord de Lomé, ce nouveau pôle urbain a connu une mutation spatiale spectaculaire et une fulgurante promotion administrative, faisant de lui, une commune intégrée à la métropole de Lomé. Cette recherche vise ainsi à étudier les mutations urbaines à Adétikopé, effets de la dynamique de l’espace périphérique de Lomé. La méthodologie s’est basée sur des observations du terrain, la documentation, des enquêtes et des entretiens avec divers acteurs. Des outils d’analyse entre autres, des images satellitaires et le GPS ont été exploités pour localiser des équipements et services urbains, et analyser la structuration de l’espace. Enfin, l’étude a constitué un échantillon de 217 chefs de ménages et réalisé un sondage sur 115 concessions dans le cadre des enquêtes de ménages et de concessions. Les résultats de l’étude montrent que la population d’Adétikopé est en forte croissance avec un taux moyen annuel de 13 %. Cette population est constituée à 99 % d'allogènes et une population constitués des flux migratoires venus prioritairement de Lomé. L’installation massive des populations venues particulièrement de Lomé s’est accompagnée d’une véritable modernisation des concessions et d’une amélioration de l’aménagement ; presque 90% des concessions étant de type moderne. Disposant d’une réserve foncière importante, Adétikopé est devenu le principal foyer de réalisation de grands projets urbains à caractère public- privé et de promotion immobilière (WellCity). Cette forte transformation est à la base de la construction d’une masse urbaine dynamique qui est intégrée à la métropole de Lomé.

Introduction

Aux périphéries relativement lointaines des métropoles africaines, des cités parfois ex-nihilo connaissent une émergence spectaculaire sur fond de l’afflux des migrants néo-citadins. Nés de la pression des populations de la ville-centre venues trouver stabilité, ces centres forment à bien des égards, de véritables cités-dortoirs, où citadinités et irrégularités s’affrontent. P. Vennetier (1989, p. 62) écrit au sujet des grandes villes africaines en pleine « mégalopolisation originale » que le ralentissement constaté sur fond de crise multiforme dans les grandes villes africaines, refoule dans les périphéries lointaines les citadins, et ces derniers munis de la citadinité transforment les hameaux jadis lointains, en pôles métropolitains vivaces dans des processus originaux de production des espaces urbanisés. Les quartiers centraux très surpeuplés et densément bâtis redistribuent sans cesse leurs excédents de population vers les quartiers plus éloignés, où les citadins ont une chance plus grande d’améliorer leur intégration urbaine. Parlant des espaces structurants des métropoles, S. Vermeersch (2005, p. 13) estime que de nombreuses agglomérations sont passées d’une organisation polarisée par la ville-centre à une structure multipolaire par le biais de grands pôles nouveaux, localisés le plus souvent aux principales entrées du cœur de l’agglomération. Espaces résidentiels par excellence, accueillant une masse significative d’emplois et de fonctions urbaines, ces pôles nouveaux deviennent aussi de véritables foyers de peuplement en partie grâce à une approche de politique publique volontariste et d’aménagement des aires métropolitaines. Comme le précise M. L. Diouf (2017, p. 4), en décrivant le pôle urbain de Diamniadio, « les centres semi-urbains à la périphérie des grandes agglomérations doivent cesser d’être des cités-dortoirs, mais considérés comme des pôles urbains susceptibles d’offrir un cadre de vie attrayant à la métropole dakaroise dans son extension ». Même si cette politique n’est pas encore une pratique des pouvoirs publics et des planificateurs au Togo, il n’en demeure pas moins que Lomé voit se développer dans ses périphéries, de nouveaux pôles sur fond de migration des populations majoritairement citadines et de concentration d’attributs de constitution d’une masse urbaine. A ce propos, A. Bawa (2017, p. 17) écrit « les périphéries de Lomé connaissent des mutations paysagères importantes, et des villes nouvelles apparaissent par la recomposition de leur organisation spatiale, de leur structure économique et de leur tissu social ». De nombreux hameaux et villages, jadis éloignés, furent ainsi "phagocytés" par une forte migration des « Loméens » repoussant ainsi de plus en plus loin l’aire urbanisée. Par une approche de modélisation prospective sur le paysage, P. W. Takou (2016, p. 105) montre que l’extension spatiale de Lomé a modifié de façon très sensible, les paysages ruraux et végétaux environnants. De l’interprétation de l’évolution des tâches urbaines disparates, l’auteur démontre qu’en 2050, tout le Bas-Togo sera un espace de bâti continu, et que la conurbation de Lomé couvrira presque toute la région maritime. Au nombre de ces pôles émergents, se trouvent Aképé, Kovié, Adétikopé, Djagblé et Agbedrafo. Cependant, ces derniers n’ont pas le même dynamisme endogène, Adétikopé étant le plus attrayant et prospère. Situé à la sortie Nord de Lomé, cet ancien hameau des années 1990 a connu, en moins de deux décennies, une transformation considérable et une évolution spatiale remarquable. Prisé par tous les acteurs, Adétikopé est pris en assaut par des acteurs publics-privés et des populations, ces dernières étant venues en majorité de Lomé. Il est devenu le principal bastion des migrations résidentielles et de concentration de nouvelles infrastructures, lesquelles concourent à l’extension spatiale de Lomé. Comment expliquer cette mutation urbaine d’Adétikopé et quelles en sont les manifestations ? Cette étude vise donc à étudier les mutations urbaines et la constitution de ou attributs de la masse urbaine, effet d’une dynamique de développement de la couronne périphérique de Lomé.
Mots-clés : Lomé, Adétikopé, migration résidentielle, pôle urbain, masse urbaine.

