Migrants agricoles et dynamique

regards

Gabin Ahognisso TCHAOU

Résumé :


Les mutations de l’espace affectent les milieux ruraux du fait des pratiques agricoles et la structure du paysage dont celui de l’arrondissement de Ouèssè dans la commune de Savalou au Bénin. Elles résultent en partie de la croissance démographique qui classe la commune de Savalou avec 2/3 des ménages agricoles comme la plus peuplée du Département des Collines depuis 1979. L’affluence des migrants/ colons agricoles n’a pas épargné ledit arrondissement dont la population est passée de 2706 habitants en 1979 à près de 10000 habitants en 2019. Ces migrants mènent des activités agricoles de survie qui parfois contribuent à la dégradation du milieu souvent à l’insu des autochtones et propriétaires terriens. Certains de ces migrants deviennent au bout de quelques années propriétaires de terres cultivables. Dans ces conditions, il est nécessaire d’analyser l’évolution des activités agricoles de ces derniers et les dynamiques de l’occupation du sol. La démarche méthodologique utilisée a combiné les techniques de collecte de données à travers la recherche documentaire, l’observation directe, les enquêtes de terrains pour collecter les données quantitatives et qualitatives. Un échantillon représentatif de 193 ménages agricoles (dont ceux de 97 migrants) a été retenu à partir d’un taux de sondage de 10% du nombre de ménage total de l’arrondissement (INSAE/RGPH4, 2015) et répartis dans les principaux villages (Aglamidjodji, Akété, Agbodranfo, Tchogodo, Ouèssè) dudit arrondissement. Les cartes d’occupation du sol sont réalisées sur deux différentes dates à savoir 1995 et 2015. Les résultats montrent que les migrants agricoles continuent d’affluer vers l’arrondissement de Ouèssè, et ceci combiné avec la croissance démographique ont entraîné l’augmentation du nombre de producteurs et par conséquent des superficies emblavées au détriment des végétations naturelles.
Mots clés : Bénin, Commune de Savalou, Arrondissement d’Ouèssè, migrants agricoles, occupation du sol

Introduction

Les ressources naturelles contribuent à la subsistance des milieux ruraux et à l’économie locale (O. Amangbégnon, 2012, p 27). Les actions anthropiques d’une population de plus en plus nombreuse ne sont pas sans conséquence sur l’occupation du sol. Le processus anthropogénique a affecté plusieurs parties du système terrestre, de la biodiversité globale et de la durabilité des terres (Lambin et al, 2010, p 43). Le Bénin connaît la dégradation et la mauvaise gestion de ses espaces naturels (G. Tossou, 2005, p 64). L’agriculture surtout vivrière demeure extensive avec des outils archaïques rudimentaires, ce qui oblige les paysans à accroître leurs emblavures agricoles tous les ans pour augmenter les rendements (B. Fangnon, 2012, p 171). Quant à la culture du coton, elle utilise, assez d’intrants chimiques qui contribuent à long terme à la dégradation du complexe absorbant des sols du milieu. De même, la culture des différentes spéculations se fait de façon extensive par la mise en exploitation des végétations naturelles au fil des ans. Ces pratiques agricoles combinées à l’affluence des migrants agricoles en nombre important vers l’arrondissement de Ouèssè, accentuent la pression sur les ressources naturelles et entretiennent l’appauvrissement des terres du fait des pratiques culturales et de la surexploitation. Ainsi, assiste-t-on à la disparition progressive des formations végétales naturelles au profit des champs et jachères et des agglomérations (L. Agodo, 2009, p 30). Les mouvements migratoires en zone de savanes au sud du Sahara s’inscrivent dans une longue tradition de mobilité des paysans (C. Piéri, 1989, p 154). Cette mobilité s’explique par une capacité d’accueil des autochtones, la souplesse du régime foncier, les facilités offertes par l’amélioration du réseau de communication (C. Piéri, 1989, p 154). Le scénario socioéconomique de projection de la dynamique de l’occupation des terres au Centre du Bénin préconise la disparition des formations végétales au profit des champs et jachères et des agglomérations en 2016 et la tendance va se consolider davantage jusqu’en 2034 (J. Oloukoi, 2005, p 120).La croissance de la population et de la pauvreté conduit les populations paysannes à une utilisation abusive des ressources naturelles (M. Lieugomg, 2006, p 11).

