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6 Caracterisation des laisses de mer sur les plages du benin

1DOSSOU-YOVO Coffi Adrien,

Résumé;
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Les plages béninoises sont le siège d’accumulation de toutes sortes de débris désignés sous le vocable ‘’laisses de mer’’. En raison de ses enjeux environnementaux, sociaux et économiques, le phénomène des laisses de mer a retenu l’attention de la communauté scientifique et décideurs notamment en Europe, en Amérique et en Asie. Toutefois, cette forme de pollution reste une préoccupation scientifique marginale en Afrique et surtout dans le golfe de Guinée. Ce travail, le premier du genre mené sur les plages béninoises, vise à contribuer à la connaissance du phénomène au Bénin.
La méthode utilisée est basée sur l’analyse documentaire, la collecte et le pesage des laisses de mer effectués sur 13 sites choisis sur la base de la dynamique côtière.
Les résultats obtenus montrent que les objets laissés par la mer sont aussi bien d'origine naturelle qu’issus de l’activité humaine. Au plan quantitatif, le poids des débris qui s’échouent à chaque marée est évalué à 45 kilogrammes par kilomètre soit 4,5 tonnes pour l’ensemble de la côte du Bénin. Le gisement annuel est évalué à 1750 tonnes.
Les macro-déchets sont prépondérants avec les plastiques, les métaux et les verres qui représentent entre 80 et 90 % du poids de l’ensemble des objets collectés. Ce gisement de laisses de mer est soumis à des variations dans le temps et dans l’espace essentiellement dues aux forçages météorologiques et hydrodynamiques.

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Mots-clés : Bénin, Plages, laisses de mer, caractérisation, enjeux environnementaux

Keywords: Benin, beaches, sea wrack, characterization, environmental issues

Texte intégral

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INTRODUCTION

Interface entre l’hydrosphère, l’atmosphère et la géosphère, le littoral est le siège de dynamiques complexes qui induisent souvent l’accumulation de toutes sortes de débris désignés sous le vocable laisses de mer. Au sens général, ce terme désigne les objets flottants divers abandonnés par la mer au niveau le plus haut atteint un jour donné. Elle est l’accumulation par la mer de débris naturels ou d’origine anthropique visibles à l’œil nu, drossés à la limite supérieure du flot (Debout et Spiroux, 2000, p. 7). Il s’agit d’un phénomène planétaire constant et massif (Barnes, 2002, p. 809 ; UNEP, 2009, p, 7) qui prend des proportions alarmantes. Ce sujet est devenu une préoccupation internationale à tel point que l’ONU, lors de l’ouverture de sa première assemblée sur l’environnement, tenue en 2014 à Nairobi au Kenya, a reconnu l’importance de leurs impacts environnementaux et a lancé un appel mondial en vue de leur prise en compte (IISD, 2016, p. 9).
Le phénomène des laisses de mer a très tôt marqué l’intérêt des chercheurs et gestionnaires du cadre de vie en Europe et en Amérique. Malheureusement, l’Afrique est restée un terrain quasi vierge en termes de travaux d’études et de recherches consacrés aux enjeux environnementaux, sociaux et économiques liés à ce phénomène. Cette situation ne favorise guère la prise en compte de ces formes de rejets dont la gestion rationnelle exige une connaissance approfondie de leur nature et de leur volume (ADEME, 2005, p. 9). Ce constat appelle les questions suivantes : Comment se manifeste le phénomène des laisses de mer dans le contexte hydrodynamique du golfe du Bénin ? Quelles sont les caractéristiques des objets rejetés par l’océan ? Comment se déposent-ils dans le temps et dans l’espace ?
Le présent travail se veut être une approche exploratoire du phénomène à partir de l’exemple du littoral béninois. Il s’appuie sur la méthode d’analyse directe des objets déposés par l’océan pour en définir les caractéristiques à travers leur composition et leur quantité. Il analyse ensuite la variabilité du gisement des rejets dans le temps et dans l’espace. Il jette enfin un regard sur les facteurs induisant cette variabilité.

1. Contexte géographique de l’étude

Le cadre géographique de cette étude est le littoral stricto sensu, secteur géographique allant de Hilla- Condji à l’Ouest (frontière du Togo) à Kraké à l’Est (frontière du Nigeria). Il s’agit d’une étroite bande de 530 km2, longue d’environ 125 km et large de 5 km en moyenne (figure 1). Mais de façon spécifique l’aire de manifestation du phénomène des laisses de mer à proprement parler est la zone de balancement des marées encore appelée estran.

