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L’avancée de la ville et le recul de l’espace agricole dans le périurbain de Daloa (Cote d’Ivoire)

1OURA Kouadio Raphaël, 2N’GUESSAN Kouassi Guillaume, 3KRA Koffi Siméon

Résumé;
Français
English

Située dans le Centre-Ouest de la Côte d’Ivoire, Daloa est une ville qui connait une urbanisation rapide depuis quelques années. Dans cet élan de croissance urbaine, les espaces ruraux périphériques s’intègrent à la ville et les superficies agricoles disparaissent. L’objet de ce présent article est d’analyser l’impact de l’extension de la ville de Daloa sur les activités agricoles dans les espaces ruraux périphériques. Pour ce faire, l’espace d’étude choisie est la périphérie rurale de la ville. Il s’agit notamment des quatre (4) villages situés sur les axes Nord-Sud et Est-Ouest. La collecte des données s’est faite à partir d’une recherche documentaire et d’une enquête de terrain. Pour cette dernière, nous avons eu besoin d’un questionnaire, adressé à un échantillon de 200 individus choisis de façon aléatoire parmi les chefs de ménages. Des entretiens ont également eu lieu avec les responsables en charge de la gestion du foncier rural. Enfin des prises de vue ont été faites à partir d’un appareil photographique. Le traitement des données recueillies sur le terrain s’est fait à partir d’un tableau croisé dynamique sur le logiciel Excel. Les résultats de cette enquête ont montré que l’extension de la ville de Daloa fait disparaître les espaces de cultures au profit des lotissements et de la construction de logement. Plus de 52% des chefs de ménages ont perdu des hectares de terre agricole. Face à cette situation, certaines populations choisissent de délocaliser leurs activités agricoles vers des espaces moins soumis à la pression urbaine quand d’autres, à majorité des jeunes, choisissent la voie de petits métiers ou le petit commerce.

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Mots-clés : Côte d’Ivoire, Daloa, extension urbaine, déprise agricole, reconversion d’activité.

Keywords: Côte d’Ivoire, Daloa, urban extension, agricultural decaying, activity reconversion

Texte intégral

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INTRODUCTION

Poste militaire fondé en 1905 par THOMANN, Daloa est une petite ville qui est bâtie sur les sites de cinq (5) villages Bété que sont Lobia, Tazibouo, Zaora, Gbeuligbeu et Labia (ALLA, 1991). Située en zone forestière dans le Centre-Ouest de la Côte d’Ivoire, la petite localité de 2800 habitants au début des années 1920 (OCDE, 2002), connaît ces dernières années une croissance urbaine rapide. Elle passe de 7500 habitants à la veille des indépendances (1954) à environ 35 000 habitants en 1965, soit un taux de croissance de 15% en une décennie. Devenue la 3eme ville du pays après Abidjan et Bouaké et surtout l’une des nouvelles zones de production cacaoyère, la ville de Daloa a continué sa croissance en passant de 60 800 habitants en 1975 à 121 800 en 1988, puis à 160 000 habitants en 1998 et enfin à 261 789 habitants au titre du RGPH1(2014).
Cette augmentation démographique entraîne une extension de la superficie urbaine. Si en 1958, la ville ne s’étendait que sur environ 242 ha, elle a connu une extension spatiale significative durant les décennies post-coloniales. Ainsi, la superficie urbaine est passée de 645 ha en 1970 à 838 ha en 1975, puis de 1340 ha en 1980 à 2510 ha en 1995 (OCDE, 2002) et à 82 km2 en 2012, selon la mairie. La ville est composée aujourd’hui d’un noyau de 30 quartiers et continue de s’étendre sur ses marges Nord-Sud et Est-Ouest, selon les axes routiers qui traversent la ville. Si cette croissance urbaine de Daloa peut être perçue comme un signe de vitalité économique et donc d’attractivité humaine, elle représente en réalité une menace certaine pour l’agriculture pratiquée dans les campagnes périphériques. Au fur et à mesure que la ville s’étend, les espaces de culture disparaissent, modifiant ainsi le système économique local. En effet, dans ce contexte de dynamique urbaine, la survie des parcelles agricoles dans le rural périphérique de Daloa devient une préoccupation majeure.
Cet article se propose donc d’analyser l’impact de la poussée urbaine sur l’agriculture dans la périphérie de la ville. De façon spécifique, il s’agit d’abord d’étudier dans le temps, l’extension urbaine de Daloa, ensuite d’en analyser les conséquences sur l’agriculture dans les espaces ruraux périphériques et enfin de faire connaître l’attitude des ruraux face à la consommation de ces espaces agraires par l’avancée de la ville.

