Anthropisation

regards

Analyse diachronique de la croissance urbaine de la ville de Parakou au moyen du système d’information géographique (SIG) au Nord-Bénin

1N’guessan alphonse N’LA, 2Séka Fernand AYENON, 3Kouassi Paul ANOH

Resumé :


La dégradation de l’espace littoral en Côte d’Ivoire est un phénomène généralement marqué par l’accroissement de la population et la pression sur les ressources foncières. Cette dégradation est généralement accentuée par les différentes pratiques anthropiques des populations. Ce travail vise à décrire et à analyser les impacts des activités anthropiques sur le littoral d’Assinie.
Pour mener à bien cette étude, nous avons opté pour une approche méthodologique. Cette approche se fonde sur la recherche bibliographique et des enquêtes réalisées auprès de la population locale et des acteurs économiques de l’espace littoral d’Assinie. Les résultats montrent que l’espace littoral se reconfigure avec la disparition des couverts végétaux au profit des aménagements fonciers et touristiques. Elles sont plus visibles dans la zone et présentent des conséquences socio-économiques, morphologiques et environnementales. Ces multiples impacts spatiaux, constituent des préoccupations pour les acteurs économiques, locaux et gouvernementaux. Pour y remédier, les autorités communales et villageoises d’Assinie ont mis en place des techniques de gestion durable de cet espace côtier.
Mots-clés : Assinie, activités anthropiques, dégradation du littoral.

 

Introduction

Situé à l’Est du littoral ivoirien dans la région du Sud Comoé, le littoral d’Assinie connaît une importante dégradation de son environnement côtier depuis l’érection de cette localité en zone touristique en 1970 (A. C. Hauhouot, 2010, p.315).

La dynamique spatiale du littoral a entrainé de vaste mouvement migratoire de population et a contribué à l’implantation des activités économiques et touristiques. Ainsi, la surcharge de cette zone côtière est de plus en plus évidente et son exploitation devient un enjeu stratégique de développement économique. Cependant, loin d’être entièrement profitable à la zone, les pratiques des activités anthropiques provoquent la dégradation de cet espace fragile. Par ailleurs, la concentration des activités économiques et les aménagements fonciers réalisés sur le littoral accentuent la fragilité du littoral et provoquent des facteurs déclencheurs de la dérive littorale (A. C. Hauhouot, 2008, p.45). Ainsi, l’érosion du littoral engendre la destruction des infrastructures économiques telles que les restaurants, les plages, les hôtels etc. d’une part et la pollution des eaux et du cadre de vie d’autre part. Au regard de ces constats, il se pose un sérieux problème dû aux aménagements non maitrisés aux effets induits qui impactent fortement cet environnement sensible et précieux dans l’équilibre de cet écosystème littoral.

Dès lors, l’on s’interroge de savoir comment mettre en adéquation les nombreuses activités anthropiques qui façonnent l’espace côtier d’Assinie et le maintien de l’équilibre de la zone ? Pour répondre à cette interrogation, l’étude se propose d’analyser les impacts de la dégradation des activités anthropiques sur le littoral d’Assinie.

1.Méthodologie

La réalisation de cette étude est basée sur une collecte de données à partir de la recherche documentaire et bibliographie ainsi que des enquêtes de terrain. Concernant la première phase, les ouvrages permettent de situer ce travail par rapport aux recherches scientifiques déjà existantes et d’apporter une clarification du problème dégagé qu’est l’impact de la dégradation des activités anthropiques sur le littoral d’Assinie. Ces différents travaux ont joué un rôle indéniable à la compréhension des éléments qui interviennent dans la dégradation de cette zone à travers les impacts des activités anthropiques.