Figure 1 : Situation géographique du secteur d’étude


Le secteur baigne dans un climat de type subéquatorial marqué par deux saisons pluvieuses et deux saisons sèches: la grande saison pluvieuse (en mars-juillet) ; la petite saison sèche (en juillet-août) ; la petite saison pluvieuse (en septembre-octobre) la grande saison sèche en (novembre-mars). La dynamique de cet espace est induite par les marées, les houles et les vents. Les marées océaniques sur les côtes sont microtidales et semi-diurnes avec des marnages extrêmes de +1,95m et 0,20m, mais l’amplitude tourne généralement autour d’un mètre. Les vagues les plus fréquentes proviennent du secteur Sud, avec un impact significatif sur la côte (Laibi et al. 2014, p.2). A l’échelle diurne, la hauteur de la marée varie de manière presque sinusoïdale ; elle prend deux valeurs maximales et deux valeurs minimales qui apparaissent respectivement aux environs de 06 heures et de 18 heures GMT d’une part puis autour de 00 heure et de 12 heures d’autre part. La direction et le régime des agitations sont liés à ceux des vents. Ils font apparaître deux saisons : l’une de vagues de faible hauteur (0,4-0,5 m) de octobre/novembre à mai/juin ; l’autre où durant l’été les hauteurs atteignent et dépassent 2 m (Rossi, 1989, p. 143 ; Laibi et al. 2014, p.2).
Le vent intervient par son nodule et sa direction. En fonction de leur fréquence, les vents venant du sud et ceux de l’Ouest sont les vents majeurs qui influencent la dynamique littorale. Selon Laibi et al (2014, p.2), les vents du secteur W représentent 97,71 % des forçages lies aux vents. D’autres vents tels que les alizés du NE n’interfèrent que très sommairement (2,29 %) entre novembre et mars : ce sont des vents mineurs.

2. Matériels et Méthode

2.1. Matériels et outils utilisés

Plusieurs matériels et outils ont été déployés dans la conduite de ce travail (tableau 1).

Tableau 1: Matériels et outils de collecte de données


Comme le montre le tableau 1, les matériels et outils répertoriés sont ceux utilisés pour les études géographiques pour le géo référencement du secteur d’étude. A cela s’ajoute le matériel spécifique utilisé dans les différentes étapes de la caractérisation des débris laissés par la mer. A cela s’ajoutent des équipements de protection individuelle en vue d’éviter les blessures corporelles lors des opérations sur le terrain.

2.2. Méthodes de collecte

Les laisses de mer représentent un problème environnemental complexe dont l’étude exige une approche méthodologique bien éprouvée. Depuis une trentaine d’années, des scientifiques travaillent à développer des méthodes qui soient les mieux adaptées à ce sujet. Il n’y a pas encore à ce jour de protocole d’évaluation commun.
Dans le cadre de de la présente étude, les laisses de mer ont été caractérisées suivant les procédés habituellement utilisés pour caractériser les déchets, en l’occurrence la méthode d’analyse directe. Elle consiste à quantifier les déchets en procédant à leur collecte, à leur tri et à leur pesage in situ.

2.2.1. Recherche documentaire

Cette étape a permis de faire le point des connaissances sur le sujet à travers les publications disponibles au niveau des centres universitaires et de recherches, des institutions publiques et privées, nationales ou régionales dont les activités sont en liaison avec l’objet de l’étude. Il s’agit principalement de l’Université d’Abomey Calavi, du Ministère chargé de l’Environnement, de l’Agence de Sécurité pour la Navigation Aérienne en Afrique et à Madagascar (ASECNA), du Port Autonome de Cotonou. Les données issues de cette recherche documentaire ont été complétées par les enquêtes de terrain.

