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Les établissements scolaires dans la mutation spatiale de la ville de Yamoussoukro (côte d’ivoire)

1KOBENAN APPOH Charlesbor , 2BRENOUM Kouakou David, 3GOGBE TERE

Résumé;
Français
English

A Yamoussoukro, les établissements scolaires connaissent un développement notable tant sur le plan quantitatif que qualitatif, ce qui renforce la fonction première de ville scolaire et universitaire à lui assignée. Leur croissance a de nombreux effets sur la vie de la ville. Ce sont d’importants équipements dans la mutation du paysage et du tissu urbain. La place et le rôle des établissements scolaires dans la vie spatiale de la ville de Yamoussoukro sont au cœur de notre analyse. Pour y arriver, l’approche méthodologique s’est appuyée sur la documentation, l’observation, l’inventaire, l’entretien et l’enquête par questionnaires. Il ressort que les établissements scolaires sont de véritables précurseurs du dynamisme spatial de la ville de Yamoussoukro.

Entrées d'index

Mots-clés : équipements, établissements scolaires, mutation du paysage, tissu urbain, ville de Yamoussoukro

Keywords: equipment, schools, landscape change, urban fabric, city of Yamoussoukro.

Texte intégral

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INTRODUCTION

Le rôle de l’école ne se limite pas seulement à une offre de formation, c’est-à-dire un vecteur de socialisation (modernisation des mentalités et changement de statut de l’individu). Elle est également un acteur de la vie urbaine. En effet, l’école1 à travers ses bâtisses, sa population et les activités économiques engendrées, représente un équipement incontournable entraînant d’importants changements dans la localité où elle est implantée. Elle est un levier potentiel de développement démographique, économique, social, culturel et urbain. Cette communication-ci ne veut point étudier les effets démographiques, économiques et sociaux de l’école. Elle cherche plutôt à comprendre les effets spatiaux produits par les établissements scolaires. Les bâtisses scolaires sont un pilier du développement de la localité qui les abrite par la modification de sa structure et de sa trame. Leur simple implantation renforce, embellit l’image de la localité par leur emprise foncière et spatiale. A partir de ces constats, nous voulons montrer le rôle que jouent les établissements scolaires dans la dynamique spatiale des villes de la Côte d’Ivoire, à travers l’exemple de la localité de Yamoussoukro.
Capitale politique et administrative depuis mars 1983, Yamoussoukro ne disposent d’aucun des attributs institutionnels2 du pouvoir. Conçue comme une ville nouvelle, cette cité est privée d’investissements industriels par la volonté politique. En effet, « tandis qu’était (…) forgée une image de ville tertiaire à rayonnement international, des présupposés concernant la compatibilité des différentes fonctions urbaines privaient la ville de ressources en bannissant toute activité industrielle, polluante, désagréable ou inesthétique, Yamoussoukro devant resté ‘’capitale verte’’. En revanche, les congrès, réceptions et manifestations diverses y étant fréquemment localisés, la cité profite d’une ‘’économie de l’apparat’’ » (Dubresson A. et Jaglin S., 1993 : 7). A cet effet, il est assigné à cette ville nouvelle trois vocations principales : universitaire, touristique et religieuse. « Fondée sur la concentration d’établissements d’enseignement (Lycées, CAFOP, Centre Technique, Grandes Ecoles), la fonction scolaire et universitaire de Yamoussoukro est la plus significative des trois » (Dubresson A. et Jaglin S., 1993 : 6). Les équipements scolaires accaparent une proportion considérable des investissements immobiliers. Ainsi, sur un budget d’investissement total de 60 millions de Francs CFA en 1992, 24,4 millions ont été consacrés à la construction d’écoles, 8 millions à celle des kiosques de marché, 4 millions ont été affectés à l’aménagement de l’hôtel de ville et 1,5 millions à celui de la gare routière. La prééminence de la fonction scolaire et universitaire est telle que « pour permettre à la commune de disposer de ressources propres plus sûres et plus stables, il est apparu opportun d’introduire auprès des autorités gouvernementales (…), une requête à octroyer à la commune de Yamoussoukro la propriété de constructions à usage de logement destiné aux professeurs et autres personnels des grandes écoles » (Dubresson A. et Jaglin S., 1993 : 12). Une telle prépondérance de la fonction scolaire joue assurément dans la métamorphose de l’espace de cette ville. Paradoxalement, la place des établissements scolaires dans la ville de Yamoussoukro, tout comme leur impact spatial est méconnus par le grand public. L’impact spatial des équipements de proximité comme les établissements scolaires mérite d’être su dans le cas particulier de la ville de Yamoussoukro. Cet article trouve ici tout son intérêt. Il s’agit de montrer l’influence des infrastructures scolaires dans la transformation de l’espace de la localité de Yamoussoukro.
Comme tel, comment les établissements scolaires transforment-ils l’espace de la ville de Yamoussoukro ? Il s’agit précisément d’analyser les effets des établissements scolaires dans la mutation spatiale de cette ville, ce à travers l’expansion spatiale, les changements physionomique et toponymique de ses quartiers.