Méthodes

La démarche adoptée pour la conduite de cette étude a consisté d’abord à définir une hypothèse d’étude. Elle stipule que l’étalement urbain contrarie le développement agricole en ce sens qu’il est consommateur de terres cultivables. Pour la vérification de cette hypothèse, nous avons entrepris une étude documentaire portant principalement sur la littérature concernant l’ « urbanisation et l’agriculture ». Cette étape a permis de parcourir des ouvrages et des documents divers fournis par la Mairie de Daloa, la préfecture et la sous-préfecture de Daloa (plan d’urbanisme, plan de lotissement notamment). Des articles en ligne et des travaux divers ont également permis de construire notre connaissance sur le sujet. L’autre phase de cette étude a consisté à effectuer une étude sur l’espace concerné. A cet effet, nous avons retenu quatre (4) villages périphériques de la ville. Ces villages représentent les portes d’entrées Nord, Sud, Est et Ouest de Daloa. S’ils ne sont pas encore intégrés aux quartiers urbains, ces villages subissent déjà l’influence grandissante de celle-ci. Il s’agit des villages de Sapia (entrée Est sur l’axe Daloa-Bouaflé), Bribouo (entrée Ouest sur l’axe Daloa-Zoukougbeu), Wandaghué (entrée Sud sur l’axe Daloa-Issia) et Zaguiguia (entrée Nord sur l’axe Daloa-Vavoua), comme le montre la figure 1.

Pendant un (1) mois, nous avons interrogé au total, 200 chefs de ménages, à raison de 50 chefs de ménages choisis de façon aléatoire dans chaque village. Les questions ont porté sur le profil du chef de ménage (le sexe, l’âge, la nationalité, l’ethnie et la situation professionnelle), l’impact de la poussée urbaine sur les activités agricoles (la disponibilité ou non de terre agricole, le revenu) et les solutions explorées face à la déprise des terres agricoles. Cette enquête a donné les résultats suivants.

Résultats

Evolution de la ville de Daloa et disparition des espaces de culture

La ville de Daloa connaît une extension continue depuis l’époque coloniale jusqu’à nos jours. Cette dynamique spatiale ne manque pas de faire reculer les espaces naturels qui ceinturent la ville. Selon ALLA (1991), la ville a connu une extension de 1499,25 ha entre 1955 et 1988, soit un taux moyen d’accroissement annuel de 6,4%. Les villages de Gbokora, Zaguiguia, Tagoura sur la route de Séguéla ; Baluzon, Dérahouan, Sapia-Gogoguhé sur la route de Bouaflé représentaient les villages périurbains2 de la ville jusqu’en 2000. A ce jour, les lotissements se sont étendus à ces espaces périurbains et certains villages comme Gbokora et Balouzon sont devenus des quartiers de la ville (figure 2).

Figure 2 : Extension de la ville de Daloa sur les villages péri-urbains

L’extension de la ville de Daloa à des conséquences sur l’agriculture dans les espaces ruraux périphériques. En effet, l’évolution de la ville s’accompagne de l’extension des lotissements et la construction de nouveaux bâtiments. Cette évolution se fait au dépend des espaces naturels et des aires de cultures comme en témoigne les photos suivantes.
Photo 1 : Espace loti, mais occupé par des plants de manioc à Bribouo.

Photo 2 : Espace en construction, mais occupé par des plants de manioc à Zaguiguia.

