Les territoires de l’informel et la structuration

regards

Georges Agbachi ALE

Résumé :


L’opposition ville campagne reste encore une réalité vive dans les pays des « Suds » et plus spécifiquement en Afrique. Ainsi la vie en ville reposerait sur le respect des règles et des normes aussi bien dans l’occupation de l’espace que dans la réalisation des activités socio-économiques. Mais tandis que l’urbanisme permet de comprendre l’importance primordiale des espaces publics dans le fonctionnement des systèmes urbains, que ce soit d’un point de vue politique, fonctionnel, social ou morphologique, au Bénin, leur attractivité pour l’informel les requalifie en territoires que nous dénommons territoires de l’informel. Notre objectif à travers cet article est de montrer qu’il existe dans les villes au Bénin à l’instar de celle de Parakou une territorialisation de l’informel et que l’expression de cette territorialité est diversement perceptible et traduit des réalités géographiques. Dans une approche empirique associée à une démarche quantitative, qui a permis d’interroger 50 acteurs choisis de façon aléatoire, il s’agit d’analyser des faits géographiques observés à Parakou et d’expliquer ce qui fonde la construction de la territorialité de l’informel et détermine la structuration de l’espace dans cette ville. Ceci permet de conclure qu’au-delà d’une simple structuration de l’espace en milieu urbain à Parakou, cette territorialité de l’informel traduit la nature des rapports société/espace qui sont de types conflictuels et que le politique s’efforce à normaliser.
Mots clés : Parakou, territoire de l’informel, gestion politique des espaces publics, informalité, urbanité.

 

Introduction

Depuis de nombreuses années, des chercheurs et spécialistes de divers horizons, sociologues, économistes, historiens ou même géographes se heurtent aux difficultés de définition de la ville de façon universelle. « Les études sont de plus en plus problématiques car différentes sciences humaines corrélées avec des idéologies ennemies s’affrontent (...) Très souvent les idéologies croient pouvoir expliquer et les spécialistes des sciences humaines multiplient les explications. Ainsi depuis des décennies on parle de l’urbain » (J.P. Paulet, 2009, p.9).
C’est ce que confirmait déjà en 1970 Henri Lefebvre dans son ouvrage «la révolution urbaine» cité par J.P Paulet (2009) qui écrivait, «nous ne disons plus : la ville ». Mais face aux difficultés non surmontées, il indique qu’il faut tout de même « déceler et formuler quelques lois de l’urbain ». C’est peut être à ce niveau que la recherche sur la ville pourrait devenir très complexe surtout si l’on part du cadre géographique des pays du Nord pour comprendre la ville dans les pays des « Suds » notamment d’Afrique. Il existe de grandes différences entre les villes du Nord et celles des « Suds » car les systèmes socio-économiques, politiques et organisationnels dans lesquels se développement les agglomérations sont très éloignés. Leur structure, leur fonction, et leur morphologie est incomparable au point où certains géographes classiques (Ph. Pinchemel, G.Chabot, J. Beaujeu-Garnier) ont perçu les villes des Suds comme de villes sans plans en fonction de leur morphologie. Cependant, définir une ville est un exercice qui nécessite une analyse multivariée. Celle-ci dépend des objectifs que l’on se fixe. « Une ville se caractérise par sa taille, sa forme, sa densité, ses fonctions, son réseau, sa dynamique, ses zones d’influence » (J.P. Paulet, 2009, p.19). Même s’il semble difficile et artificiel de dissocier certains éléments pour appréhender l’espace urbain, notre objectif dans le cadre de cet article nous amène à insister sur certains dont la combinaison permet de mieux caractériser les agglomérations urbaines en Afrique à travers les systèmes spatiaux complexes qu’elles représentent. En nous référant à F. Braudel à propos de l’ordre des marchands, qui estime que « c’est l’économie qui développe la cité » et l’idée de G. Chabot repris par J.P. Paulet (p. 10, 2009) selon laquelle « le paysage fait la ville », nous privilégions les fonctions économiques, les zones d’influences ainsi que la forme pour caractériser Parakou. De ce point de vue, notre objectif est de montrer que c’est le dynamisme des activités économiques et le comportement
de ses principaux acteurs qui structurent et organisent l’espace urbain à Parakou. Mais c’est la forte proportion de l’informalité de ces activités économiques qui induit un lien particulier dans l’occupation de l’espace en milieu urbain et périurbain qu’il est nécessaire de comprendre et d’expliquer. Que traduit cette particularité de la territorialité de l’informel ? Comment celle-ci est perçue par rapport à l’ordre urbain normatif établi par les pouvoirs publics ? Existe-t-il des fondements scientifiques et sociaux à cette réalité géographique ?

