Reclamation of undeveloped plains land

regards

¹Siaka FANÉ, ²Arouna DEMBÉLÉ

Abstract :


The land theme remains an essential issue in the study of rural areas (Gueringer A., 2008, p.1). A related theme is of course of proven scientific interest. By looking at the effects of the dam in the spatial framework of the commune of Fani, this research pursues the objective of knowing the land and socio-economic developments linked to the floods of undeveloped land in the commune. In terms of hypothesis this study postulates that flooding of undeveloped land has contributed to the increase in exploited land and the improvement of the socioeconomic conditions of the populations of the commune. Its verification necessitated the use of a methodological approach. It consisted, for the need of quantitative data collection on the ground, surveys in all the villages of the commune. The data obtained was processed automatically. From the results, it appears that the commune of Fani is experiencing a flood environment of undeveloped plains, the source of various developments. At the land level, new clay lands are available and exploited by two types of actors (landowners and non-owners). Economically, rice farmers focus on the income generated in the logics of productive investment, savings and the growth of funds. Socially, the rice farmer experiences an improvement in the diet and has access to a decent living environment made of houses in hard source of transformation of the landscape in the commune.

Keywords: dam; land; operator; commune; Fani.

 

Introduction

La vie des populations rurales est totalement dépendante de la disponibilité (qualité, quantité) des différentes ressources naturelles ou foncières que leur offrent leurs espaces. À travers ladite dépendance les évolutions foncières s’accompagnent naturellement de celles socioéconomiques. Les dynamiques foncières constituent dès lors une entrée pertinente pour analyser les processus de développement des territoires (A. Gueringer et al, 2016, p. 8). Au Togo, la localité périurbaine d’Atakpamé est engagée dans une dynamique foncière liée aux facteurs historiques, politiques, démographiques et socioéconomiques. Il en résulte une régression permanente de la taille des parcelles avec son corollaire de baisse de la production agricole, une insécurité foncière source des conflits (W. Oladokoun, 2012, p. 47, 49, 51). Au niveau du périurbain de Bamako au Mali, le morcellement des parcelles et le transfert de droit de propriété sont des pratiques qui contribuent à modifier la vocation initialement agricole des terrains. Économiquement, l’érection de la terre en valeur refuge apparaît. Compte tenu des risques liés aux fluctuations du marché et à la concurrence sur les matières premières, le foncier demeure le moyen d’investissement le plus sûr (F. Camara, 2017, p. 21). Fort de ces constats M. Merlet, (2010, p. 2) souligne que la nature des enjeux liés à l’activité agricole et l’ampleur des changements provoqués par les tendances actuelles de l’investissement exigent de définir politiquement les règles du jeu. Selon lui, cet exercice passe par un large débat public, qui devra s’appuyer sur les apports des sciences de la vie et des sciences humaines. Dans la logique de la nécessité de cette préoccupation, le présent article est, dans le ressort territorial de la commune de Fani, en rapport avec une infrastructure de retenue d’eau dite « barrage seuil de Talo ». Le choix de la commune de Fani conduit à rester dans le rayon épicentre des effets du barrage dont la mise en service a été effective en juillet 2007. Depuis cette date, le barrage joue son rôle de mobilisation de quantité importante d’eau. Subséquemment, une inondation de deux catégories de terres se réalise dans la commune. Il s’agit de l’inondation des terres aménagées et celle des terres non aménagées. Si l’inondation des terres aménagées est un fait délibéré qui obéit aux réalités des techniques de culture initiées et encadrées par le Projet Moyen Bani (PMB), tel n’est pas le cas de l’inondation des terres non aménagées qui constituent un réceptacle des eaux qualifiées de "perdues". L’interrogation qui surgit de ces constats est de savoir, quelles évolutions foncières et socioéconomiques les inondations des terres non aménagées des plaines ont-elles engendré dans la commune de Fani ? Pour répondre à cette interrogation, l’étude se fixe comme objectif de connaitre les évolutions foncières et socioéconomiques liées aux inondations des terres non aménagées des plaines dans la commune de Fani. Spécifiquement, il s’agit d’appréhender l’intégration de l’usage des terres des plaines non aménagées dans le système productif des populations; d’analyser les retombées de l’usage des terres des plaines non aménagées sur les conditions socioéconomiques. En termes d’hypothèse cette étude postule que les inondations des terres non aménagées des plaines ont contribué à l’augmentation des terres exploitées et à l’amélioration des conditions socioéconomiques des populations de la commune.