1. Matériels et collecte des données d’étude

L’approche méthodologique adoptée dans le cadre de cette étude a mobilisé l’observation, la documentation relative aux pôles urbains, au développement des périphéries des métropoles, des enquêtes ménage-concession. Des outils d’analyse entre autres la carte topographique de Lomé (feuille NB-30-VIII-2bd-nb-30-IX-X-1ac, au 1/50 000) et des images satellitaires ont été exploités pour localiser la zone d’étude, analyser l’occupation spatiale et la configuration du bâti. Des photos ont été prises pour illustrer des phénomènes en lien avec l’objectif de l’étude. En outre, des entretiens avec divers acteurs ont permis d’affiner certaines observations. Enfin, l’étude a constitué deux types d’échantillon pour réaliser des enquête-ménage et enquêteconcession. Ainsi, sur la base des estimations de l’INSEED (2017) qui a évalué le nombre de ménages à Adétikopé à 7 501, l’étude a constitué un échantillon de 217 ménages, soit 2,9% de la population statistique. Au niveau du cadre bâti, un sondage a été fait sur 115 concessions. Les logiciels SPSS et Excel utilisés ont servi à traiter les données collectées et de les analyser.

2. Résultats de l’étude

Les résultats de l’étude sont organisés en deux parties. La première partie explicite les facteurs fondamentaux de l’attrait d’Adétikopé et la deuxième catalyse les dimensions de la masse urbaine tout en déclinant les signes de son intégration dans l’expansion spatiale de Lomé.

