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L’exploitation minière, facteur d’une nouvelle configuration des migrations internes au Burkina Faso

1ZIDNABA IRISSA

Résumé;
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Cet article s’intéresse à l’impact du développement des exploitations minières sur la reconfiguration des courants migratoires internes au Burkina Faso. À partir des données issues des recensements de 1996 et de 2006 et celles de la direction générale des études et des statistiques sectorielles du Ministère des Mines et de l’Energie, les résultats de l’analyse montrent que les traditionnelles régions d’accueil, les régions du Boucle du Mouhoun et des Hauts-Bassins, perdent de leur attraction migratoire au profit des régions minières, le Nord, Sahel, le Centre-Nord, anciennes régions de départ. Celles-ci sont devenues le bassin d’emploi pour les migrants internes.

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Mots-clés : Burkina Faso, région, migration interne, développement, mine.

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INTRODUCTION

Le développement des zones d’exploitation minière au Burkina Faso constitue des bassins d’emploi qui concourent lentement à la recomposition d’un nouveau schéma des courants migratoires internes. La multiplication des sites d’exploitation, tant artisanal qu’industriel, est remarquable dans presque toutes les régions. En moyenne, le nombre de site artisanal par région administrative, à titre illustratif, est passé de 5,4 en 2003, 7,9 en 2006, à 13,8 en 2012. Les régions du Sahel, du Nord, du Centre nord, principales et traditionnelles zones de départ des migrations internes et internationales sont devenues des importantes régions d’orpaillage et d’exploitation industrielle (DGESS, 2015).
Dans ces anciens foyers de départ, le développement des activités minières a réduit non seulement les flux de sorties mais y attire également un mouvement de jeunes à la recherche de travail, redéfinissant ainsi le statut migratoire de ces régions en zone d’accueil alors qu’elles avaient, il y a moins d’une décennie, le statut de zone de répulsion (INSD, 1989, 1994, 2000). Si les motifs migratoires internes étaient, au cours des années 1970 et 1980, dominées à la fois par les aléas naturels (sécheresse de 1973 et de 1983), les problèmes fonciers et les politiques d’aménagements des vallées de Volta (Drabo, Ilboudo, & Tallet, 2003; Ouédraogo, 1986; Zidnaba, 2009), la dynamique actuelle est essentiellement impulsée par la recherche du travail rémunéré, les raisons familiales et les études. L’orpaillage constitue l’un des principaux motifs de ces migrations de travail, notamment dans les régions du Nord, du Plateau Central, du Sahel et du Sud-Ouest (Dabiré & Sanou, 2011).
Toutefois, dans la littérature, les études sur l’exploitation minière au Burkina Faso ont porté essentiellement sur les impacts socio-économiques et environnementaux (MASSN, 2011; OIT, 2009; Tomicic, Vernez, Belem, & Berode, 2011). L’impact du développement des exploitations minières sur les migrations internes au Burkina Faso a très peu fait l’objet d’étude. Ce papier s’inscrit ainsi dans cette perspective et vise à analyser le rôle des exploitations minières dans les migrations internes au Burkina Faso à travers la question de recherche suivante : la multiplication des foyers d’exploitation minière au Burkina Faso ne contribue-t-elle pas à déconstruire le traditionnel schéma migratoire interne ? L’analyse se fonde sur l’hypothèse selon laquelle le développement des exploitations minières au Burkina Faso reconstruit des nouveaux courants migratoires internes.

