Land degradation

regards

Land degradation on family farms in Korhogo (Côte d'Ivoire).

1Songoumon SILWAY, 2Kouassi Paul ANOH

 

Abstract :


Agriculture represents a very important activity in the Korhogo department. It generates 40% of its wealth. However, agricultural activities can lead to accelerated land degradation. This study aims to show the impact of farming practices on agricultural land in the Korhogo department. Regarding the methodology, demographic and cartographic data were collected. For the field surveys, observation, interviews and a questionnaire survey of a sample of 384 heads of households in 87 villages were carried out. The results show that farming practices are increasingly marked by the reduction in the length of fallow periods and the abandonment of resting fields. On average, 82.0% of producers no longer have fallow land. This situation is more pronounced in areas of high and medium degradation. The majority of farmers (87.4%) no longer have agricultural land in reserve. The persistence of slash-and-burn agriculture (56.8%), the booming cashew tree cultivation (73.50% of the associated polyculture) and population growth are all factors that combine to produce or reproduce the lack of reserve land. The removal of vegetation cover linked to the practice of slash-and-burn agriculture exposes the soil to runoff. Thus, more than 85% of farmers are faced with the problem of water erosion making the soil unsuitable for any crop.

Key words : Korhogo, degradation, cashew tree, land clearing-burning, water erosion

Mots-clés : Korhogo, dégradation, anacardier, défriche-brûlis, érosion hydrique

 

Introduction

Plus de 80% des pays du Tiers-Monde tirent l'essentiel de leur produit de la terre (A. BELHEDI 2010, p .42). En Afrique, 70 % des populations rurales démunies pratiquent l’agriculture et l’élevage (FARA, 2014, p.23). En Côte d’Ivoire, 70% des productions agricoles sont assurés par les exploitations familiales et 90% des productions vivrières proviennent de ces exploitations (MINAGRI, 2014, p.3). Le domaine rural est le siège des activités économiques dont l’agriculture occupe le premier plan. Toutefois, ces activités rurales sont potentiellement des instruments capables de transformer les espaces naturels. Elles peuvent, si on en fait un usage irrationnel, menacer la survie même des écosystèmes (C. HAUHOUOT (2004, p.69, 2008, p.37). Dans la partie nord du pays, la végétation naturelle a subi une transformation et l’espace est en proie à de nombreux problèmes environnementaux d’origines anthropiques comme les feux de brousse, l’agriculture extensive et itinérante, la transhumance des animaux, les feux de repousse mis par les bergers, les conflits agriculteurs/éleveurs et l’appauvrissement des sols (Ministère d’Etat, Ministère de l’Environnement, 2005, p.45). Le département de Korhogo n’est pas épargné par cette modification des espaces ruraux. La richesse départementale de Korhogo est générée par l’agriculture (ICEF/ENSEA-IRD, 1999, p.63) mais elle s’est accompagnée d’une déforestation à grande échelle. Dans la « Zone dense », du département toutes les terres sont mises en valeur et les espaces vides se raréfient. La pression sur la terre est si forte que les nouvelles générations de paysans sont dans l'obligation de migrer. L'érosion des sols est de plus en plus fréquente, l'utilisation de la jachère n'étant pratiquement plus possible (LE GUEN T., 2004, pp.12-13). Tous ces constats invitent à réfléchir sur le lien qui existe entre les activités agricoles et la dégradation de l’environnement. Cet article a pour objectif de montrer l’impact des activités agricoles sur les terres agricoles.