2.1. Du hameau à la Commune : une fulgurante promotion administrative

Resté pendant longtemps hameau du canton de Davié, Adétikopé a connu une promotion administrative sans précédent. D’abord en 2013, il est érigé en chef-lieu du canton du même nom. Par ce nouveau statut, cette localité devient le chef-lieu du canton de la préfecture du Zio. Une année plus tard, Adétikopé est classé parmi les centres semi-urbains périphériques de Lomé (DGCN, 2010), et bénéficie par conséquent des réalisations du projet d’urgence de réhabilitation des infrastructures et des services électriques (PURISE) financé par la Banque mondiale et le Fonds mondial pour l’environnement à environ 55 millions de dollars. Dans le cadre de la création des Communes pour opérationnaliser le processus de décentralisation, Adétikopé est érigé en 2017, en Commune (dénommée officiellement AgoéNyivé 6), rattachée à la préfecture d’Agoé-Nyivé. Cette mesure fait alors d’Adétikopé une Commune en 2017 du District de Lomé en cours de création. En moins d’une décennie, Adétikopé est alors passé de hameau de la préfecture du Zio à une Commune de la préfecture d’Agoé-Nyivé, et devient par conséquent un pôle urbain de l’agglomération de Lomé. Cette promotion administrative renforce le pouvoir attractif d’Adétikopé, sans toutefois le soustraire de la dépendance de Lomé, en pleine métropolisation.

2.2. Adétikopé, un pôle accessible et attractif

 

2.2.1. Un centre attrayant par sa position géographique stratégique et son site topographique peu contraignant

Adétikopé a bénéficié d'un ensemble d’opportunités naturelles qui facilitent son attractivité et accessibilité. D’abord, Adétikpé est localisé sur la principale voie de desserte, la nationale n°1, qui relie Lomé au Nord du Togo, puis au pays du Sahel et aménagée depuis 2014 en autoroute. Physiquement séparé de Lomé par un verrou naturel, la grande vallée du Zio, il est distant d’une vingtaine de kilomètres de Lomé. Ce nouveau pôle urbain est délimité au Nord et à l’Ouest par le canton de Davié, au Sud par la grande vallée du Zio, à l’Est par le canton de Dalavé et au Sud-Est par Djagblé ; et plus précisément entre 6°23’-6°35’N et 1°10’-1°37’E (carte 1).

Par ailleurs, la surface du site topographique d’Adétikopé est majoritairement favorable à l’urbanisation. Constitué du plateau continental de Tsévié (M. Lamouroux, 1969, p. 52), compartimenté par les vallées du Zio et de Lili, ce plateau est délimité à l’Est par la rivière Lili, à l’Ouest par la rivière Zio, au Nord par la pénéplaine précambrienne et au Sud par la grande vallée du Zio. Par son site de plateau, Adétikopé subit très peu les conséquences des inondations qui sont récurrentes à Lomé et dans les agglomérations avoisinantes. Toutefois, la surface de ce plateau est ponctuée de faibles zones dépressionnaires peu urbanisables ou nécessitant des aménagements préalables avant toute urbanisation.

Par son atout naturel, Adétikopé se présente ainsi comme une zone propice au développement de l’habitat et à la protection des biens immobiliers contre d’éventuelles inondations. Les données de l’enquête montrent ainsi que sur l’ensemble des migrants résidentiels, 87 propriétaires de maisons, soit 44,7% s’y sont installés pour la sécurité de l’espace vis-à-vis des inondations. Il faut noter que les récurrentes inondations que connaît Lomé depuis 2008 ont causé d’importantes destructions matérielles et pertes en vies humaines. Parlant de ce phénomène, M. Takili (2014, p. 305) écrit : « depuis 2001, les dégâts enregistrés pendant la saison des pluies à Lomé sont significatifs, et aucun quartier n’est plus à l’abri. Les inondations du 3 avril 2001 ont détruit 65 maisons et les sinistrés s’élèvent à 700 personnes… Celles de 2006 ont fait 100 000 sinistrés et plus 100 immeubles détruits … etc. ». De nombreux propriétaires ayant perdu leur immeuble ont migré vers Adétikopé. Ce nouveau pôle urbain, de par sa proximité à Lomé et sa localisation sur l’autoroute, de même son site topographique majoritairement stable, est convoité par les populations à la recherche d’un cadre de vie sécurisé à proximité de Lomé.