 

1-Données et méthodologie

1.1.Cadre géographique de l’étude

L’armature urbaine du Bénin compte plusieurs villes dont celle de Parakou que certains analystes positionnent comme la troisième ville du Bénin et la plus importante du Nord du pays. En absence d’un classement officiel, on pourrait cependant affirmer que depuis plusieurs années l’agglomération urbaine de Parakou connait une croissance démo-spatiale rapide et un dynamisme économique remarquable. Avec un taux de croissance annuel moyen de 4,90% la population de 255478 habitants en 2013 (RGPH4, INSAE) pourrait être estimée à plus de 300 000 habitants en 2019. Les principales activités économiques dans cette municipalité sont, le commerce (43,2%) et l’artisanat (49,4%) autour des quels gravitent plusieurs autres comme l’indique le tableau 1

Bien que ces données datent de plus d’une décennie, les réalités géographiques observées ces dernières années permettent de confirmer le caractère spécifique de l’économie urbaine. Il s’agit d’une économie dominée par l’artisanat et le commerce dont les principaux acteurs relèvent à 98,57% de l’informel selon les résultats du Recensement Général des Entreprises (RGE) effectué par l’INSAE (Institut Nationale des Statistiques et de l’Analyse Economique) en 2008 d’où nous extrayons ces données. En effet, l’objectif général de ce recensement était d’identifier et de caractériser sur l’ensemble du territoire national les différentes structures pourvoyeuses de richesses et d’emplois afin d’évaluer leur poids dans le développement socio-économique du pays. Lorsqu’on le rapporte à l’échelle de la ville de Parakou, il permet d’apprécier la qualité du tissu économique et de ses acteurs ainsi que leur contribution au développement urbain. Les principaux acteurs ainsi identifiés sont les entreprises dont il convient ici de préciser les contours. Ce recensement considère comme entreprise, toute structure publique ou privée sous laquelle s'exerce une activité économique en utilisant un personnel, des locaux et des équipements quels que soient leur état et leur qualité. Il s’agit tout de même d’un arrangement conceptuel afin d’utiliser des concepts admis au niveau international lorsqu’on parle des entreprises dans des villes en Afrique.

 

1.2.L’informalité et les activités urbaines à Parakou : Données et spatialisation

Comme nous l’évoquions un peu plus tôt, les résultats des enquêtes du RGE2 (2008) rapportent que l’économie urbaine à Parakou est à forte proportion informelle (plus de 98%) et concerne diverses activités comme mentionné au tableau 1. Afin d’éviter la dimension polémique du concept d’informalité, l’INSAE a retenu comme critère d’informalité, le non respect d’une ou plusieurs exigences auxquelles est assujetti l’exercice d’activités économiques au Bénin. Il s’agit notamment de l’inscription au registre de commerce, l’affiliation à la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS), l’obtention d’un numéro INSAE/IFU, la tenue d’une comptabilité. Cependant l’économie informelle doit s’étendre au sens large, non seulement aux formes structurées d’activités économiques, mais aussi aux petits métiers et/ou commerce et à ce que certains qualifient « d’économie de la débrouille ». Ceci permet d’affirmer que les résultats de l’INSAE ne concernent qu’une partie importante de l’économie urbaine informelle à Parakou et non son intégralité. Les toutes petites unités des vendeurs ambulants et/ou de rues ne sont pas dénombrées. Cependant le tableau 2 permet d’apprécier le rythme de croissance et l’évolution de ces entreprises à Parakou depuis 1954 faisant de Parakou un territoire de l’économie informelle au même titre que plusieurs autres villes principalement Cotonou dont le dynamisme des activités informelles n’est plus à démontrer (G. A. Ale, 2014, p.120)

Si on considère les formes juridiques, on constate qu’il s’agit pour la plupart d’entreprises individuelles et de quelques coopératives ou entreprises de fait. Les entreprises à responsabilités limitées ou anonymes sont en nombre insignifiant comme l’indique le tableau 3.