Carte n°1 : La localisation des principaux villages enquêtés dans la zone d’étude

1-Outils et méthodes

1.1.Zone d’étude

Le département de Korhogo (figure 1) comprend actuellement 16 sous-préfectures avec une superficie de 6928,17 km2. Le climat est de type tropical soudano-guinéen, marqué par deux grandes saisons : (a) une pluvieuse de mai à octobre, (b) une sèche, de novembre à avril. Les totaux pluviométriques moyens mensuels de Korhogo sur la période 2012-2016 présente une moyenne annuelle de 1212,42 mm de pluie par an, répartie sur une moyenne de 72 jours dans l’année (SODEXAM, 2016/2017). En 2014, la densité moyenne de la population du département était la plus importante du nord ivoirien. Elle représentait 76,5 habitants/km2 et se trouvait donc bien au-dessus de la moyenne nationale (70,3 habitants/km²). La charge démographique s’exerçait principalement sur les sous-préfectures de la « zone dense » soit : Korhogo (240 hab/km²), Karakoro (73hab/km²), Sinématiali (81 hab/km²), Komborodougou (68 hab/km²), Tioroniaradougou (74 hab/km²). Ladite zone serait passée de 30 km de rayon autour de Korhogo (TROUCHAUD J.P., 1968, p.30) à 35 Km (SIB O., 2018, p.62).

1.2.Echantillonnage et collecte des données

L’enquête par questionnaire a été menée auprès de 384 chefs de ménages agricoles dans 87 villages. Ne pouvant pas réaliser une enquête exhaustive à l’échelle du département, un échantillonnage de personnes a été nécessaire. La détermination de l’échantillon représentatif des chefs de ménages a nécessité le recours aux données de la répartition des ménages du département de Korhogo par sous-préfecture et branche d'activité selon le sexe du chef (INS- RGPH, 2014). Pour avoir la taille de notre échantillon, nous avons appliqué la formule suivante d’EL MARHOUM Adil (1999) : n= (Z^2 (PQ)N)/[e^2 (N-1)+Z^(2 ) (PQ)]

Le choix des chefs de ménage enquêtés a reposé sur un certain nombre de critères spécifiques susceptibles d’avantager la vérification des hypothèses de l’étude : expérience professionnelle, les cultures principales pratiquées, la possession d’un cheptel bovin, le sexe. L’enquête a été menée dans 87 villages. La sélection des villages d’enquêtés a tenu compte d’un certain nombre de critères particulièrement intéressants pour cette étude sur l’impact des activités humaines sur l’environnement : les principales cultures pratiquées, la forte densité de la population humaine, la présence de cheptel bovin, les zones d’arrivée massive des migrants en quête de terres.

Cette étude s’appuie sur deux techniques de collecte de données : la recherche documentaire et les enquêtes de terrain (une observation, des entretiens et une enquête par questionnaire) précédées par une enquête exploratoire. Pendant la recherche documentaire, nous avons eu recours à des données démographiques et cartographiques qui proviennent de l’Institut National de la Statistiques (INS-2014). Les données de pluviométrie proviennent de la Société de Développement et d’Exploitation Aéroportuaire, aéronautique et Météorologique (SODEXAM, 2012-2016).

La phase exploratoire a eu pour objectif de recueillir des informations sur les différents niveaux de la dégradation des terres agropastorales. Cette collecte d'informations initiale et recherche préliminaire a permis de diviser l’espace d’étude en trois (03) niveaux de dégradation qui sont établis sur les critères suivants : la pratique de l’agriculture sur brûlis (A) ; l’abandon de la pratique de la jachère (B) ; l’utilisation des engrais organiques (C) ; manque de terres ou saturation foncière (D). La densité de la population (E) a été également prise en compte dans les critères de découpage de la zone d’étude selon les niveaux de dégradation. Le choix de ces critères repose sur le fait qu’ils aident à estimer le niveau de pression sur les espaces et démontrer les liens entre les pratiques agricoles et la dégradation des terres mis en cultures. Pour déterminer les niveaux de dégradation, une côte allant de 2 à 6 a été attribuée, en fonction de l’importance de chaque critère. Les différents indices calculés à l’échelle du département ont permis de qualifier chaque sous-préfecture de « fortement dégradée » ou « moyennement dégradée » ou « faiblement dégradée ». La fragmentation de la zone d’étude selon les niveaux de la dégradation a pour souci de mieux comprendre les motifs de l’irrégularité du niveau de dégradation des terres agricoles. Le tableau n°1 présente la répartition des populations enquêtées selon les sous-préfectures, et en fonction du niveau de dégradation des terres agropastorales.