2.2.2. Flux de déplacements pendulaires entre Lomé et Adétikopé

Le pôle urbain d’Adétikopé est facilement accessible par le bon état de l’axe de la nationale n°1 aménagé en une autoroute qui le relie à Lomé. S’agissant de la mobilité urbaine, il faut remarquer le développement de services de transport collectif public et privé. Dans le cadre de cette réflexion, l’analyse ne prend en compte que le service de transport public. Par ailleurs, Adétikopé a bénéficié depuis 2011 d’un transport collectif public par l’ouverture de la ligne de la Société des Transports de Lomé (SOTRAL). Dans le souci de faciliter les déplacements urbains, le pouvoir communal de Lomé a créé en septembre 2005 la SOTRAL. Les actions de la SOTRAL se sont concrétisées par la mise en circulation des autobus et l’ouverture des lignes qui desservent de nombreux quartiers, surtout périphérique de la métropole. En 2011, la SOTRAL étend son réseau à Adétikopé par la création de la ligne Lomé-Adétikopé, et de fait, ce pôle urbain devient un quartier de Lomé. La mise en service de cette ligne y a favorisé l’affluence de passagers travaillant ou ayant une activité à Lomé. Les bus de la SOTRAL sont fortement sollicités par les passagers les matins et les soirs. Ce qui crée d’importants flux de déplacements pendulaires, les archives de la SOTRAL montrant que les bus effectuent en moyenne 25 courses de 05h 30mn à 18h 45 mn et la fréquentation moyenne mensuelle est de 41 285 passagers. Sur l’ensemble des 128 chefs de ménages (61,3%) fonctionnaires de notre échantillon et travaillant à Lomé, 25 fonctionnaires (soit 19,5%) utilisent fréquemment les bus de la SOTRAL. Les usagers trouvent en ce mode de transport non seulement une réduction des coûts de déplacement, soit 350 F CFA par trajet Adétikopé-Lomé contrairement à 500 F. CFA pour le transport collectif privé, mais aussi une facilité de mobilité. Dans une approche comparative et partant de ce fait, D. F. L. Akou (2010, p. 9) estime que l’amélioration des liaisons entre la ville et sa périphérie a accru très sensiblement les mouvements pendulaires, et parmi les usagers, l’on distingue de nombreux travailleurs des secteurs publics et privés. De même, dans le cadre de la politique du développement des infrastructures de transport, l’axe Lomé-Adétikopé (route nationale n°1) a prioritairement bénéficié d’une opération de dédoublement, d’aménagement et de viabilisation de cet axe en autoroute moderne (planches 1a, 1b). Ce qui a amélioré l’accessibilité d’Adétikopé par la fluidité des déplacements et la réduction du temps de transport.

Le nouveau réseau routier et la création de la ligne de SOTRAL sont autant d’externalités positives qui renforcent l’attrait d’Adétikopé pour les populations en quête de parcelles à bâtir et des opportunités d’investissement.

2.2.3. Adétikopé : un pôle urbain à forte migration résidentielle

Créé par les Ewé et peuplé de quelques dizaines d’habitants en décroissance dans la décennie 1970, soit 896 habitants en 1960 et 633 habitants en 1981, Adétikopé connaît une forte augmentation de sa population depuis la décennie 2000, soit 20 238 habitants en 2010 (DGSCN, 2010) et 50 000 habitants en 2017 (INSEED) (Cf. tableau 1).

