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Le développement du tourisme à San Pedro entre contraintes d’enclavement et désintérêt des pouvoirs publics

1GOGBE Téré, 2ATTA Koffi Lazare, 3KOUASSI N’Guessan Gilbert, 4TCHETCHE Nicaise

Résumé;
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La ville de San Pedro bénéficie d’importants atouts touristiques. Mais, la faible valorisation de ces atouts ne fait pas de l’industrie touristique un véritable levier de développement de la ville de San Pedro. En effet, la promotion d’une industrie touristique compétitive est contrariée par les difficultés d’accès à la ville causées par le désengagement de l’Etat. Au demeurant, les collectivités décentralisées s’intéressent moins au désenclavement et à la promotion du tourisme local. Face à ces désintérêts des pouvoirs publics, la ville est isolée des grands foyers d’émission de touristes de la Côte d’Ivoire. L’objectif de cette étude est d’analyser l’impact des contraintes d’accès et du désintérêt des pouvoirs publics sur le développement des activités touristiques de San Pédro. Pour atteindre cet objectif, l’approche méthodologique utilisée s’appuie le modèle hypothético-déductive et les techniques utilisés pour la collecte des informations ou des données s’appuient sur la recherche documentaire, l’observation directe et les entretiens. Les résultats de cette étude montrent que San Pédro dispose d’une offre touristique attrayante. Cependant, le tourisme de masse est contrarié par l’insuffisance et la dégradation des infrastructures de transport. En outre, les activités touristiques souffrent d’un sous-investissement des collectivités décentralisées de la ville.

Entrées d'index

Mots-clés : San Pedro, atouts touristiques, collectivités décentralisées, enclavement, Etat.

Keywords: San Pedro, tourism assets, decentralized communities, isolation, state.

Texte intégral

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INTRODUCTION

A l’instar des pays africains, la Côte d'Ivoire dispose d’énormes potentialités économiques. L’exploitation des matières premières agricoles rapporte plus de 35 % du produit intérieur brut (PIB), 66 % des recettes d'exportations et 20 % du budget national (Sawadogo A., 1974). Dans la politique de diversification des activités économiques, les pouvoirs publics lancent dès 1970, la promotion des activités touristiques. Cette nouvelle vision se traduit par la création de la ville de San Pedro par le programme (ARSO)1. Des réceptifs hôteliers et des opérations de désenclavement internes ont été réalisés (Hauhouot, 2002). Cette ville, nouvellement créée, avec sa façade maritime et ses atouts naturels, devrait être un pôle de développement économique, à travers les activités touristiques et son complexe portuaire. Pour cela, plusieurs structures de développement touristiques et un Code des Investissements Touristiques à travers la loi 73-368 du 26 juillet 1973 ont vu le jour (Ministère du Tourisme, 2015). San Pedro est devenue la deuxième ville portuaire du pays. La construction de la voie dénommée « côtière » en 1995 a permis de relier San Pedro à Abidjan en moins de 3 heures de route. San Pedro a ainsi connu une embellie de sa fréquentation. Le taux de remplissage des hôtels est passé à 80% les week-ends et à 50% en moyenne sur un mois (Direction Régionale du Tourisme San Pedro, 2015). Cependant, les résultats de l'économie touristique ne semblent pas à la hauteur du développement socio-économique et spatial de la ville. En effet, le tourisme à San Pedro représente moins de 1% du PIB (Direction Régionale du Tourisme San Pedro, 2015) pendant que le Port Autonome de San Pedro, premier terminal cacaoyer au monde, contribue à hauteur de 17% du PIB ivoirien (PASP, 2008). La dégradation de la route « la côtière » et de plusieurs artères de la ville ont replongé le tourisme dans sa léthargie d’antan. La crise qu'a connue le pays de 2002 à 2010 a davantage sinistré le secteur qui ne représente pas plus de 2% du PIB (Ministère du plan, 2010). Au niveau de la ville de San Pedro, pendant que les opérateurs économiques privés font des investissements pour développer l’industrie hôtelière et touristique, les pouvoirs publics ne créent pas les conditions en faveur de son développement. Le problème que pose cet article est la faible implication des pouvoirs publics dans la promotion des activités touristiques de San Pédro. La question de recherche est la suivante : quelles sont les contraintes liées au développement du tourisme à San Pédro ? L’objectif de cette étude est d’analyser la faiblesse des investissements et l’enclavement relatif de la ville de San Pedro qui ont un impact sur la valorisation des potentialités touristiques locales.
Notre hypothèse est que la conjugaison des difficultés d’accès à la ville associée au désintérêt des collectivités locales est la contrainte majeure du développement du tourisme à San Pedro.