Tableau 1: Répartition des chefs de ménages agricoles enquêtés selon les sous-préfectures, et en fonction du niveau de dégradation des terres agropastorales

1.3.Analyse des données

Les informations recueillies à travers la recherche documentaire et les enquêtes de terrain ont subi un dépouillement manuel et informatique. Le masque de saisie a été élaboré avec le logiciel sphinx 5. Le sphinx est un outil de traitement de données qualitatives et quantitatives. Les illustrations graphiques ont été obtenues à l’aide du logiciel Excel. Les logiciels Arc GIS et Adobe Illustrator ont été utilisés pour l'élaboration des cartes.

2.Résultats

Les résultats des enquêtes menées auprès des exploitations agricoles familiales à Korhogo ont permis de montrer d’une part les pratiques agricoles des ménages et d’autre part la dégradation des terres agricoles afférentes à ces pratiques.

2.1.Les pratiques culturales

La connaissance des différentes pratiques culturales agricoles peut aider à focaliser les problèmes induits par la mise en valeur agricole des terres. Les pratiques soulignées dans cette étude concernent notamment l’agriculture itinérante sur brûlis, le développement de la culture de l’anacarde, la disparition des jachères et la surexploitation des terres de cultures.

2.1.1.L’agriculture itinérante sur brûlis

La culture sur brûlis est une technique agricole utilisant le feu comme moyen de création du champ. Cette technique est particulièrement utilisée comme moyen de défrichement. Elle élimine les plantes non souhaitées, à l'exception de ceux considérés comme utiles. Les outils utilisés sont la hache, la machette et la pioche.

De façon générale, la pratique de la culture sur brûlis est inhérente à toutes les sous-préfectures. Dans la zone de dégradation faible, la plupart des exploitants pratique la défriche-brûlis : Kanoroba (81,8%), Kiémou (67 ,9%), Nafoun (83,3%), Sirasso (58,8%). Cette zone est caractérisée par des densités humaines qui sont généralement faibles. On y rencontre de longues jachères et les populations ressentent relativement moins la pression foncière. La zone de dégradation faible regroupe les sous-préfectures de Kanoroba, Kiémou, Nafoun, Sirasso. La forte disponibilité de longues jachères et leur défrichement intense en zone faiblement dégradée pourraient expliquer la pratique de l’agriculture sur défriche-brûlis.

Dans les zones de dégradation forte et moyenne, en revanche, la forte présence des troupeaux et la pratique de la vaine pâture conduisent plus de la moitié des agriculteurs à ne plus s’adonner à la pratique du brûlis. Ces zones sont définies ainsi dans la mesure où elles sont fortement et moyennement soumises aux actions anthropiques qui entraînent la dégradation des terres agricoles. Elles sont marquées de façon importante par l’enlèvement du couvert végétal, la surexploitation et l’appauvrissement des sols. Dans ces zones, on relève également une densité humaine influente qui est à l’origine du manque de terres de culture (saturation foncière). La zone de dégradation forte regroupe les sous-préfectures de Korhogo, Lataha, Karakoro, Sohouo. Elle est parfois appelée « zone dense » et est de plus en plus vaste. Cette moyenne dégradation rassemble les sous-préfectures de Dassoungboho, Komborodougou, Tioroniaradougou, Napieleodougou, Koni, Nganon qui sont sous l’attraction de la « zone dense ».