Sources des données et méthode

L’analyse est basée sur des informations secondaires, issues des Recensements Généraux de la Population et de l’Habitat (RGPH) de 1996 et 2006 et de la Direction générale des études et des statistiques sectorielles du Ministère des Mines et de l’Energie (MME). Les données migratoires concernent les informations relatives à la migration interne récente c’est-à-dire celles qui se sont déroulées au cours des douze derniers (12) mois avant les recensements : l’effectif des migrants internes, leurs caractéristiques démographiques, les flux de sorties, d’entrées et le solde migratoire. Ces informations permettent d’appréhender l’importance de la mobilité interne, les zones de départ et de destination, les échanges migratoires entre les différentes localités participant ainsi à déterminer les régions attractives ou répulsives des migrants internes. Des données collectées auprès du MME donnent des informations sur l’évolution annuelle des sites d’exploitation minière, artisanale et industrielle, de 2003 à 2012 à l’échelle régionale. Elles ont permis d’analyser le rôle et la place de l’exploitation minière dans la restructuration des migrations internes au Burkina Faso. L’unité statistique d’analyse est la région administrative. Le choix de cette échelle d’analyse se justifie par la difficulté de trouver des données comparables à l’échelle provinciale concernant les deux derniers recensements. La migration interne est définie ici comme tout déplacement ayant pour effet de transférer la résidence d’un individu de son territoire administratif, commune, province ou région, considéré lieu de départ vers un autre lieu défini comme lieu d’arrivée pendant une durée de six mois, conventionnellement défini ou avec l’intention de séjourner. L’analyse des données a permis de parvenir aux résultats ci-après.

L’exploitation minière, facteur actuel de l’intensification des mouvements migratoires internes au Burkina Faso

Les migrations internes mobilisent de plus en plus une frange importante de la population au Burkina Faso. Le recensement de 1996 a dénombré 135 661 migrants internes récents. Cet effectif est passé à 231 623 personnes en 2006. Si les hommes ont respectivement représenté 51,8%, leur proportion a baissé, 48,3%, au profit de celle des femmes, 51,7%. La particularité de ces migrations est l’âge des migrants. La moitié de ces migrants sont des adolescents âgés de 10 à 29 ans (49% en 1996, 50,1% en 2006).

Figure 1: Répartition des migrants internes récents au Burkina Faso selon le sexe et l'année


Ces migrations internes s’intensifient actuellement à la faveur de la prolifération des sites d’exploitation, notamment l’orpaillage dont le nombre de sites accroit annuellement. Les sites d’orpaillage sont passés de 70 en 2003 à 236 en 2014. Le nombre de sites d’exploitation industrielle est également passé de 1 à 14 entre 2003 et 2014 (DGESS, 2015; DGMG, 2015). Le tableau I présente la répartition des travailleurs permanents des mines industrielles selon la société minière et la provenance géographique. Les sociétés minières industrielles ont enregistré 3888 travailleurs permanents nationaux à la fin de décembre 2011. Parmi ces travailleurs, l’effectif des travailleurs locaux recrutés dans les régions des sites d’exploitation est presque égal à celui de leurs homologues venus des autres régions du Burkina Faso. Mais, cette égalité cache des disparités numériques selon les sociétés minières. Les travailleurs recrutés sur place représentent le triple des travailleurs nationaux dans les entreprises minières de Kalsaka Mining SA dans le Nord et d’ESSAKANE SA dans le Sahel et moins de la moitié pour le reste. Ces entreprises font la promotion des travailleurs régionaux. Mais, l’absence de certaines compétences professionnelles à l’échelle locale oblige les compagnies minières à recruter des travailleurs venant d’autres localités ou hors du pays. En 2012, 31,6% du personnel des sociétés minières étaient des expatriés contre 62,4% des nationaux et 6,0% des non déclarés (DGESS, 2015). Selon le Ministère de l’Environnement et du Cadre de Vie (MECV), les activités minières formelles et les services connexes ont fourni 9 000 emplois directs et 27 000 emplois indirects.
Dans les exploitations minières artisanales, le nombre des travailleurs est estimé entre 700 000 et 750 000 personnes (MECV, 2011). Mais parmi ces derniers, il est un peu difficile de dénombrer les migrants internes en raison du caractère circulaire des exploitants et surtout de l’absence des registres de collecte de données. Néanmoins, selon Gilles (2012), «il y aurait environ 200 000 orpailleurs en activité sur le territoire burkinabè , provenant du Burkina Faso lui-même ou des pays voisins (Mali, Niger, Ghana, Cote d’Ivoire, Togo et Benin)» (Ibid.:1).
En conséquence, le développement des exploitations minières au Burkina Faso contribue à intensifier les flux migratoires, contribuant ainsi à déconstruire le schéma traditionnel des migrations internes à l’apparition des nouvelles zones d’attraction et de répulsion migratoire sur tout le territoire national.