Sur ces différentes photos, l’on observe le développement de culture à cycle court (manioc) sur des espaces lotis (photo 1) ou en construction (photo 2). Selon les populations cette situation s’explique par le manque de terre. « On n’a plus de terre. La ville a consommé nos parcelles et nos champs. En attendant que les espaces soient totalement construits, on profite pour faire quelques cultures pour trouver à manger » explique un paysan à Zaguiguia. Avant de poursuivre : « On ne peut plus développer les cultures pérennes comme le café ou le cacao parce que nous sommes dans le territoire communal, nous a-t-on dit… Ma plantation de cacao a même été détruite par la mairie pour la construction d’un collège public.» En effet, la destruction de plantations au profit de la ville se poursuit dans la périphérie urbaine (photo 3 et 4).
Pour ces types de constructions d’intérêt public, il est devenu courant qu’on fasse détruire des plantations agricoles sans que dans bien des cas, les propriétaires en soient dédommagés. Dans le cas précis de la construction du collège Moderne 2 de Daloa, le propriétaire de la plantation détruite affirme n’avoir rien perçu en guise de dédommagement. « Je me suis plains à la justice mais jusque-là je n’ai rien eu » affirme-t-il. Par ailleurs, 52,7% des chefs de ménage interrogés affirment avoir perdu des parcelles agricoles du fait du phénomène urbain. Plus de 34% des répondants ont au moins perdu plus de 5 ha d’espace agricole (tableau 1).

Tableau 1 : Répartition des chefs de ménage selon la taille des exploitations agricoles perdues


A l’analyse de ces résultats, les parcelles perdues du fait de la poussée urbaine se situent à moins de 5 ha pour la majorité (65,95%) des personnes interrogées. Et, l’importance du nombre de personnes impactées par la poussée urbaine est fonction de la proximité du village avec la ville.
D’un point de vue spatial, la perte de terres agricoles est plus importante dans les villages proches du cercle urbain que dans ceux qui en sont un peu plus éloignés (figure 4).

Figure 3: Répartition du nombre de chefs de ménage ayant perdu des terres de culture selon les localités enquêtées.

On observe à travers la figure que Zaguiguia et Sapia, situés plus proche du cercle urbain enregistrent le plus grand nombre de chefs de ménage ayant perdu des terres avec respectivement 32% et 37% de part. Par contre, Wandaguhé et Bribouo, plus éloignés du cercle urbain par rapport aux deux premiers comptent respectivement 19% et 22% de chef de ménage ayant perdu des terres de culture.
Avec la disparition des terres agricoles sous l’effet de la pression urbaine, les populations décident soit d’éloigner les activités agricoles de l’influence de la ville ou de s’orienter vers d’autres types d’activités économiques.

L’éloignement des activités agricoles de l’influence grandissante de la ville

Face à la menace croissante de la ville, certains paysans ont décidé d’éloigner leurs activités agricoles loin de l’influence de la poussée urbaine (tableau 2).

Tableau 2: Répartition des chefs d’exploitation ayant déplacé des exploitations agricoles

En somme, 61% des personnes interrogées ont dû changer d’espace de culture du fait de la pression de la ville de Daloa sur leur village. Ce phénomène est plus ressenti dans les villages les plus proches du centre urbain (tableau 3).

Tableau 3: Répartition des paysans ayant déplacé des parcelles de culture selon les villages

Le tableau présente la répartition par village des paysans qui ont eu à déplacer des parcelles agricoles du fait de la poussée urbaine. Ce phénomène est plus important à Sapia et à Zaguiguia, deux villages plus proches du cercle urbain avec respectivement 73,91% et 55% de paysans, qui ont délocalisé leurs exploitations agricoles. Par contre, le déplacement des parcelles agricoles est moins important à Wandaguhé et à Bribouo (villages les plus distants3 du cercle urbain) avec respectivement 36% et 45,5% de paysans concernés.
Avec cette délocalisation des exploitations, la majorité des paysans, soit 27% d’entre eux parcourent désormais entre 3 et 5 km pour pratiquer leur activité. Dans ces espaces d’accueil, le mode d’acquisition de nouvelles terres de culture diffère selon les paysans (tableau 4).

Tableau 4: Répartition des paysans selon le mode d’acquisition de nouvelles terres

La majorité de la population d’enquête (44,82%) a hérité des terres d’un membre de la famille. Ensuite, viennent les paysans qui louent des parcelles auprès de tous ceux qui en disposent (29,31%). Dans ce cas, ils ne développent que des cultures à cycle court. La location se fait soit en nature soit en numéraire. Dans le premier cas, le locataire remet au propriétaire une partie de la récolte selon les termes de leur accord. Dans le second cas, le prix de la location varie entre 10 000 F CFA et 15 000 F CFA pour un ½ ha. Ce sont 13,80% qui ont acquis définitivement des parcelles par achat . Le prix de la parcelle varie selon la taille et l’éloignement par rapport au village. La parcelle de 600 m2 se négocie entre 50 000 F CFA et 200 000 F CFA. Enfin, 12,07% de paysans interrogés obtiennent gratuitement les terres pour une exploitation temporaire, c’est-à-dire juste le temps de la récolte.