La dynamique de la population a entrainé un accroissement des besoins alimentaires et donc de terres cultivables. C’est donc pour se nourrir que les hommes mènent des activités agricoles et dégradent les espaces et les ressources végétales naturelles, contribuant ainsi à la perte des services éco systémiques des forêts. Le taux de dégradation et de défrichement de l’espace naturel forestier a été estimé à environ 120 000 hectares chaque année entre 1998 et 2006 (P. Allé, 2009, p 17, M. Azon, p 32) Au Bénin, la recherche d’une nouvelle terre de culture concerne tout le territoire national (M. Gibigaye, 2010, p 17) dont la région de Savalou qui accueille des migrants agricoles. Selon le Schéma Directeur d’Aménagement de la Commune de Savalou (SDAC), les surfaces cultivées sont estimées à environ 18% de la superficie totale de ladite commune en 2013. Dans le même temps, la population rurale de ladite commune est estimée à 80% selon les données de l’INSAE (2013).

La population de la commune de Savalou était en 2013 de 144549 habitants (70 289 hommes et 74 260 femmes) selon les résultats du RGPH4 de l’INSAE et celle de l’arrondissement de Ouèssè est de 9096 habitants (4513 hommes et 4583 femmes). Les pratiques agricoles dégradent considérablement les terres et l’on assiste à une diminution rapide de la matière organique, des éléments nutritifs du fait de la surexploitation et des ressources naturelles (B. Fangnon, 2012, p 126). Les producteurs deviennent des victimes de leurs propres pratiques et techniques de productions agricoles. Face à l’agriculture extensive des paysans autochtones et à l’arrivée massive des migrants agricoles parmi lesquels, certains deviennent propriétaires de domaines, il est important de prendre en compte la dynamique démographique dans la gestion des sols pour de meilleures techniques de production agricoles en vue de la durabilité des ressources naturelles Cette recherche est une contribution pour mettre en lumière l’influence des migrants agricoles sur l’accaparement des terres et la dégradation du milieu naturel dans l’arrondissement de Ouèssè.

1-Méthodes et matériels

1-1-Présentation du secteur d’étude

L’arrondissement de Ouèssè est l’un des quatorze (14) arrondissements de la Commune de Savalou. Il est situé entre 7°50’ et 8°00’ de latitude nord et entre 1°46’ et 1°59’ de longitude est (carte 1). Il est limité au Nord par l’arrondissement de Kpataba, au Sud par Savalou Aga, à l’Ouest par Doumè et à l’Est par Attakè et Agbado. Cet arrondissement couvre une superficie d’environ 167 kilomètres carré soit 6,20% de la superficie de la Commune.

1-1-1-Caractéristiques physiques

Elles regroupent le climat, l’hydrographie, le relief, les sols, la végétation, etc. La commune de Savalou bénéficie d’un climat de type soudano-guinéen avec deux saisons de pluie (de mars à juillet et de septembre à novembre) et deux saisons sèches (de décembre à mars et le mois d’août). Mais la perturbation des vingt dernières années a contribué à un dérèglement climatique qui tend à laisser penser à une réduction des saisons en une saison pluvieuse et une saison sèche. Les précipitations annuelles varient de 250 mm à 3600 mm de 1993 à 2013 comme le montre la figure 1.