APPROCHE MÉTHODOLOGIQUE

Pour parvenir à nos fins, nous avons fait appel à la documentation, à l’observation, à l’inventaire, à l’entretien et à l’enquête par questionnaires. L’étude faisant recours à l’analyse diachronique, l’accent a été mis sur la recherche documentaire. A travers elle, nous avons apprécié le processus d’implantation des établissements scolaires et de transformation de l’espace. Elle a ainsi permis de les dénombrer et déterminer leur superficie dans le tissu territorial de la ville de Yamoussoukro. Somme toute, elle a renseigné sur la fonction scolaire et universitaire de cette localité. Cette documentation est assortie d’une visite sur le terrain afin d’observer de près l’architecture et l’état des bâtiments des écoles. Aussi, avons-nous apprécié l’environnement immédiat et le cadre d’ensemble des quartiers qui abritent des écoles car a priori le statut de l’établissement influence le bâti. Cette observation a dévoilé les différents circuits et nœuds (gares des taxis-ville) permettant de rallier les résidences aux établissements, mais également les marchés afférents.
La recherche documentaire et l’observation de terrain ont permis de dénombrer et de cartographier les établissements scolaires ainsi que les autres équipements (administratifs, culturels, touristiques, de sécurité, sanitaires, de transport, industriels, …) dont dispose Yamoussoukro. Cet inventaire a aidé à déterminer l’emprise spatiale des établissements scolaires dans le tissu urbain de Yamoussoukro. En plus, la répartition-distribution de ces équipements éducatifs a aidé à comprendre la toponymie de certains quartiers de la ville.
A l’effet de connaître et d’appréhender le rôle joué par les autorités décentralisées (Mairie et District) dans la construction des établissements scolaires, nous avons eu des entretiens avec le Directeur Technique de la Mairie et le Secrétaire Général du District de ladite localité. De plus, nous nous sommes entretenus avec la Directrice de la DRENET (Direction de l’Education Nationale et de l’Enseignement Technique) de Yamoussoukro, avec le Directeur de la Carte Scolaire de la DRENET, en vue de recueillir les avis sur le rôle des établissements scolaires dans la dynamique urbaine de cette cité.
Enfin l’enquête par questionnaire a été nécessaire pour comprendre le lien entre réalisation scolaire et évolution du quartier en termes de mise en valeur des lots et des densités humaines. A ce titre, 100 individus ont été interrogés à raison de 10 individus par quartier. D’une manière générale, les établissements scolaires devancent le reste du quartier et font office de pionner à la périphérie de la ville. Il ressort que l’école préside aux mutations spatiales de la ville.
Les données recueillies à partir de cette méthodologie ont permis de dégager un plan structuré autour de :
- la fonction scolaire et universitaire de la ville de Yamoussoukro,
- l’impact spatial des établissements scolaires dans la ville de Yamoussoukro.

1-LA FONCTION SCOLAIRE ET UNIVERSITAIRE DE LA VILLE DE YAMOUSSOUKRO

Résultante d’un aménagement et d’un spectaculaire produit de l’évergétisme présidentiel, Yamoussoukro est devenu une ville scolaire et un pôle scientifique de renommée nationale et internationale.