Reconversion économique des ruraux

De nombreux paysans ont décidé de se reconvertir ou d’expérimenter d’autres activités comme le commerce ou les petits métiers qui pourraient leur garantir des revenus. Ceux-ci représentent un total de 36% des personnes interrogées. Leur désertion de l’activité agricole fait perdre à l’agriculture une part importante de la main-d’œuvre. La figure n° 5 montre que les jeunes sont les plus concernés par l’abandon des activités agricoles.

Figure 4: Comparaison des ruraux reconvertis ou non dans d’autres activités selon la tranche d’âge

Les jeunes représentent 47% ; soit près de la moitié des ruraux, qui se sont reconvertis dans d’autres activités économiques. Par contre, ils sont moins présents dans l’agriculture par rapport aux personnes les plus âgées. Ils représentent environ 30% contre 32,45% de la catégorie des plus de 60 ans et 36,85% de celle des 45 à 60 ans. Les jeunes sont plus attirés par les métiers de la ville ou par des petits métiers au village. La figure n° 6 présente la répartition des métiers vers lesquels s’oriente la population.

Figure 5: Affectation des ex-agriculteurs du rural périurbain de Daloa selon leurs nouvelles activités

Les ex-agriculteurs sont occupés en majorité par le petit commerce (vente de boisson, cabine téléphonique, vente de nourriture, etc.). On trouve aussi quelques maçons, menuisiers et cordonniers qui représentent le groupe des petits métiers.
Malgré tout, l’agriculture continue d’occuper la première place des activités économiques des populations vivant dans la périphérie rurale de Daloa. Les agriculteurs représentent encore 63% de la population d’étude. Pour les jeunes qui continuent d’exercer dans ce domaine, « c’est une activité qui permet d’éviter d’être oisif et délinquant. Car il n’y a pas de travail dans la ville de Daloa pour tous. »
Dans l’ensemble, la consommation des espaces agraires par l’extension urbaine est un phénomène irréversible qui alimente les débats et les travaux divers.

Discussion

Cette étude a relevé l’influence de l’urbanisation sur l’agriculture dans les espaces ruraux périphérique de la ville de Daloa. En effet, l’accroissement rapide de la ville fait disparaitre les espaces agraires dans les villages périphériques sans laisser la possibilité aux populations rurales de poursuivre l’agriculture, leur traditionnelle activité. Dans la plupart des cas, cette situation est irréversible et les paysans perdent toute autonomie sur leur terre. De nombreux exemples à travers le monde montrent que les espaces ruraux sont menacés par la croissance urbaine effrénée. Lorsque la ville avance, les espaces naturels disparaissent, si l’on se réfère à OURA (2012). L’auteur explique que l’étalement urbain détruit durablement et définitivement le patrimoine naturel et les propriétaires coutumiers perdent tous droits sur leurs terres. Il cite à cet effet, une autorité coutumière d’Abidjan-Adjamé : « Le quartier II Plateaux de Cocody a été créé sur notre terre sans qu’on reçoive des terrains de compensation. Cette terre est aujourd’hui irrécupérable. Elle ne peut plus jamais nous revenir. Aussi, on ne peut plus faire l’agriculture.» Car, ces terres appartiennent au domaine communal et peuvent à tout moment être utilisées pour des investissements d’intérêt public.
Pour les populations rurales, la capacité de résistance à la poussée urbaine est faible comme le dit (BROUTIN et al. 2007). Elles ne disposent pas de suffisamment de moyens pour faire face à la forte demande de logements urbains, qui encourage l’accroissement des lotissements et l’accélération du processus « d’extension de l’espace urbain » de la ville de Daloa. Ces lotissements constituent selon N'GUESSAN (2003), « le point de départ de l'urbanisation d'un quartier. ». Il modifie l’espace autrefois dominé par la nature et les champs, et y « affecte des fonctions autres qu’agricoles. »

De la déstabilisation des projets agricoles aux déplacements des parcelles de culture