Méthodologie

L’objectif de cette étude est d’analyser l’impact de l’enclavement physique relatif de la ville de San Pedro sur la valorisation des potentialités touristiques locales. La méthodologie utilisée pour atteindre cet objectif s’est appuyée sur trois techniques notamment l’observation, la documentation statistique et cartographique et les entretiens. D’abord l’observation a permis d’évaluer la qualité des infrastructures routières et du parc hôtelier. Ensuite, la documentation a contribué à analyser les comptes administratifs des collectivités décentralisées pour apprécier la part réservée au tourisme dans les budgets d’investissement. Les investissements publics locaux consacrés au désenclavement de la région ont fait l’objet d’une attention particulière car l’accès physique aux activités touristiques est une condition essentielle pour le développement du tourisme. Enfin, des entretiens ont eu lieu avec le maire, le secrétaire général et le directeur technique pour le compte de la municipalité puis avec le président du Conseil régional de la région pour analyser les priorités de développement et les stratégies de promotion du tourisme dans la ville de San Pedro. Les autorités déconcentrées notamment le directeur régional du tourisme et celui des infrastructures économiques ont été associées pour avoir des informations sur l’offre touristique régionale et le rôle de l’Etat dans le désenclavement physique de la région. Les résultats issus de ces recherches laissent entrevoir ce qui suit :

I. Une offre touristique attrayante et un parc hôtelier relativement importants

1. Une offre touristique basée sur des produits naturels et culturels

1.1. Des richesses naturelles comme trésors touristiques

La ville de San-Pedro est localisée dans une zone très arrosée (2000 mm de pluie par an), dominée par la grande forêt primaire caractérisée par ses immenses étendues de gros arbres verts, une des rares encore intactes. D'ailleurs, un peu plus au nord, a été créé le parc national de Taï qui couvre 330 000 hectares de forêts protégées situées, à l'Ouest, entre Guiglo et Tabou au Sud. Cette forêt primitive, où l'homme n'est jamais intervenu, est pratiquement unique en Afrique et elle figure au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1993. On y rencontrer une végétation et des animaux rarissimes comme le fameux hippopotame nain. La région est naturellement dotée d’une forêt luxuriante. Elle possède ainsi une grande variété d’espèces végétales. En effet l’on rencontre plusieurs types de végétation à savoir : la forêt dense humide sempervirente, la forêt marécageuse et les mangroves. Il faut noter aussi que la zone de San Pedro dispose de sept (7) forêts classées d’une superficie de 660 447 hectares et du parc nationale de Taï (dernière forêt primaire d’Afrique et inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco). Ce parc regorge de nombreuses espèces médicinales et animales dont les gorilles des buffles et des éléphants. Ces ressources forestières attirent bon nombre de personnes pour l’exploitation, d’où la présence active de la Société de Développement des Forêts (SODEFOR). Les espèces les plus exploitées sont : le fromager, le dabema, le limbali, le fraké et le niangon, etc. Le département compte 255,5 ha de forêts classées.