La collecte des données sur le terrain a été rendue possible à partir de l’observation directe, d’interview et de l’enquête de terrain. L’observation directe a permis de constater les nombreux aménagements touristiques sur le front de mer et la forte pression foncière due à la poussée des habitats dans la zone d’Assinie. L’interview a été menée auprès des acteurs socio-économiques, de la population et des autorités coutumières, administratives et politiques. Cette démarche a permis de collecter des informations quantitatives et qualitatives dans le but de connaitre le flot d’acteurs économiques qui s’installent dans la zones, le mode d’acquisition des terrains à Assinie et le mode de gestion de l’espace côtier. L’enquête de terrain a consisté à formuler un questionnaire autour des points suivants : l’impact des activités anthropiques, les activités économiques et la dégradation du littoral d’Assinie. Dans le cadre de notre étude, nous avons retenu trois quartiers d’Assinie. A savoir : Assinie-Mafia, Assinie-France et Assinie Sagbadou dans lesquels nos enquêtes de terrain ont été effectuées. Le choix de ces espaces présente trois critères caractérisés par sa population, son aménagement et son développement économique. Ces quartiers renferment des espaces favorables à l’implantation des activités anthropiques réalisées (carte 1).

Carte 1 : Implantation d’activités touristiques sur le littoral d’Assinie

La population cible est constituée uniquement des acteurs actifs qui pratiquent ou gèrent des activités économiques. Elle est composée de pêcheurs, de planteurs, de commerçants et de touristes etc. sur la base du nombre d’acteurs économiques identifiés et récencés par quartiers, nous avons utilisé un taux de sondage de 10% du recensement du RGPH, 2014 de l’INS. L’echantillon déterminé est de 194 acteurs repartis suivant le tableau 1.

Tableau 1 : Nombre d’acteurs actifs enquêtés par quartier d’Assinie

Quartiers

Population RGPH 2014

Nombre de ménages

Effectifs de l’échantillon

Effectifs des acteurs actifs

Assinie-Mafia

4279

1125

1938 X 10/100

113

Assinie-France

2544

624

62

Assinie-Sagbadou

1085

189

19

Total

7908

1938

194

194

Source : RGPH, 2014

La répartition des acteurs actifs par quartier s’est faite sur la base des pratiques ordinaires des populations et des activités anthropiques.

Cette méthode adoptée, nous a conduits à des résultats présentés dans la partie suivante.

2. Les résultats

Les résultats de ce travail se distinguent en trois parties : la présentation des activités anthropiques d’Assinie, ensuite, l’impact des activités anthropiques et enfin, les solutions préconisées pour une gestion durable du littoral d’Assinie.

2-1. Les facteurs de la dégradation de l’espace côtier d’Assinie

2-1-1. Une poussée démographique et urbanistique, source de colonisation de l’espace d’Assinie

Les dynamiques spatiales sont l’œuvre de nombreuses implantations humaines. dans ledit espace. Cet essor demographique a entraîné la destruction des couverts végétaux et a favorisé d’énormes transformations spatiales (tableau 2).

Tableau 2 : Situation générale de l’occupation du sol

Sup. (ha)1986

Sup. (ha)2016

Bilan

TAG (%)

Espaces humanisés

3290,26

3122,21

168,05

-3,29%

Espaces naturels

1826,14

1994,19

-168,05

3,29%

Total

5116,4

5116,4

-

-

Source : Données d’image Landsat 1986 et 2016

De cette distinction spatiale, il ressort une forte exploitation des terres cultivables marquées par la réduction des forêts et des mangroves au profit des cultures pérennes comme les cocoteraies. Cette exploitation a conduit à une importante dynamique spatiale de la période allant de 1986 à 2016. Cette pression sur les reserves foncières au profit de l’urbanisation entraine une régression de la superficie de la couverture végétale, soit environ 168 ha à la même période. Toutefois, en 2016, les espaces humanisés ont legèrement chuté passant de 64,31 % en 1986 à 61,02 % en 2016 soit une baisse avec un Taux d’Accroisement Global (TAG) de 3,29% en 30 ans tandis que les espaces naturels ont connu une legère hausse d’exploitation de 35,69 % en 1986 à 38,98 % en 2016. Le TAG de l’occupation du sol à Assinie reste constant, soit un taux de 3,29 %. Mais ce taux connaît une variabilité spatiale. Cependant, l’humanisation de l’espace littoral d’Assinie reste très élévée par rapport à l’espace naturel et se distingue respectivement par un taux d’environ 29% en 1986 contre un taux de plus de 22 % en 2016. Cette anthropisation de l’espace contribue à la disparition d’importante couverture forestière (carte 2).