De l’analyse, il ressort que ce pôle urbain est marqué par une croissance rapide de sa population avec un taux moyen annuel de croissance de 8% déjà dès les années 1970. Après un fléchissement du taux moyen annuel de 3,1% entre1970 et 1981 à cause de la migration en direction de Lomé en phase de construction, la population de ce hameau a connu une forte croissance de la population jusqu’en 2010 avec un taux moyen annuel de 12,7%. Et en moins de dix ans, de 2010 à 2017, la population d’Adétikopé a plus que doublé. Dans la même période, de 2010 à 2017, les taux moyens annuels dans les autres pôles urbains sont faibles, respectivement de 3,4% à Aképé; de 4,7% à Kovié et 5,5% à Djagblé (INSEED, 2017). La forte croissance de la population à Adétikopé peut s’expliquer par la disponibilité foncière, le coût relativement abordable des parcelles de terrain à bâtir et enfin le dynamisme territorial de la zone d’étude. Analysant cet aspect en se fondant sur la théorie d’accès à la propriété immobilière, J. Turner (1968, p. 358) estime que les alternatives et les coûts fonciers moins élevés orientent les choix des populations et permettent aux périphéries urbaines d’enregistrer des taux de croissance démographique supérieurs à ceux de la ville centre. Ce pôle subit de fortes invasions et installations des populations de divers horizons. Ce qui conduit non seulement au laminage des autochtones « éwé », mais aussi à une prédominance des migrations résidentielles majoritairement constituées de personnes venues d’une ville (Cf. tableau 2).

Du tableau ci-dessus, il ressort que la population d’Adétikopé est prioritairement composée de populations issues d’une ville. Sur l’ensemble des 217 ménages enquêtés, 215 (soit 99,1%) sont venus de l’extérieur d’Adétikopé, particulièrement d’une ville ou d’un village. Seuls 02 (soit 0,9%), sont des autochtones. L’analyse des données sur les migrants venus d’une ville (211) montre que la quasi-totalité, soit 97,6% des chefs ménages sont venus de Lomé. Dans un processus de décongestionnement de la population de Lomé, Adétikopé se distingue ainsi par l’afflux massif des migrations résidentielles créant ainsi une masse urbaine dynamique intégrée au développement spatial de la ville de Lomé. La dynamique qu’imprime Adétikopé montre aussi bien qu’il est observé une sorte de transfert des populations des quartiers de Lomé vers ce nouveau pôle, ces populations munies de pratiques citadines, investissent dans la modernisation de logement et l’amélioration du cadre de vie. C’est dans cette logique que S. Beaufils et al (2018, p. 8) écrivait que « l’expansion du logement conduit à l’attractivité et au développement métropolitain ». Au niveau de l’analyse de l’état du bâti, 103 concessions (soit 90%) sont des constructions de type moderne en matériaux définitifs. 4,3% des constructions sont de type semi-moderne avec l’utilisation mixte de matériaux. Aussi, l’enquête montre que 5,2% des constructions sont de type traditionnel et proportion de 0,9% de construction en matériaux de récupération pour des abris provisoires. Le retard des services publics comme l’eau potable et l’électricité dans certains quartiers de la Commune poussent les populations à des initiatives individuelles ou communautaires pour se fournir ces services. Plusieurs puits et forages privés sont construits pour les besoins en eau des ménages. Pour le secteur énergétique, deux situations se présentent en cas d’absence de réseau public : (i) branchement en araignée sur de longue distance des points d’abonnement au réseau public d’électricité créant ainsi une importante perte d’énergie ; (ii) installation de panneaux solaires pour l’électricité dans les ménages.
L’engouement pour faire d’Adétikopé une zone résidentielle connectée à Lomé a poussé un promoteur immobilier privé à créer la « Cité Wellcity ». Le promoteur de cette cité propose une première phase de 1000 logements à différents standings avec quelques équipements communautaires structurants. S’il est vrai que ce projet est un exemple d’investissements privés dans le développement de l’habitat, ces logements font le lien entre l’adhésion d’une architecture moderne et l’intégration socio-culturelle dans la fabrique urbaine.
2.2.4. Adétikopé : un foyer de dynamique infrastructurelle et économique en construction Territoire prisé par divers acteurs publics et privés, Adétikopé accueille de plus en plus d’importants projets d’infrastructures et de services. C’est donc un principal foyer de réalisation de grands projets publics-privés qui est à la base de l’éclosion d’un environnement favorable au développement d’activités socio-économiques. La Commune étant dans une phase très dynamique de construction, l’on assiste à une prolifération des points de ventes de matériaux de construction, d’ateliers fabrication des biens et services en relation avec le secteur du bâtiment (ateliers de soudure et de menuiserie, usine de briqueterie et de tuiles, etc.) et le développement du secteur artisanal. La Commune abrite d'importantes infrastructures routières et équipements structurants (Figure 2). Dans le domaine des biens et services, il faut remarquer par exemple : douze stations-services et d’importante réserves de produits d’hydrocarbure, la troisième brasserie du Togo après celles de Lomé et de Kara, un marché d’animation remarquable, un marché de bétail de Lomé, l’école nationale de police, des usines de transformations agro-alimentaires (Usine AÏCHA, Usine UTTH, …), d’usine de fabrication de plastique (NOSITO), usine de production d’eau minérale (Voltic-Togo), et un réseau d’établissements hôteliers et de d’écoles de formations universitaires privées ( Exemple : Université INTA-SMU)

