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Niveau d’accès à l’eau potable et maladies diarrhéiques dans la commune de Bongouanou (Centre-Est de la Côte d’Ivoire)

1TUO Péga, 2DIABIA Thomas Mathieu, 3ANOH Kouassi Paul

Résumé;
Français
English

La problématique d’accessibilité à l’eau potable est généralement abordée à partir du taux d’accès, basé seulement sur les systèmes d’approvisionnement en eau en rapport avec la population. Concernant, l’analyse du niveau d’accès en rapport avec les maladies diarrhéiques, qui est basée sur les indices qualité de l’eau, quantité d’eau potable par habitant/jour, distance, temps et fiabilité, elle a été très peu étudiée. Cette étude établit le lien entre le niveau d’accès à l’eau potable et les maladies diarrhéiques dont souffrent les ménages de Bongouanou. De façon spécifique, elle définit les différents niveaux d’accès à l’eau potable selon les échelles, fait la répartition spatiale des maladies diarrhéiques recensées et établit un rapport entre ces deux aspects. Cette relation est prouvée par la méthode géostatistique (la régression linaire de Bravais-Pearson). L’analyse est faite à partir d’un échantillon de 455 ménages, dont 210 à l’échelle rurale et 245 à l’échelle urbaine. A l’échelle communale, le niveau d’accès à l’eau potable est dominé par les caractères médiocre et difficile. Mais inégalement répartis dans les espaces investigués ; ce qui donne un taux d’accès de 43,74%. Aussi, les variables afférentes aux maladies diarrhéiques, font l’objet d’une disparité spatiale. Des relations significatives et négatives (r = - 0,92) à l’échelle rurale et (r = - 0,74) à l’échelle urbaine. L’intensité de ces relations est justifiée par les coefficients de déterminations (r2) égale 85% chez les ruraux et 55% chez les citadins. De ce fait, le niveau d’accès à l’eau potable dans la commune de Bongouanou est en rapport avec les maladies diarrhéiques.

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Mots-clés : Côte d’Ivoire, Bongouanou, niveau d’accès, eau potable, maladies diarrhéiques.

Keywords: Ivory Coast, Bongouanou, level of access, drinking water, diarrheal diseases.

Texte intégral

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INTRODUCTION

En raison de leurs répercussions sur l’environnement et sur l’homme, les questions de l’eau sont placées depuis quelques années, au centre des préoccupations des scientifiques et des politiques. L’eau étant l’une des composantes majeures de l’organisme humain (plus de 2/3, soit 70% du poids de l’homme), elle a fait l’objet de plusieurs forum à l’échelle internationale : Marrakech en 1997, la Haye en 2000, Kyoto en 2003, Mexico en 2006 et Egypte en 2008 (ONU, 2005 et Nguengar, 2011). Cependant, tous ces efforts semblent ne pas donner de suites favorables à la problématique de l’accessibilité à l’eau potable à l’échelle planétaire. En 2004, 100% des français bénéficiaient d’une couverture en eau potable, alors que cette proportion était de 69% en Côte d’Ivoire, 72% en Djibouti, 43% en Erythrée et 29% en Somalie (OMS, 2007). Selon Achi (2012), en Côte d’Ivoire, dans le monde rural, le taux d’accès à l’eau potable a régressé de 70% en 1990 à 50% en 2012, et en milieu urbain, il est passé de 80% à 65% pour les mêmes dates.
A l’échelle des collectivités locales, dans la commune de Bongouanou, 55% de la population avait accès à l’eau potable en 2009 (RCI, 2009). Et pourtant, la commune dispose des trois types de points d’eau modernes (Hydrauliques Villageoises, Hydrauliques Villageoises Améliorées et Hydraulique Urbaine). Elle est située au Centre-Est de la Côte d’Ivoire (carte n° 1), dans la région du Moronou.