Carte 2 : Dynamique des espaces naturels à Assinie entre 1986 et 2016

Elle a permis le changement d’affectation des sols et occasionné des aménagements tels que la valorisation des habitats dans l’espace d’Assinie (planche 1).

Planche 1 : Colonisation de l’espace se traduisant par la dynamique de l’urbanisation

2-1-2 la vulnérabilité des sites touristiques balnéaires face à l’érosion côtière

L’usage des fronts maritimes et lagunaires a permis le développement d’une nouvelle aire économique (le tourisme), renforcée par des richesses agronomiques sur des sables quaternaires du littoral. Le développement de l’activité touristique demeure une préoccupation pour l’Etat malgré les nombreux aléas climatiques constatés sur le littoral. Les autorités ivoiriennes ont investi environ 15 milliards 468 millions de FCFA dans les réceptifs hôteliers (J. Dienot, 1981, p.). Le site touristique d’Assinie est très remarquable et son accès est assuré par voie lagunaire au moyen de pirogue, de pinasse, d’hors-bord ou d’autres engins flottants tels que les scooters de mers etc. Ce site remarquablement constitué, connait de réelles menaces d’érosion côtière due à l’aménagement du canal de vridi. Les aléas climatiques provoquent la vulnérabilité de la zone côtière et réduisent le niveau d’investissement des opérateurs économiques et des activités touristiques. A cette cause naturelle s’ajoute l’exploitation clandestine d’extraction de sable qui a pour inconvénient majeur d’aggraver l’instabilité du trait de côte. Ainsi, la plage d’Assinie- Mafia est menacée de disparition. Elle subit des effets de l’érosion et d’inondation très fréquente avec l’avancée de la mer. Les activités économiques et touristiques situées entre le front maritime-lagunaire sont menacées par l’avancée de l’embouchure (photo 1).

Photo 1 : Erosion de la plage d’Assinie entre mer et lagune sous l’emprise de l'embouchure affectant les activités touristiques

2-1-3. De nombreuses autres activités aux conséquences non moins négligeables sur l’espace

L’intensité de l’activité touristique dans le secteur d’Assinie a permis le développement de plusieurs autres activités comme le transport, la pêche et le commerce.

Le secteur du transport englobe les plans d’eau lagunaire et les voies routières. Le premier type utilise des engins comme les pinasses, les hors bords et des bateaux de plaisance qui font le trafic. Le transport lagunaire est très développé dans ce secteur en raison de l’enclavement de certaines localités. Ainsi, l’aisance de la mobilité des personnes et des biens dans la zone occasionne l’utilisation des engins à moteur (pinasses, tines ou hors-bord) pour atteindre des contrées souvent reculées avec des pistes en de piteux états.

Quant au trafic routier, il s’organise autour de la gare d’Assinie Mafia en direction d’autre localité soit de Bonoua, à Abidjan. Les véhicules communément appelés des minicars gbakas, des taxis woro-woro, des véhicules Renault R12 et autres types de véhicules desservent plusieurs localités de la région. Les trafics les plus denses se pratiquent sur la voie terrestre reliant Assinie-mafia aux villes telles qu’Abidjan, Grand-Bassam, Bonoua et Assouandé.

Le transport en général et en particulier celui sur les plans d’eau revêt quelques inquiétudes environnementales en raison du rejet permanent de résidus de carburant provenant des moteurs des engins. En effet, l’introduction du carburant dans les cours d’eau lagunaire dégrade la qualité de l’eau, des plages et impacte l’activité de pêche. Cette activité est très dynamique et dominée par la communauté ghanéenne. Mais son intensité réduit la capacité de reproduction des ressources halieutiques en ce sens que l’usage de matériels de pêche reste inadapté souvent à la norme conventionnelle. Ainsi, cette pratique dénote l’existence d’une pêche illicite sur le littoral d’Assinie.