Sur le plan hydrographique, la commune est arrosée par des cours d’eau saisonniers dont les principaux sont : Agbado, Klou, Gbogui, Azokan, Zou, etc. L’espace communal est traversé par les affluents du cours d’eau Agbado (Kinsissa, Sèhossou, Agbéto et Lèvla). L’arrondissement de Ouèssè est arrosé par des cours d’eau temporaires. Les indices pluviométriques permettent de distinguer les périodes sèches et celles humides. Le milieu est situé sur un plateau cristallin. Il est caractérisé par des affleurements rocheux de collines avec un axe orienté nord-sud et un autre ouest vers l’est sur une pénéplaine cristalline reposant sur du matériel précambrien du vieux socle granito gneissique. L’altitude moyenne culmine entre 120 et 150 mètres de hauteur. Ceci donne une vue pittoresque à la localité. Les pentes sont assez fortes par endroits du fait des collines qui ceinturent le milieu. Les sols rencontrés résultent en grande partie de la nature de la roche mère. Ils sont de plusieurs types selon les caractères physiques, chimiques et biologiques. Les sols les plus répandus sont les sols ferrugineux tropicaux avec par endroits des étendues de concrétion. On distingue aussi des sols hydro morphes et des vertisols. Les sols observés dans l’arrondissement de Ouèssè sont les sols ferrugineux tropicaux lessivés, hydromorphes à gley lessivés, argilo-sableux et les sols faiblement ferralitiques. Les caractéristiques de ces unités pédologiques favorisent les productions agricoles. Il existe peu de contraintes pour la mise en valeur les sols ferrugineux tropicaux lessivés à concrétion; il s’agit de la base d’enracinement des plantes, la disponibilité de l’eau, la disponibilité en éléments nutritifs, les conditions de germination et la résistance à l’érosion. La végétation est tributaire du type de sols rencontrés. Plusieurs formations végétales se retrouvent sur l’espace de cette commune formant un paysage de savane malgré l’existence des saisons de pluies. Elle est composée de galeries forestières, de forêts denses sèches, semidécidues, de forêts claires, de savanes boisées, de savanes arbustives et saxicoles. Les jachères et cultures pérennes sont en hausse au détriment des formations naturelles. La faune est constituée de petits gibiers de savane notamment les aulacodes, les lièvres, les rats et quelques espèces de savane tels que les céphalophes et les francolins (L. Agodo, 2009).

1-1-2- Caractéristiques humaines

La commune de Savalou est la plus peuplée du département des Collines. Cette population ne cesse de croitre depuis 1979. L’arrondissement de Ouèssè compte une population non moins négligeable. De 51257 habitants en 1979, la population communale a atteint 144549 habitants en 2013, soit une multiplication par 2,82 en 30 ans. Cette croissance de la population s’accompagne d’une forte demande de terres de production pour nourrir une population de plus en plus nombreuse. Cette dynamique de la population s’explique par un solde naturel positif mais également par un solde migratoire positif surtout des colons agricoles en quête de terres de culture. Il est noté en faveur de l’arrondissement de Ouèssè, un solde migratoire positif dû aux migrations inter-rurales qui font déplacer les populations actives à la recherche de terres fertiles de culture. Ces migrants agricoles viennent notamment des départements de l’Atacora, de la Donga et du Zou.

La population de l’arrondissement s’adonne surtout aux activités agricoles associées à l’élevage de case. Les migrants agricoles qui sont intéressés ici, ceux qui s’adonnent aux activités agricoles. La figure 2, présente l’évolution de la population de l’arrondissement de 1979 à 2019.