Le lotissement entraîne des pertes de parcelles qui perturbent selon SERRANO (2005), l'activité agricole. L'exploitant peut mettre du temps à trouver de nouvelles parcelles ou même abandonner l’activité agricole par manque de nouvelles terres. Dans bien des cas, lorsqu’il acquiert de nouvelles terres par location ou par cession temporaire, il lui est interdit de développer des cultures pérennes. Dans ce contexte, ce sont ces cultures qui subissent le plus la poussée urbaine. L’évolution spatiale urbaine gène la pratique de l’agriculture aux alentours des villes. « Les exploitants ne peuvent pas faire de projection à long terme pour développer leurs activités car craignant de voir leurs champs rattrapés par la ville. » N'GUESSAN (2003). De ce fait, les producteurs sont prêts à s’éloigner de quelques dizaines de kilomètres plutôt que de négocier le maintien de la vocation agricole des zones contiguës. A Daloa, on estime à environ 61% des paysans qui ont relocalisé leurs activités agricoles à des distances comprises entre 1 et 20 Km. C’est-à-dire qu’ils sont parfois obligés de négocier des terres de cultures sur les territoires ruraux lointains qui subissent moins l’influence de la croissance urbaine. Cela montre bien l’intérêt des populations pour cette activité qui subit la croissance urbaine.

Le maintien de l’agriculture face à une urbanisation qui propose peu d’emploi

Malgré la menace de la ville, l’agriculture résiste dans les espaces périphériques de Daloa. Les emplois agricoles sont les plus importants. On enregistre plus de 63% de personnes interrogées qui travaillent encore dans l’agriculture. C’est à ce niveau que l’impact de la progression urbaine tarde à inverser les tendances. Le facteur explicatif qui revient souvent est la rareté des emplois urbains. Ce qui contraint la plupart des jeunes déscolarisés et sans emploi à rechercher leur subsistance dans les activités agricoles. Cela est d’autant vrai que dans le cas de la ville de Bouaké, N’GUESSAN (Op. cit) avait observé que « l'un des éléments qui permettent de comprendre la résistance des activités agricoles malgré l'urbanisation, réside en des variables socio-économiques. En effet, Bouaké dispose d'un important vivier de sans-emplois qui constituent une clientèle sérieuse pour la pratique des activités agricoles… Les activités agricoles constituent donc pour certains une sorte de palliatif en attendant de trouver mieux à faire.» L’importance de l’agriculture en termes d’offre d’emplois urbains est reconnue par bien d’autres auteurs. En fait, l’agriculture urbaine est identifiée comme un palliatif aux crises économiques ou un moyen de lutte contre la perte d’emploi, la pauvreté et la malnutrition (Duvernoy et Lorda, 2012 ; Assogba-Miguel, 1999 ; Vivre en ville, 2012). Dans la ville de Bouaké, l’investissement des différents acteurs dans ce secteur répond à la recherche de revenus ou à l’autoconsommation du ménage (Tohouri, 2017). En somme, l’agriculture dans les espaces périphériques des villes reste malgré tout importante « non seulement en terme de revenu pour les populations mais aussi constituent une source d’alimentation», selon ATTA (1978).

CONCLUSION

Au terme de cette étude, l’on peut retenir que la ville de Daloa connaît une extension rapide de son espace du fait de la forte démographie enregistrée et de la forte demande en logements et en infrastructures urbains. Celle-ci se fait au détriment des espaces ruraux périphériques et principalement des terres agricoles qui disparaissent avec la vitesse des lotissements et des constructions. Ces résultats confirment l’hypothèse selon laquelle "l’étalement urbain contrarie le développement agricole en ce sens qu’il est consommateur de terres cultivables". La disparition des espaces de cultures oriente davantage les populations vivant dans ces milieux vers d’autres types d’activités notamment le petit commerce et les petits métiers. Cependant, face à la rareté des emplois que proposent la ville, certains agriculteurs tentent de se maintenir à travers le déplacement des exploitations vers les zones, un peu plus éloignées, à l’abri de la menace urbaine.

Bibliographie

ALLA (D. A.), 1991 : Dynamisme de l’espace péri-urbain de Daloa, Etude Géographique, Thèse de Doctorat de troisième cycle, 318 p. ASSOGBA•MIGUEL (V.), 1999 : « Agriculture urbaine et péri-urbaine à Cotonou », Bulletin de la Recherche agronomique, n°27 - décembre 1999, p. 14-26.

