Accueil
REGARDSUDS
regards
Menu droit
Index
Thématiques
La revue
Suivez-nous
Espace membres

1
Pérennisation des équipements collectifs du projet avb En Côte d’Ivoire : quelles implications des populations des départements de Tiébissou et de Yamoussoukro ?

1ALOKO N’guessan Jérôme, 2KAMAGATÉ Sanaliou, 3YAO Koffi Bertrand

Résumé;
Français
English

Afin d’évaluer l’implication des populations dans le processus de développement local, une étude a été conduite dans la région-programme de l’ex-AVB (Autorité pour l’aménagement de la Vallée du Bandama) sur la filière des équipements collectifs de base. Une recherche documentaire complétée par des enquêtes effectuées dans plusieurs villages ont permis de mieux apprécier la question. Trente-six ans après la fin de ce projet régional qui avait permis de doter les villages en équipements et infrastructures collectifs de base, les populations ne se sont pas appropriées les réalisations effectuées. En effet, certains équipements sont inopérationnels quand d’autres ont été détournés de leurs usages initiaux. Aussi, les populations n’ont-elles pu faire face aux charges d’entretien des équipements collectifs de sorte à assurer leur pérennité. Ce constat est largement partagé dans le milieu rural ivoirien où les mécanismes participatifs n’ont pu solutionner la question de la maintenance des ouvrages.

Entrées d'index

Mots-clés : Côte d’Ivoire, équipements, projet AVB, Développement participatif, population rurale

Keywords: Côte d’Ivoire, equipment, AVB project, participative development, rural population

Texte intégral

PDF

INTRODUCTION

Le déficit des équipements et infrastructures de base dans les zones rurales ivoiriennes a été une préoccupation exprimée par les autorités étatiques à travers les plans quinquennaux des deux premières décennies de l’indépendance (1960-1980). En effet, la concentration des investissements publics dans les zones urbaines a eu pour conséquence le faible taux d’équipement des localités rurales (Ministère du plan, 1970). Pour rattraper ce retard, l’Etat a d’abord opté pour une implication directe de ses structures techniques dans l’effort d’équipement. C’est ainsi que l’Autorité pour l’aménagement de la Vallée du Bandama (AVB) créée en 1969 à la faveur de la construction du barrage hydro-électrique de Kossou (1972) a réalisé d’importants investissements dans les nouveaux villages d’accueil des populations sinistrées (Lecomte, 1993). Au total, ce sont 63 nouveaux villages qui ont été construits et dotés de plusieurs équipements collectifs dans 05 départements du centre du pays dont Yamoussoukro et Tiébissou. Ces ouvrages ont coûté 9.694.552.442 FCFA au Budget Spécial d’Investissement et d’Équipement (BSIE) entre 1969 et 1974 (Hauhouot, 2002). Après onze ans d’activité, l’AVB fut officiellement dissoute le 30 novembre 1980 (Roumeguere, 1986), laissant les villages créés à leur propre sort.
La seconde stratégie développée par l’Etat pour rattraper le déficit d’équipement dans les zones rurales a été une approche participative impliquant les populations locales aux actions de développement. Ce qui justifie la création en 1973 d’une structure participative chargée d’équiper les villages: les Fonds Régionaux d’Aménagement Rural (FRAR). Vu l’ampleur des besoins, les initiatives locales ont aussi été encouragées par l’Etat. Les populations rurales, aidées des cadres, se sont alors organisées à travers les coopératives agricoles, les mutuelles ou autres associations pour prendre en main leur développement (Kamagaté, 2008). En vue d’assurer l’entretien courant des bâtiments et des équipements ainsi que la gestion du patrimoine des ouvrages, des comités de gestion communautaire sont autorisés dans plusieurs domaines tels que la santé, l’éducation et les pompes hydrauliques. La responsabilité des populations rurales était ainsi engagée pour la pérennisation des ouvrages collectifs. Plus de trois décennies après la fin du projet AVB, quelle est la situation des équipements collectifs de base réalisés dans les villages des départements de Tiébissou et de Yamoussoukro? Les populations rurales se sont-elles approprié ces équipements ? Se sont-elles investies dans leur maintenance ? Les réponses à ces interrogations nous permettront d’apprécier l’implication des populations dans la pérennisation des équipements collectifs du projet AVB?