Carte n° 1 : présentation de la commune de Bongouanou

La population communale connait un accroissement ; 12 714 habitants en 1970, 29 148 habitants en 1988, soit plus que le double en 13 ans (MEFP, 1980, MLCVE, 1997 et RGPH-88). Et en 1998, elle était de 31 827 habitants (RGPH-98). Sur la base des données de l’INS, la population est estimée à 36 938 habitants en 2015. Or, en parallèle, la diarrhée, une des maladies hydriques (liée à la consommation de l’eau non potable), connait aussi une progression (OMS/UNICEF, 2004): les statistiques du district sanitaire de Bongouanou ont relevé 7 085 cas de maladies diarrhéiques en 2011. Ce chiffre est passé à 8 304 en 2012, soit un accroissement de 14,68%. Et jusqu’à la fin du mois d’Octobre de 2013, il a été dénombré 7 392 malades de diarrhées. Au regard de ces constats, il se pose le problème de difficile accès à l’eau potable et de la propagation de maladies diarrhéiques dans la commune de Bongouanou. Comment le niveau d’accès à l’eau potable expose-t-il les ménages de la commune de Bongouanou aux maladies diarrhéiques ? Cette recherche veut établir le lien entre le niveau d’accès à l’eau potable et les maladies diarrhéiques dont souffrent les ménages de Bongouanou.

1. Outils et méthodes

Pour collecter les données, deux méthodes ont été utilisées. Il s’agit d’abord de la recherche documentaire. Elle nous a permis de bâtir l’introduction, et d’engager la discussion des résultats obtenus. Puis, les données primaires, c’est-à-dire, les informations produites par nous-mêmes à partir des questionnaires adressés aux chefs de ménages des deux zones d’études. A défaut de faire un recensement exhaustif, nous avons opté pour un échantillon de ménages, auxquels les questions ont été adressées. Et à l’intérieur de chaque strate, nous avons appliqué le tirage systématique à probabilité inégale ; et dont la méthode est appelée : plan d’échantillonnage systématique à probabilité inégale stratifiée. C’est une méthode qui nous assure d’avoir un échantillon représentatif, dont la composition est semblable à celle de la population mère. En effet, suite à l’application de la méthode, 455 ménages ont été tirés dans la commune de Bongouanou ; dont 245 à l’échelle urbaine et 210 à l’échelle rurale (tableau n° 1).

Tableau n° 1 : Répartition des ménages de la commune de Bongouanou selon les échelles

Pour traiter les données recueillies, nous nous sommes appuyés les méthodes statistiques. Toutes les données ont été saisies et traitées à travers les logiciels EPI data et Excel version 2013. EPI data a permis de saisir les données d’enquête. Puis ces résultats ont été exploités grâce à Excel version 2013. Le logiciel Excel a servi à élaborer des tableaux et des figures. Puis le croisement des tableaux grâce à la méthode de régression linéaire de Bravais-Pearson nous ont permis d’établir des liens entre les variables (le coefficient de corrélation ‘’r’’). Et de mesurer l’intensité de ces relations par le biais du coefficient de détermination (r2).

2. Résultats

Les résultats de l’étude portent sur l’analyse des différents niveaux d’accès à l’eau potable et les maladies diarrhéiques selon les échelles (rurale et urbaine). Puis, le lien entre ces deux groupes de variables. Ils sont aussi discutés.
En effet, après le traitement des données et analyses, cinq différents niveaux d’accès à l’eau potable (EP) ont été obtenus : le niveau d’Accès Optimal (AO), le niveau d’Accès Intermédiaire (AI), le niveau d’Accès Basique (AB), le niveau d’Accès médiocre (AM) et le niveau Difficile (AD). En consolidant les différentes données, grâce à la matrice d’échelle de service, ces résultats ont été obtenus aux échelles rurale et urbaine (tableau n°2 et n°3).

Tableau n°2 : application de l’échelle de service pour définir les niveaux d’accès des ménages en eau potable en zone rurale

Le tableau n°2 présente les différents niveaux d’accès à l’EP par variable à l’échelle rurale. Et la consolidation des données relatives à ces variables permet de distinguer les caractéristiques de chaque niveau de service d’EP. Puis, selon ces mêmes réalités, le tableau n°3 montre les résultats en milieu urbain.

Tableau n°3 : niveau d’accès par indicateur dans la ville de Bongouanou

2-1 Un niveau d’accès médiocre, difficile et inégalement répartie selon les échelles dans la commune de Bongouanou

Les résultats portent sur deux échelles différentes (échelles rurale et urbaine).

2-1-1 Une échelle rurale dominée par le niveau d’accès médiocre, mais varié

En consolidant les données, le tableau n°4 présente les différents niveaux de services atteints.