Tableau I : Répartition des travailleurs permanents des mines industrielles selon la société minière et la provenance géographique en 2011

Vers une déconstruction de l’ancien schéma migratoire interne au Burkina Faso

Le développement de ces mouvements migratoires internes liés à l’exploitation minière, aussi bien artisanale qu’industrielle au Burkina Faso, contribue à déconstruire les courants migratoires traditionnels du fait que la colonisation agricole est actuellement à bout de souffle en raison des problèmes fonciers récurrents, consécutifs à la pression démographique et surtout liés aux nouveaux enjeux de la libéralisation de la terre. En effet, la saturation des anciennes zones de colonisation agricoles telles que la Boucle du Mouhoun, les régions de l’Ouest des années 1970 et 1980 a suscité des mouvements de départ dans ces anciens foyers d’accueil vers de nouvelles destinations dans le Sud-Ouest, les Cascades et le Centre-sud (Paré & Tallet, 1999; Traoré, Dabiré, & Sanogo, 2000; Zidnaba, 2009). Ces nouvelles vagues de peuplement n’ont pas reçu un accueil favorable à l’instar des premiers fronts pionniers en raison des enjeux socio-économiques et politiques des transactions foncières (vente de terres, récupération politique, croissance démographique, culture de rente) créant des conflits fonciers et de problèmes d’accueil. Ce blocage foncier a suscité une certaine crise des mouvements de colonisation agricole au Burkina Faso.
Cette crise migratoire interne a eu un nouvel élan à la faveur du boom minier qui recompose une nouvelle carte migratoire. Les migrations internes sont désormais plus liées à la recherche de l’or et non à la terre agricole. Les anciennes zones de départ, la région du Nord, du Sahel, le centre Nord, sont devenues des zones d’attractions de flux. Cette nouvelle dynamique migratoire interne est mis en évidence à travers l’analyse des flux des sorties lors des deux derniers recensements et le développement spatiale des exploitations minières (Cf. Tableau II et Carte 1).
Selon l’évolution du nombre des sortants récents recensés, trois types de régions administratives sont distinguées. Il y a des régions qui ont connu un accroissement du volume de sortants; celles dont l’effectif est resté presque stable et enfin celles dont le nombre de sortants a évolué à la baisse.
La région du Centre et celle des Hauts-Bassins, respectivement capitales politique et économique, ont enregistré une augmentation de l’effectif des sortants récents. Cet accroissement traduit une forme de répulsion des zones urbaines marquées par le chômage des populations. En effet, le taux d’activité est passé de 59,2% en 2003 à 47,8% en 2007 dans la région du Centre et de 81,1% à 55% dans la région des Hauts-Bassins, (INSD, 2013). Les grandes villes comme Ouagadougou et Bobo Dioulasso n’attirent plus des ruraux, à l’image du passé, mais elles constituent un bassin d’émigration vers les zones à forte opportunités économiques et professionnelles, en l’occurrence les sites d’exploitation.
Quatre régions ont connu une stabilité des effectifs des sortants récents : les Cascades, le Sud-ouest, le Centre-sud et le Nord. Les trois premières régions jouissent d’un climat de type sud soudanien, où la pluviométrie importante constitue un facteur favorable aux ressources naturelles (bonnes terres, disponibilité en eau, foret), aux activités agro-sylvopastorales, donc au maintien des populations locales. Malgré la proximité du Ghana et de la Côte d’Ivoire, traditionnels pays d’accueil, ces régions parviennent à maintenir leurs effectifs. En plus, les régions des Cascades et du Sud-Ouest ont également connu le développement de l’orpaillage, ce qui réduit l’effet répulsif, d’où la stabilité des flux de sortie. Pour le Centre-Sud, 2 sites d’exploitation minière artisanale ont été dénombrés en 2005, 5 sites en 2010 et 8 sites en 2012 (DGESS, 2015); ce qui limite les mouvements migratoires hors de la région. Le maintien des effectifs de migrants sortants dans la région du Nord est également lié au développement de l’exploitation minière dans la région réduisant ainsi l’effet répulsif. Le nombre de site d’exploitation minière artisanale est passé de 11 en 2003, 12 en 2006 à 19 sites en 2012 (Ibid.).