MÉTHODOLOGIE

Le cadre d’étude

L’étude a porté sur les villages bénéficiaires du projet AVB du centre de la Côte d’Ivoire. Ces villages sont situés dans les départements de Yamoussoukro et de Tiébissou (figure 1).

Figure 1 : carte de localisation des villages enquêtés


Ce sont cinq départements du Centre de la Côte d’Ivoire qui ont été concernés par les activités du projet AVB : Sakassou, Béoumi, Yamoussoukro, Bouaflé et Tiébissou. La présente étude a porté sur les départements de Tiébissou et de Yamoussoukro. Sur les 12 villages bénéficiaires du programme AVB dans ces deux départements, nos investigations ont concerné 07 d’entre eux : Angossé, Kongouanou, Molonou, Koffi-Agokro, Aman Salekro, Taki-Salekro et Allangoua. Leur choix a obéit à l’importance et à la variété des ouvrages dont ils ont bénéficié. Ces villages sont situés sur un relief de plateau au sol granitique et argileux. Le climat tropical de type ‘‘baouléen’’ est caractérisé par une longue période de sécheresse. La végétation est dominée par la savane arborée. Toute la zone est drainée par le bassin-versant du Bandama, fleuve qui a permis la construction du barrage de Kossou.

Le cadre opératoire

La conduite de cette étude trouve son fondement dans la théorie de la diffusion des innovations et dans le paradigme participatif. Denis Maillât (2001) considère l’innovation comme ‘‘un processus d’intégration d’éléments qui déterminent et favorisent la dynamique et la transformation du système techno-productif territorial.’’ En cela, le projet AVB apparaît comme une innovation majeure pour le développement des villages créés pour abriter les populations déguerpies lors de la construction du barrage de Kossou. Trois grandes conditions sont nécessaires à l’adoption de l’innovation: la présence d’un foyer émetteur, d’un canal de transmission et d’un milieu d’accueil potentiellement apte. Cette étude s’intéresse plus particulièrement au troisième volet, celui du milieu d’accueil. A ce niveau, il y a des facteurs qui constituent des blocages (barrières) à l’adoption des innovations. Les milieux ne réagissent pas toujours identiquement du fait des ‘‘bruits’’ qui peuvent être des barrières géographiques, culturelles ou des phénomènes d’opacité qui bloquent ou ralentissent les mécanismes de diffusion. Qu’elles soient d’origines externes ou internes à l’innovation, les barrières sont classées en trois grands groupes : les barrières absorbantes, qui empêchent toute progression de la diffusion ; les barrières perméables, au contact desquelles le processus peut en partie se poursuivre ; les barrières réfléchissantes, qui orientent la diffusion dans une autre direction. L’adhésion des populations des villages d’accueil aux projets de l’AVB est une condition indispensable à la pérennisation des équipements réalisés par ce vecteur d‘innovation.