2.2.2. Collecte des données sur le terrain

  • Observation : il s’agit d’un ensemble d’observations in situ en vue de comprendre les mécanismes de transport et de dépôt des débris marins, en particulier leur distribution dans l’espace et dans le temps le long de la côte.
  • Collecte des dépôts : la caractérisation des laisses de mer est une opération difficile et complexe qui requiert une méthodologie bien éprouvée. Dans le cadre de cette étude les étapes suivies sont les suivantes.
  • - Définition des périodes de collecte : les travaux antérieurs ont établi une forte corrélation entre le vent et les vagues (G. Rossi, 1989, pp 143-145). Selon ces auteurs, la direction et le régime des agitations sur les côtes béninoises font apparaître deux saisons. L’une est marquée par des vagues de faible hauteur (0,4-0,5 m) et s’étend entre octobre/novembre et mai/juin. L’autre, centré sur l’été boréal (juin, juillet, aout, septembre), enregistre des hauteurs dépassant 2 m. Prenant en compte cette réalité, deux campagnes ont été menées en vue de mesurer l’influence de la variation saisonnière des forçages sur la quantité et la composition des dépôts. La première campagne a eu lieu au mois de juin 2016 et la seconde au mois d’avril 2017.
    - Durée de la campagne : le principe généralement admis pour ce genre d’opération est que le temps de campagne minimal soit un multiple du « cycle de production » observé (ADEME, 2005, p. 16). Le cycle étant diurne, chaque campagne a duré 3 jours consécutifs.
    - Définition des sites de collecte : Au total, treize (13) sites ont été retenus sur la base des caractéristiques morphologiques et des facteurs hydrodynamiques et météorologiques du littoral béninois (tableau 2).

    Tableau 2 : Caractéristiques des sites retenus pour l’étude

    Figure 2 : Localisation des sites retenus


    -Caractérisation proprement dite: comme le montre la planche 1, l’opération de caractérisation comprend essentiellement quatre étapes.
    Planche 1 : Principales étapes de l’opération de caractérisation des laisses de mer

    Les phases illustrées par la planche 1 se déclinent comme suit.
    - Délimitation du site de collecte : La collecte des dépôts a eu lieu sur des sections de plage délimitée par une bande rectangulaire de 200 m de long sur une largeur correspondant à l’estran. Le transect ainsi défini est limitée par la mer et le haut de plage, à la rencontre la rupture de pente ou de la végétation. Pour écarter le risque de contamination par les déchets issus des activités balnéaires et de plaisance locale, les sites sont systématiquement nettoyés avant chaque opération, d’une part et d’autre part, la collecte des débris est faite en dehors des week-ends et des jours fériés.
    - Collecte : il s’agit d’une collecte systématique sur chaque site. Le collecteur se place perpendiculairement au trait de côte, et ramasse les débris suivant des bandes de 2 mètres de large. Ensuite tous les objets laissés sur le site sont collectés. - Tri sélectif : à la fin de chaque vague, les objets laissées par la marée sont récupérés et séparés dans des sacs poubelles selon la nature des éléments constitutifs à savoir biologique (végétaux et animaux), plastiques, papiers, verres, les métaux, etc. - Pesage : le contenu de chaque sac poubelle est pesé à l’aide d’une balance électronique portatif, sensible à partir de 10 g et pouvant supporter un poids maximum de 40 kg. Les résultats sont reportés sur le canevas de caractérisation en vue de la quantification des laisses de mer collectées.
    - Quantification du gisement: la quantité de débris laissés est définie sur 24 heures (durée d’une marée). Cette échelle temporelle comprend deux valeurs maximales et deux valeurs minimales qui apparaissent respectivement aux environs de 06 h et de 18 h GMT d’une part puis autour de 00 h et de 12 h d’autre part.

    2.3. Traitement des données et analyse des résultats

    Les données recueillies ont été traitées avec le logiciel SPSS 17.0 et le tableur Excel 1.10. Les cartes ont été réalisées à partir du logiciel Arcview 3.2. La quantité de débris laissée par l’océan est obtenue par la moyenne arithmétique des relevés sur la période de référence par le nombre de relevés. Elle est écrite Quant aux gisements journalier, saisonnier et annuel, il est obtenu par extrapolation des résultats issus de l’échantillon en tenant compte de l’effet de la saisonnalité de remaniement. Pour mettre en évidence la discrétisation spatio-temporelle du gisement de débris laissés par l’océan, il a été procédé au calcul du coefficient de variation

    3. Résultats

    La connaissance du phénomène des laisses de mer passe par la réalisation d'inventaires par l’analyse permettant d'évaluer la nature et la quantité de déchets échoués et de définir leurs caractéristiques. La méthode utilisée est basée sur les matériaux constitutifs des débris. Cette approche semble pertinente parce que ce sont ces matériaux qui ont déterminé leurs comportements dans les milieux et leurs temps de dégradation.