 

1- Présentation de la zone d’étude

Localisation, cadre humain et climato-floristique : la zone d’étude, commune de Fani, est située au centre du Mali dans la région administrative de Ségou entre 5.5° et 5.2° de longitude ouest et 13.4° et 13° de latitude nord. Elle est l’une des dix-sept (17) communes rurales du cercle de Bla. Elle jouit de plusieurs avantages. Le premier géographique est sa localisation à l’extrême nord-est du cercle de Bla qui lui confère le statut d’un véritable carrefour de ralliement aux communes voisines (Carte 1). Le deuxième avantage est son réseau routier qui est constitué essentiellement de pistes rurales. Ainsi, sur la demande des experts chargés des études d’implantation du barrage, une route de désenclavement dite « Route PMB » est construite dans la zone pour servir d’infrastructure de développement par la desserte de plusieurs localités, la route a été dotée d’un itinéraire suffisamment praticable toute l’année. La population est estimée à 13637 habitants (RGPH_2009). Elle évolue sous un climat dit nord soudanien malien avec une moyenne pluviométrique annuelle de 700 mm et pouvant, en année périodique de bonne pluviométrie, atteindre 800 à 900 mm. Un tel contexte climatique a contribué à la formation d’une savane arbustive et arborée à rônier (Borassus aetiopium), balanzan (Faidherbia albida) et kapockier (Ceiba pentandra). Les activités, pratiquées à l’échelle des différents villages (19 au total), portent sur l’élevage, la pêche, la cueillette et l’agriculture pluviale qui est la principale activité des populations.

Relief : l'allure topographique de l’espace communal de Fani est caractérisée par une homogénéité des altitudes (Carte 2). Hormis le sud et le sud-est où prévaut un étalement de butte, les altitudes sont en général basses. Sur une bonne partie de la carte figurent les couleurs occupant le bas de la cartouche des altitudes indiquées au niveau de la légende. Cela atteste le caractère plat de cette partie de l’espace. On y note les importantes étendues des plaines de Woloni et de Tonka. Elles sont inondables par la rivière. Globalement, on peut retenir qu'il prévaut dans la commune de Fani une platitude quasi généralisée de la topographie. Par ailleurs, il convient de mentionner que toutes les parties du territoire communal ne sont pas inondables. En dehors des terres argileuses, hydromorphes et rizicultivables des plaines, les autres endroits forment différents terroirs caractérisés par des sols typiques. Ce sont des sols gravillonnaire, lomono-sableux, sableux, limono-argileux. Les populations les affectent généralement aux cultures de maïs, de mil très répandu et de niébé.

2- Méthodologie

2.1- Collecte de données

La réalisation de cette étude a nécessité deux types de données. Il s’agit des données primitives et des données secondaires.

- Les données secondaires : les thématiques pouvant permettre de cerner les contours de la question ont fait l’objet de détermination. Sur leur base, il s’est agi de collecter les données. À cet effet, une exploitation des documents a été faite dans des bibliothèques et sur internet. En termes de descriptif, il est important de signaler que les données ne sont pas de même nature. Les unes administratives se rapportent aux réalités d’effectif de population, d’exploitants et cartographiques à travers les fonds de carte tirés du logiciel de la cartographie mis en place par le Ministère de l’Administration Territoriale. Les autres sont, d’une part, techniques par leur source liée à la structure d’encadrement de l’exploitation des plaines, d’autre part, scientifiques à travers leur provenance des travaux d’autres chercheurs.

- Les données primitives : leur collecte a nécessité l’administration d’un questionnaire ayant exigé l’observation de certains préalables. Elles sont des données qualitatives et quantitatives directement collectées auprès des paysans sondés.