Tableau n°4 : Niveau d’accès à l’eau potable à l’échelle rurale

A l’échelle rurale, trois espaces différents se dessinent quant aux niveaux d’accès à l’EP.
Le groupe de niveau médiocre représente la proportion la plus importante. Il est composé en majorité par les ménages de Tanosso (40,00%), Bocassi (37,14%) et de Broukro (34,28%) qui sont voisins et distants de 6 Km. A l’échelle rurale, ce niveau absorbe 28,86% des ménages. Et, est expliqué à 38,33% par l’indice de fiabilité, puis à 23,33% par la quantité : c'est-à-dire que ces populations de Bongouanou souffrent d’un approvisionnement en eau potable très discontinu en temps et en distance réelle, puis en quantité. Ceux-ci bénéficient d’une quantité d’eau potable oscillant entre 5 et 20 litres/habitant/jour, soit en deçà de la norme internationale qui est entre 20 litres et 40 litres/habitant/jour.
La deuxième classe est constituée par le niveau d’accès basique. Elle est composée d’Ahorosso, Akakro et Tanosso. Ce niveau absorbe 26,95% de ménages, soit 57 ménages sur 210. En effet, de façon ordinale, le niveau d’accès basique occupe la deuxième place sur les cinq. Il est expliqué à 35,09% par l’indicateur distance, puis à 17,54% par la quantité : ce qui signifie que la proportion de ménage qui s’identifie à ce niveau passe moins de 1 000 mètres et bénéficie au minimum 20 litres/habitant/jour. Enfin, les espaces qui ont le niveau d’accès difficile à l’eau potable. Ils sont composés de Broukro et les espaces de production agricole (les campements). Ce niveau occupe le troisième rang (21,43%) des différents niveaux d’accès à l’eau potable dominants des espaces ruraux : AM (28,86%), AB (26,95%) et AD (21,43%). Il est justifié à 33,33% par le paramètre temps (plus de 30 min) et 22,22% par la quantité insuffisante d’EP (moins de 5 litres /habitant/jour). Ce sont les campagnards qui souffrent le plus. Ce niveau concerne 74,28% des habitants des campagnes, qui, pourtant sont les grands producteurs du vivre. Cependant, si le temps mis et la quantité inférieure d’EP par habitant/jour sont plus justifiés à Broukro par le caractère incertain (fiabilité) des services de la SODECI ; à l’échelle des campements, ils sont plutôt liés à la distance entre les points d’eau et les concessions.

2-1-2 Des niveaux d’accès à l’eau potable difficiles, médiocres et variés à l’échelle urbaine

Les différents niveaux d’accès à l’eau potable sont consignés dans le tableau n°5.

Tableau n°5 : Niveaux de services combinés par quartier dans la ville de Bongouanou

L’analyse du tableau n°5 montre que 151 ménages enquêtés de la ville, soit 61,63% ont en dessous du niveau d’accès de base (basique), dont 31,84% en niveau médiocre et 29,79% ont un niveau difficile. Ces bas niveaux d’accès à l’EP regroupent les quartiers Agnikro, Dioulakro et Kangandissou. Et, respectivement, 56,19% à Agnikro dont 37,14% en niveau médiocre et 19,05% en niveau AD ; 71,14% à Dioulakro, dont 30% des ménages ont un niveau médiocre et 47,14% en niveau difficile. Puis, 77,14% des enquêtés de Kangandissou, dont 22,86% ont un niveau AM et 56,29% de niveau difficile. Ces ménages accèdent à l’EP à plus de 500 m, plus de 15 min de marche et ont moins de 40 litres d’eau par jour/habitant (pour ceux qui ont un niveau médiocre) et moins de 10 litres (niveau AD). Dès lors, une partie des besoins journaliers est satisfaite par de sources non potables par les ménages de niveau AM et tous les besoins sont gérés par ceux ayant un niveau difficile.
Seulement 38,37% de citadins ont à minima un niveau basique, dont 17,55% ont un niveau optimal (100 litres et plus d’EP/habitant/jour et accèdent à EP à moins de 5 min), 9,79% niveau intermédiaire (entre 60 et 100 litres, à moins de 10 min) et 11,02% niveau basique (soit entre 40 et 60 litres en moins de 15 min d’accès). Les ménages du quartier CEG, espace relativement plat, où vivent la plupart des salariés, sont les plus favorisés par ces niveaux de services. Et, 68,57% de ménages de ce quartier sont concernés. Ces résultats traduisent non seulement les inégalités relatives à l'accès à l'eau potable dans la ville de Bongouanou, mais aussi l'accès très médiocre et difficile aux ressources en eau conventionnelle. Cela est donc réconforté par les signes de comparaison entre l'effectif des ménages selon le niveau d'accès à l’eau potable : AM (31,84%) > AD (29,79%) > AO (17,55%) > AB (12,02%) >AI (9,8%). Il se dessine ainsi, une supériorité numérique des ménages dont le niveau d'accès est inférieur à la norme (ménages non desservis) par rapport à ceux qui ont un niveau acceptable, voire optimal. Dès lors, 61,63% des ménages ont du mal à satisfaire correctement les besoins en consommation d’eau et en hygiène. Il s’agit de l’essentiel des ménages de Dioulakro et Kangandissou voire Agnikro.
La commune de Bongouanou présent des niveaux d’accès à l’eau potable médiocre et difficile. Mais variés entre espaces, puis à l’intérieur de chaque zone d’étude.