Quant au commerce, son développement à Assinie est essentiellement dominé par les activités de restaurants, des maquis, des bars, des boutiques et des supermarchés, des quincailleries, des commerces de nuits (vente de poisson, de viande de bœuf et de poulets braisée) et de marché. Le caractère particulier de ce commerce est mis en rapport avec le tourisme avec la production de nombreux déchets qui jonche les plages et en bordure des plans d’eau lagunaire sans toutefois occulté la gestion problématique des déchets ménagers dans les villes africaines. En outre, le commerce par extraction de sable génère beaucoup de revenus et se définit comme un secteur prometteur économiquement. Cependant, il contribue au « dé-engraissement » des côtes. Au regard de ces différentes activités exercées à Assinie, la plupart des activités pratiquées sont situées dans le périmètre des rivages mer-lagune avec la prédominance des activités touristiques (Carte 3).

Carte 3 : Activités économiques à Assinie

La dégradation des milieux littoraux est une conséquence des pressions anthropiques de plus en plus considérables qui s’exercent sur la frange côtière avec des corollaires de conséquences.

2-2 Impacts des activités anthropiques sur le littoral d’Assinie

Le développement des activités anthropiques sur le littoral provoque des déséquilibres environnementaux. Ces activités engendrent des conséquences diverses sur le plan environnemental qui se caractérisent par la modification de la morphologie côtière, la disparition du couvert végétal et la pollution. Sur le plan socio-économique, on distingue la dégradation et l’abandon des secteurs d’activités, la destruction des activités économiques, la naissance des conflits fonciers. Enfin, sur le plan sanitaire, on a la prolifération des maladies environnementale.

2-2-1- Modification de la morphologie spatiale de la côte d’Assinie.

Les mutations naturelles et fréquentes du trait de côte sont perceptibles sur le littoral d’Assinie. Elles sont causées par des changements climatiques qui sont l’apanage des activités anthropiques sur le front marin et lagunaire. Ces actions se manifestent par la destruction des mangroves par la coupure des palétuviers pour l’usage des bois de chauffe, puis de construction d’abris (photo 2).

Photo 2 : Utilisation des palétuviers pour la construction des abris sur les plages

Cette destruction d’arbres contribue à l’évolution des traits de côte. En outre, l’usage du sable du front lagunaire au profit des constructions d’habitations contribue exorbitamment à l’avancée du trait de côte (photo 3).

Photo 3 : Prélèvement de sable et coupure de palétuviers sur le front lagunaire pour les travaux de construction

 

Ces catastrophes peuvent également se distinguer de l’érosion, de l’inondation et de l’ensablement. L’érosion persiste sur le littoral et est sous l’emprise de l’action des vagues et de l’embouchure. Cette emprise entraîne le glissement de la côte sableuse.

Cependant, les pratiques anthropiques accentuent les mouvements d’érosion côtière. Ces mouvements varient de 1 à 3 m/an suivant des quartiers. Les prélèvements de sable dans les cours d’eau aggravent l’érosion. Le recul des traits de côte provoque des risques sur les aménagements mise en place sur les fronts lagunaire et marine. Les quartiers d’Assinie mafia et de Sagbadou présentent des risques d’érosion les plus élevées (carte 4).

Carte 4 : Identification des zones d’érosion

Ainsi, toutes les zones d’aménagement touristiques restent en permanence menacées par l’érosion et sont en voie de disparition. Cependant, les résultats des statistiques révèlent que 34% de l’érosion et 29% de l’inondation sont en permanence à Assinie. Dans les activités touristiques, l’érosion est la plus représentée soit 24% tandis que l’inondation est de 11%. En saison pluvieuse, l’inondation est très fréquente dans le déroulement surtout des activités de pêche et d’agriculture. Les statistiques montrent qu’à travers ces deux activités, l’inondation enregistre une constance de 5% (tableau 3).

Tableau 3 : Nature d’activité et problème environnemental

Nature d'activité

Problème environnemental

Erosion (%)

Inondation (%)

pollution

des eaux (%)

pollution

de plage (%)

Déforestation (%)

Ensablement (%)

Dégradation de sol (%)

Activité

touristique

24

11

-

-

-

3

-

Agriculture

3

5

-

-

-

-

-

pêche

5

5

3

3

-

-

-

Autre

3

8

-

-

-

-

-

Total

34

29

3

3

-

-

-

Source : Nos enquêtes 2016

L’élévation du niveau de la mer détruit les activités anthropiques. Durant la saison pluvieuse, l’inondation affecte les rives de moins de 5 mètres et accentue la dégradation et la destruction des activités économiques et touristiques. L’inondation sévit périodiquement dans les quartiers d’Assinie France et de Mafia (carte 5).