Les techniques de collecte des données

Pour aboutir aux résultats de cette étude, la collecte de données qualitatives et quantitatives ont été nécessaires. L’étude a débuté par un dépouillement des archives de l’AVB, complété par un inventaire des équipements dans les 07 villages retenus pour l’enquête de terrain. La technique de l’observation nous a permis d’apprécier l’état des ouvrages dans les différents villages. Une grille d’observation a été conçue pour évaluer l’état de fonctionnalité des équipements : état physique des bâtiments ; état de la toiture, des portes et fenêtres ; alimentation en eau et en électricité ; disponibilité de latrines et de mobiliers. Les informations recueillies ont permis d’apprécier l’état de fonctionnalité des ouvrages à travers trois indices : Bon (les commodités sont réunies pour un bon fonctionnement) - Acceptable (les commodités sont à peine réunies) - Défectueux (exploitation limitée de l’ouvrage par manque de commodités). Cette grille a été complétée par la technique de prise de vue qui a permis de rendre compte de l’état physique des bâtiments. Des interviews ont aussi été réalisées dans les différents villages avec les autorités coutumières et les gestionnaires des ouvrages sur le fonctionnement des équipements et l’intérêt manifesté par les populations locales. Un questionnaire a clos la collecte des données. Il a été administré à un échantillon de 363 chefs de ménage ou à leurs représentants sur un total d’environ 3000 ménages présents dans les 07 villages (estimation faite à partir du recensement de la population-RGPH 2014). La taille des ménages enquêtés a été proportionnelle au poids démographique de chaque village. Le questionnaire a porté sur la participation des populations au fonctionnement et à l’entretien des ouvrages du projet AVB.

RESULTATS

I- Une faible appropriation des équipements dans les villages d’accueil

Dans sa politique de prise en charge des populations sinistrées de la zone du barrage de Kossou, l’AVB a doté les villages d’accueil des départements de Yamoussoukro et de Tiébissou de 43 équipements collectifs de base (cf. tableau 1). La nature des ouvrages réalisés est fort variée. Les pompes hydrauliques villageoises sont en tête des ouvrages avec 65,10 % des réalisations. Ensuite, viennent en seconde position les établissements scolaires (18,60 % des ouvrages). Puis, suivent les hangars agricoles avec respectivement 9,30 % des réalisations. Les équipements, les moins en vue concernent 7% de l’ensemble des projets de l’espace d’étude. Il s’agit d’un dispensaire, d’un marché couvert et d’une école professionnelle. Dans l’ensemble, il y a des disparités dans la répartition spatiale de ces équipements. Les villages de Taki Salekro et de Kongouanou ont été les mieux lotis avec respectivement 23,25 % et 18,60 % des ouvrages.

Tableau 1 : Récapitulatif des équipements collectifs réalisés dans les localités enquêtées

Plus de trente ans après la fin du projet AVB, ces 43 équipements sont-ils encore opérationnels ? Les résultats de l’étude indiquent que les populations ne se sont pas appropriées l’ensemble des ouvrages.

1-Des ouvrages laissés à l’abandon

Plus de la moitié des ouvrages du programme AVB (soit 69,76%) ont été abandonnés par les populations (cf. tableau 2).

Tableau 2 : Situation des ouvrages abandonnés dans les localités enquêtées

Il s’agit principalement d’ouvrages techniques à savoir les pompes d’hydraulique villageoise. En effet, tous les ouvrages d’hydraulique ne sont plus fonctionnels. Ils sont en ruine et envahis par les mauvaises herbes. Le seul foyer des jeunes construit dans le village de Taki Salékro subi le même sort. Le CAPEN, le centre d’apprentissage aux métiers de la mécanique, de la maçonnerie, de la menuiserie et de la soudure construit dans le village pilote de Taki Salekro en 1971 (cf. photo 1) n’est plus opérationnel depuis 1977.

Photo 1 : Une vue des bâtiments du CAPEN à Taki Salekro (Sous-préfecture de Tiébissou)

2-Des ouvrages affectés à d’autres usages

9,30 % des ouvrages réalisés ont aujourd’hui changé de fonction (cf. tableau 3). Il s’agit principalement de trois (3) hangars agricoles construits dans les localités de Taki Salekro, Angossé et Molonou. Ces bâtiments servent aujourd’hui de salles de classe (cf. photo 2) et de lieu de culte à l’église de l’Alliance Chrétienne et Missionnaire. Le marché couvert du village pilote de Taki Salekro a aussi été transformé depuis 2005 en une école primaire publique de 3 classes. Cet état de fait a conduit à la délocalisation du marché sur la place publique du village.