1-2- Données et méthodologie

La démarche méthodologique adoptée est faite de collecte de données quantitatives et qualitatives, leur traitement et leur analyse. Les données collectées, traitées et analysées sont relatives à la documentation dans les centres de documentation, celles quantitatives (démographiques, nombre de producteurs, des statistiques sur les emblavures, des rendements, les données socio-économiques, etc.) et celles qualitatives (systèmes de production, système d’exploitation, etc.) disponibles à la Cellule de production agricole de la Commune. Aussi des données climatologiques, cartographiques (photographies aériennes, pédologiques) sont-elles réalisées à partir des capteurs/images LandSat TM 1990 et LandSat ETM+2010 avec une résolution de 30 mètres. L’analyse de la dynamique a consisté à: l’élaboration d’une clé d’interprétation indiquant les éléments à rechercher sur les images satellitaires et les photographies aériennes, les missions de vérité terrains pour la finalisation des interprétations, l’identification et la délimitation des unités d’occupation du sol, le calcul des superficies des unités d’occupation. Les matériels/outils utilisés sont un appareil photo numérique, un GPS (Global Positioning System) Garmin, etc. Le traitement et l’analyse des données ont permis de réaliser des figures explicatives pour la compréhension de la variation de l’occupation du sol dans l’arrondissement. Les fiches d’investigation de terrains utilisées ont été dépouillées, saisies, analysées et les illustrations cartographiques sont faites avec le logiciel Arc View. Pour le traitement des images, le logiciel ArcGis a été utilisé. Ce traitement a pris en compte le découpage de la zone d’étude, l’interprétation et la conversion des rasters en vecteurs (shapefile). A tout ceci, s’ajoutent des coordonnées géographiques recueillies en milieu réel pour un suivi supervisé des unités d’occupation des terres. Après ce passage de raster en vecteur (shapefile), là où existent des sommets de polygones, ceux-ci ont été arrondis. A la fin de ce toilettage, le fond de l’image au format vecteur est rendu transparent et les étiquettes sont affichées sur l’image de départ pour corriger les mauvaises classifications. Cette modification se fait au niveau de la table d’attribut. L’image obtenue en mode vecteur peut être éditée à l’échelle ou au format voulu. On applique après à chaque classe la couleur et/ou le symbole approprié, on rédige la légende, on met la grille des coordonnées, le titre, l’échelle, l’orientation, la source l’auteur, l’année, etc. Le traitement statistique a permis d’estimer les superficies des différentes unités en vue de calculer les pourcentages pour élaborer des tableaux pour des analyses. Les cartes d’occupation du sol entre1995 et 2015 sont ainsi réalisées et permettent de mesurer le degré de conversion d’une unité d’occupation du sol. Ces cartes ont permis d’apprécier les changements d’état des différentes unités qui occupent le sol. Un échantillon représentatif de 10% des Chefs de ménages soit 193 sur les 1928 (INSAE/RGPH4, 2013) du milieu a été retenu pour les différentes investigations. Les villages dans lesquels les investigations sont faites: Aglamidjodji, Akété, Agbodranfo, Tchogodo, Kpakpassa, Sohèdji et Lowo-Zoungo.

2- Résultats

Les principaux résultats obtenus à l’issue de cette recherche se présentent ainsi qu’il suit :

2-1- Importance et caractéristiques des migrants agricoles dans l’arrondissement

Les ménages de migrants agricoles (97) représentent 50,25% de l’échantillon des 193 ménages agricoles sur lesquels les investigations ont porté. Ils proviennent des départements de l’Atacora (Boukoumbé, Natitingou, Tanguiéta), de la Donga (Djougou, Bassila), du Zou (Djidja, Agbangnizoun, Zogbodomey). Ceux concernés par cette étude sont des Bétammaribè (21), des Lokpa (15), des Fon (28), des Mahi non autochtones de l’arrondissement (33). A la recherche de terres cultivables, certains se sont installés dans l’arrondissement depuis des décennies. Ce sont des hommes valides à qui des collectivités autochtones ont laissé des terres à cultiver avec interdiction formelle de faire des cultures pérennes (plantations). Mais au fil des ans, certains d’entre eux ont pu acquérir des terres et sont devenus des propriétaires. Les chefs de ménage ont en moyenne entre 23 ans et 63 ans. Les emblavures vont de 2,5 hectares à 6 hectares pour les vivriers. En ce qui concerne la culture de coton, les emblavures sont comprises entre 3 hectares et 11 hectares à la saison agricole 2018-2019. Les migrants agricoles louent aussi des terres pour la production agricole. La location est payée soit en espèces sonantes et trébuchantes ou en nature avec une partie de la récolte. En saisons sèches ou pluvieuses, ces migrants agricoles s’adonnent aussi au métayage sur les champs des autochtones en ce qui concerne les débroussaillages, les labours, etc. Ils s’adonnent aussi à 85% à la fabrication de charbon de bois destinée à la vente et à la coupe de bois d’énergie qu’ils vendent toute l’année pour compléter les revenus des ménages comme le font les autochtones. Ils font parfois venir d’autres bras valides de leur village, commune, département d’origine surtout pendant les périodes de labours. La figure 3 montre la distribution des migrants selon le groupe socioculturel d’appartenance.