    3.1. Typologie des débris laissés par les marées

    La nature et les types de débris qui se sont échoués sur les plages béninoises ont été extrêmement variables. Ils ont été répertoriés par catégories en fonction des matériaux constitutifs (Planche 2).

    Planche 2 : Composition des laisses de mer


    La planche 2 permet de distinguer deux principaux types d’objets qui s’échouent sur les plages : les objets d’origine biologique et ceux d’origine humaine encore appelés macro-déchets. Ces derniers sont essentiellement des débris d’emballages alimentaires ou en lien avec les activités anthropiques menées à terre, y compris sur le littoral qui sont entraînés dans l’océan, notamment en période de forte pluie. La part relative de chacun de ces deux types de dépôts est définie à la section 3.2.

    3.2. Quantification du gisement de laisses de mer

    Sur les treize sites étudiés, le poids moyen des objets laissés par la mer à l’échelle d’un cycle de marée sur l’ensemble des plages s’élève à 4,5 tonnes. Sur un linéaire de plage d’un kilomètre, le poids moyen des dépôts est de 45 kilogrammes. Le gisement annuel est évalué à 1750 tonnes. Il faut souligner que cette estimation ne prend pas en compte l’arrivée massive des algues marines entre mars et avril en raison du caractère aléatoire de l’apparition de ces algues sur les côtes béninoises. La figure 3 présente la part de chaque type de matières dans le gisement.
    La figure 3 indique que le gisement des laisses de mer est caractérisé par la prépondérance des objets plastiques (64 %) et des métaux (12 %). Les matériaux d’origine biologique représentent environ 16 % de l’ensemble des déchets. Le gisement est caractérisé par les déchets issus de l’activité humaine et ceci, quel que soit le secteur de plage considéré (Figure 4).

    Figure 4 : Part des objets d’origines naturelle et anthropique dans le gisement


    Tous les secteurs de côte considérés, les objets d’origine humaine tiennent une part prépondérante dans le gisement des débris laissés par les marées. Leur proportion varie entre 74 et 85 %. Les plus fortes proportions sont enregistrées dans les secteurs fortement urbanisés et aux embouchures des fleuves. Le problème affecte tous les secteurs de plages, avec Toutefois, une ampleur variable dans le temps et dans l’espace.

    3.3. Variabilité du gisement de laisse de mer

    Par les jeux hydrodynamiques et la géomorphologie, les laisses de mer ont affecté l’ensemble du littoral. Toutefois, le phénomène n’est pas enregistré partout de la même manière ni avec la même intensité.

    3.3.1. Variation saisonnière du gisement de débris

    L’analyse des résultats met en évidence de fortes variations du gisement de débris laissés par la mer (figure 5).

    Figure 5 : Variation de la quantité de débris laissés par la mer entre deux campagnes


    Dans l’ensemble, le gisement a connu une variation de 20 % entre les deux campagnes, passant de 5.1 tonnes à 3.8 tonnes par marée. Le coefficient de variation du poids du gisement oscille entre 5 % et 38 % selon les types de débris. Les échouages les plus abondants ont été enregistrés entre octobre/novembre et mai/juin, périodes marquées par des forçages hydrométéorologiques de forte amplitude. A contrario, l’échouage des débris sur les plages a été le plus faible aux mois de juin, juillet, août et septembre. Les débris ne présentent pas la même vulnérabilité face aux facteurs de transport. Les débris les plus légers (plastiques, textile, papier et végétaux) affichent les variations les plus importantes (entre 15 et 38 %) sur l’ensemble du littoral. Cette variabilité s’est davantage affirmé lorsque l’analyse prend en compte la part relative de chaque type de matière dans le gisement (planche 3).

    Planche 3 : Composition du gisement de laisse de mer selon les secteurs de plage


    L’analyse des graphiques de la planche 3 révèle que les objets légers (plastiques, textiles) sont plus présents dans les dépôts des secteurs en engraissement : Adounko-Plage et Ouest du Port de Cotonou et aux embouchures (entre 80 et 90 % des dépôts, contre 63 % pour l’ensemble). Par contre, les objets lourds comme les métaux et les verres ont une présence nettement supérieure à la moyenne dans les secteurs en érosion (entre la frontière du Togo et la localité de Djondji et de l’Est du Port de Cotonou à la frontière du Nigeria) que partout ailleurs sur la plage.
    Cette variation saisonnière du gisement est amplifiée par la dynamique morphologique (Figure 6).