Tableau 3 : Tableau synoptique indiquant le changement d’usagedes ouvrages dans certains villages

Photo 2 : Une vue de l’ancien hangar agricole de Molonou Transformé en classes de cours préparatoires

II- Une implication communautaire limitée dans la maintenance des équipements

L’implication des populations dans la pérennisation des équipements peut s’apprécier à travers l’existence de comités participatifs de gestion des ouvrages et l’état fonctionnel de ceux-ci.

1-Le nombre restreint des structures de gestion communautaire

Afin d’assurer la pérennité de l’héritage infrastructurel du projet AVB, l’existence de comités de gestion locale s’avérait nécessaire. Certes le projet AVB n’avait pas prévu ce scenario, mais les dispositifs étatiques prévoyaient des mécanismes d’organisation des populations autour des ouvrages publics afin d’assurer leur fonctionnent. Dans les localités bénéficiaires des ouvrages réalisés par l’Autorité pour l’aménagement de la Vallée du Bandama (AVB), le diagnostic révèle un bilan mitigé (tableau 4).

Tableau 4 : Existence de comité de gestion dans les villages du projet AVB


Au niveau des écoles primaires publiques, les Comités de Gestion Scolaires (COGES) existent dans toutes les localités. Ces comités sont gérés par les parents d’élèves sur une base participative. Par contre, dans la filière de l’hydraulique humaine, seuls 2 villages (Aman Salekro et Kongouanou) sur les 07 de la zone d’étude comptent des comités locaux de gestion des pompes hydrauliques. Sur les 03 hangars agricoles, un seul, celui de Kongouanou est géré par la coopérative agricole du village qui en a fait un magasin de stockage. Les autres ouvrages ne sont pas sous l’emprise d’une structure locale de gestion. A Taki Salekro, le dispensaire disposait d’un comité de gestion mais le mandat de ces membres ayant expiré depuis plus de six ans, il n y a pas eu de renouvellement de bureau par manque de volontaires pour animer cette structure.

2- Des équipements en mauvais état de fonctionnement

Dans l’ensemble, les équipements ne sont pas en bon état de fonctionnement (tableau 5). Sur les 43 ouvrages, 2 seulement sont dans un état acceptable (4,65%) et 41 sont défectueux (95,35%).

Tableau 5 : Etat de fonctionnement des ouvrages dans les villages d’accueil

Plus des 2/3 des ouvrages qui sont sous la responsabilité des comités de gestion sont actuellement dans un état de dégradation avancée. Le secteur de l’éducation qui occupe le plus grand nombre d’ouvrages en est le plus affecté. Il en est de même des pompes hydrauliques humaines. Dans l’ensemble, la vétusté des ouvrages dans les différents secteurs est révélatrice de leur manque d’entretien. En effet, les bâtiments qui datent des années 1972 sont très vieillissants et n’ont pas été réhabilités. Il y a des problèmes d’étanchéité car les tôles sont rouillées. Les portes et fenêtres sont abimées ou enlevées (photo 3). Les façades intérieures et extérieures des bâtiments sont dégradées et des fissures sont perceptibles sur certains murs.

Photo 3 : une vue d’une salle de classe dépourvue de fenêtres à Koffi Agokro (Sous-préfecture de de Molonou)


Les ouvrages manquent généralement d’électricité et d’adduction en eau. Le seul ouvrage qui bénéficie de ces commodités est le dispensaire de Taki Salekro. 85% des écoles ne sont pas électrifiées et 71% d’entre elles manquent de points d’eau obligeant les pensionnaires à se soulager dans les broussailles. 75% des hangars agricoles ne sont pas électrifiés.
Les résultats de l’enquête d’opinion réalisée auprès des populations rurales sur leur perception de l’entretien des ouvrages réalisés par l’AVB (cf. tableau 6) indiquent une forte responsabilité de l’Etat.