Le choix des unités spatiales : l’inondation des terres non aménagées des plaines est un phénomène relevant du cadre d’activité des populations. Ces dernières, désormais en situation d’intégrer ladite inondation dans le fonctionnement de leur système économique, vivent dans les divers villages de la commune. Aussi, avons-nous trouvé pertinent, pour cerner le fait dans l’essentiel de ses aspects, d’opérer un choix systématique. Du coup, tous les 19 villages de la commune ont été pris comme cadre des enquêtes. Le tableau 1, ci-dessous, donne la liste des villages.

La constitution de l’échantillon : la méthode des quotas a été utilisée. Les quotas sont souvent établis de façon à être sensiblement proportionnels à la fraction de la population représentée par chaque groupe (Satin et Shastry, 1993) cité par H. Gumuchain et C. Marois, 2000, p. 270. Nous avons retenu 110 chefs d’exploitation. Une pré-enquête a eu lieu courant la première semaine du mois de décembre 2019. Elle a permis de renforcer les rubriques d’articulation du questionnaire. Ainsi, d’autres éléments ont été intégrés. À l’occasion, les villages, Fani, N’tosso, Talo Massasso et Tonka ont été explorés. Quant à l’enquête proprement dite, elle a été faite entre le 10-15 décembre 2019 à travers une administration effective du questionnaire. La répartition des exploitants a été faite proportionnellement à la taille du volume des producteurs de chaque village dans l’effectif total des paysans de la commune. Ces résultats apparaissent (tableau 1, ci-dessous).

2.2- Traitement des données

Le logiciel SPSS 11.0 a été utilisé pour le traitement des informations quantitatives. Il s’est agi d’élaborer le masque de saisie avec les variables dégagées dans le questionnaire. Lesdites variables ont, à partir d’un remplissage du masque de saisie, été renseignées au moyen des différentes réponses données par les paysans enquêtés. À la suite du remplissage des tableaux croisés ont été faits et transférés sur le logiciel Excel 2016. À ce niveau, ils ont permis de réaliser les différents graphiques. Les données qualitatives ont été analysées manuellement.

 

3- Résultats

3.1- Les terres non aménagées des plaines et les mécanismes de leur inondation

Comme l’indique la carte 3, ci-dessous, les deux plaines, Woloni à l’ouest et celle dite Tonka au nord-est, s’intègrent parfaitement dans le réseau hydrographique de la rivière Bani. Cet état de fait a été exploité dans la mise en place du dispositif d’irrigation (c’est la submersion contrôlée dans le cadre du programme ‘seuil de Talo’. À l’intérieur de l’espace aménagé prévaut l’absence de digue de séparation entre les parcelles des exploitants) des superficies aménagées. Ainsi, le bras naturel du Bani dit « Niankélé », visible sur la carte 3, sert de canal d’amenée de l’eau. Au moyen des vannes d’ouverture et de fermeture, les agents du Projet Moyen Bani (PMB) font des lâchés d’eau pour l’irrigation et l’inondation des superficies aménagées. Cependant, les ouvertures et les fermetures de vannes pour lâcher ou pour maintenir l’eau ne peuvent être faites que pour l’échelle de toute la plaine. Du coup, les terres aménagée et non aménagée se trouvent inondées.

La plaine de Tonka, totalement non aménagée, est desservie par un autre affluent du Bani ayant une intersection avec « Niankélé ». Ledit affluent, en amont des vannes, constitue un exutoire de bifurcation d’une partie de l’eau du Bani retenue et dirigée vers le canal d’amenée, le Niankélé. Ainsi, d’énormes quantités d’eau, qualifiables de perdues, s’entassent et inondent toute la plaine.

 

3.2- Les terres non aménagées des plaines, un capital foncier pour les populations locales

Nature des sols et importance des superficies

Les sols des terres non aménagées des plaines sont argileux et hydromorphes. Ils sont de couleur noirâtre et jugés bons par les paysans mais ne faisaient pas l’objet de mise en valeur. Leur non mise en valeur n’est pas liée à un manque d’eau mais à la texture argileuse qui en fait des sols lourds et impossibles à cultiver en milieu traditionnel. Cependant, avec l’évolution des systèmes de production liée à l’avènement du barrage, il se produit un engouement pour ces terres non aménagées. Les superficies non aménagées inondées, au niveau des plaines Woloni et Tonka, s’étendent respectivement sur 2964 ha et 3576 ha.