    Figure 6 : Variation du gisement selon la composition et dynamique côtière


    Selon la figure 6, les segments de côte en engraissement et ceux en équilibre dynamique enregistrent les plus forts coefficients de variation comparativement aux secteurs de côte soumis à l’érosion. Il faut souligner que le très fort coefficient de variation observé au niveau du gisement de débris végétaux s’explique par l’invasion saisonnière des plage par d’immenses bancs d’algues, en particulier les espèces Sargassum fluitans et Sargassum natans, dont la couleur varie du jaune-marron au marron foncé quand elles sèchent sur les plages (planche 4).

    Planche 4 : Invasion des plages béninoises par les algues marines


    Ce phénomène a été observé pour la première fois en 2011 et se répète chaque année entre les mois de mars et d’avril. Les collectes effectuées ont permis d’estimer le poids des algues échouées sur les plages à 250 kilogrammes par kilomètre de plage et par marée, ce qui représente plus de 85 % des laisses de mer naturelles sur les côtes béninoises. Du fait de l'hydrodynamisme et de la configuration du trait de côte, il existe des zones privilégiées de concentration des débris flottants.

    3.3.2. Variation spatiale du gisement

    L’océan Atlantique dépose des débris sur tous les secteurs côtiers. Cependant, du fait de l'hydrodynamisme et de la configuration du trait de côte, il est observé une inégale répartition des débris déposés par la mer (Figure 7).

    Figure 7: Répartition géographique des laisses de mer


    La figure 7 révèle que la quantité de débris échoués varie selon les plages. Les échouages les plus abondants sont enregistrés dans les secteurs côtiers proches des grands centres urbains et périurbains ou des estuaires (Avloh Plage, Placondj, Hio, Togbin, Obama Beach).
    D’un autre côté, la dynamique sédimentaire de la plage semble également influencer le gisement de débris déposés par l’océan (figure 8)

    Figure 8 : Variation spatiale du gisement selon la quantité et la dynamique littorale


    La figure 8 suggère une forte corrélation entre le gisement de débris et la dynamique côtière (Figure 8). L’accumulation des débris est plus forte dans les secteurs en engraissement couvrant 14 % du linéaire côtier et concentrant 45 % du gisement des débris laissés par les vagues. Pour leur part, les secteurs en équilibre dynamique (le quart du linéaire côtier) ont accueilli 30% de débris marins. En revanche, les secteurs érodés qui ont totalisé près des deux tiers du littoral n’en n’ont enregistré que 25 % du gisement. La figure 9 illustre bien la répartition du gisement de laisses de mer selon la dynamique sédimentaire le long des côtes béninoises.

    Figure 9 : Répartition spatiale du gisement de laisses de mer


    La variabilité spatiale a été observée également suivant le profil latéral de l’estran (de la ligne de rivage au haut de plage). En effet, dans les secteurs engraissé ou stables, il est observé souvent plusieurs cordons de laisses successives, correspondant chacune à un niveau de laisse de mare. En général, les dépôts s’opèrent sur trois cordons: le premier est constitué des laisses de dernière heure de la marée, le deuxième cordon correspond aux laisses des plus hautes marées et le dernier cordon correspond à la zone d’envol et de piégeage des déchets légers. La formation de plusieurs cordons de laisses de mer a été observé surtout lors des marées de mortes eaux, chacun étant la manifestation d’un coefficient différent. Sur les secteurs de côtes en très forte érosion, les débris ont été laissés sur un seul et unique cordon en raison de la morphologie de la plage, en particulier une largeur très faible de l’estran.

    4. Discussion Se situant au croisement des sciences de la nature et des sciences sociales, le champ d’investigation de cette étude est quasi vierge en ce qui concerne le littoral du golfe du Bénin. C’est dire que les liens entre les résultats de ce travail ont été faits avec ceux des travaux effectués sous d’autres cieux en particulier en Europe et en Asie. La confrontation des résultats issus de ce travail aux études antérieures portent sur deux aspects : la composition et la variabilité du gisement des laisses de mer.