Tableau 6 : Enquête d’opinion sur la responsabilité des acteurs dans l’entretien des ouvrages du projet AVB

Source : enquête de terrain, 2016

88% des chefs de ménage estiment que les ouvrages collectifs de base font partie du patrimoine public et que leur entretien incombe plutôt à l’Etat. 2% seulement des ruraux pensent que ces ouvrages, servant à l’amélioration de leur cadre et conditions de vie, mériteraient leur attention. 10% proposent un cofinancement Etat-population pour leur maintenance.

II-DISCUSSIONS

La confrontation des résultats de cette étude avec des travaux similaires sont riches d’enseignements. Deux logiques s’affrontent : celle des développeurs et celle de populations. Ainsi l’appropriation et la maintenance des projets constituent des activités non capitalisées auprès des populations bénéficiaires des projets.

1-l’appropriation des projets dans les milieux d’accueil

Les populations des départements de Yamoussoukro et de Tiébissou ne se sont pas appropriées l’ensemble des équipements réalisés par le projet AVB. L’absence de structures de gestion locale dans certaines filières pourrait expliquer l’abandon et le caractère défectueux de certains de ces ouvrages dans les villages. Le degré d’appropriation reste aussi lié à la nature des ouvrages. Dans le cadre des projets réalisés par l’AVB, le choix des populations a porté sur les équipements sociaux (école et dispensaire). Le peu d’intérêt des populations rurales pour les projets productifs (hangar agricole et marché couvert) et d’autres formes d’ouvrages collectifs a été soulevé par kamagaté (2008) dans une étude réalisée sur le Nord-Est de la Côte d’Ivoire. L’étude indique que l’éducation est le secteur qui a le plus bénéficié de la faveur des populations aux différents programmes financés par les Fonds Régionaux d’Aménagement Rural (FRAR). Ce secteur représente à lui seul 40 % de l’ensemble des projets réalisés et 68,09 % des projets sociaux. Le secteur de la santé vient en deuxième position des projets sociaux avec 26,24 % des réalisations. Une autre expérience de développement rural permet d’évaluer l’acceptabilité des programmes décidés par les planificateurs dans les zones rurales ivoiriennes. Il s’agit du projet de la zone Kolodio-Binéda (ZKB) initié en 1967. Cinq villages créés (Ondéfidouo, Tessodouo, Sépidouo, Tchatièdouo et Syalèdouo) ont été dotés en logements modernes et en aménagements agricoles. Mais, Face « à cette ‘‘révolution’’ technicienne, les Lobi adoptent d’abord une position attentiste d’indifférence puis de méfiance et ensuite d’hostilité. Ils opposent aux ‘‘développeurs’’ leurs schémas mentaux et leurs logiques » Kambiré (2008).