L’accès et la gestion des terres

Les terres non aménagées font l’objet de gestion par certaines populations locales des villages proches des plaines. Ce sont tous les villages exceptés Dasso, Toukoro marka, Niambougou, Mena et kodje. Deux types d’acteurs locaux (propriétaires et non propriétaires) s’intéressent aux terres non aménagées. L’accès aux terres s’effectue de différentes manières (figure 1).

Les héritiers sont les exploitants les plus actifs. Si ce comportement est un signe de jouissance de privilèges du statut de propriétaire, il n’en demeure pas moins révélateur d’un autre aspect très déterminant qui est la très bonne valeur agronomique des terres. En effet, un exploitant est, a priori, porteur d’ambition de grande production dont la réalisation le conduit à occuper autant de superficie qu’il peut. Ainsi, en tant que propriétaire et maître du jeu, il prête ou loue à d’autres exploitants après avoir fait son plein de terre. Moins importante que le prêt, la location relève d’une pratique totalement nouvelle. Elle date de l’avènement du barrage et présente un double aspect digne de mercantilisme foncier. Le premier est le paiement de somme d’accès. Le second est qu’en plus du montant d’accès, le locataire doit au propriétaire la moitié ou le tiers de sa production. Ce type de contrat est nouveau dans l’espace de Fani et est très différent du métayage. En effet, le propriétaire n’assume aucune charge de production.

Niveau d’utilisation des terres par les villages, un indicateur de l’ancrage dans le système local

Le niveau d’utilisation des terres s’exprime à travers l’importance des superficies mises en valeur par les populations des villages respectifs (figure 2). Elle permet de saisir les disparités et les analogies spatiales induites par les niveaux d’implications dans l’évolution du foncier à l’échelle de la commune.

À la lecture du graphique 2, il apparait un usage généralisé des terres non aménagées. À l’échelle de la commune aucun village ne constitue une exception à cet usage. Toutefois, des nuances d’ampleur de l’usage paraissent constructives du fait général. Sur ce plan, différents groupes sont visibles sur le graphique. Nous avons trouvé pertinent de réaliser un tableau pour faciliter l’analyse dudit graphique. Celui n°2, ci-dessous, a été élaboré à cet effet.

Comme l’indique le tableau 2, ci-dessus, les contrastes sont très saisissants entre certains niveaux de mise en valeur. C’est le cas des deux extrêmes (très faible et très important). Aux différents qualificatifs attribués à la situation de mise en valeur des terres parait présider des faits de localisation. Globalement, tous les villages de très faibles et faibles niveaux de mise en valeur sont loin des plaines, voir carte 3, plus haut. Quant aux villages des autres niveaux, ils sont proches des plaines. Cependant, une remarque de taille mérite d’être faite. Les deux plaines n’offrent pas le même tableau. Tous les villages proches de la plaine de Woloni sont de niveaux important et très important. Seuls ceux proches de la plaine de Tonka ont un niveau moyen. Le rôle différent, susmentionné, des plaines peut s’expliquer par les quantités d’eau. En effet, la plaine de Woloni est aménagée en partie. Les infrastructures de canalisation de l’eau la ciblent. Ainsi, plus d’eau l’inonde comparativement à Tonka. Si à l’échelle de la commune les terres non aménagées des plaines forment un capital foncier profondément intégré dans le système d’exploitation des ressources, leur mise en valeur n’est pas sans problème. Elle est source de conflits opposant certaines populations. Selon les paysans enquêtés deux types de conflits existent. Le premier type de conflit porte sur des oppositions entre les populations du même village. C’est le cas à N’tosso où les propriétaires ont entrepris de retirer leurs terres à ceux qui les exploitaient avant la réalisation du barrage. À Fani Gambougou et Woloni des paysans mécontents soulignent l’injustice dans l’obtention des terres non aménagées. Quant au deuxième type de conflit, il existe entre les populations de différents villages. C’est le cas de Tonka de la commune de Fani et Dogona de la commune de Wan.