    4.1. Composition des laisses de mer

    L’ampleur du gisement de débris marins est un des principaux facteurs qui déterminent la composition des laisses de mer. L’analyse du gisement de laisses de mer met en exergue la prépondérance des macro déchets issue de l’activité humaine matières faiblement biodégradables à savoir, les plastiques les métaux, et le verre. Ces résultats sont en adéquation avec ceux des études réalisées depuis plus de trois décennies, notamment en Europe, en Asie et en Amérique, qui ont clairement montré que ces déchets sont composés en grande majorité d’un mélange de plastique, de verre et de métaux (Barnes et al., 2009, p. 1991, p.1988; UNEP, 2009. P, 13).
    Deux principaux facteurs peuvent être avancés pour expliquer l’omniprésence des matières plastiques dans la composition des laisses de mer. D’abord leur utilisation accrue au sein de l’industrie de consommation. De nos jours, on trouve du plastique dans la plupart des objets de la vie quotidienne ainsi que dans un grand nombre de secteurs différents. La polyvalence de ces matières, leurs propriétés de légèreté et leur résistance aux chocs et au temps, ainsi que leur caractère bon marché (Laist, 1987.pp 99-100) les rendent ainsi particulièrement adaptées à la conception d’une large variété de produits. La prépondérance de ces objets, en particulier les plastiques découle de la faible dégradabilité des matériaux constitutifs. Les micro-organismes détritivores et décomposeurs ont peu d’effets sur leur dégradation. Lorsque ces déchets aboutissent dans le milieu naturel, celui-ci ne contient pas les éléments pour les dégrader. Ces objets sont fabriqués pour justement résister à la putréfaction, à la dégradation par les micro-organismes et les décomposeurs naturels. De ce fait, les plastiques les métaux el les verres ont un cycle de vie de plusieurs décennies. De ce fait, ces objets peuvent dériver durant plusieurs mois, voire plusieurs années avant de s’échouer ou de se déposer. Ces résultats confirment les conclusions de nombreux travaux (Gregory and Ryan, 1997, p. 54). Les déchets d’origine humaine contenus dans les laisses sont des objets de tailles diverses fabriqués et utilisés par la population mondiale, qui se retrouvent directement ou indirectement introduits dans les milieux aquatiques. Ces activités humaines, qu’elles soient localisées sur le littoral ou en pleine terre, produisent des déchets qui, lorsqu’ils ne sont pas pris en compte par des systèmes de collecte adaptés, finissent souvent dans les réseaux pluviaux ou bien directement dans le milieu marin.
    La composition des déchets produits par la population mondiale se répercute directement sur la composition des laisses de mer notamment en ce qui concerne les macro-déchets. Les déchets produits par l’Homme se retrouvent en mer et sont rapportés sur les plages par les courants marins et se retrouvent dans la laisse de mer. Les plages sont ainsi devenues ‘’le réceptacle ultime de tous les déchets de l'activité humaine" (Burgenmeier, 2000, p. 20). 4.2. Variabilité du gisement
    Les résultats du présent travail montrent également une variabilité du gisement des débris dans le temps et dans l’espace. Cette variabilité dépend principalement des caractéristiques hydrodynamiques et atmosphériques du milieu, ainsi que de l’importance et de la localisation des sources de pollution. Ces résultats confirment ceux des travaux antérieurs (UNEP, 2009. P, 13 ; Mansui, 2010, p. 27, p. 36). La variabilité du gisement de déchets est étroitement liée aux conditions hydrodynamiques qui se manifestent au travers de différentes échelles de temps: interannuelle, annuelle, saisonnière, hebdomadaire voire journalière (marée). Dans le cadre de ce travail, l’échelle de temporalité prise en compte se rapporte avant tout à la marée. Trois facteurs principaux interviennent dans la mise en mouvement des débris : les cours d'eau, les courants marins et les vents.
    Les cours d'eau constituent le vecteur principal de circulation des déchets de l'intérieur des terres vers le littoral. Ils drainent aussi bien des déchets d'origine naturelle, comme les végétaux, que des déchets sauvages issus de l’activité humaine. Ce flux explique en grande partie l’accumulation de débris relevée au niveau de l’embouchure du fleuve Mono « Les Bouches du Roy » et du chenal de Cotonou. L’action des cours d’eau est sous la plus ou moins grande dépendance de la pluviométrie qui agit par des crues qui entraînent les débris végétaux ainsi que des éléments de décharges sauvages localisées sur le lit majeur. A titre d’exemple, des déchets domestiques abandonnés en ville, tels que les mégots de cigarette, les papiers ou les emballages, sont souvent retrouvés sur les plages du bassin versant correspondant, particulièrement après des périodes de fortes pluies (Poitou, 2004, pp, 19-20).
    Quant aux courants, ils constituent le principal agent hydrodynamique de la mobilité des sédiments. Il s’agit de la dérive littorale ou ”courant longshore” qui découle de l’obliquité des vagues par rapport à la côte. Ce courant particulier est fortement impliqué dans la dynamique des sédiments et par ricochet des matières et peut transporter des sédiments sur des dizaines ou des centaines de kilomètres (Dehouck et al, 2008, pp. 8-10). Plusieurs travaux ont montré la capacité des courants marins à transporter des déchets (Aliani et Molcard, 2003, pp. 62-63; UNEP, 2009, p. 13; Maes and Blanke, 2015, pp. 7-8). S’agissant du vent, ses effets se manifestent à la fois à terre et en mer. A terre, le vent emporte des déchets légers de décharges sauvages, de poubelles éventrées, d'activités industrielles et agricoles, d'aires de pique-niques vers les cours d'eau et la mer.
    En mer, le rôle joué par le vent dans la circulation des déchets est plus difficile à établir. En effet tous les déchets ne présentent pas la même vulnérabilité à ce facteur. Il est évident par exemple que le polystyrène, en raison de sa faible densité y est plus sensible qu'un amas de cordages plus lourd. D'autre part, la difficulté réside dans le fait d'évaluer le résultat de l'interaction entre le vent et le courant. Toutefois, des études (Smith, 1991, p. 363) ont montré que la direction du vent fournit de meilleures prédictions de dérive des objets flottants que l'analyse des courants. Par ailleurs, après leur échouage, les déchets sont encore susceptibles d'être déplacés, notamment par le vent et constituent alors une source secondaire de macro-déchets pour la zone marine adjacente (Henry, 2010, p. 9). Mais en réalité les vagues, les courants et les vents jouent un rôle complémentaire sur le transport des matières : les vagues ont pour effet de favoriser la mise en suspension des matériaux de toutes sortes de sédiments, qui sont ensuite transportés par les courants moyens. La variation spatiale des taux de transport entraîne des phénomènes de mise en mouvement des débris (Villaret, 2004, p. 251).