Ces différentes entreprises sont distribuées presque équitablement sur l’ensemble du territoire de la ville de Parakou au plus près des populations dans les trois arrondissements comme l’indique le tableau 4.

Cette répartition spatiale des entreprises induit dans l’espace urbain une organisation et un design qui fait croire à certains urbanistes et géographes que les villes africaines sont sans plans d’aménagement. En effet, les observations de terrain, montrent qu’il existe dans les villes africaines en général et celles béninoises en particulier, notamment à Parakou, une attractivité de certains espaces (les abords des rues, les places publiques) pour les entreprises informelles. Celles-ci s’installent et occupent durablement des points stratégiques de la ville parfois de façon illégale ou autorisée dans le souci «de voir et d’être vu » par les consommateurs peu importe les entraves à la circulation urbaine ou au design du paysage urbain moderne. C’est cette territorialisation des acteurs de l’économie informelle urbaine qui fait dire à des analystes que le paysage urbain des pays du Sud, présente par endroit du « désordre urbain » alors qu’il s’agit d’un marquage de l’espace par ces acteurs et des signes probants d’une présence active et d’un dynamisme socio-spatial.

1.3. Démarche méthodologique

Notre objectif étant de montrer que c’est le dynamisme des activités économiques couplé aux comportements de ses acteurs qui structurent et organisent l’espace urbain à Parakou, notre démarche méthodologique est duale. D’abord une approche quantitative qui s’appuie sur la base de données du Recensement Général des Entreprises au Bénin permet d’appréhender l’ampleur et l’évolution spatio-temporelle de l’économique dans la ville de Parakou. Ensuite, une démarche empirique et géographique, nous aide à identifier et comprendre le processus de territorialisation des entreprises dans la ville, puis expliquer le sens et la signification de la territorialité de l’informalité qui caractérise l’économie à Parakou. Il s’agit de donner la parole à quelques acteurs de l’économie informelle choisis de façon aléatoire afin de collecter en fonction de leur localisation des données qualitatives qui permettent l’analyse et la compréhension de la problématique étudiée. Cet échantillon d’acteurs a été volontairement réduit à cinquante (50) personnes de sexes différents et d’activités diversifiées afin de rester plus opérationnel dans la référence aux concepts d’informalité, de territorialité, d’attractivité et de territoire, mobilisés dans l’étude.

2- Résultats

Notre perception de la structuration de l’espace urbain à Parakou en lien avec des pratiques de l’économie informelle confirme l’existence des fondements intellectuels et conceptuels des territoires de l’informel dans la ville au Bénin et de son rôle dans l’organisation de l’espace. Pour ne pas rallonger la liste des chercheurs qui se sont intéressés à préciser les contours du concept de territoire, avant son usage, nous voulons rappeler ici, que plusieurs tentatives de recension des usages actuels du mot «territoire» ont été réalisées, « tant la spirale inflationniste de ses usages les rendait nécessaires, J. Lévy (2000), M. Le Berre (1992), G. Di Méo, (1998). Ces auteurs ne s'accordent que sur l'existence de plusieurs niveaux et de plusieurs postures épistémologiques ». (B. Elissalde, 2002, p.194). Comme le note J. Lévy, (1999, p.89) repris par (J. Aldhuy, 2008, p. 6). « le mot territoire renvoie à au moins huit définitions différentes » mais dans le cadre de notre réflexion, nous nous appuyons sur celle des géographes comme grille d’analyse,

« Pour les géographes, le territoire peut être défini comme : un espace réel et rêvé, (…), une construction d’acteurs (…), un espace géographique (…). Cette définition met l’accent, d’une part, sur l’importance de l’identité historique du territoire liée au culturel, au politique, au social qui deviennent des facteurs agissant sur les dynamiques spatiales de localisation des activités, et, d’autre part, sur l’existence de la logique d’acteurs dans le processus de structuration de l’espace ».(Y. Jean, 2002, p.4)