 

3.3- Les populations à l’ère de la riziculture sur les terres non aménagées des plaines

La situation économique

La construction du barrage a contribué à doter la commune d’un réseau routier fonctionnel de désenclavement. Ce qui permet à cette entité communale d’être un véritable carrefour d’échanges commerciaux avec le monde intérieur et extérieur. Animateurs des flux d’échanges établis, les exploitants des terres non aménagées des plaines avec les revenus engendrés, ont adopté des stratégies pour certains investissements spécifiques.

L’achat des animaux, un investissement dans les valeurs refuges

Non adeptes des pratiques relevant des standards des établissements bancaires ou de micro finances, les producteurs ont foi à d’autres moyens d’épargner leur argent. Suivant les résultats des enquêtes l’orientation est l’achat des animaux. Ainsi, 54,5% et 62,7% des paysans ont acheté respectivement des caprins et des ovins. En moyenne chaque exploitant interrogé dispose de 3 chèvres et de 6 moutons. Nos résultats révèlent un faible taux (22,7%) d’exploitants ayant acquis des bovins. Certains obvins obtenus avec le profit du riz produit sur les terres non aménagées des plaines sont visibles (photo 1).

L’achat des outils agricoles, une voie d’adaptation des moyens de production

La mise en valeur des terres nécessite des moyens adaptés. L’objectif de s’affranchir des contraintes de production est à l’origine de l’acquisition des moyens mécaniques modernes de production. En fonction des priorités des exploitants, deux catégories d’équipements ont été identifiées : la charrue et la charrette. Ainsi, 70% et 51,8% des paysans disposent respectivement de charrues et de charrettes. Outre ces équipements, on note la présence de tracteur qui est un équipement nécessitant des investissements financiers importants. Celui visible (photo 2), ci-dessous, a couté 16 000 000 F CFA soit environ 24.427 euros. Il appartient à Daouda TANGARA, exploitant de terres non aménagées des plaines dans le village de Dialla. Un tel montant constitue un frein à son obtention. Ainsi, 0,9% des paysans à l’échelle de la commune de Fani disposent de tracteurs. Cependant, son efficacité suscite sa location par d’autres exploitants moyennant 25000 F CFA/ha.

La situation sociale

Elle se réfère aux différents éléments traducteurs d’un confort. Cette posture de considération des éléments de confort est en phase avec l’ambition des populations à atteindre un mieuxêtre. Ladite ambition est explicative de l’acceptation de l’insertion de la riziculture dans les systèmes locaux de production agricole. Du coup, s’intéresser à ces éléments devient logique.

La nature de la maison du riziculteur, un indicateur du caractère décent du cadre de vie

La construction des logements constitue un poste d’investissement figurant dans les orientations assignées au revenu tiré de la commercialisation du riz produit sur les terres non aménagées. Au total, 27,3% des exploitants ont réalisé des maisons. Deux types de maisons ont été identifiés : la maison en banco couverte de tôle et celle en ciment couverte également de tôle. La maison en ciment est l’expression d’un niveau de vie nettement au-dessus de la moyenne. En effet, le ciment et le fer, principaux matériaux des maisons en dur, sont importés et exclusivement accessibles à partir de leur achat. Elle est l’apanage des seuls privilégiés et procure la grande fierté à toutes les familles qui en disposent.

Le régime alimentaire

Au total, 40% des paysans ont affirmé que le riz produit sur les terres non aménagées assure leur alimentation. En plus de sa consommation directe, les revenus tirés de sa vente permettent aux exploitants, d’accéder aux produits alimentaires exotiques (spaghettis, couscous arabe, les petits pois), la viande, le poisson et les légumes, donc une réelle amélioration du régime alimentaire.