Dans certaines zones de dégradation forte et moyenne, moins de la moitié des exploitants pratique la défriche-brûlis. Les sous-préfectures de Korhogo (55,6%), Dassoungboho (30%), Kombolokoura (20%), Napieleodoudou (41,4%), Niofoin (48,4%), Tioroniaradougou (20%) sont concernés par cette situation. Mais, dans d’autres sous-préfectures des zones de forte et moyenne dégradation, les proportions des agriculteurs sont plus importantes : Karakoro (67,9%), Komborodougou (57,1%), Sohouo (85,7%), Koni (78,6%) et Lataha (74,3%). Les agriculteurs de ces sous-préfectures procèdent à la coupe, au ramassage et à l’entassement des résidus de cultures le brûlage. Cette précaution sert à contenir les feux de brousse qui constituent un danger pour la culture de l’anacardier présentement en plein essor (carte n°2).

Carte n°2 : Volume des exploitations agricoles selon l’importance de la pratique de l’agriculture sur défriche- brûlis dans les sous-préfectures du département de Korhogo

2.1.2.Le développement de la polyculture associée avec l’anacarde

La polyculture est le fait de cultiver plusieurs espèces de plantes dans une même exploitation agricole. La grande partie des agriculteurs (73,50%) cultivent l’anacarde en association avec d’autres plantes. Par ailleurs, 22,80% et 12,60% des exploitants réalisent des systèmes de cultures (mixtes, intercalaires et successives) portant respectivement sur le maïs et l’arachide.

« Les cultures mixtes sont celles où plus d’une culture sont pratiquées de manière non systématique sur une parcelle ou un champ. On parle de cultures successives lorsque les cultures temporaires (cultures ayant un cycle de végétation inférieur à un an) sont plantées plus d’une fois sur la même terre au cours d’une campagne agricole. Dans le cas où une culture temporaire est-elle plantée entre les rangs d’une autre culture (par exemple sorgho et arachide entre des rangées de maïs) on parle alors de cultures intercalaires » (Programme Mondial du Recensement de l’Agriculture 2010 de la FAO, 2007c, p.179-180).

Bien que moins importantes, certaines plantes sont aussi cultivées en association : Arachide- haricot (2%) ; mangue-anacarde (2%) ; coton-maïs (1,5%) ; arachide-sorgho (1%) ; igname-

maïs (0,5%) ; mangue-arachide (0,5) ; maïs-tomate (0,5%) ; anacarde-hévéa (0,5%) ; anacarde- haricot (0,5%). Ces résultats sont présentés dans le tableau n°2 ci-dessous.

Tableau 2: Répartition des types de cultures associées dans le département de Korhogo, en fonction du sexe des chefs de ménages

Type cultures associées

Femmes

Hommes

TOTAL

Anacarde+coton

0,0%

24,6%

22,8%

Anacarde +arachide

7,1%

23,0%

21,8%

Anacarde+mais

7,1%

18,0%

17,3%

Mais+riz pluvial

7,1%

10,9%

10,7%

Mais+Arachide

42,9%

7,1%

9,6%

Anacarde+riz pluvial

0,0%

9,3%

8,6%

Arachide+haricot

28,6%

0,0%

2,0%

Mangue+anacarde

0,0%

2,2%

2,0%

Coton+mais

0,0%

1,6%

1,5%

Arachide+sorgho

7,1%

0,5%

1,0%

Igname+mais

0,0%

0,5%

0,5%

Mangue+arachide

0,0%

0,5%

0,5%

Mais+tomate

0,0%

0,5%

0,5%

Anacarde+hévea

0,0%

0,5%

0,5%

Anacarde+haricot

0,0%

0,5%

0,5%

TOTAL

100%

100%

100%

Source : Nos enquêtes de terrain, Décembre 2016/Août 2017

Les femmes s’attachent surtout à la polyculture vivrière où l’arachide occupe une place imprenable. Le système de culture Mais+Arachide est de 42,9% et celui de l’Arachide+haricot équivaut à 28,6%. Chez les hommes, la polyculture avec l’anacarde représente 78,10% dont 61,90% principalement en association avec le coton (22,8%), l’arachide (21,8%) et le maïs (17,3%). Les photos n°1 et n°2 montrent des cultures en association avec l’anacarde.