1-1-Des établissements en nombre important à Yamoussoukro

Selon Diabaté H., et Kodjo L., (1991: 228) avant les établissements scolaires, la ville de Yamoussoukro a bénéficié au cours de la décennie 70/80 de nombreuses infrastructures à vocation nationale ou spécifique. Entre 1970 et 1972, Yamoussoukro accueille la maison du PDCI-RDA, espace monumental réservé aux congrès, lequel constituera le premier fleuron d’un ensemble architectural comprenant par ailleurs le complexe hôtelier Le Président. Le siège de la Mairie suivra en 1974. En 1978, est inauguré Le Palais des Hôtes de marque, construit dans l’enceinte du Palais de la Présidence. La série des réalisations d’intérêt national fut clause avec l’édification d’un aéroport international, d’un complexe des postes et télécommunications et la mise en chantier de l’institut de recherches historiques dénommé Fondation Houphouët Boigny. Par la suite, les équipements de la ville seront orientés vers une spécialisation universitaire.
Dans la ville de Yamoussoukro, c’est d’abord l’enseignement primaire qui s’est mis en place, précisément dans le village de N’Gokro3 en 1952. Cependant, c’est après l’indépendance du pays (7 Août 1960), que les nouvelles autorités décident de faire la promotion de l’école.
A travers cette nouvelle politique, la ville va bénéficier de l’ouverture de ses premiers établissements d’enseignement préscolaire en 1961 et en 1964 elle va disposer de 02 écoles avec 09 classes. En 1975/1976, ce nombre passe à 06 établissements. Trente ans plus tard (2006), le nombre d’établissements atteint 22, soit une croissance de 53,34%. En 2015/2016, ils passent à 26, soit une hausse de 4 établissements, (voir tableau 1).
Au niveau du primaire, d’une école en 1952, Yamoussoukro bénéficie de la construction de trois établissements en 1963/1964. Ce nombre passe de 35 établissements en 1985 à 45 en 1999, soit une augmentation de 10 établissements sur une période de 14 ans. En plus de l’Etat ivoirien, les Bailleurs de Fonds (Union Européenne) et surtout un opérateur économique (Zaher) installé à Yamoussoukro apportent une aide considérable à la construction des écoles primaires publiques. Cet apport a entraîné un accroissement exponentiel en nombre important des établissements de la ville. Ils vont atteindre 54 établissements en 2001/2002 et 95 en 2015/2016, soit une hausse de 41 établissements en l’espace de 14 ans, (voir tableau 1). A l’image du niveau primaire, la ville de Yamoussoukro abrite un nombre important d’établissements secondaires. En 1962, Yamoussoukro en comptait déjà deux. Ce nombre est resté statique jusqu’en 1975.
Dans une volonté politique de développement initiée par le Président Félix Houphouët Boigny, Yamoussoukro bénéficie de l’ouverture de plusieurs établissements publics sélectifs de renommée nationale et internationale4. C’est ainsi que sont construits le Lycée Mamie Adjoua en 1962, le Lycée Scientifique en 1975, le Collège Moderne (1980). En 1997, elle accueille trois nouveaux établissements et leur nombre passe à sept. A partir de 2006/2007, le nombre des établissements secondaires de la ville s’accroît et atteint 14. Aujourd’hui (2015/2016), ce nombre est passé du simple au double (voir tableau 1). Ce bon quantitatif est le fait du secteur semi-privé qui pallie les insuffisances du secteur public en donnant la possibilité aux élèves qui ne peuvent pas être accueillis dans ces établissements publics sélectifs de poursuivre leurs études.
Au niveau du secondaire technique et de la formation professionnelle, Yamoussoukro abrite six établissements répartis comme suit : deux établissements publics et quatre établissements privés.
En ce qui concerne l’enseignement supérieur, Yamoussoukro est dotée d’un Institut National Polytechnique (INP-HB), d’une Grande Ecole Publique (CAFOP) et de huit Grandes Ecoles privées, voir tableau 1.
L’Institut National Polytechnique Houphouët Boigny (INP-HB) est un ensemble de huit grandes écoles publiques.

Tableau 1 : Evolution des établissements scolaires à Yamoussoukro

Au total, toutes ces réalisations montrent la vocation scolaire et universitaire de la ville de Yamoussoukro, quand bien même qu’elle n’abrite pas d’université.