2.2. Une répartition variable des proportions de malades de diarrhées selon les échelles à Bongouanou

Les résultats de ce point portent également sur les deux échelles (rurale et urbaine).

2.2.1. Une inégale répartition spatiale de cas de morbidité diarrhéique à l’échelle rurale

Il y a une inégale répartition de cas de maladies diarrhéiques selon le village. Le tableau ci-dessous expose le nombre de cas déclarés et l’effectif réel de ménages qui présentent les signes de la maladie conformément aux normes de l’OMS.

Tableau n°6 : Répartition spatiale de cas de morbidité diarrhéique à l’échelle rurale

A l’analyse du tableau n°6, il ressort que 70,95% des enquêtés affirment être quotidiennement victimes de maladie diarrhéique. Or, conformément aux directives de l’OMS, 56,67% présentent les vrais signes de la maladie. Ces traits permettent de faire une analyse selon le degré d’exposition des ménages par espace.
En effet, à l’échelle rurale, trois groupes d’espaces se distinguent quant à la contraction de la diarrhée (tableau n°6). Le premier groupe est constitué des espaces au sein desquels moins de 50% des ménages sont fréquemment malades de diarrhée. Il s’agit du seul village d’Akakro, dont 34,29% des ménages enquêtés déclarent être constamment sujet de la maladie. Et, dans ce village, seulement 10 ménages, soit 28,57% présentent réellement les signes de diarrhée (9 ménages font trois selles/jour et un fait plus que trois). Ensuite, le deuxième groupe prend en compte les zones qui ont plus que 50% et moins que 70% des ménages qui présentent les signes de la maladie. C’est la classe la plus représentative, composée de 51,43% des ménages d’Ahorosso, 60% à Tanosso et 54,29% à Bocassi. Enfin, à l’échelle rurale, le dernier groupe comptabilise les ménages dont la proportion de la morbidité diarrhéique est supérieure à 70%. Broukro et les campements se distinguent par ce niveau. Ainsi, 85,71% (30 ménages à Broukro) et 94,29% (33 ménages) des campements confirment être quotidiennement l’objet de la maladie. Mais réellement, 71,43% des ménages de Broukro et 77,14% au niveau des campements présentent les signes de diarrhée. Les variations significatives existent aussi chez les citadins.

2.2.2. Une répartition bicéphale de la morbidité diarrhéique à l’échelle urbaine

La majeure partie des citadins de Bongouanou présentent des signes de diarrhéique (tableau n°7)

Tableau n°7 : Répartition spatiale de cas de morbidité diarrhéique à l’échelle urbaine