1-2 Une diversité ethno-culturelle comme matière première touristique

Le nombre, la diversité des peuples dans cette région et leurs pratiques culturelles particulières suscite l’intérêt de visiteurs curieux de modes de vie ‘traditionnels’.
Dans la ville, on note une diversité ethnique et la minorité est représentée par le groupe ethnique appelé Krou. Les Krou se répartissent en trois minorités distinctes : les Krou orientaux (Bété), les Krou occidentaux (Guéré et Wobê) et les Krou méridionaux ou Krou la côte atlantique. Dans la ville de San Pedro, les touristes peuvent visiter les Krou de la côte qui ont une culture d’accueil et d’hospitalité légendaire. Selon De Coutouly cité par Aphing-Kouassi (2001), ces tribus krou se répartissent par subdivision de façon succincte :
- subdivision venue de Tabou : Bapos, Tépos, Plapos, Dapos, Irépos et Ompos ; - subdivision originaire de Béréby : Bakouos, Haoulos, Hénas, Iriboués, Déboués,Gnaguis, Tiguis, Nogos, Gaouris, Proufas, Ouyos, Tahous, Digboués, SanPedro, Youx, Couchés, Tuys.
A la différence de leurs voisins neyo du Bas Sassandra, qui se disent venus de la mer à « dos de tortue » (animal faisant, pour cette raison, l'objet d'un interdit à l'échelle de l'ethnie), les Krou du secteur de San Pedro appartiennent surtout aux fractions Plapo, Touo et Oulépo.
Les danses traditionnelles constituent une attraction touristique assez importante. On distingue plusieurs types de danses. La danse Klè : elle est dansée par des guerriers allant ou rentrant d'une campagne lors des guerres tribales. Elle est aussi dansée lors du déplacement du Gbodio ou grand chef terrien. De nos jours, on la danse dans le cadre des funérailles d'un vieillard ou d'un ancien combattant. Elle est devenue une danse de réjouissance populaire. L'instrument principal utilisé pour cette danse est le cor. Le Klé, d’origine du canton Wappo de Grand-Béréby constitue un attrait touristique dans la ville. Le Boyé est le féminin du Klé. C'est une danse de réjouissance, organisée à l'occasion des funérailles d'une femme âgée, des mariages ou des retrouvailles.
La danse Bolo: d'origine américano-libérienne est implantée également à San Pedro depuis 1926. C’est une danse de réjouissance exécutée après les moissons de riz.
Le Guelai est une autre danse de réjouissance où le danseur porte un masque extraordinaire. Cette danse a un rôle à la fois social par sa force de règlement des conflits, économique et même politique.
La danse Toué: comme toutes les autres, met en évidence les différentes phases des semailles et la moisson du riz.
La danse Wesse est rythmée par le Mamatokoui, c’est à dire le géant tam-tam parleur.
La danse Séyawa ou Sida est une danse de la communauté ghanéenne représentée dans la ville. Elle est communément chantée et dansée par les femmes.

2-Un parc hôtelier favorable au développement du tourisme

La ville de San Pedro compte plus de 100 équipements hôteliers de catégorie variable (cf. Tableau 1). Plusieurs réceptifs hôteliers sont localisés au bord de l’océan atlantique, le long du boulevard Félix Houphouët-Boigny offrant ainsi un cadre naturel agréable pour les touristes.

Tableau 1 : Caractéristiques des établissements hôteliers


L’industrie hôtelière est complétée par des structures de loisirs et des équipements de restauration modernes ou informels où l’on trouve une gastronomie variée pour les clients (cf. tableaux 2 et 3).

Tableau 2 : Les night-clubs de la ville de San Pedro

Tableau 3 : Caractéristiques des structures de restauration


L’analyse du tableau 3 montre que les couverts des maquis et les restaurants dominent le secteur de la réception gastronomique dans la ville de San Pedro. Cependant, les maquis sont en nombre très importants depuis une décennie. On note aussi la présence des night-clubs, mais en nombre insuffisant. Au total, ce sont plus de 5739 couverts qui assurent la réception d’une clientèle touristique fortement poussée vers la gastronomie locale (cf. figure 1). La quasi-totalité de ces espaces gastronomiques et les centres de divertissement sont localisés sur le littoral et dans la zone industrielle.