1-2-Des établissements de renommée nationale et internationale

La ville de Yamoussoukro se caractérise par une notoriété avérée de ses établissements secondaires et supérieurs. Elle abrite deux lycées d’excellences (Lycée Scientifique et Lycée Mamie Adjoua) sur les quatre que compte la Côte d’Ivoire. Ces établissements, Lycée Scientifique et Lycée Mamie Adjoua, ont essentiellement pour vocation de former de jeunes cadres scientifiques. Lycées d’élites, ils ont un recrutement national sélectif et ne peuvent accueillir tous les écoliers des établissements primaires locaux qui souhaitent y poursuivre des études. Leurs élèves ont le privilège d’être tous des boursiers de l’Etat. « Avec un accent mis sur les matières scientifiques, ces établissements sont des pépinières des grandes écoles de Côte d’Ivoire et notamment de l’Institut Polytechnique Houphouët Boigny » (Ministère d’Etat, Ministère du Plan et du Développement, 2015: 137).
Contrairement au Lycée Scientifique, le Lycée Mamie Adjoua n’est pas une école mixte, elle ne reçoit que les jeunes filles. Comme telle, elle fait la promotion de la scolarisation de la jeune fille.
Yamoussoukro n’abrite pas d’université. Cela ne déprécie guère sa vocation de ville scolaire et universitaire à lui assigner. Elle abrite les meilleures grandes écoles du pays ; leur statut se mesure par leur renommée nationale et internationale. C’était d’abord l’Ecole Nationale Supérieure des Travaux Publics (ENSTP), l’Institut National Supérieur de l’Enseignement Technique (INSET) et l’Ecole Nationale Supérieure d’Agronomie (ENSA).
-l’Ecole Nationale Supérieur des Travaux Publics (ENSTP), créée le 07 Novembre 1962 à Abidjan et transférée à Yamoussoukro le 23 Septembre 1979, cette capitale Africaine de l’architecture contemporaine se devait d’avoir une école de formation d’ingénieurs de travaux publics (génie civil). Sa présence dans une ville africaine déboussole plus d’un. Formant des ingénieurs et des techniciens supérieurs du bâtiment et des travaux publics ivoiriens comme étrangers, sa notoriété dépassait les frontières du pays.
-l’Institut National Supérieur de l’Enseignement Technique (INSET), est en quelque sorte l’école polytechnique Ivoirienne. S’il a commencé ses cycles de formation à Abidjan, en 1975, c’est en Octobre 1983 qu’il a emménagé dans ses nouveaux locaux de Yamoussoukro. Cette école formait des Ingénieurs dans toutes les spécialités, sauf l’Agriculture, les Statistiques, le Génie-Civil et les Mines. Cet institut est réputé pour posséder le meilleur parc de matériel mécanique de toute l’Afrique de l’ouest.
-l’Ecole Nationale Supérieure d’Agronomie (ENSA), créée le 02 Septembre 1965 à Abidjan et transférée à Yamoussoukro depuis Octobre 1989, elle formait des Ingénieurs Agronomes et des Ingénieurs des Travaux dans plusieurs spécialités (enseignement, recherche, vulgarisation, génie rural, eaux et forêt, économie rurale). La priorité de cette école était de former des Ingénieurs Agronomes en vue de développer la recherche scientifique dans ce domaine, surtout que l’économie ivoirienne est basée sur l’agriculture (Brenoum K., et al., 2016 : 413). Installée dans de superbes locaux, l’ENSA dispose d’un équipement technique très sophistiqué.
En vue de renforcer sa vocation de ville scolaire et universitaire, l’Etat ivoirien projetait de faire de Yamoussoukro une sorte de Sophia-Antipolis. C’est dans ce cadre qu’en 1996 (décret n°96-678 du 4 septembre 1996) toutes les grandes écoles de Yamoussoukro ont été regroupées pour en faire un Institut National Polytechnique avec des départements bien précis. En hommage au Président Félix Houphouët-Boigny bâtisseur de Yamoussoukro, cet Institut Polytechnique a été baptisé Institut National Polytechnique Houphouët-Boigny (INP-HB). Située au Nord de la ville et occupant de vastes terrains sur lesquels sont implantés des salles de classes, d’hébergement, ainsi que des terrains de sport, l’INP-HB est constituée de huit grandes écoles, dont six émanant du décret de 1996 :
Les écoles résultantes du décret de création de 1996 de l’INP-HB sont :
-Site Sud (ex-ENSTP) : Ecole Supérieur des Mines et Géologie (ESMG) ; Ecole Supérieure des Travaux Publics (ESTP) ;
-Site Centre (ex-INSET) : Ecole Supérieure d’Industrie (ESI) ; Ecole Supérieure de Commerce et d’Administration des Entreprises (ESCAE) ;
-Site Nord (ex-NESA et IAB) : Ecole Supérieure d’Agronomie(ESA) ; Ecole de Formation Continue et d’Administration des Entreprises (EFCPC).
Abondant toujours dans la recherche de l’adéquation formation/emploi, deux nouvelles écoles ont été ouvertes. Ce sont :
-Site Sud (ex-ENSTP) : Ecole Préparatoire (EP) ;
-Site Nord (ex-NESA et IAB) : Ecole Doctorale Polytechnique (EDP).
L’institut abrite également 14 départements de formation et de recherche et 8 laboratoires. Afin de bénéficier de conditions de travail idéales, il offre des salles de conférences, des amphithéâtres de 800 à 1 500 places, des bibliothèques, deux restaurants universitaires, 32 résidences d’étudiants totalisant 3 008 chambres individuelles, trois centres de santé ainsi que des aires de sport et de loisirs.
L’INP-HB compte 2 850 étudiants dont 6% étrangers, répartis dans 52 filières de formations. Formant des ingénieurs de haut niveau, il est, dans la sous-région ouest africaine, une création exceptionnelle. Chargée de symbole et de souvenir, terre d’élection de nouvelles réalisations architecturales du pays, Yamoussoukro accueille les plus prestigieuses écoles supérieures du pays.
Les grandes écoles de Yamoussoukro n’avaient pas été conçues pour être autre chose que des pôles de formation des futures élites. Elles l’ont été pour la formation supérieure professionnelle et technique. Compte ténue de sa spécificité, celle-ci ne peut drainer de grands effectifs. La qualité de l’équipement choisi n’a pas grande chose à envier à celle des pays développés. Selon le Directeur des enseignements supérieurs, cité par Jeune Afrique Economique (1996 : 461), les « diplômés de l’INSET imposent le respect quand ils vont se perfectionner ailleurs ». Parce qu’elles ont vocation à être des centres d’excellence, les grandes écoles de Yamoussoukro ne recrutent pas sur dossier mais sur concours. Le nombre de places disponibles est strictement limité. A l’effet d’accroître la réputation (renommée) de l’INP-HB, l’Etat projette de faire de Yamoussoukro, à l’instar de Sophia-Antipolis dans le sud de la France, un pôle technologique et intellectuel d’ici à 2025 (Ministère du Plan et du Développement, 2015 : 151).
Au total, la ville de Yamoussoukro avec son nombre important d’établissements scolaires est une ville scolaire par excellence, c’est-à-dire un véritable pôle national pour l’enseignement. Aussi, le taux de scolarisation de cette localité est nettement supérieur à celui du pays avec 101,1%. Malgré ses acquis, Yamoussoukro n’abrite pas d’Université, ce qui fait dire aux spécialistes que la ville est une ‘’ville inachevée’’.