Tableau II: Dynamique des flux de sortants de 1 an et plus au cours des 12 derniers mois des deux derniers recensements dans les régions administratives au Burkina Faso

Plus de la moitié des régions administratives (7/13) a enregistré une diminution de l’effectif des sortants récents. La région de l’Est vient en tête, suivie de la Boucle du Mouhoun, le Sahel, le Centre-nord, le Centre-est, le Plateau central et le Centre-ouest. A l’exception de la Boucle du Mouhoun qui est une ancienne zone de colonisation agricole, toutes ces régions sont des zones de départ migratoire, tant interne qu’externe. La baisse de l’effectif des sortants au cours des 12 derniers mois est tributaire de la multiplication des sites d’exploitation minière, tant artisanaux qu’industriels (Carte 1). A titre d’exemple, les régions de l’Est, du Centre-Nord et du Sahel ont enregistré chacune une augmentation du nombre des mines d’exploitation artisanale entre 2003 et 2012. Ces deux dernières régions ont respectivement dénombré, à la fois en 2014, 2 (Taparko, Bissa) et 4 mines d’exploitation industrielle (Inata, Essakane, Guiro, Tambao). Pour la Boucle du Mouhoun, l’ouverture des sites d’exploitations minières artisanales et industrielles ont été favorables à la réduction des flux de sortants.
Somme toute, l’ouverture des sites d’exploitation minière, industrielle et artisanale concerne presque toutes les régions surtout dans la partie sahélienne du pays et a contribué à changer de statut migratoire des habituelles zones de départ. Celles-ci retiennent leurs flux de sorties à travers des activités extractives et connexes, comme le commerce.

Carte 1 : la répartition régionale de l’évolution des mines artisanales et industrielles au Burkina Faso

Les anciennes zones d’accueil en baisse d’attraction migratoire interne

Les destinations des migrants sont fonction des opportunités locales, notamment la possibilité d’obtenir des emplois rémunérés et de la proximité géographique. L’analyse des effectifs des entrants de 1996 et de 2006 a permis de rendre compte du niveau d’attractivité migratoire des régions administratives (Tableau III).

Tableau III: Evolution des flux des entrants récents de 1 an et plus lors des deux derniers RGPH au Burkina Faso

La région du Centre, celle des Hauts-Bassins et le Centre-Nord ont enregistré chacune une hausse de l’effectif des entrants, au cours des deux périodes. Ce qui implique que, pour les deux premières régions, les projets migratoires des entrants sont théoriquement différents de ceux des sortants précédemment analysés. En effet, dans la ville de Ouagadougou, une enquête réalisée en 2001 a montré que 43% des habitants étaient des migrants. Parmi ces migrants, 47,9% ont une durée de séjour de moins de 10 ans. L’étude note que «la migration vers Ouagadougou semble ne plus traduire le simple phénomène d’exode rural. En effet, 60,6% des migrants viennent d’autres milieux urbains. La principale raison qui motive l’immigration est le besoin de rejoindre la famille (56,7%). Les femmes sont les plus concernées par le regroupement familial (67,7%), tandis que les hommes (86,5%) migrent essentiellement dans la perspective de trouver un emploi. Parmi ceux qui migrent pour des raisons d’études (12% des motifs avancés), les hommes représentent 62,5%. » (INSD, 2003, p7).
En conséquence, ces résultats montrent que les migrations vers ces les grandes villes sont plus liées à des raisons familiales et scolaires et moins économiques.