Du point de vue historique, la ville de Parakou est identifiée comme un territoire des Baatonou, groupe socio-culturel dont les actions politiques ont marqué le paysage au Nord Bénin sous le règne de Kobourou qui aurait laissé son nom à la ville pompeusement dénommée la « cité des Kobourou ». L’existence et le fonctionnement de cette ville ont attiré de nombreuses activités commerciales dont l’importance et la diversité s’apprécient à travers les dynamiques spatiales de l’informel et la localisation des activités comme nous l’avons observé à travers les données destableaux n°2 et n°4. La croissance vertigineuse des entreprises urbaines à Parakou est passée en 54 ans de 7 à 6241 avec une forte présence de celles relevant de l’informel soit 98,57%. Comme l’indique les données du tableau n°4 il existe une dynamique spatiale de celles-ci qui s’approprient l’espace urbain à travers leurs propres logiques, notamment la proximité avec les populations urbaines. C’est certainement ce qui justifie leur localisation graduelle dans les trois arrondissements de la ville, du premier au troisième, soit respectivement 2400, 2243 et 1548 contre 23, 23, 44 pour les entreprises formelles. La territorialité des activités économiques informelles est alors évidente à notre sens. Cependant, si « le territoire est de l'espace conscientisé ou réordonné, alors, on ne peut se contenter de l'analyser uniquement à travers des agrégats sociaux ou spatiaux, il faut prendre en compte les acteurs, et leurs imaginaires, guidés qu'ils sont par leurs visions du monde » (B. Elissalde, 2002, p.195). C’est à ce niveau de notre analyse qu’il convient de faire référence aux acteurs de l’économie informelle dont les rapports à l’espace urbain dans la ville de Parakou déterminent l’organisation actuelle de l’espace à travers leurs imaginaires, leur représentation du monde et donc leur logique. Il n’est pas superflue de rappeler que la logique des acteurs de l’économie informelle est au prime abord le refus de se conformer aux normes dans tous ses états (localisation, juridiques, etc.) ce qui provoque un bouleversement de l’ordre officiel « des choses ». Cette structuration de l’espace est donc le reflet du comportement des acteurs de l’informel dans et sur l’espace. Mais comme le fait remarquer B. Elissalde, (2002, p.196), « les comportements des acteurs sociaux peuvent se lire comme des messages, qui, à condition d'être décryptés, veulent dire quelque chose sur le territoire ». Si l’on admet que cette affirmation soit recevable, le décryptage de ce message est congénital à « l’ADN » de l’informalité qui veut qu’elle rejette la loi hors de laquelle elle s’épanouie et se développe. Ainsi, il semble facile d’expliquer pourquoi les activités informelles abandonnent les places de marchés officiels pour coloniser l’espace dans les arrondissements. La structuration de l’espace par les pratiques des acteurs de l’économie informelle est l’expression du refus des normes urbaines d’occupation des sols par ces acteurs qui définissent selon leur besoin les lieux de leur localisation dans des espaces publics jugés plus attractifs pour leurs activités. Cette attractivité [se définit],

« comme la capacité d’un territoire à être choisi par un acteur comme zone de localisation (temporaire ou durable) pour tout ou partie de ses activités ; cette attractivité est une attractivité perçue qui n’implique que des personnes physiques, des individus, des ménages ou des équipes, par exemple des équipes dirigeantes d’une entreprise »(J. Poirot et al., 2010, p.27).

Au total, l’expression de la territorialité (en écho à C. Raffestin, 1986, p.91) de l’informel dans la ville de Parakou tente à redéfinir une logique de fonctionnement de l’espace urbain qui rejette les normes et règlements de l’urbanisme. Cette « indocilité » vient mettre en relief, le fait que « quand le politique parle du territoire, c’est pour le fabriquer » (F. Tesson, 2007, p. 1) alors qu’il s’agit de « (…) la portion de la surface terrestre appropriée par un groupe social pour assurer sa reproduction et la satisfaction de ses besoins vitaux » (M. Le Berre 1995, p.606). Les territoires dédiés aux acteurs de l’informel par l’acteur public (collectivité territoriale ou l’Etat) sont alors fabriqués et ne rencontrent pas leur attente ni leur besoin. Ainsi les territoires de l’informel en milieu urbain trouvent sens entre les stratégies d’acteurs et la volonté de gérer l’espace public par l’acteur public représenté par l’Etat ou la collectivité territoriale.