2-EFFET SPATIAL DES ETABLISSEMENTS SCOLAIRES A YAMOUSSOUKRO

L’intégration dans le tissu urbain des établissements scolaires influence et change la composition urbaine de son environnement dans le paysage, dans le temps et dans l’espace. Cette influence s’apprécie à travers son importance dans le tissu foncier en tant qu’élément structurant et une composante importante de la dynamique de développement de la ville de Yamoussoukro.

2-1-Extension de la ville sous l’effet des établissements scolaire

Selon Jacky S., et al., (1997 : 117) « dans l’expansion actuelle des villes réunionnaises, l’école apparaît comme une tête de pont du développement urbain ».
D’une manière générale, à Yamoussoukro, les équipements publics contribuent au parti urbanistique alliant le grandiose à une voracité spatiale que traduit la dispersion spectaculaire des repères monumentaux jalonnant des artères. Parmi ces équipements, on trouve l’aéroport international, la Présidence, l’hôtel de ville et la préfecture, les lieux de cultes, la Fondation pour la Paix, l’hôtel Le Président, les établissements d’enseignement secondaire et supérieur. Cela est d’autant plus vrai que des établissements tels que le CAFOP, l’INSET, le Lycée Scientifique, l’ENSTP, occupent respectivement 22 hectares, 25 hectares, 45 hectares, 70 hectares.
Dans cette ville, l’emprise spatiale des bâtisses scolaires est de loin plus importante que celles des autres équipements, voir tableau 2. L’INP-HB couvre une superficie totale de 1 000 hectares dont 400 hectares bâtis sur les trois sites, Sud (ex-ENSTP), Centre (ex-INSET) et Nord (ex-NESA et IAB).