Carte 5 : Zones d’inondation à Assinie

Ces quartiers, sous l’emprise de l’embouchure sont potentiellement à haut risque et peuvent connaître la destruction des biens d’équipements touristiques, sociaux et environnementaux. Par ailleurs, la vulnérabilité du littoral est marquée par l’ensablement de la côte due à l’agitation et à la remontée d’eau de la mer. Ce phénomène est de plus en plus représenté en saison pluvieuse. L’abondance de sable et des débris de sédiments transportés constituent un véritable problème environnemental. Ainsi, lors de cette invasion marine, le paysage littoral de la plage d’Assinie Mafia est dénaturé et est menacé de disparition (photo 4).

Photo 4 : Régression de la plage d’Assinie

2-2-2- Dégradation du cadre de vie et de l’environnement

Les activités anthropiques entrainent la dégradation de l’environnement du littoral et du cadre de vie de la population. Les pratiques environnementales de la population, essentiellement constituées d’opération de rejet et d’incinération de déchets solides, polluent des plans d’eau lagunaire et marines. La production des déchets solides enregistre 92% des ordures ménagères et proviennent des activées touristiques ou des ménages. Le mode de traitement des déchets reste faible. En effet, 65% des déchets collectés sont brûlés, soit déversés dans la broussaille ou dans la lagune. La concentration des déchets sur la rive entraine des modifications sur l’écosystème côtier (photo 5)

Photo 5 : Décharge et incinération d’ordures sur la berge lagunaire avec présence d’une latrine sur pilotis

La destruction des mangroves favorise l’appauvrissement des eaux en ressource halieutique. Cette destruction empêche des foyers de reproduction des poissons. Ainsi, la pêche devient difficile. D’où l’usage par la population des produits chimiques, industriels ou sanitaires dans l’activité de pêche. Cette pratique de pêche dégrade l’activité et la santé des consommateurs.

Par ailleurs, l’usage des bois à la consommation des ménages, l’activité de fumage des produits halieutiques et la construction de logement, d’abris des activités touristiques et économiques ont accentué la destruction des mangroves. Ces différentes pratiques des populations ont provoqué des changements climatiques sur le littoral. Ces changements affectent le littoral à travers l’érosion et l’inondation et dégrade l’environnement économique de la ville d’Assinie.

2-2-3- Impact socio-économique

L’impact socio-économique est très visible à Assinie. Il est caractérisé par la dégradation des infrastructures touristiques et économiques qui relèvent du recul important des côtes.

Ces sites essentiellement composés de restaurants, d’hôtels et d’espace de loisir sont abandonnées sous l’emprise de l’érosion et de l’inondation. En outre, les activités économiques ont modifiés l’accessibité des terres. Les pressions foncières ont amené les acteurs économiques à proceder à de nombreuses contestations de terre. Dans le domaine publique maritime , les terrains lotis et vendus sont sujets des conflits. Les populations se reclament de droit la propriété foncière. La planification de l’occupation de sol et de l’aménagement du territoire ont permis le développement rapide de l’urbanisation sur le littoral d’Assinie. Malgré ce développement, des risques de maladies environnementales sont probants.

2-2-4- Risque des maladies environnementales

L’usage des intrants toxiques dans l’activité de pêche infecte les eaux et les ressources halieutiques. Ainsi, des intoxications de poissons et de pollution de l’eau ont contribué à mettre en place une politique de gestion des stocks des ressources halieutiques pour une période par les autorités administratives et villageoises. Cette situation est de plus en plus fréquente à Assinie. Par ailleurs, la recrudescence des maladies microbiennes dégrade la santé de la population. La concentration des germes fécaux contamine la lagune et la rend impropre aux baignades. Les vecteurs de maladies environnementales constatés sont caractérisés par des maladies liées à l’insalubrité, au dépôt anarchique d’ordures ménagères et des eaux usées. Ces maladies hydriques se distinguent du choléra, de la fièvre typhoïde, de la salmonellose, de l’hépatite virale et des maladies dermiques. Elles sont les causes des risques sanitaires et peuvent se localiser dans les quartiers d’Assinie (Carte 8).