ATTA (K.) 1978 : Dynamique de l’occupation de l’espace urbain et périurbain à Bouaké, Thèse de Doctorat 3ème cycle, Université de Paris I, 296 pages

BROUTIN (C.) et al., 2007 : « Agriculture et élevage face aux contraintes et opportunités de l’expansion urbaine : Exploration autour des villes de Thiès et Mboro au Sénégal et d’Abomey-Bohicon et Parakou au Bénin » [En ligne], disponible sur ecocite.gret.org/telechargement-fichiers/rapports/Broutin-Agriculture-Yaounde.pd, consulté le 17/01/2017.

CABANNE (C.), et al., 1984 : Lexique de géographie humaine et économique, In: Norois, n°126, Avril-Juin 1985. p. 344 DUVERNOY (I.) et LORDA (M.-A.) : « L’agriculture urbaine et périurbaine dans la région pampéenne argentine: fonctions et articulations avec les politiques des villes », Environnement Urbain / Urban Environment [En ligne], Vol. 6 | 2012, mis en ligne le 16 septembre 2012, consulté le 10 Mars 2017. http://eue.revues.org/475.

INS (2015) : RGPH 2014 - Résultats globaux, 22 pages.

N'GUESSAN (K. V.), 2003 : « Processus d’extension spatiale urbaine et subsistance des activités agricoles à Bouaké (avant le 19 septembre 2002) » [En ligne], disponible sur www.ruaf.org/sites/default/files/econf4_submittedpapers_nguessan.pdf, consulté le 14/01/2017.

OURA (K. R.), 2013 : « Urbanisation de la métropole abidjanaise et mise en minorité des autochtones Ebrié », Cinq Continents, Revue roumaine de géographie, Vol. 3 n°8 (Hiver 2013), pp. 150-168.

OURA (K. R.), 2012 : « Extension urbaine et protection naturelle : La difficile expérience d’Abidjan », [En ligne], disponible surhttps://vertigo.revues.org/12966, consulté le 13/01/2017.

SERRANO (J.) 2005 : « Quel équilibre entre urbanisation et préservation des espaces agricoles périurbains ? Le cas d’uneagglomération moyenne », Développement durable et territoires [En ligne], disponible sur http://developpementdurable.revues.org/1605 ; DOI : 10.4000/ developpementdurable.1605, consulté le 14 janvier 2017. TOHOURI (G. A.), 2017 : Géographie de l’activité maraîchère et risques sanitaires dans la ville de Bouaké, Mémoire de Master II Géographie, Université Alassane Ouattara, 157 p.

VIVRE EN VILLE, 2012 : L’agriculture urbaine, composante essentielle des collectivités viables, Mémoire présenté à L’Office de consultation publique de Montréal dans le cadre de la consultation publique sur l’agriculture urbaine, [En ligne] https://www.habiter-autrement.org/38...18/Agriculture-urbaine-quebec-2012.pdf.

Notes

1Recensement Général de la Population et de l’Habitat
2l'espace périurbain est « l'espace rural situé à la périphérie d'une ville et de sa banlieue et qui est le lieu de transformations profondes sur le plan démographique, économique, social, politique et culturel» (Cabanne, 1984).
3Ces deux localités ont leurs limites qui sont confondues presque à celle du cercle urbain (figure2)

Table des illustrations

Auteur(s)

1OURA Kouadio Raphaël, 2N’GUESSAN Kouassi Guillaume, 3KRA Koffi Siméon
1Géographe, Chargé de recherches Centre de Recherches pour le Développement (CRD) Université Alassane Ouattara de Bouaké ouranien@yahoo.fr
2Géographe, Enseignant-Chercheur, Université Jean Lorougnon-GUEDE, Daloa, Cote d’Ivoire Ahibakan77@gmail.com
3Géographe, Enseignant-Chercheur, Université Jean Lorougnon-GUEDE, Daloa, Cote d’Ivoire krakoffisimeon@yahoo.fr

Droits d'auteur

Université Félix Houphouët-Boigny (Abidjan, Côte d’Ivoire)

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« Métropoles portuaires et territoires de l'hinterland en Afrique subsaharienne », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 28 avril 2015

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