Tableau 2 : L’emprise spatiale (hectares) des différents types d’équipements et services de la ville de Yamoussoukro


L’analyse du tableau montre clairement que les superficies occupées par les établissements scolaires sont de 1 058 hectares sur un total de 2 384 hectares, soit 44% contre 34% pour les équipements culturels touristiques. Le poids considérable de ces bâtisses éducatives dans le tissu urbain est démontré. Cette emprise spatiale a pour conséquence une extension de la ville, voir figure 1.

Figure 1 : Les différents équipements dans le tissu urbain de Yamoussoukro

2-2-Etablissements scolaires et structuration de l’espace urbain de Yamoussoukro

La ville scolaire est caractérisée par le style des maisons et le caractère des rues dans laquelle s’expriment les valeurs modernes d’une société en pleine évolution. A l’évidence, ces établissements scolaires sont devenus des acteurs cruciaux du développement local. Ils contribuent à imprimer une nouvelle image aux quartiers et ont un effet structurant sur le développement urbain. La ville de Yamoussoukro est le reflet parfait de cette réalité. En effet, Jeune Afrique Economie hors-série (Janvier/1996 : 549) constate que « Yamoussoukro remplit peu à peu les immenses espaces vides ménagés par ses urbanistes. Le village natal du président Félix Houphouët-Boigny connaît depuis une vingtaine d’année une lente métamorphose, qui s’est accélérée lorsque la décision a été prise en 1983 d’en faire la nouvelle capitale de la Côte d’Ivoire (…). Pendant toute cette période, on avait commencé par construire des infrastructures routières et aéroportuaires ainsi qu’une petite poignée d’édifice prestigieux, comme le Palais Présidentiel, l’Hôtel Président, et quelques quartiers neufs. Tout cela semblait flotter dans un espace trop vaste, car on attendait de combler progressivement les vides avec d’autres réalisations. Un pas important a été franchi avec le transfert des grandes écoles d’Abidjan à Yamoussoukro. (…). Aujourd’hui, Yamoussoukro n’a pas encore fait le plein de tous ses quartiers et se présente comme une belle cité jardin ». Depuis, les établissements scolaires ne cessent de se mettre en place. Le programme ne se contente pas d’édifier des salles de classe, il réalise des résidences scolaires et universitaires, des installations sportives et des logements réservés aux professeurs (Diabaté H. et Kodjo L., 1991 : 229), voir tableau 3.
En outre, les grandes écoles privées ESETC, ESAM et INSSA situées le long de la principale voie, emboitent le pas aux grandes écoles publiques par la construction de foyers pour accueillir leurs étudiants. Les foyers de l’ESETC et de l’ESAM se trouvent dans le village de Kami à quelque deux kilomètres du centre-ville. Celui de l’INSSA est au quartier Dioulakro vers le centre commercial Mô-Fêtai. Ces foyers accueillent en moyenne 60 pensionnaires.

Tableau 3: Les différentes cités de la ville de Yamoussoukro


Il s’est développé autour de ces cités de ‘’véritables quartiers’’ pour bénéficier des biens faits de l’école. Entant qu’équipement de proximité5, ils ont entrainé la mise en valeur des lots et la densification des quartiers. A Yamoussoukro, la plupart des établissements scolaires et des cités dédiées aux acteurs de l’école sont implantés dans les périphéries de la ville pour cause de tranquillité. « Cette localisation dans les périphéries résulte essentiellement d’un volontarisme présidentiel qui s’est exprimé dans les années 60/90. La construction des différents bâtiments scolaires sont, au cours de cette période, les produits d’un centralisme étatique et d’une pensée urbanistique du Président Félix Houphouët Boigny, fondés sur le fonctionnalisme et le zonage, attribuant des zones dédiées à divers types de fonctions : l’habitat, l’administration, l’école, etc. » (Dubresson A. et Jaglin S., 1993 :7).
Les établissements scolaires appellent la ville à tel enseigne qu’hier excentrés, ils ont été rejoint aujourd’hui par l’espace urbain dans son étalement. En somme, nous affirmons avec Grumbach A., (1996 :10), « que tout bâtiment public a un devoir de double articulation : servir ce pour quoi il a été fait, être le plus intelligent dans son économie spatiale pour les services qu’il a à rendre, mais son autre responsabilité est aussi de fabriquer la ville, d’avoir une action sur la forme de la ville, dispositif spatial qui va contribuer à faire la ville ».
L’un des effets d’entrainement des établissements scolaires est la restructuration de l’espace. Mieux, « les établissements scolaires contribuent à la structuration des quartiers où ils sont implantés » (Jacky S., et al., 1997 : 117). C’est à juste titre qu’aux abords des établissements, il s’est créé boutiques, marchés, restaurants, gares, etc. L’implantation d’un établissement scolaire devient donc un facteur majeur dans la création d’une dynamique urbaine.