Carte 8 : Identification des zones à risque sanitaire à Assinie

2-3- Gestion durable du littoral d’Assinie

L’aménagement des sites à risque et vulnérable constitue des mesures cohésives pour lutter contre la dégradation du littoral d’Assinie. Cet aménagement consiste à reboiser le littoral de plants d’arbre et de cocotier et la construction de digue afin de protéger le littoral des agressions de l’érosion (carte 9). Par ailleurs, la présence des mangroves et leur protection contribue à la reproduction des espèces halieutiques.

Carte 9: Aménagements pour la protection du littoral

La construction d’infrastructures d’assainissement moderne en occurrence, des caniveaux à ciel ouverts est nécessaire pour contrôler les pratiques des populations (N.A. N’la, 2008, p.). Ces infrastructures peuvent contribuer à l’évacuation des eaux usées et pluviales et lutter contre les inondations dans les quartiers. Par ailleurs, la collecte des ordures, malgré les différentes actions de l’ONG Adam, peut être renforcée par des systèmes de collecte moderne très accessible à tous les quartiers et renforcer les voies existantes de bitume pour le service minimum de cette collecte.

La gestion et la lutte contre la dégradation du littoral doivent tenir compte de la participation des acteurs économiques pour assurer la gestion durable dans Assinie. Ces actions passent par l’aménagement des plages avec des murs de soutènement en gabion pour des infrastructures économiques, la construction d’abris de fortune avec des sacs de sables le long de la côte, l’interdiction d’extraction de sable marin, du rejet d’ordure ménagère et des eaux usées dans la lagune et la mer. Puis de l’assainissement du milieu de la pêche à travers la lutte contre l’usage des intrants toxiques et des filets de maille non règlementaires. C’est dans cette perspective que des actions d’alphabétisation ont été menées auprès de 100 femmes d'Assinie et le lancement de l'opération plages propres a été réalisé. Des partenaires pour la création d'une unité de recyclage et d’enlèvement des déchets en vue d’assurer la propriété des quartiers ont offert des matériels de collectes et de ramassage d’ordure à la population d’Assinie (photo 8).

Photo 8 : Matériel d’entretien et de nettoyage offert à la population d’Assinie

Discussion

L’espace littoral d’Assinie est soumis à de nombreuses pressions en raison de l’intensité des activités anthropiques dans la zone. Elle fait face à toute forme d’occupation à cause du développement du tourisme dans le secteur. Les formes d’occupation et d’exploitation des espaces côtiers se sont multipliées au cours des trente dernières années (J. Catanzano &

O. Thebaud, 1995, p. 10). La frange marine de la zone côtière n’échappe pas à cette tendance. Du fait de sa position privilégiée, l’espace côtier a toujours été le siège de nombreuses activités humaines. Les différentes formes d’occupation de l’espace et d’exploitation du milieu par l’Homme créent un jeu complexe d’interactions menant à des conflits entre usagers et à la dégradation de l’environnement (M. Le Tixeran, 2004, p. 17). Cependant, cette valorisation de l’espace entrave la répartition des terres et contribue à rendre l’espace touristique plus vulnérable. Les nombreux aménagements subis par le littoral surtout au niveau de l’ouverture du canal de vridi en amont de la côte assinienne engendrent des impacts considérables et incalculables sur tout le littoral. Ainsi, les vagues détruisent et endommagent des infrastructures touristiques situées à 100 mètres (A. C. Hauhouot, 2008, p.47). Les effets de la mer surtout les vagues et la houle se remarque sur le littoral Est de 360 km depuis Fresco jusqu’au cap des trois points à la frontière du Ghana. La dégradation physique du littoral reste alors visible à travers le recul du trait de côte (A. C. Hauhouot, 2008, p.37). Le phénomène d’érosion et d’inondation qui s’en suivent, touchent les zones de concentration des activités humaines et détruisent les habitats et structures économiques (A. C. Hauhouot, 2008, p.45).