L’étude montre que le pôle urbain d’Adétikopé occupe une place de choix auprès des acteurs économiques publics-privés, et la vision politique exprimée par les pouvoirs publics se révèle dans les discours officiels en qualifiant ce pôle de « ville nouvelle ».

Conclusion

Bâti dans un espace géographique favorable à l’urbanisation, et bénéficiant d’un soutien multiforme, Adétikopé, petit hameau dans les années 1980, s’est rapidement transformé ces dernières années en un véritable pôle urbain communal intégré à Lomé. Son positionnement stratégique sur l’autoroute et à proximité Nord de Lomé fait de lui, un pôle dynamique très attractif qui s’intègre progressivement à la ville de Lomé par le phénomène d’expansion spatial. Adétikopé bénéficie d’un ensemble d’opportunités par le développement de l’environnement infrastructurel, par l’accroissement des unités de production industrielles et du complexe immobilier, et l’émergence d’un secteur économique de plus en plus dynamique, créateurs de richesses et d’emplois. De plus, ce pôle urbain en expansion abrite davantage de fonctions urbaines (zones résidentielles, zones industrielles, zones d’agro-business, zones d’activités mixtes, etc.) et fait de lui, une zone très attractive qui génère des flux importants de déplacements pendulaires avec Lomé, métropole-capitale du Togo. Ces flux sont causés majoritairement par les migrations résidentielles et le développement d’importantes zones d’habitations. Cependant, l’engouement que suscite ce pôle urbain connaît quelques difficultés liées aux services urbains de base (électricité, eau potable, réseau viaire, gare routière, auxiliaires bancaires, etc.), à la production de l’espace bâti et à l’occupation des zones sensibles, particulièrement la grande vallée inondable du Zio. Cette situation devra inévitablement être prise en compte dans le développement des politiques publiques et de planification urbaine malgré d’énormes investissements publicsprivés réalisés. L’importante croissance démographique d’Adétikopé (13% en 2017) et les diverses pratiques urbanistiques qui s’y développent sont des indicateurs plus que jamais révélateurs des problèmes urbains à l’avenir si la planification urbaine n’est pas repensée dans des politiques publiques, et accompagnée d’un plan d’investissement conséquent pour rattraper les retards dans la qualité des services urbains de base et dans l’aménagement des espaces. Ainsi, les pouvoirs publics doivent prendre le pas et orienter Adétikopé, comme les autres pôles en croissance dans les voisinages de Lomé, vers les principes d’un pôle urbain viable afin de garantir la durabilité de Lomé dans son processus de métropolisation.

 

Références bibliographiques

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Auteur(s)


1Ecole Normale Supérieure (ENS), mtakili1970@yahoo.fr

2Ecole Africaine des Métiers de l’Architecture et de l’Urbanisme (EAMAU, Lomé-Togo), bendanvide@gmail.com

3Ecole Africaine des Métiers de l’Architecture et de l’Urbanisme (EAMAU, Lomé-Togo)

Droit d'auteur


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