2-3-Des bâtiments scolaires, des chefs-d’œuvres architecturaux

Avec le transfert des grandes écoles à Yamoussoukro, « en 1983, la ville a changé de physionomie et l’originalité ainsi que la somptuosité de l’architecture en font un indubitablement une métropole » (Diabaté H. et Kodjo L., 1991: 229). La distribution spatiale des établissements scolaires améliore le paysage de la ville. Ces établissements sont aujourd’hui dans le paysage de Yamoussoukro des institutions dotées d’une grande symbolique par l’architecture de leurs bâtisses. Ils impriment leur marque monumentale dans l’espace non seulement des quartiers qui les abritent, mais aussi dans toute la ville. A ce titre, ils sont d’importants attraits touristiques au même titre que les autres équipements qu’abrite Yamoussoukro.
Les grandes écoles, en particulier l’ENSTP, une superbe architecture de verres, avec ses bassins et ses sculptures intégrées dans un jardin botanique, sont des joyaux architecturaux. C’est à juste titre qu’on lit dans Jeune Afrique Economique (1996 : 461) « l’ENSTP est l’un des plus beaux complexes d’enseignement du continent. Il n’est même pas sûr que l’Europe ou l’Amérique puissent proposer, au moins sur le plan architectural un produit contemporain similaire ».
D’ailleurs, la plupart des établissements scolaires de Yamoussoukro sont dotés de jardin aux compositions savantes qui contribue à l’embellissement de la ville.
Confiée à des architectes de renommée internationale (O. Cacoub, P. Fakhoury), la réalisation des bâtiments souligne l’audace des choix présidentiels et se distingue radicalement de la médiocrité standardisée qui affecte souvent la commande publique en Afrique noire et ailleurs. L’architecture des bâtiments scolaires et universitaires est dans l’ensemble nettement plus imposante que celle des bâtiments urbains classiques hors mis la basilique, l’Hôtel le Président, la Fondation Houphouët-Boigny, Yamoussoukro ayant aussi des fonctions touristique et religieuse, voir photos 1 et 2.

Photo 2 : Vue aérienne de l’Institut National Polytechnique Houphouët-Boigny

Doté d’une architecture unique, cet institut est une escale privilégiée des visiteurs de la ville de Yamoussoukro.

Photo 2 : Une vue de profil de l’École Supérieure d’Agronomie (ESA), une des écoles de l’INP-HB

L’École Supérieure d’Agronomie, un des huit écoles de l’INP-HB est un grand équipement d’architecture majestueuse de la ville de Yamoussoukro.
Somme toute, « en proposant une nouvelle esthétique, l’établissement scolaire participe à la construction de l’image de la ville » (Jacky S., et al., 1997 : 115).

2-3-Une toponymie reflet des établissements scolaires

Dans la ville de Yamoussoukro, les établissements scolaires ont un impact très impressionnant sur la toponymie de certains quartiers et sous-quartiers qui les abritent. Cette influence est très édifiante. En effet, l’empreinte des établissements tels que l’INP-HB, le CAFOP Supérieur, le Lycée Scientifique, le Lycée Mamie Adjoua, (…), sur la toponymie des quartiers de la ville est très expressif et visible, voit tableau 4. Autour de ces établissements sont nés plusieurs sous-quartiers auxquels on a attribué officieusement le nom de ces établissements : le quartier CAFOP Supérieur, le quartier INP-HB, le quartier Mamie Adjoua. Ils jouent un rôle important dans ‘’l’adressage’’ de la ville, c’est-à-dire ils représentent des points de repère pour les populations.