L’analyse du tableau n°7 montre que 193 ménages, soit 78,77% des citadins enquêtés confirment la fréquence de la maladie. Cependant, 166 ménages, soit 67,75% font réellement la diarrhée. Tous les quartiers de la ville n’ont pas les mêmes proportions quant à l’exposition à cette pathologie.
A l’échelle urbaine, deux types de répartition se dessinent. En effet, il y a les quartiers à morbidité moins prononcée ; c'est-à-dire un taux inférieur à 50% d’affection. C’est le seul quartier CEG, le plus connecté au réseau HU. Seulement 45,71% des ménages affirment fréquemment être sujet de diarrhée. Néanmoins, 34,29% font au moins trois selles/jour. Quant au groupe constitué de forte morbidité diarrhéique, c'est-à-dire, là où la proportion de victime est supérieure à 70% de cas déclarés et 62% de cas réels. Il s’agit des autres quartiers enquêtés, qui font de la ville de Bongouanou un espace très sensible à la maladie. Ainsi, Kangandissou totalise 62,86%, Dioulakro 72,86% et Agnikro 77,14%.
La commune de Bongouanou présente un tableau diversifié quant à la répartition spatiale des sujets victimes de morbidités diarrhéiques. Ce caractère composite est relatif aux deux milieux.

2.3 De forte corrélation significative et négative entre le niveau d’accès et les maladies diarrhéiques dans la commune de Bongouanou

Les résultats sont présentés à l’échelle rurale comme urbaine

2.3.1. De très forte corrélation négative entre le niveau d’accès à l’eau potable et la morbidité diarrhéique à l’échelle rurale

Le croisement des deux groupes de données, à l’échelle rurale, a permis de déceler l’intensité de relation qui existe entre eux. Les résultats sont consignés dans le tableau n°8.

Tableau n°8 : influence du niveau d’accès à l’eau potable sur la morbidité diarrhéique à l’échelle rurale


Le tableau ci-dessus fait transparaître de très forte corrélation négative et significative entre les deux groupes de variables. Ce lien est révélé par le coefficient de corrélation de Bravais-Pearson. Il est égal à (r=-0,92) : ce qui signifie que les villages ou campements caractérisés par des niveaux d’accès à l’eau potable élevés ont de faibles proportions de ménages exposés aux morbidités diarrhéiques, et vice versa. Autrement dit, les deux variables évoluent dans le sens contraire. Cet écart est réconforté par le coefficient de détermination qui exprime l’intensité de relation entre ces deux groupes de variables. En effet, celui-ci est égal à 0,85 ; ce qui veut dire que les cas de morbidités sont expliqués à 85,15% par les niveaux d’accès à l’eau potable.
Spatialement, ces écarts sont prouvés par deux types d’espaces opposés (figure n°1). D’un côté, les villages d’Akakro et d’Ahorosso au sein desquels les niveaux élevés de service d’eau potable sont en contradiction aux cas de morbidités diarrhéiques. Et de l’autre côté, de Broukro, de Tanosso et les campements au sein desquels les faibles niveaux d’accès à l’eau potable équivalent aux cas élevés des populations morbides. L’analyse du signe du coefficient directeur de la droite de régression linéaire (y = -0,7405x + 94,172) révèle la forme décroissante d’un caractère par rapport à l’autre (figure n°1). Puis, le coefficient de détermination r2 montre bien l’existence d’une corrélation de très forte intensité entre ces deux caractères.

Figure n°1 : corrélation entre les niveaux d’accès à l’eau potable et maladies diarrhéiques à l’échelle rurale

2.3.2. Une corrélation négative et significative entre le niveau d’accès à l’eau potable et les maladies diarrhéiques à l’échelle urbaine : des relations moins fortes que le monde rural

La matrice de corrélation a permis également de constater, chez les citadins, une relation négative entre les deux variables prises en compte par l’étude (tableau n°9).

Tableau n°9 : influence du niveau moyen d’accès à l’eau potable sur les incidences diarrhéiques à l’échelle urbaine


Les résultats présentés par le tableau ci-dessus montrent de corrélation négative et significative entre le niveau d’accès à l’eau potable et les cas de maladies diarrhéiques recensées dans les quartiers de Bongouanou. Cette régression linéaire est mise en évidence par la méthode géostatistique (coefficient de corrélation de Bravais-Pearson). Il est égal à - 0,74. Cette relation, quoiqu’elle soit importante, est moins prononcée qu’à l’échelle rurale. Cela est prouvé par le coefficient de détermination, qui est égal à 0,5533 ; ce qui signifie que les indices de morbidités diarrhéiques sont influencés à 55,33% par le niveau d’accès à l’eau potable dans les quartiers de Bongouanou. En effet, d’autres paramètres au rang desquels le niveau d’instruction, la relative culture de lavage des mains au savon, etc., peuvent expliquer cette situation.
Au niveau des zones de résidences, deux situations opposées de même ordre de grandeur permettent d’étayer ces résultats. Il y a le quartier CEG, zone de résidence de la plupart des salariés (appelé encore Résidentiel 1), qui présente un niveau d’accès élevé en AEP opposé aux cas de populations morbides moins importantes (figure n°2). Et le deuxième schéma, présenté par les espaces à morbidités diarrhéiques élevées et à faible taux d’accès à l’eau potable : dont les quartiers Agnikro, Dioulakro et Kangandissou sont concernés. Cette décroissance est perceptible à travers le signe de la droite de régression (y = - 0,66x + 87,873). Ce signe et l’allure de la droite de régression indiquent que la proportion de population malade décroît en fonction de l’évolution du niveau d’accès à l’EP. Et le r2 traduit l’existence d’une corrélation d’intensité moyenne entre les deux caractères (figure n°2).