II. Un tourisme de masse contrariée par l’insuffisance et la dégradation des infrastructures de transport

1-Le sous-investissement de l’Etat dans le désenclavement physique de la ville : facteur de déclin de l’industrie touristique

La ville de San Pedro n’est pas inscrite parmi les destinations touristiques internationales prisées. En effet, la ville ne dispose pas d’un aéroport international devant faciliter la mobilité des personnes. La ville perd le marché touristique abidjanais et allemand car les tours-opérateurs de l’Allemagne n’inscrivent pas San Pedro sur leur agenda. Si des efforts ont été faits dans le cadre de la construction d’un aérodrome, la ville de San Pedro souffre d’une accessibilité difficile à partir d’Abidjan, capitale économique du pays. Cette situation n’est pas favorable au développement du tourisme intérieur. La voie dénommée « la côtière », qui relie Abidjan à San-Pedro, longue de 370 Km est totalement dégradée. Malgré les discours sur sa réhabilitation à hauteur de 740 milliards de f cfa, n’a pas freiné sa dégradation (Discours du président de la république, 07 mars 2015). L’avancée de la dégradation de la « côtière » freine davantage l’accès à la ville de San Pedro. L’image de l’effondrement d’un pont sur cette voie contrarie son accessibilité pendant la saison des pluies (cf. photo 1).

Photo 1 : Effondrement d’un pont sur la route bitumée Abidjan-San Pedro


Cet ouvrage d’art ci-dessus qui a cédé sous la pression des eaux, montre toute la difficulté qu’éprouvent les populations à accéder à la ville de San Pédro pendant la saison des pluies. Selon le directeur régionale des infrastructures routières en 1995, lorsque la route dénommée « la côtière » était en bon état, beaucoup d’abidjanais, consommateurs de produits touristiques et de loisirs, venaient les week-ends et pendant les vacances à San Pedro. Ce qui permettait aux hôteliers et restaurateurs de faire de bonnes recettes. Mais, depuis la dégradation très avancée de cette route, ce sont des milliers de clients ou touristes que les hôtels ont perdu. A cet effet, la fermeture de l’hôtel Balmer depuis 2002 est le symbole de cette baisse de la fréquentation des touristes à San Pedro. En 2014, les données de la direction des infrastructures font état de l’importance des routes en terres dans le département (Tableau 1).

Tableau 1 : Typologie du réseau routier et de la voirie urbaine au sud-ouest du pays


A l’analyse du tableau ci-dessus, on dénombre 42,6 % de routes non revêtues dont 20% sont en terre. On note également 915 km de voie de la catégorie C puis 742 km de la catégorie D en terre. L’état également de la voierie urbaine n’est pas non plus reluisant.

2-Une voirie urbaine en mauvais état : facteur de réduction de la mobilité des touristes

La voirie urbaine est un aspect important de l’attractivité économique et touristique d’une ville. Mais, la voirie de San Pedro n’est pas attrayante (figure 2). En effet, dans cette ville portuaire, ce sont les grands axes de circulation, du reste en piteux état, qui sont bitumées. En plus de l’enclavement externe relatif, la ville est donc confrontée à des difficultés internes de circulation. En effet, depuis les opérations de bitumage de la ville réalisées par l’Autorité pour l’aménagement de la Région du Sud-Ouest en 1970, la ville n’a pas bénéficié d’infrastructures routières capables d’impulser son développement. Si des efforts sont faits après la crise post-électorale avec l’appui de la Banque mondiale, force est de constater que, selon les enquêtes en 2015, plus de 50% de la voirie urbaine est en mauvais état surtout pendant la saison des pluies. Les investissements dans le bitumage des voies ne peuvent pas être supportés par les budgets d’investissements des collectivités locales (Cf. Tableau 4). L’analyse de la figure 2 ci-dessous montre deux voies principales qui relient la ville du Nord au Sud et d’Ouest en Est, toute en direction de la zone portuaire. La seule voie secondaire se trouve au centre-ville dans les quartiers Poro et Swéké. Tout le reste de la ville est parcouru par des voies en terre

Figure 2 : La voirie urbaine de la ville de San Pedro


Par conséquent, la voirie se dégrade (Photos 1 et 2). Les exemples les plus frappants sont les axes routiers autour des gares routières et le boulevard Félix Houphouët-Boigny en bordure du littoral, qui héberge près de 70% des réceptifs hôteliers de la ville (Cf. photo 2 ci-dessous).