Les régions du Centre-Sud et du Sud-ouest ont, par contre, enregistré une évolution stable des entrants des RGPH de 1996 et de 2006. Elles sont toutes éloignées des principales zones de départs des migrants notamment les régions du Nord, du Centre-Nord ou du Centre-Ouest. Des facteurs socioculturels ou sécuritaires locales ont empêché des colonisations agricoles vers ces régions tels les conflits fonciers, les problèmes d’intégration sociale. En 2007, des enquêtes menées dans la région du Sud-Ouest indique qu’elle connaît « aujourd’hui de nombreux conflits fonciers liés aux attributions de parcelles à plusieurs personnes à la fois, aux retraits et ventes de terres anciennement cédées, aux non respects des limites de terres cédées, aux attributions de parcelles hors des limites des domaines familiaux ou lignagers, etc. Les conflits entre autochtones et migrants sont les plus récurrents et sont liés aux retraits de terres (souvent sans préavis) qui sont revendues à de nouveaux migrants, aux réductions de surfaces de terres déjà vendues, au refus des migrants de payer le landa, aux remises en causes des accords fonciers par les jeunes, etc. » (Ouédraogo, Dabiré, & Guengant, 2009: 91)

Parmi les treize régions administratives, sept ont vu leurs effectifs entrants évolués à la baisse de 1996 à 2006. La région de la Boucle Mouhoun vient en tête, avec une baisse de l’ordre 7 000 personnes ; suivie de la région du Centre-Ouest. C’est la région du Plateau Central qui occupe la dernière position. Pour la Boucle du Mouhoun, l’attraction migratoire de la région a atteint son apogée dans les années 1970-1980 (Paré & Tallet, 1999), d’où la baisse du nombre des entrants. Cette baisse peut être liée à la faible intensité des sorties migratoires des principales zones de départ, en l’occurrence la région du Nord, où les activités extractives maintiennent les populations sur place.
Toutefois, les destinations des migrants orpailleurs, tout comme les migrants agricoles, ne se limitent pas au territoire national. Certains traversent les frontières en direction des pays voisins. (OIT, 2009) en travaillant sur le travail des enfants dans l’orpaillage au Niger, a enquêté 410 enfants dans 4 Villages Foulo, Komabangou, Maijamaa et Tangounga situés dans la région de Tillabéri et les départements de Say et de Téra. Parmi ces enfants 55,6% ne sont pas originaires de ces localités. Les orpailleurs burkinabè représentent 42% ; les nigériens sont autant, 15% viennent du Mali et 1% d’autres nationalités.

Dynamique migratoire interne au Burkina Faso : les anciennes zones de départ deviennent un bassin d’emploi pour les migrants internes