Tableau 4 : Une toponymie reflet des établissements scolaires

CONCLUSION

Troisième ville ivoirienne (après Abidjan et Bouaké) par le nombre de ses établissements scolaires (159), Yamoussoukro est une ville scolaire et universitaire d’exception. Sous la houlette de l’Etat, la capitale politique ivoirienne voit sa fonction scolaire et universitaire à lui assignée se renforcer d’année en année. En l’absence d’activités industrielles et des attributs du pouvoir d’Etat, les établissements scolaires continuent de donner une âme à la ville de Yamoussoukro. Ils appellent la ville par la mise en valeur des lots autour des établissements scolaires. Ils sont de véritables acteurs qui participent à la dynamique de développement territorial de la ville. A ce titre, les établissements scolaires s’imposent comme des équipements structurant dans les documents d’urbanisme de Yamoussoukro. Ils « sont affectés d’un puissant pouvoir d’attraction qui participe à la dynamique des territoires où ils s’inscrivent » (Dhaher N., 2012 :78) et se présentent comme d’importants précurseurs de mutations. Ce sont des joyaux architecturaux qui contribuent à l’embellissement du paysage urbain, comme tels ils sont de véritables attraits touristiques. En outre, ils sont des références dans l’espace urbain au point où, officiellement et officieusement, ils influencent la toponymie des quartiers. Aujourd’hui, le défi reste l’entretien de ces beaux édifices scolaires qui font la fierté de Yamoussoukro.

Bibliographie

Bernoum K. D., al., 2016, Houphouët Boigny et le miracle ivoirien : cas de l’agriculture, in la pensée politique de Félix Houphouët Boigny, actes du colloque international Yamoussoukro, p413.

Dhaher N., 2012, L’université, un outil de développement local ? Le cas de Jendouba en Tunisie, JHEA/RESA Vol. 10, No. 2, pp. 63-80.

Diabaté H., et Kodjo L., 1991, Notre Abidjan « toujours plus haut », Mairie d’Abidjan/Ivoire média, pp.229-229.

Dubresson A. et Jaglin S., 1993, Gérer la ville du Prince : le difficile exercice communal à Yamoussoukro (Côte d’Ivoire), Rapport de mission en Côte d’Ivoire Financement CEGAN, LTMU, ORSTOM (Département SUD), pp.4-10.

Jacky S., et al., 1997, Scolarisation et dynamique urbaine à l’île e la réunion in les Annales de la Recherche Urbaine, n°75, pp.113-119

Jeune Afrique Economie hors-série, Janvier/1996, Côte d’Ivoire cap sur l’an 2000, collection Marchés Nouveaux, pp.438-463.

Grumbach, A., 1996, « La responsabilité urbaine des bâtiments publics », Actes du colloque « Le Bâtiment public dans la cité », Direction de l’Habitat et de la Construction, Ministère de l’Equipement, des Transports et du Logements, 14p.

Ministère du Plan et du Développement, 2015, études monographiques et économiques des districts de Côte d’Ivoire : District Autonome de Yamoussoukro, pp.104-153.

Notes

1Selon le dictionnaire Le Grand Robert, l’école est un établissement dans lequel est donné un enseignement collectif.
2Le transfert de la capitale politique administrative à Yamoussoukro n’est pas effectif, les symboles du pouvoir n’y sont pas, la maison des parlementaires construite, ces dernières années, est un hôtel.
3N’gokro, noyau primitif de la ville de Yamoussoukro (découverte aérienne de la Côte d’Ivoire, 1974 : 180).
4Le Lycée Scientifique accueille non seulement les meilleurs élèves de tous les horizons de la Côte d’Ivoire mais également des élèves des pays de la sous-région.
5Tout citadin souhaite habiter à proximité d’un établissement scolaire pour les raisons de la distance-temps et de distance-coup.

Table des illustrations

Auteur(s)

1KOBENAN APPOH Charlesbor , 2BRENOUM Kouakou David, 3GOGBE TERE
1Assistant Université Félix Houphouët-Boigny (Cocody, Abidjan) E-mail : appohcharlesbor@yahoo.fr
2Maître-Assistant Université Félix Houphouët-Boigny (Cocody, Abidjan) E-mail : kbrenoum@yahoo.com
3Maître de Conférences Université Félix Houphouët-Boigny (Cocody, Abidjan) E-mail : gogbetere@yahoo.fr

Droits d'auteur

Université Felix Houphouët Boigny de Cocody, Abidjan, Côte d’Ivoire

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« Métropoles portuaires et territoires de l'hinterland en Afrique subsaharienne », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 28 avril 2015

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