 

Sur les 97 migrants agricoles recensés, 29 parmi eux sont déjà propriétaires de terres agricoles achetées. Les domaines dont les migrants agriculteurs sont propriétaires varient de 3 hectares à 10 hectares. Sur ces 29 propriétaires de terres, quatre (4) ont des domaines avoisinant dix (10) hectares. Ces quatre (4) ont installé des plantations d’anacardiers d’environ 4 à 5 hectares chacune et des plantations de tecks d’environ 3 à 5 hectares chacune.

2-2-Dynamique de l’occupation du sol dans l’arrondissement de Ouèssè

Elle est appréciée par la dynamique dans le milieu rural, à travers les changements d’état des unités d’occupation des terres.

2-2-1-Occupation du sol en 1995

Le tableau 1 présente les résultats de l’interprétation de l’occupation du sol en 1995.

La plus grande unité qui occupe le sol en 1995 est la savane arborée et arbustive avec 72,3% de la superficie totale. Ceci montre que le milieu est mis en exploitation par des méthodes agricoles qui ne préservent pas assez la végétation naturelle. La carte 2 présente les unités d’occupation du sol en 1995 dans cet arrondissement.

2-2-2- Occupation du sol en 2015

Le tableau 2 présente les unités d’occupation du sol en 2015 après interprétation.

On constate une régression des unités d’occupation du sol que sont : la galerie forestière, la forêt claire et savane boisée, la savane arborée et arbustive au profit des agglomérations, des plantations et des mosaïques de champs. C’est ce que montre la carte 3.

2-2-3-Dynamique de l’occupation du sol entre 1995 et 2015 dans l’arrondissement de Ouèssè

L’évolution des différentes unités d’occupation du sol contribue à la dynamique du paysage. Les changements du paysage sont reconnus à travers les évolutions des différentes unités d’occupation. La matrice de transition des différentes tendances (évolutives ou régressives) des unités d’occupation du sol entre 1995 et 2015 est résumée dans le tableau 3.

De l’analyse de ce tableau, on note des taux de conversion de certaines unités d’occupation des terres. Ainsi, a-t-on une évolution à la baisse de 59,91% pour la galerie forestière, de 44,49% pour les forêts claire et savane boisée, de 18,49% pour la savane arborée et arbustive et une augmentation de 48,42% pour les mosaïques de champs et jachères.

2-2-4- Changements d’état du paysage dans l’arrondissement de Ouèssè

Les changements observés dans le paysage durant ces vingt (20) années ont été reconnus à travers l’identification des transitions et des tendances évolutives des types d’occupation du sol entre 1995 et 2015. Ces mutations du paysage sont quantifiées entre ces deux dates et ensuite évaluées à travers la matrice de transition et l’Indice d’Evolution (IE). Dans les cellules des lignes se trouvent respectivement les formations végétales et les autres unités d’occupation du sol de 1995 et de 2015. Les conversions se font des lignes vers les colonnes. Les cellules de la diagonale correspondent aux unités qui sont demeurées stables entre 1995 et 2015. Les unités qui sont en dehors de la diagonale représentent les changements de végétation et d’autres unités d’occupation du sol.