3. Discussions

L’identification du territoire de l’informel dans les milieux urbains au Bénin en général et à Parakou en particulier ne devrait plus faire l’objet d’une polémique, tant ses bases intellectuelles qu’épistémologiques semblent fondées. L’évolution des entreprises recensées entre 1954 et 2008 a montré une prépondérance des entreprises informelles (Cf. tableau n°2). Avec cette configuration des acteurs de l’économie urbaine à 98,57% relevant de l’informel, le territoire urbain pourrait être qualifié de territoire de l’informel à Parakou. Comme nous nous sommes évertués à le démontrer la spécificité de la territorialité des pratiques de l’économie informelle résident dans le fait qu’elles défient les normes et les règles de l’urbanisme telles que les conçoivent les pouvoirs publics. Ce qui à l’unanimité des 50 acteurs interviewés sous-tend la stratégie des acteurs de l’économie informelle c’est l’attractivité de ces territoires dont l’intégrité est défendue par l’Etat qui en est le garant dans le souci de préserver l’intérêt collectif et les normes de l’urbanité. Au regard de ces différents paramètres, il est aisé de comprendre que dans les villes béninoises et à Parakou, nous sommes en présence de véritables territoires qui doivent être perçus comme tels. Car « le territoire se construit en partie comme refus de l’autorité ou comme ayant la possibilité de se doter de ses propres règles d’organisation » (C. Lacour, 2013, p. 11). « Il se spécifie par des pratiques et des représentations : c’est un rapport collectif à l’espace et il participe à l’élaboration de comportements spécifiques et d’images collectivement admises, qui renforcent la cohésion du groupe.» (Y. Jean, 2002, p.12). Ce qui explique que l’informalité en milieu urbain soit admise comme faisant partie du paysage urbain qu’elle façonne à sa guise. Mais à l’analyse des conflits d’acteurs sur les territoires de l’informel dans les villes du Bénin en général et à Parakou, il est important de signaler que ce sont eux les réels fondements de ces territoires. Car comme l’affirme par ailleurs (C. Lacour, 2013, p.12) «Le territoire est bien en permanence en construction-destruction par des acteurs institutionnels, par d’autres dont le rôle est tout autant important même s’il est moins visible, plus diffus (…) ». Même si notre étude n’insiste pas sur les conflits entre l’acteur public et les acteurs de l’économie informelle, la localisation et la croissance de ces dernières impliquent la confrontation entre logiques d’acteurs qui peuvent être conflictuelles dans la mesure où l’informalité sous-entend le refus de la règle. Toutefois, dans la poursuite de la réflexion à la fois sur l’informalité et sa territorialité peut être devrait-on s’interroger sur les possibilités d’une fin probable des conflits d’acteurs ? Cela n’entraînerait-il pas la fin des territoires ?

Conclusion

L’une des spécificités du fait urbain dans les pays du Sud en général et au Bénin en particulier a été étudiée à travers les pratiques d’économie informelle et leur territorialisation dans la ville de Parakou. Ceci a permis de mettre en relief les fondements épistémologiques du concept de territoires de l’informel. Et comme tous les territoires, ils sont porteurs de conflits d’acteurs qui définissent d’importants enjeux. Sur la base des stratégies et comportements propres aux groupes d’acteurs de l’économie informelle des formes d’appropriation de l’espace urbain remettent en cause les règles et normes d’urbanisme. Ceci conduit à la structuration de l’espace urbain telle que perçue par certains chercheurs et spécialistes qui l’analysent comme contraire à la norme. Le paysage urbain dans les pays du Sud, loin d’être le reflet d’un désordre urbain, n’est que l’expression et le signe d’une informalité urbaine vivante et dynamique qui particularise la ville et sa structuration en Afrique et au Bénin. Il semble évident que, malgré la volonté et le pouvoir de l’autorité publique de faire respecter les normes et les règles en milieu urbain, l’informalité et sa territorialité survivront à toutes formes de répression visant à déterritorialiser l’informel comme l’ont essayé certaines politiques de villes durables au Bénin à travers « le déguerpissement des espaces publics ». Cette tendance à la résistance de l’informalité et de sa territorialité met en évidence une autre caractéristique des territoires de l’informel qu’est la résilience qu’il serait intéressant d’aborder dans une nouvelle réflexion scientifique. Peut-on alors dire que les territoires de l’informel sont des territoires résilients ?

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Auteur(s)


Maître de Conférences ,Université de Parakou agbachale@yahoo.fr

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