Figure n°2 : corrélation entre les niveaux d’accès à l’eau potable et maladies diarrhéiques à l’échelle urbaine

3. Discussion

L’analyse a permis de mettre en évidence le lien entre les différents niveaux d’accès à l’eau potable et les indices diarrhéiques dans la commune de Bongouanou. Les paramètres de service d’eau ont servi à définir les différents niveaux d’accès l’eau potable. En exploitant la matrice d’échelle de service (Pezon et al, 2012), cinq niveaux d’accès à l’eau potable ont été obtenus ; il s’agit des niveaux AO, AI, AB, AM et AD. Chaque niveau détermine les caractéristiques de services bien définis, dont l’indice seuil est le niveau service Basique (Base). En milieu rural comme urbain, ce seuil permet de distinguer les ménages qui accèdent à l’eau potable de ceux qui n’accèdent pas : en temps raisonnable (moins de 15 minutes), à une distance acceptable (moins de 500 mètres chez les citadins et de 1 000 mètres chez les ruraux), une eau de qualité (potable), en quantité minimale (20 litres chez les ruraux et 40 litres chez les urbains) et de façon continue (fiabilité). Ces définitions s’appuient sur les normes de l’OMS (OMS, 2003), la méthode de Pezon et al (2012) et la classification de Howard et al (2003). En effet, la répartition spatiale des indices relatifs aux niveaux d’accès à l’EP révèle des disparités entre espace (rural et urbain). Puis des niveaux médiocres, difficiles et inégaux au sein de chaque zone d’étude. La cartographie de ces variables fait transparaître ces écarts. De même, les données recueillies auprès des 455 ménages, relatives aux maladies diarrhéiques, ont permis également d’établir une cartographie à l’échelle rurale et urbaine. Cependant, en confrontant ces données aux mornes de l’OMS, on a pu distinguer les cas réels des cas déclarés : c’est-à-dire, ceux qui font trois selles moles et plus par jour, de ceux qui font moins que ça. Et la distribution spatiale des sujets malades montre également des inégalités entre espaces (rural et urbain). En effet, la mise en relation de ces deux groupes de variables (niveau d’accès et maladies diarrhéiques), à travers la méthode de régression linéaire de Bravais-Pearson, a pu révéler des corrélations. Ainsi, existe-t-il de fortes corrélations significatives et négatives entre ces indices à l’échelle rurale et urbaine : avec r=-0,74 et r2=0,55 chez les citadins, et r=-0,92 et r2=0,85 chez les ruraux. Ce qui veut dire qu’à un taux de confiance de 95%, on a seulement 5% de chance de se tromper quand on affirme qu’il y a de corrélation entre indices. Et ces corrélations négatives expriment des écarts entre ces indices. D’où le lien significatif entre le niveau d’accès à l’eau potable et les maladies diarrhéiques dans la commune de Bongouanou. Des études similaires ont pu montrer le lien entre le difficile accès à l’eau potable et les maladies diarrhéiques, même si les méthodes utilisées ne sont pas pareilles. Dos Santos (2006) a prouvé que la consommation insuffisante d’eau potable par habitant/jour augmente les risques sanitaires, notamment diarrhéiques. L’auteur présente les ménages qui s’approvisionnent via les revendeurs comme les plus exposés à ces pathologies. Pour lui, cette catégorie de population paye dix fois plus que les abonnés, et s’expose aux risques diarrhéiques liés à la collecte, au transport, au stockage, à l’usage et à la quantité inférieure d’eau par habitant/jour. Cette situation montre une chaîne d’exposition aux risques diarrhéiques du fait d’un approvisionnent difficile. Certains ménages du Burkina Faso n’échappent pas à ces pathologies relatives à l’accès à l’eau salubre (Kombassere, 2007) ; même si pour Adams (1989), cité par Dharley (2012), l’histoire de l’eau est liée à celle de la vie et que l’eau est le constituant essentiel de toute la créature vivante sur terre. L’auteur souligne qu’au Burkina, du fait de la croissance urbaine, mal maitrisée, la quantité d’eau potable par habitant jour est limitée dans beaucoup de ménages. Pour pallier au déficit d’eau potable, comme certains ménages de Bongouanou, les Burkinabès sont obligés de recourir aux sources non améliorées, ce qui les exposent aux maladies diarrhéiques. Intembue (2013) est parvenu aux mêmes résultats à Mwene-Ditu en RDC. Pour lui, du fait d’un approvisionnement très incertain, offert par la REGIDESO, seulement 17% des ménages enquêtés ont régulièrement de l’eau potable ; tandis que le reste des ménages bénéficiaires, sont desservis une à deux fois par semaine. Et, selon l’auteur, la détermination de l’impact de l’eau consommée sur les maladies d’origines hydriques, d’après les rapports de la surveillance épidémiologie de la zone, a montré la place qu’occupe cette pathologie. En effet, les maladies diarrhéiques ont occupé la deuxième place après le paludisme, avec 27% de la population.
Comme implications de ces résultats, la question de l’eau potable doit être au cœur des projets de développement ; compte tenu de ses implications (élément de sécurité sociale et de développement humain). Elle doit fait l’objet de beaucoup d’attention et la mise en place des projets d’eau doit faire suite à des études sérieuses impliquant tous les acteurs. Surtout que, pour l’OMS (2004), les heures et les distances consacrées à la recherche de l’eau ont des répercussions négatives sur l’économie et la société. Le problème d’eau occasionne l’absence dans les écoles et services, et sur les pistes pour la recherche de l’eau, les femmes et les jeunes filles sont victimes des agressions de tous genres.