III. Un sous-investissement touristique flagrant des collectivités décentralisées

1. Une politique municipale moins axée sur le désenclavement et le développement touristique

Les autorités municipales qui se sont succédé pour gérer la ville de San Pedro n’ont pas réellement mis l’industrie touristique au cœur des priorités de développement et d’aménagement urbain. Si le port et les industries participent aux recettes municipales, les autorités n’ont pas créé les conditions locales pour l’émergence de l’industrie touristique malgré des atouts locaux importants. Les actions entreprises se limitent à quelques projets moins déterminants pour faire du tourisme une activité décisive pour l’émergence de la ville de San Pedro. A cet effet, il faut noter le peu d’intérêt des autorités municipales à moderniser les espaces gastro-touristiques informelles. Les lieux de restauration et de loisirs mieux structurés par la municipalité et s sont salubres moins nombreux. On peut citer la « rive droite », un ensemble de restaurants mieux organisés et attractifs. Mais, dans l’ensemble urbain, la municipalité n’a pas un plan d’intégration spatiale pour les restaurants qui constituent le maillon essentiel du tourisme gastronomique. Ailleurs, on note la prolifération des espaces de restauration informelle moins organisés communément appelés « maquis ». Les rues de la ville sont parsemées de restaurants qui jouxtent des unités industrielles. Plusieurs espaces gastronomiques sont intégrés aux espaces industriels. L’inorganisation spatiale générale des activités touristiques informelles se traduit également par la précarité de l’environnement dans lequel évoluent les restaurants. En outre, les taxes municipales sur les restaurants informels ne sont pas de nature à encourager les activités gastronomiques.
La municipalité n’a pas mieux organisé et associé les promoteurs des taxis municipaux dans une perspective de développement touristique. Il n’existe pas un site internet municipal dédié à promouvoir le tourisme. Mieux, l’analyse des comptes administratifs de la commune de San Pedro ces cinq (5) dernières années montre que les investissements directs touristiques ne sont pas importants. Ainsi, les espaces balnéaires du périmètre municipal ne sont pas bien aménagés pour favoriser l’activité touristique. Les seuls investissements se retrouvent dans le domaine de l’électrification de trois quartiers de la ville, la construction d’un abattoir moderne et surtout la réhabilitation des quelques kilomètres de routes communales. Il faut noter que, concernant l’électricité et la voirie, la cité balnéaire, second pôle économique de la Côte d’Ivoire, ne bénéficie pas d’infrastructures adéquates. Les coupures intempestives d’électricité ont amené les conseillers municipaux à prioriser quelques projets d’accompagnement touristique à travers le programme triennal de 2014 à 2016.
Ce programme prévoit des investissements de développement du tourisme sportif. A ce titre, un terrain de golf de quatorze (14) trous verra bientôt le jour dans le village communal de Taki. Sur ce point, le premier magistrat de la commune de San Pedro, a été on ne peut plus formel : « Un terrain de golf existait déjà à San Pedro. Mais il a été vendu par les autochtones kroumen réunis au sein de l’association Blowa Toro. C’est pour cela que nous sommes obligés de créer une autre piste pour le golf qui est un véritable produit d’appel ». En somme, la politique municipale de développement touristique reste assez faible dans la ville de San Pédro.

2. Une politique départementale du Conseil général d’alors moins polarisée sur le tourisme

Les activités départementales de promotion du tourisme ont été confiées pendant près de dix (10) ans, c’est-à-dire de 2002 à 2013, au Conseil Général de San Pedro. L’analyse des investissements de 2008 à 2013 montre que l’industrie touristique n’a pas été au cœur des préoccupations du conseil. En effet, tous les investissements sont concentrés dans les équipements socio-collectifs (éducation, santé, électrification, etc.) et le reprofilage des routes. Si les aménagements de désenclavement physique accompagnent le développement du tourisme, il faut admettre que les investissements purement touristiques concernant la valorisation du patrimoine n’étaient pas dans l’agenda du Conseil général.
Ainsi, en 2008, les statistiques révèlent que le tourisme n’a pas capté des investissements dans le département. Les secteurs éducation, santé, électrification ont absorbé l’essentiel du budget. Le Conseil a priorisé la construction de son siège à une cinquantaine de millions que de faire des investissements productifs. Le contexte de crise militaro-politique a conduit le Conseil à équiper les forces de sécurité notamment la gendarmerie (cf. Tableau 4).
L’analyse du tableau 4 montre un montant d’investissement prévu de 940 335 000 de F.CFA et. 247583407 F.CFA réalisés. Hormis le reprofilage lourd des voies de la Côtiére, d’Iboké et d’Iratéké à hauteur de 11,7%, le traitement des points critiques de la voie de la Côtiére et-celle de Manéry pour 14,1% et la première phase de l’électrification des localités de Naboville, Ouéoulo et Djiro-Gnépayo : avec 7,65% du budget d’investissement qui peuvent être capitalisés à l’actif du tourisme, près de 66,5% sont consacrés à des activités non touristiques.
L’ensemble de ces indicateurs nous amène à conclure que les investissements de la région et de la ville de San Pédro en particulier ne priorisent pas les investissements en faveur des activités touristiques par le conseil régional.