Cette matrice de transition obtenue montre de nombreuses transformations. On a des variations positives et des variations négatives. On observe que les forêts claires et savanes boisées (FCSB) deviennent des savanes arborées et arbustives (SAA) et des mosaïques de champs et jachères (MCJ); que les des savanes arborées et arbustives (SAA) deviennent des agglomérations (AG) et des mosaïques de champs et jachères (MCJ); que les mosaïques de champs et jachères (MCJ) deviennent des agglomérations (AG) et des plantations (PL) et enfin, les forêts galeries (FG) deviennent des mosaïques de champs et jachères (MCJ). Les variations de l’Indice d’Evolution (IE) des types d’occupation du sol entre 1995 et 2015 se présentent comme il est résumé dans le tableau 5.

On a noté un recul de la Savane Arborée et Arbustive (EI -0,10), des Forêts Claires et Savanes Arborée (EI -0,05), de la Forêt Galerie (IE-0,04). De l’autre côté, il y a une évolution/expansion des Mosaïques de Champs et Jachères.

2-3- Conséquence de la l’occupation du sol sur l’environnement dans l’arrondissement de Ouèssè

2-3-1-Conflits fonciers

Dans le domaine de l’agriculture, toutes les personnes enquêtées ont évoqué les conflits fonciers entre les producteurs et entre les producteurs et les éleveurs. Les conflits fonciers relatifs aux limites entre les propriétés foncières sont les plus nombreux (environ 84% des conflits évoqués par les enquêtés). Ceci est dû à plusieurs facteurs dont l’occupation anarchique des terres sans se soucier des limites des domaines des mitoyens, la vente illicite des terres par les non vrais propriétaires terriens, la volonté d’appropriation des terres d’autrui, les difficultés de répartition des parcelles entre héritiers, les envahissements des champs privés par les troupeaux des peulhs, etc. Les conflits fonciers qui naissent sont réglés par plusieurs démarches ou mécanismes selon l’ampleur du problème à la base dudit conflit. Plusieurs instances sont impliquées lorsque ces conflits naissent. Certains de ces conflits finissent par être portés au niveau de l’administration publique et judiciaire moderne. Cependant, d’autres sont réglés au niveau des instances traditionnelles que sont les familles, le conseil des sages et notables des villages.

2-3-2-Dégradation des espaces agricoles

Les systèmes de cultures contribuent d’une manière ou d’une autre à la dégradation du milieu. Ce sont des pratiques de culture itinérante sur brûlis (qui emporte les micro- organismes dont les sols ont besoin pour leur fertilisation) pour déficher, pour débrousser les parcelles à cultiver. Il y a aussi les abattages systématiques des arbres se trouvant dans les champs pour faciliter les labours avec des outils archaïques rudimentaires que sont les dabas. L’expansion des champs et des jachères ainsi que des agglomérations, au détriment des formations forestières denses, conduit à la raréfaction des grands arbres comme Afzelia africana, Anogeissus africana, Ptérocarpus erinaceus et Isoberlinia doka,etc. utilisés comme bois d’œuvre et bois d’énergie pour la cuisson de la farine de manioc (Gali en langue locale Mahi) . Ces expansions sont clairement visibles sur la carte d’occupation du sol en 2015. Les agressions subies par les terres sont la dégradation de l’environnement par les techniques et méthodes de production agricole, la déforestation/déboisement par la carbonisation pour se constituer un stock de bois d’énergie pour la cuisson domestique. De même certains font des abattages d’arbres pour alimenter les marchés de fagots de bois. Chaque jour du marché de Savalou centre (appelé Tchaou-Hi), il n’est rare de voir des hommes et des femmes, qui avec un sac de charbon de bois, qui avec des fagots de bois sur le vélo ou sur la tête pour aller le vendre.