2.1.3.La monoculture : le développement de l’anacarde et le maintien des cultures vivrières et cotonnières

La monoculture est une pratique agricole qui repose sur une seule espèce végétale. Les cultures pratiquées en monoculture sont en général le maïs (19,3%), l’arachide (17,0%), le riz pluvial (16,8%), l’anacarde (15,9%) le coton (15,5%) et le riz de bas fond (8,5%). Elles représentent dans l’ensemble 84,5% de la proportion des cultures.

La culture du riz de bas-fond est traditionnellement une activité féminine (26,4%). Il en est de même pour l’arachide (34,7%). Celle de l’igname constitue une activité masculine ; réalisable sur la terre fertile et la jachère de longue durée, en particulier. En outre, les hommes s’adonnent aux autres cultures avec une préférence marquée pour certaines telles que le maïs (19,1%), le riz pluvial (17,3%), l’anacarde (16,5%), l’arachide (16,2%), le coton (16,1%). Ces résultats sont présentés dans le tableau n°3.

Tableau n° 3: Proportion des types de 6 cultures en monoculture dans le département de Korhogo, en fonction du sexe des chefs de ménages

Cultures pures

Femmes

Hommes

TOTAL

Mais

23,6%

19,1%

19,3%

Arachide

34,7%

16,2%

17,0%

Riz pluvial

5,6%

17,3%

16,8%

Anacarde

4,2%

16,5%

15,9%

Coton

2,8%

16,1%

15,5%

Riz de bas fond

26,4%

7,6%

8,5%

Igname

-

3,7%

3,5%

Autres cultures

2,8%

3,5%

3,4%

TOTAL

100%

100%

100%

Source : Nos enquêtes de terrain Décembre 2016/Août 2017

2.1.4.La raréfaction et le raccourcissement de la durée des jachères

Globalement, 18% des agriculteurs pratiquent un système cultural incluant une période de jachère. Dans le détail, 13,8% de répondants disposent de jachères depuis 1 à 10 ans et 4,2% ont des parcelles mises en jachère il y a plus de 10 à 25 ans.

Les observations et évaluations faites à travers les enquêtes permettent de voir la diminution de la durée des jachères et le délaissement de la mise en repos des champs. En moyenne, 82,0% des producteurs n’ont laissé aucun champ en jachère. Cette fréquence est plus accrue dans les sous-préfectures des zones de dégradation forte et moyenne. Dans ces zones, presque tous les agriculteurs ont abandonné la pratique de la jachère : Dassoungboho (100%), Komborodougou (100%), Koni (85,7%), Korhogo (86,4%), Lataha (91,4%), Napieleodougou (96,6%), Sohouo (81,0%) et Tioroniaradougou (100%), Karakoro (75%). Dans les sous-préfectures de la zone de dégradation faible, ces taux sont moins élevés ce qui signifie que les agriculteurs y pratiquent relativement plus la jachère : Kanoroba (75%), Kiemou (78,6%), Kombolokoura (60%), Nafoun (66,7%), Niofoin (58,1%), Sirasso (73,5%) Carte n°3.

Carte n°3 : Taille des ménages agricoles selon la durée de la mise en jachère des parcelles dans les sous- préfectures du département de Korhogo