2- La maintenance des équipements collectifs de base

La maintenance des équipements et infrastructures de base constitue une préoccupation aussi bien des gouvernants que des populations locales compte tenu de leur rapide dégradation. En Côte d’ivoire, la plupart des structures publiques affichent leur impuissance à faire face à la maintenance des ouvrages. Dans le cadre des projets FRAR, Kamagaté (2008) indique que nonobstant le fait que les ouvrages aient été réalisés dans un cadre participatif associant l’État et les populations, ceux-ci sont le plus souvent en ruine. Il révèle que selon les textes en vigueur, l’entretien des équipements revient aussi bien aux populations bénéficiaires qu’aux services techniques, utilisateurs de l’ouvrage. Le manque d’entretien courant des infrastructures et équipements entraine des charges lourdes de réparation et de réhabilitation qui deviennent rapidement insupportables et dissuasives. Sur ce point, le gouvernement ivoirien par la voix de son ministre de l’économie et des finances a affirmé en juillet 2007 dans le mensuel d’information économique dudit ministère que : « à la réhabilitation lourde, complexe et coûteuse qui s’impose, s’oppose l’alternative de la construction neuve » (Ministère de l’économie et des finances, 2007). Mais, les contraintes financières de l’État et des collectivités locales ne permettent pas de faire face efficacement aux dépenses induites. Il convient dès lors de définir les normes d’évaluation et de prise en charge de l’incidence financière de l’entretien courant des infrastructures, au moment de leur conception.
Cependant, des expériences réussies existent ailleurs comme au Sénégal (Diele, 2006). En effet, un système participatif assure la maintenance des aménagements hydroagricoles dans le delta du fleuve Sénégal. Dans le cadre de la valorisation de ses ressources en eaux et de l’atteinte de ses objectifs d'autosuffisance alimentaire, le Sénégal, a réalisé de grands périmètres irrigués et leur gestion placée sous la tutelle de sociétés de développement rural telle que la Société nationale d'Aménagement et d'Exploitation des terres du Delta du fleuve Sénégal (SAED). Face aux difficultés dans la gestion publique (problèmes de coûts et de charges), il y a eu un désengagement de l’Etat dans les années 1980 au profit des organisations de producteurs. C’est ainsi qu’une union s’occupe à travers sa commission aménagement et matériel de l'entretien préventif et curatif des ouvrages à partir d’une redevance payée par les utilisateurs. Un autre exemple est fourni par MDCL et al (2008) à travers une expérience du programme de lutte contre la pauvreté en milieu rural dans le bassin arachidier. En effet, face aux difficultés financières des collectivités locales à résoudre les difficultés liées aux charges de fonctionnement, d’investissement et d’entretien des infrastructures, le programme bassin arachidier a développé une approche de gestion et de maintenance grâce à un fonds de développement communautaire de la KFW. Au Bénin, l’entretien et la maintenance réguliers des équipements d’hydraulique rurale sont du ressort des usagers à travers des comités de gestion communautaire (Hounmenou, 2006).
Le manque de moyens financiers reste le handicap majeur des comités de gestion pour faire face non seulement aux investissements mais aussi aux charges d’entretien des ouvrages. Au niveau des écoles primaires ivoiriennes, les COGES n’arrivent pas à mobiliser les fonds nécessaires auprès des parents d’élèves (Koffi, 2010). Les levées de cotisation pour faire face aux différentes charges passent très mal auprès des populations. Elles estiment généralement ne pas avoir les moyens financiers car les produits agricoles ne sont pas bien payés. Concernant les pompes d’hydraulique villageoise réalisées par l’AVB, les pièces de rechange ne sont plus disponibles car il s’agit de modèles très anciens. Le même constat a été fait par kamagaté (2008) dans le Nord-est de la Côte d’Ivoire.

CONCLUSION

L’autorité pour l’aménagement de la Vallée du Bandama a initié plusieurs programmes en direction des populations sinistrées lors de la construction du barrage hydraulique de Kossou. Au nombre des innovations introduites dans les villages, les équipements collectifs de base devaient contribuer à la sédentarisation des populations en améliorant leur cadre de vie. En définitive, la réponse des populations rurales à la pérennisation des acquis infrastructurels du projet AVB n’est pas très reluisante. Le sort réservé aux ouvrages indique que les acteurs locaux n’ont pas développé des mécanismes et des stratégies pour une meilleure appropriation des ouvrages initiés par cet organisme-vecteur. Les ouvrages ont été généralement délaissés ou dévoyés de leurs objectifs initiaux. La pérennisation des projets reste confrontée à de multiples ‘‘barrières’’ au nombre desquelles l’anticipation au service de l’action porteuse de changement reste à définir au plan institutionnel et local. La paupérisation grandissante des masses rurales constitue une menace aux mécanismes de participation communautaire. La pérennisation des équipements collectifs nécessite de ce fait une attitude prospective en redéfinissant avec les populations locales, l’Etat et les collectivités décentralisées, les bases d’une collaboration durable et bénéfique.