CONCLUSION

Les résultats issus des investigations ont permis de constater des liens entres les paramètres relatifs aux niveaux d’accès à l’eau potable et les maladies diarrhéiques. Cette relation a été prouvée par la méthode géostatistique, la régression linéaire (le coefficient de corrélation de Bravais-Pearson). Elle stipule qu’à un degré de liberté de 95%, soit un taux de risque de 5%, il y a de forte corrélation entre les différentes variables. Ainsi, existe-t-il de très forte corrélation négative et significative entre ce même niveau d’accès à l’eau potable et les cas de morbidités diarrhéiques. Des deux milieux de vie, la corrélation est réelle entre les variables, avec une intensité un peu plus forte chez les ruraux (r=-0,92) par rapport aux citadins (r=-0,74). Ces valeurs révèlent que, plus un espace à un niveau d’accès élevé en eau potable, moins il est exposé aux pathologies diarrhéiques. D’autres facteurs au rang desquels le niveau d’instruction, l’inculture de lavage des mains au savon, le recours à l’assainissement individuel traditionnel (puits perdu, défécation dans la nature, dans les caniveaux, etc.), l’hygiène domestique, permettent aussi d’expliquer la distribution spatiale des cas de maladies diarrhéiques. Il faut, de ce fait, accorder plus d’importance au secteur de l’eau potable. Puis associer à ce secteur, celui de l’assainissement et la culture de l’hygiène à partir des méthodes comme recherche-action-formation.

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Notes

1CV est le coefficient de variation. C’est un indice de dispersion qui permet de voir le caractère de la distribution des variables autour de la valeur moyenne.

Table des illustrations

Auteur(s)

1TUO Péga, 2DIABIA Thomas Mathieu, 3ANOH Kouassi Paul
1Maître-Assistant, E-mail : pega12007@yahoo.fr
2Doctorant, E-mail : diathomath@gmail.com
3Professeur Titulaire, E-mail : anohpaul@yahoo.fr,

Droits d'auteur

Université Félix Houphouët-Boigny (Abidjan, Côte d’Ivoire)

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« Métropoles portuaires et territoires de l'hinterland en Afrique subsaharienne », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 28 avril 2015

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