L’allongement de la durée d’occupation des sols

Dans la zone d’étude, 65,9% des agriculteurs ne créent plus de nouveaux champs à cause du manque de terres de réserve. La plupart des agriculteurs travaille chaque année sur les mêmes sols qui se retrouvent dans des conditions de surexploitation favorisant leur dégradation et leur appauvrissement. Près de 24% des agriculteurs occupent des terres travaillées sans interruption depuis plus de 30 ans soit l’équivalent d’une génération. Cette situation est observable dans plusieurs sous-préfectures de la « zone dense » : Karakoro (32,1%), Komborodougou (35,7%), Korhogo (38,3%), Lataha (37,1%), Sohouo (23,8%), Tioroniaradougou (25,0%). Dans les zones faiblement dégradées la situation est mitigée. Certains agriculteurs exploitent les terres de moins de 15 ans tels que Kombolokoura, Nionfoin, Sirasso. D’autres exploitants, par contre, mettent les terres en valeur depuis plusieurs décennies (20 à 30 ans) à l’exemple de Kanoroba (22,7%), Kiémou (7,1%), Nafoun (50%) ; carte n°4.

Carte n°4 : Taille des ménages agricoles selon la durée d’exploitation des parcelles de culture dans les sous- préfectures du département de Korhogo

La dégradation des terres agricoles liée aux pratiques agricoles

Les terres agricoles sont des terres arables qui font l'objet de récoltes permanentes ou de pâturages permanents. La dégradation de ces terres est essentiellement due aux actions de l'homme. Dans le cadre de cette étude l’accent est mis sur l’enlèvement du couvert végétal et l’érosion hydrique des sols dans les exploitations agricoles familiales.

2.1.5.La dégradation du couvert végétal

Dans la zone de dégradation faible (Kanoroba, Kiémou, Nafoun, Sirasso), la plupart des exploitants pratique la défriche-brûlis. Dans cette opération, les arbres de petits diamètres ou tous les arbres sont abattus, à l'exception de ceux considérés comme utiles. La première année du brûlis, quelques arbres sont souvent dessouchés et une grande partie de la surface défrichée est encombrée par les souches et les arbres utiles (photo n°3 et n°4).

2.1.6.Une forte érosion hydrique des sols mis en culture

« L’érosion est un phénomène naturel qui dégrade les sols sous l’action du vent, de la glace et surtout des pluies » (ANTONI V. et al., 2009, p.1). L’érosion hydrique du sol peut être définie comme l’ensemble des processus de déplacement du sol sous l’action de l’eau.

L’érosion hydrique des terres agricoles constitue un problème grave chez la majorité des agriculteurs. Les données du tableau n°4 ci-dessus montrent que, dans la zone d’étude, 85,4% des exploitants sont confrontés au problème d’érosion hydrique.

Tableau 4: répartition des ménages agricoles touchés par le problème l’érosion des sols en fonction du sexe

Femmes

Hommes

TOTAL

Présence d’érosion

Oui

33

89,2%

295

85,0%

328

85,4%

Non

4

10,8%

52

15,0%

56

14,6%

TOTAL

37

100%

347

100%

384

100%

Source : Nos enquêtes de terrain, Décembre 2016/Août 2017

L’érosion hydrique des sols est très marquée dans la plupart des zones fortement et moyennement dégradées : Korhogo (86,4%), Lataha (94,3%), Karakoro (96,4%), Sohouo (81%), Dassoungboho (100%), Komborodougou (100%), Tioroniaradougou (70%), Koni (78,6%), Napieleodougou (79,3%), Nganon (100%). Elle est également élevée dans la zone faiblement dégradée mais à un moindre degré par rapport à la majorité des zones précédentes : Kanoroba (72%), Nafoun (83,3%), Sirasso (76,5%), Kiemou (75%) ; carte n°5.

Carte n°5 : Volume des ménages agricoles selon l’importance de l’érosion hydrique des sols dans les sous- préfectures du département de Korhogo

Les phénomènes physiques de l'érosion sont observables dans les champs des agriculteurs : les ravines, les ravines débutantes, les rigoles, les racines dénudées, billons cassés (photo n°5 et n°6, n°7 et n°8 sur la page suivante).

  • « Une ravine est un canal d’au moins 300 mm de profondeur. Elle constitue un obstacle à la traction animale ou aux machines agricoles. Elle ne peut pas être bouchée par un labour normal » (FAO, 2004, p. 143).