Tableau 4 : Investissements prévus et réalisés du Conseil Général de San Pedro en 2010

3- Des opérations de désenclavement et de promotion touristique moins décisives

La politique régionale de développement touristique dépend du conseil régional. Ce conseil est fonctionnel depuis 2013. L’entretien avec le directeur général du conseil régional a permis de comprendre les actions entreprises pour le développement du tourisme. Une vice-présidence du conseil régional chargée du développement du tourisme a été créée pour afficher la volonté dudit conseil à faire du tourisme l’un des piliers du développement urbain et régional. La vision du Président du conseil régional consiste à faire de San Pedro le leader de la sous-région ouest-africaine en matière de tourisme. A cet effet, le conseil régional a fait un inventaire de tous les sites touristiques de la région. Des actions sont entreprises pour l’entretien des sites et la création des itinéraires touristiques dans la région. Une stratégie de communication autour des potentialités touristiques est prévue. Mais, selon les services du conseil régional, l’aménagement des sites touristiques est coûteux. Selon le directeur général du conseil régional, les investissements qui doivent faire de San Pedro et sa région la première destination touristique de la côte ouest-africaine sont très lourds. Ces investissements sont du ressort de l’Etat. Il s’agit des grands travaux de réaménagement du site de la ville de San Pedro abandonnés depuis la crise de 1980 (assainissement, drainage, voirie, etc.), la construction d’un aéroport, d’une autoroute de liaison entre le sud-est et le sud-ouest, le chemin de fer San Pedro-Man. Selon le directeur général du conseil régional, l’organisation de la coupe d’Afrique 2021 (CAN 2021) à San Pedro devrait être une opportunité pour renforcer les équipements en infrastructures et promouvoir l’image touristique de la ville. Pour lui, ce sont des déclarations de bonnes intentions pour rechercher des partenariats avec le secteur privé et les moyens de la politique touristique locale.
Pour le moment, les investissements propres du conseil régional pour promouvoir directement le développement du tourisme sont négligeables. A cet effet, l’analyse des comptes administratifs de la région de San Pedro est sans équivoque (Cf. tableau 4). Cependant, des dépenses qui peuvent accompagner le secteur touristique et d’autres activités notamment les aménagements routiers et les équipements de sécurité ont été réalisées. En 2013, ce sont : le reprofilage lourd de la voie Cotière-Dogbo ; la réalisation- des remblais d’accès du triple dalot sur la rivière Hyrré, sur l’axe Pataké-Hyrré et la construction d’un double dalot 4x3 à Tatouké soit un investissement de 252 millions de f cfa. En 2015, ce sont l’achat de quarte (4) véhicules pick-up de type 4x4 pour la gendarmerie de la région ; le reprofilage lourd de Grabronou-Sortie Nonouan sur 4 km ; la pose de 23 buses pour le traitement des points critiques de la région et la construction de 7 dalots dans la région pour un investissement de 234 250 000 f cfa. En 2016, on peut citer : la construction de 7 postes de surveillance de la gendarmerie dans la région dans les localités de Dabo, Moussadougou, Gabiadji, Prollo, Para, Dogbo et Niplou ; l’acquisition de mobiliers pour les brigades de gendarmerie de Tabou, Grabo et du District de police de San Pedro et le reprofilage de quelques kilomètres de route pour un investissement total de 275 256 000 f cfa. Les aménagements des espaces touristiques régionaux non exploités ne figurent pas sur la liste des dépenses d’investissements.
En tout état de cause, les actions de désenclavement et de développement du tourisme sont faibles. Par ailleurs, le désintérêt relatif des collectivités s’explique par le peu d’intérêt de l’Etat à opérer un réel désenclavement physique de la région.