Bibliographie

Denis Maillât, 2001, globalisation, systèmes territoriaux de production et milieux, 12ème Festival International de Géographie, Saint-Dié-des-Vosges, 4-7 octobre 2001. http://archives-fig-st-die.cndp.fr/actes/actes_2001/maillat/article.htm

Diele Ousseynou, 2006, La maintenance des aménagements hydroagricoles dans le delta du fleuve Sénégal: Le cas du périmètre de Boundoum. Université Gaston Berger de Saint Louis ,102 p.

Hauhouot A. (Ed), 2002, Développement, Aménagement, Régionalisation en Côte d’Ivoire, Abidjan, EDUCI, 364p

Hounmenou G., 2006, « Gouvernance de l’eau potable et dynamiques locales en zone rurale au Bénin », Développement durable et territoires [En ligne], Dossier 6 | 2006, mis en ligne le12 mai 2006, consulté le 27 décembre 2016. URL : http://developpementdurable. revues.org/1763 ; DOI : 10.4000/developpementdurable.1763

Kamagaté S., 2008, Les Fonds Régionaux d’Aménagement Rural (FRAR) et le développement en Côte d’Ivoire : le cas de l’Est, Thèse unique, Abidjan, IGT – Université de Cocody, 514p

Kambiré B., 2008 : Une nouvelle lecture géographique de la zone Kolodio-Binéda. Abidjan, Université de Cocody, IGT, Thèse unique de géographie, 499 p.

Koffi K. F., 2010 : l’appropriation de l’école par la communauté éducative : enjeux et perspectives, EDUCI/ROCARE. Afr educ dev issues, N°2, 2010, Spécial JRECI 2006 & 2009, pp.84-98

Lecomte Y., 1993, « Motorisation : en région centre de Côte d'Ivoire : les expériences AVB et PMP », In : IRD, http://horizon.documentation.ird.fr/exl-doc/pleins_textes/divers09 03/38190.pdf: 175 – 191, Cité le 21 Juillet 2016

MDCL, GTZ et KFW, 2008: Programme sénégalo-allemand d’appui à la décentralisation et au développement local (PRODDEL), 77 pages

Ministère de l’économie et des finances. 2007, « Problématique de la maintenance des infrastructures publiques », In : Mensuel d’informations économiques, N°8. http://www.google.ci.pdf: 1 – 4, Cité le 15 Décembre 2016

Ministère de l’intérieur- Préfecture d'Abengourou, 1970 : Projet de plan quinquennal du département de l'Est (1966-70), 112 p.

Ministère de l’économie et du Plan, AVB, 1972 : Document de travail, Abidjan, 90 p.

Roumeguéré P., 1986, « Une société de développement régional intégré : l’Autorité pour l'Aménagement de la Vallée du Bandama ou AVB (1969-1980) », In : IRD, http://horizon.documentation.ird.fr/exl-doc/pleins_textes/pleins_textes_4/colloques/23376.pdf : 141 – 149, Cité le 19 Juillet 2016

Notes

Table des illustrations

Auteur(s)

1ALOKO N’guessan Jérôme, 2KAMAGATÉ Sanaliou, 3YAO Koffi Bertrand
1Directeur de Recherches (CAMES), Institut de Géographie Tropicale, Université Félix Houphouët Boigny (Abidjan) : alokojerome@yahoo.fr
2Maitre-assistant, Institut de Géographie Tropicale, Université Félix Houphouët Boigny (Abidjan) : ksanaliou@yahoo.fr
3Doctorant, Institut de Géographie Tropicale, Université Félix Houphouët Boigny (Abidjan) : yao_bertrand@yahoo.fr

Droits d'auteur

Université Felix Houphouët Boigny de Cocody, Abidjan, Côte d’Ivoire

L'INFOS EN CONTINUE

« Métropoles portuaires et territoires de l'hinterland en Afrique subsaharienne », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 28 avril 2015

Appel à contribution
...::: Cahiers Ivoirien de Géographie | CIG :::...