  • « Les ravines débutantes sont des ravines peu profondes tandis que les rigoles sont des entailles peu profondes du relief (de moins de 30 cm de profondeur) qui ont la forme d'une petite ravine» (KUYPERS H. et al., 2004, p.10-11).

  • Le labour en billons constitue une pratique agricole observable dans les localités enquêtées. Toutefois, l’emplacement défectueux des sillons et des billons fait que l'eau se concentre parfois dans certains endroits et casses les billons.

  • Dans certains cas, les racines des arbres sont parfois dénudées (le déchaussement) en raison de l'érosion des sols

3.Discussion

Dans le département de Korhogo, la majorité des exploitations agricoles familiales (73,50%) pratique la polyculture associée avec l’anacarde. La monoculture porte essentiellement sur le maïs, l’arachide, le riz pluvial, l’anacarde, le coton. Ces résultats sont similaires à ceux obtenus par le MINESUDD/PNUD (2013, p.2) dans une étude menée dans plusieurs localités de Korhogo. L’étude montre en effet que, dans la zone de Korhogo, l’agriculture de rente est dominée par la culture de l’anacarde (32%) et du coton (26%), tandis que les spéculations vivrières sont pour l’essentiel le riz (94%), le maïs (85%), l’arachide. Les résultats d’enquêtes ont montré que la plupart des agriculteurs (82%) ne laisse plus de terres en jachère. Environ 14% seulement des agriculteurs disposent de jachères âgées de 1 à 10 ans et plus de 4% ont des jachères de plus de 10 à 25 ans. La majorité des agriculteurs (65,9%) exploite les mêmes sols chaque année dont près de 24% depuis plus de 30 ans. Ces résultats sont identiques à ceux de H.CHARPENTIER et al. (1999, p.7) qui constate qu’en Afrique subsaharienne, la pression sur la terre devient partout plus forte, la durée d'occupation des sols s'allonge, les surfaces et la durée des jachères diminuent.

Dans la zone d’étude, la dégradation des terres agricoles se manifeste visiblement par l’enlèvement du couvert végétal. La tendance globale est que les agriculteurs (56,8%) pratiquent encore la culture sur défriche-brûlis, surtout dans les zones faiblement dégradées où quelques jachères subsistent encore. Ce résultat est attesté par les rapports et études 2016-2018 de l’ESEC (2019, p.154), qui affirme que la dégradation de l’environnement forestier et de sa biodiversité de la Côte d’Ivoire trouve son origine dans plusieurs actions anthropiques parmi lesquelles on trouve l’agriculture sur brûlis.

L’érosion hydrique des terres agricoles constitue un problème chez la majorité des agriculteurs (85,4%). Elle se manifeste sous forme de ravines, de ravines débutantes, de rigoles, de racines dénudées et de billons cassés. Ces observations concordent avec celle d’une étude menée par la SEDES (1965a, p.35) sur la région de Korhogo. Cette étude a conclu que l'érosion hydrique revêt généralement trois formes qui sont l'érosion par plaques ou en nappe, l'érosion en rigole et l'érosion par ravinement. De même, en parcourant les zones cultivées du village de Booro- Borotou, au nord-ouest de la Côte d'Ivoire, M. CAMARA (1989, p.41) observe des rigoles d'érosion impropres à toute culture.

Conclusion

Les activités agricoles continuent de poser de plus en plus de défis à la gestion durable des terres en raison de l’extension des surfaces de l’anacarde, de la croissance démographique, de la modification du système traditionnel de l’agriculture itinérante sur brûlis. Cette étude a permis de montrer les différentes formes de la dégradation des espaces de production agricole dans le département de Korhogo. Plus de 85% des exploitants sont confrontés au problème d’érosion hydrique qui se manifeste sous forme de ravines, de rigoles, de dénudement de racines, de billons cassés suite à la disparition du couvert végétal causée par la pratique du défriche-brûlis. Dans cette perspective, une recherche est nécessaire afin d’enquêter sur les pratiques courantes utilisées par les agriculteurs pour lutter contre l’érosion des sols dans le souci de la durabilité de leur activité.