Les autres activités qui se sont développées en la faveur de l’intensité du tourisme comme la forte urbanisation, le commerce et le transport ont leurs corollaires de dégradation de la zone littoral. Les impacts de ces activités anthropiques vont de la reduction du couvert végétal à la production des déchets qui jonchent les plages et les rues du département d’Assinie. Les aménagements faits à cet effet le long des fronts marin et lagunaire pour accueillir le nombre impressionnant de personnes qui viennent Assinie pour des raisons ou pour une autres sont aussi source de pollution. La mise en place des toilettes de pilotis sur les berges des lagunes

provoque en moyenne 109 ùg/l et 132 ùg/l de pollution microbiologique (Livre Blanc, 2003, p.53).

Concernant la pêche qui est une activité ancestrale des peuples lagunaires, elle subit une grosse pression du fait de la surexploitation des eaux lagunaires. A cette situation s’ajoute de pratiques illicites de pêche qui vont à l’utilisation des matériels de prise non conventionnelle à savoir les filets de maille rétrécie et des produits toxique dans la capture des poissons. Ces produits en plus d’être dangereux pour la population halieutique, l’est également pour les consommateurs des produits de la pêche. Ces intrants permettent certe de capturer des poissons mais degradent la santé de la population (C. Y. Koffié-Bikpo, 2008, p.217).

A ces risques d’exposition s’ajoute l’ampleur des maladies environnementales liées à la prolifération des germes de contamination dans la zone. Pour N. A. N’la (2012, p. 26), les maladies environnementales représentent 80% des maladies associées au paludisme. Pour y remédier, la construction d’infrastructures d’assainissement moderne en occurrence, des caniveaux à ciel ouverts est nécessaire pour contrôler les pratiques des populations (N. A. N’la, 2008, p.107).

Conclusion

La dégradation de l’espace littoral est un phénomène d’actualité en Côte d’Ivoire. Elle est un véritable problème environnemental provoqué par des phénomènes naturels et anthropiques suite aux divers aménagements enregistrés sur le littoral. Les activités anthropiques provoquent la dynamique du littoral d’Assinie. Cette dynamique se distingue par des performances économiques, infrastructurelles et des équipements réalisés à Assinie. Mais, celles-ci engendrent des impacts divers au niveau environnemental, socio-économique et sur santé de la population. Elles ont causé sur l’environnement, la destruction des côtes littorales à travers l’érosion, l’inondation et l’ensablement. Ces pratiques affectent également le cadre de vie. La production des déchets solides et leur mode d’évacuation dénature l’environnement. La destruction des mangroves et l’usage des produits phytosanitaires et chimiques dans l’activité de la pêche accentuent cette dégradation. Cette situation se dépend sur les activités socio- économiques. Elle se manifeste par la destruction fréquente des infrastructures touristiques et des habitats. Des conflits fonciers naissent des contestations des populations quant à l’acquisition des terrains pour l’urbanisation sur le littoral. Au niveau sanitaire, des risques de maladies sont très évidentes. La concentration des ordures ménagères et le rejet des eaux usées, la consommation des produits halieutiques intoxiqués et la concentration des germes fécaux provoquent le développement des vecteurs de maladies.

Pour freiner ce phénomène de dégradation de l’espace littoral d’Assinie, des mesures de protection et d’aménagement ont été mises en place. Ces mesures se distinguent par la mise en construction des caniveaux à ciel ouvert, le renforcement des systèmes de collecte d’ordures, le planting d’arbre et de mangrove, la construction d’abris de fortune de soutènement avec des sacs de sables le long de la côte et enfin, l’interdiction d’exploitation du sable marin.

Références bibliographiques

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Auteur(s)


1Doctorant,Institut de Géographie Tropicale / Université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan-Cocody,nlaalphonse@gmail.com

2Maitre-Assistant,Institut de Géographie Tropicale / Université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan-Cocody,ayesek77@gmail.com

3Professeur Titulaire,Institut de Géographie Tropicale / Université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan-Cocody,anohpaul@yahoo.fr

 

Droit d'auteur


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