3- Discussion

3-1- Migrations rurales

Cette étude a montré qu’il y a des facteurs favorables à la ruée des migrants ruraux vers le milieu. Ce sont: l’existence de terres fertiles pour l’agriculture, la disponibilité de ressources naturelles, etc. Ces résultats sont similaires à ceux obtenus par d’autres chercheurs qui ont montré que les migrations rurales s’inscrivent dans une tradition de paysans au sud du Sahara. Ces résultats rejoignent en partie ceux des travaux de la thèse de Atta K.J.M. ( 2009) qui ont traité de ces questions migratoires et des facteurs de la forte intrusion des migrants burkinabés dans la plupart des forêts ivoiriennes et plus particulièrement dans la Forêt classée de Béki et de Bossematié dans l’Est ivoirien.

La mobilité vers la Commune de Savalou et l’arrondissement de Ouèssè, s’explique par la capacité d’accueil traditionnel des autochtones, la souplesse du régime foncier, les facilités offertes par l’amélioration et la sécurité du réseau de communication (C. Pieri, 1989, p 182). Les migrants agricoles des Communes du Centre du Bénin dont Savalou viennent surtout des départements de l’Atacora et de la Donga (O. Arouna, 2012, p 103).

3-2-Pression démographique sur les ressources naturelles

Les migrants agricoles deviennent nombreux dans leur milieu d’accueil, développent des pratiques de production agricole très dégradantes pour les ressources naturelles. Quand bien même, les tailles des emblavures se réduisent de plus en plus, les nombres de producteurs et d’exploitants (autochtones et allochtones) des ressources naturelles à des fins agricoles augmentent. Dans ses recherches, M. Azon (2009, p 40) trouvait déjà que les écosystèmes naturels du domaine soudanien connaissent de graves régressions du fait des actions anthropiques que ce sont les pratiques agricoles. Les facteurs naturels et anthropiques interagissent sur la dynamique des ressources naturelles (O. Arouna, 2012, p 137).

Conclusion

Cette étude a permis d’appréhender les différentes mutations de l’espace agricole dans l’arrondissement de Ouèssè, Commune de Savalou. Ces mutations sont dues aux facteurs notamment physiques, humains et sociaux (insuffisance du sol, croissance démographique galopante, augmentation des emblavures, modes d’accès à la terre, conflits fonciers, recherches de nouvelles terres agricoles, recherche de bois d’œuvre et bois énergie pour alimenter les marchés de fagots de bois, la fabrication à haute échelle du charbon de bois destinée à la vente en saisons échecs, etc.). Les recherches de nouvelles terres de culture ont amené assez de migrants agricoles à venir s’installer dans l’arrondissement de Ouèssè. Les techniques agricoles pratiquées par les producteurs ainsi que les outils rudimentaires utilisés ont contribué fortement à la dégradation du couvert végétal et du milieu. Les investigations de terrain ont montré des changements au niveau des pratiques agricoles et de gestion des exploitations (usages des intrants chimiques, modes de défrichage, etc.). Elles ont conduit dans une certaine mesure à l’appauvrissement et à la dégradation du milieu naturel et humain de l’arrondissement de Ouèssè. L’analyse diachronique de l’occupation du sol à partir des cartes de 1995 et 2015 et l’analyse de la matrice de transition ont montré que la dynamique démographique a exercé une forte emprise sur l’espace de l’arrondissement (IE +0,16%). Cette analyse a montré la diminution des formations végétales : forêt galerie (Tc 59,9%), forêts claires et savanes boisées (Tc 44,49%) et les savanes arborées et arbustives (Tc 18,49%) et à l’augmentation des superficies des plantations (IE +0,03%), des mosaïques de champs et jachères (+0,16%) et des agglomérations (IE +0,0010%). Cette situation de dégradation des végétations naturelles est liée à l’immigration des colons agricoles à la conquête de nouvelles terres de cultures, la mise en valeur inappropriée des bas fonds avec des conséquences sanitaires.

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