Références bibliographiques

ANTONI Véronique et DARBOUX Frédéric 2009: L'érosion des sols, 7p.

Disponible sur http://alimentation-sante.org/wp-content/uploads/2012/08/Lerosion-des- sols.pdf. Consulté le 03/01/2020

BELHEDI Amor 2010 : Epistémologie de la géographie, Déchiffrer l’espace. Université de Tunis, Faculté des Sciences Humaines & Sociales, Département de Géographie. 257p

CAMARA Maméri. 1989: Les systèmes de culture et leurs influences sur quelques propriétés physiques et hydrodynamiques du sol : cas de Booro-Borotou (région de Touba, Nord-Ouest de la Côte d'Ivoire). Thèse de 3ème cycle, Université d'Abidjan, 165 p.

CHARPENTIER Hubert, DOUMBIA Salif, COULIBALY Z, ZANA O 1999 : Dossier Côte

d'Ivoire. Fixation de l'agriculture au Nord et au centre de la Côte d’Ivoire : quels nouveaux systèmes de culture ? Agriculture et développement, no 21, p. 4-71.

ICEF/ENSEA-IRD 1999: L’économie locale de Korhogo et de son arrière-pays. Etude financée par la Commission Européenne dans le cadre du Programme de Relance des Economies Locales en Afrique de l’Ouest (ECOLOC) engagé par l’OCDE-Club du Sahel et le PDM. Volume 1 : Rapport général, 293 p.

FARA 2014 : Agenda scientifique pour l’agriculture en Afrique (S3A) : « La science qui établit des liens » pour la transformation de l’agriculture en Afrique. Forum pour la recherche agricole en Afrique (FARA), Accra, Ghana, 95p

HAUHOUOT Célestin 2004 : Les pressions anthropiques sur les milieux naturels du sud-est ivoirien, in Geo-Eco-Trop, Numéro 28, Tome 1-2, pp. 69-82

LE GUEN Tanguy 2004 : « Le développement agricole et pastoral du Nord de la Côte-d’Ivoire

: problèmes de coexistence », Les Cahiers d’Outre-Mer [En ligne], 226-227 | Avril-Septembre 2004, mis en ligne le 13 février 2008, consulté le 13 février 2014. URL : http://com.revues.org/563 ; DOI : 10.4000/com.563.

MINAGRI 2014 : 34eme journée mondiale de l’alimentation thème « les agriculteurs familiaux : nourrir le monde, préserver la planète », discours de monsieur le ministre le 18 octobre 2014, à Korhogo ; 9p

MINESUDD (Ministère de l’Environnement, de la Salubrité Urbaine et du Développement Durable) / PNUD 2013 : Etude de Vulnérabilité du Secteur Agricole face aux Changements Climatiques en Côte d’Ivoire. Rapport Final. République de Côte d’ivoire, 105p

Ministère d’Etat, Ministère de l’Environnement 2005 : Mise en œuvre de la Convention des Nations Unies de Lutte Contre la Désertification (UNCCD). 3ème Rapport national, République de Côte d’Ivoire, 48p

SEDES 1965 : Région de Korhogo, Étude de développement socio-économique. République de Côte-d’Ivoire, Ministère des Finances, des Affaires économiques et du Plan, vol. 2 : Rapport sociologique, Paris ,101 p.

TROUCHAUD Jean-Pierre 1968 : Essaie de division régionale en Côte d’Ivoire, ORSTOM, 152p

Auteur(s)


1Doctorant,Institut de Géographie Tropicale / Université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan-Cocody,song_silway@yahoo.fr

2Professeur Titulaire,Institut de Géographie Tropicale / Université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan-Cocody,anohpaul@yahoo.fr

 

Droit d'auteur


EDUCI