4- Discussion

Jadis négligées, les terres non aménagées des plaines relèvent aujourd’hui d’un niveau important d’ancrage dans les systèmes locaux d’exploitation des ressources dans la commune de Fani. Leurs exploitants sont dans tous les villages de la commune. À ce titre, elles constituent un capital foncier additionnel et important pour les propriétaires terriens. Les estimations indiquent un total de 6540 ha de terres non aménagées. Contrairement, selon de nombreuses études, les évolutions foncières à l’échelle des espaces ruraux sont caractérisées par une diminution voire raréfaction des terres disponibles pour les pratiques agricoles des populations locales (S. Schlimmer, 2018, p. 20 ; F. Camara, 2017, p. 21 ; P. Seufert, V. Hategekimana, 2013, p. 24 ; W. Oladokoun, 2011 ; R. Levesque, 2011). Un autre aspect important à noter est le statut foncier de l’exploitant. Dans la commune de Fani, se prévalant des droits coutumiers, les héritiers sont les maitres du jeu. Ils se sont attribués les superficies, en ont prêtées ou louées à d’autres exploitants. Cet état de fait de gestion autonome est un critère de différenciation dans la commune. Cette observation s’oppose à d’autres espaces. C’est le cas du cercle de San où se situe la plaine de Tonka-est, le prolongement de la plaine de Tonka dans la commune de Fani. En cela notre espace d’étude ne s’inscrit pas dans la généralité des espaces de plusieurs pays à l’échelle desquels les évolutions foncières ont été caractérisées par des dépossessions. Ces cas sont évoqués par L. Roudart, C. Guénard (2019, p. 22) dans des études en Tanzanie, la Mauritanie, Mozambique, Guinée, Inde, Cambodge, Mexique, Pérou, Honduras, île de La Réunion et en France. Dans la commune de Fani, les évolutions sont socioéconomiques, façonneuses de comportements typiques d’acteurs. Ne s’exprimant que dans la logique de maximisation économique et d’amélioration des conditions sociales, lesdits comportements typiques d’acteurs paraissent uniformisateurs de plusieurs espaces ruraux. En France, le marché foncier permet d’une part la valorisation du patrimoine bâti, avec un mitage de l’espace agricole, et d’autre part un renforcement des plus grandes structures (R. Levesque, D. Liorit, G. Pathier, 2011, p. 94).

Conclusion

La construction du barrage seuil de Talo a contribué à l’inondation des terres non aménagées des plaines dans la commune de Fani. Il s’agit de la plaine de Tonka (3576 ha) et une partie de celle de Woloni (2964 ha) soit un total de 6540 ha de terres concernés. La recherche a poursuivi l’objectif de connaitre les évolutions foncières et socioéconomiques liées à l’inondation des plaines non aménagées dans la commune de Fani. Autrefois négligées, compte tenu de leur inaptitude pour la céréaliculture traditionnelle basée sur le mil, maïs et sorgho, les terres non aménagées des plaines ont pris de la valeur avec le développement de la riziculture lié à l’avènement du barrage. Ainsi, disponibles et exploitables les terres non aménagées des plaines constituent un capital foncier additif. Leur mise en valeur intéresse les populations dans tous les villages de la commune à travers deux types d’acteurs. Il s’agit des propriétaires terriens et des non propriétaires qui accèdent à la terre par des contrats de prêts ou de locations de petites superficies. Faisant l’objet d’un ancrage important dans le système d’exploitation des populations par l’implication de tous les villages de la commune, la pratique de la riziculture a, à travers les investissements des revenus issus de la commercialisation du riz, donné les moyens aux producteurs d’engager l’espace dans un processus de reconfiguration. Ainsi, sur le plan économique, les moyens de production ont connu une amélioration par leur adaptation aux réalités édaphiques. De même, les soucis d’épargner les fonds rizicoles générés ont enclenché une constitution de cheptel. Sur le plan social, les riziculteurs sont en passe de rupture avec certaines réalités. Le riz, jadis réservé aux seuls nantis, fait l’objet de consommation courante par tous les ménages. Globalement, le régime alimentaire connait une nette amélioration à travers la consommation de divers produits alimentaires locaux et exotiques. Relativement au cadre de vie, la tendance est une substitution des maisons en banco à celles en dur. Il en résulte une mutation du paysage dans la commune. L’hypothèse formulée, les inondations des terres non aménagées des plaines ont contribué à l’augmentation des terres exploitées et l’amélioration des conditions socioéconomiques des populations de la commune, est confirmée.

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Auteur(s)


¹Maître de Conférences, Université des Sciences Sociales et de Gestion de Bamako , fsiaka999@gmail.com

²Maître-Assistant, Université des Sciences Sociales et de Gestion de Bamako


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