    CONCLUSION

    La présente étude a permis d’apprécier et d’évaluer la nature et la quantité des objets solides que l’océan atlantique dépose sur les côtes béninoises. Ces matériaux sont composés aussi bien des débris d'origine naturelle (végétaux et animaux) que de tous les types de déchets issus de l’activité humaine et finissent souvent dans le milieu marin. Au plan quantitatif, le poids des objets qui s’échouent à chaque marée est évalué à 4,5 tonnes. Les macro-déchets sont prépondérants avec les plastiques, les métaux et les verres qui représentent entre 80 et 90% du poids de l’ensemble des objets collectés. Le milieu marin se comporte ainsi comme un miroir de la société et les macro-déchets qu’il laisse sont le reflet de modes de consommation. Le gisement de laisses de mer est sujet à des variations saisonnières essentiellement dues aux forçages météorologiques et hydrodynamiques.
    Ce travail, le premier du genre mené sur les plages béninoises, est une contribution importante à la connaissance du phénomène des laisses de mer. Les résultats obtenus peuvent trouver plusieurs applications en ce qui concerne la définition d’une stratégie globale de gestion des déchets au sein des collectivités locales de la zone côtière.

    Bibliographie

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    Notes

    Table des illustrations

    Auteur(s)

    1DOSSOU-YOVO Coffi Adrien,
    1Enseignant-Chercheur Département de Géographie et Aménagement du Territoire, Université d’Abomey-Calavi Membre permanent du Laboratoire d’Etudes des Dynamiques Urbaines et Régionales (LEDUR) dosadrien@yahoo.fr

    Droits d'auteur

    Université Félix Houphouët-Boigny (Abidjan, Côte d’Ivoire)

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    « Métropoles portuaires et territoires de l'hinterland en Afrique subsaharienne », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 28 avril 2015

    Appel à contribution
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