CONCLUSION

Le présent article présente les contraintes liées au développement du tourisme dans la ville de San Pédro. Notre hypothèse selon laquelle la conjugaison des difficultés d’accès à la ville associée au désintérêt des collectivités locales est la contrainte majeure du développement du tourisme à San Pedro est confirmée.
En effet, la ville de San Pédro dispose d’importantes potentialités naturelles, économiques et infrastructurelles pour en faire d’elle une destination touristique majeure. Malheureusement, le tourisme à San Pedro est peu compétitif. Faute de politiques d’accompagnement, les atouts touristiques sont sous-exploités. Ce sont surtout le manque d’infrastructures de transport efficaces pour ouvrir la ville et sa région aux activités de touristes et, le désintérêt des pouvoirs publics locaux en termes de sous-investissement dans le secteur. Au niveau des infrastructures de transport, les investissements dépassent la puissance financière des collectivités locales. Il appartient donc à l’Etat de trouver les moyens pour ouvrir la ville de San Pedro à la demande touristique nationale et internationale. Le désenclavement par la route pourrait renforcer la littoralisation des activités touristiques de Fresco, de Sassandra et hisser la ville de San Pédro au rang des destinations les plus importantes de la Côte d’Ivoire.

Bibliographie

Condès S., 2004, Les incidences du tourisme sur le développement, in la Revue Tiers-Monde, Tome 45, n°178, Les masques du tourisme, pp. 269-291

Dembélé O., 1996, L’action urbain-régionale à San Pedro : théorie et pratique, in Cahiers de géographie tropicale de l’Institut de Géographie Tropicale de l’université de Cocody, no4, Actes des 8e Journées Géographiques de Côte d’Ivoire du 16 au 20 mai 1994 à San Pedro, pp. 133-147

Hauhouot A., 2002, Développement, aménagement, régionalisation en Côte d’Ivoire, Abidjan, Editions Universitaires de Côte d’Ivoire (EDUCI), 364 p.

Hauhouot A., 2002, Nature, culture et tourisme en Côte d’Ivoire, le pari d’un développement manqué, Abidjan, Editions EDUCI. Loba A. D., 2010, La ville de San Pedro en Côte d’Ivoire, itinéraire de développement d’un pôle régional côtier, in la Revue RGLL, no8, 22 p.

Ministère du tourisme, 2014, Schéma directeur du tourisme : cadre d’orientation stratégique du tourisme ivoirien et plan d’actions (2014-2030), Abidjan, Ministère du tourisme, 145 p.

Sawadogo A., 1974 « La stratégie du développement de l’agriculture en Côte d’Ivoire », in Bull. Assoc. Géogr. Franç. N° 415-416, Vol 51, Paris.

Notes

1Autorité pour l’Aménagement de la région du Sud-Ouest

Table des illustrations

Auteur(s)

1GOGBE Téré, 2ATTA Koffi Lazare, 3KOUASSI N’Guessan Gilbert, 4TCHETCHE Nicaise
1Maître de conférences Université Félix Houphouët-Boigny (Abidjan, Côte d’Ivoire)gogbetere@yahoo.fr
2Maître de Recherches Université Félix Houphouët-Boigny (Abidjan, Côte d’Ivoire) atta_koffi@yahoo.fr
3Maître Assistant Université Félix Houphouët-Boigny (Abidjan, Côte d’Ivoire) gilbertini2006@yahoo.fr
4Doctorant Université Félix Houphouët-Boigny (Abidjan, Côte d’Ivoire) nicaisetchetche@yahoo.fr

Droits d'auteur

Université Félix Houphouët-Boigny (Abidjan, Côte d’Ivoire)

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« Métropoles portuaires et territoires de l'hinterland en Afrique subsaharienne », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 28 avril 2015

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