Les résultats des analyses précédentes montrent que le développement des activités minières constituent des facteurs de rétention des flux de sorties dans les traditionnelles zones de départ telles que le Sahel, le Nord, le Centre-Nord et que les anciennes zones d’accueil comme la Boucle du Mouhoun, les Hauts-Bassin et le Centre connaissent plus de facteur de répulsion, réduisant ainsi leur attraction migratoire. Ces analyses partielles des effectifs des sortants ou des entrants ne sont pas suffisantes pour identifier le statut migratoire réel des régions administratives. Le solde migratoire est l’un des indicateurs privilégiés et permet d’analyser le statut migratoire des régions administratives du Burkina Faso en mettant celui-ci en rapport avec l’impact de la multiplication des sites d’exploitations minières dans cette recomposition spatiale des courants migratoires. L’analyse des soldes migratoires distingue des régions qui ont enregistré au cours des deux périodes un solde positif ou négatif et celles qui ont alternativement connu l’un ou l’autre.
Les régions du Centre, des Cascades, du Centre-est et du Sahel ont enregistré chacune des soldes positifs tant en 1996 qu’en 2006 (cf. tableau IV). Le Centre, en tant que capitale politique, voire économique, constitue le point de convergence des flux migratoires ou de transit à destination de l’extérieur du pays. Les ressources naturelles, la présence du barrage de Bagré et les ressources minières constituent respectivement les facteurs d’attraction des autres régions.
Le Centre-nord et l’Est sont les deux régions qui avaient un solde négatif en 1996 alors qu’elles ont enregistré un bilan positif en 2006 contrairement aux régions du Centre-ouest, des Hauts-Bassins et le Plateau central. Le bilan positif en 2006 est tributaire des effets de la multiplication des sites d’exploitation minière artisanale qui ont attiré des flux migratoires dans ces localités. Le nombre de site y a accru de façon soutenu de 2003 à 2012 (cf. Carte 1). Le bilan négatif du Plateau central est relativement marginal. Sa proximité avec les régions du Centre Nord et du Nord, principales régions minières, ont attiré des migrants de cette localité, d’où le solde négatif. Mais les situations migratoires des Hauts-Bassins et du Centre-ouest traduisent leur nouveau statut de région d’émigration interne alors qu’elles étaient jadis des zones d’attraction. Le développement des exploitations minières est tributaire dans cette reconstruction de ce nouveau schéma migratoire.
Des régions telles que le Nord, le Sud-Ouest et le Centre-sud ont chacune enregistré des soldes négatifs en 1996 et en 2006. Le bilan migratoire en faveur des sortants indique que ces zones présentent des facteurs contextuels répulsifs suscitant la sortie migratoire. Pour la région du Nord, les populations ont, par excellence, une culture migratoire. Depuis la période coloniale, elles ont peuplé les régions de l’Ouest, les grandes villes, Ouagadougou et Bobo Dioulasso et hors du pays (INSD, 1978, 1989, 2000). Les exploitations extractives ont eu un faible impact sur les départs migratoires, notamment durant la période d’avant 2006. Toutefois, la multiplication des sites d’exploitation dans cette région durant cette dernière décennie a un effet réducteur sur la propension migratoire interne. Dans une région à tradition migratoire, le développement des activités minières en 2006, année de recensement, n’étaient pas suffisamment élevée pour infléchir les flux de sorites, d’où le solde négatif. Dans le Sud-Ouest, la pauvreté constitue l’un des facteurs répulsifs. L’incidence de la pauvreté de la région en 2006 était l’une des plus élevées du Burkina Faso, 64,0% (INSD, 2009b). Les activités minières dans cette région sont essentiellement exercées par des personnes venues d’autres localités du pays ou de l’étranger. Les autochtones, en majorité Dagara, Lobi n’exercent pas des activités liées à l’Or pour des raisons socioculturelles. Celles-ci sont dévolues aux femmes.

Tableau IV: Situation des migrations internes récentes de 1 an et plus de ces dernières décennies au Burkina Faso

CONCLUSION

Cet article a mis en lumière le lien entre le développement des exploitations minières et la dynamique migratoire interne au Burkina Faso. A travers les données issues des RGPH de 1996 et 2006 et celles de la Direction générale des études statistiques et sectorielles du Ministère des mines et des carrières, l’analyse a mis en évidence une nouvelle dynamique de reconfiguration des courants migratoires internes. Certaines régions de départ sont devenues des bassins d’emplois pour les jeunes. L’attraction migratoire des régions de la Boucle du Mouhoun et des Hauts-Bassins, traditionnelles régions d’accueil, est en baisse en raison du développement de l’exploitation minière dans les principaux foyers de départ, suscitant ainsi la déconstruction des courants migratoires traditionnels. Les résultats du RGPH de 2016 en vue permettront de mieux étayer certaines parties de ces résultats.
Si dans le passé les migrations apparaissent comme un facteur de régulation de la pression démographique dans les parties centrale et septentrionale du pays, elles semblent constituer de nos jours comme l’un des facteurs de transformation des systèmes de production et d’usage des ressources naturelles. Elles contribuent aux recompositions territoriales, imposant ainsi le renforcement de la gouvernance locale des ressources naturelles, notamment les mines.

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Notes

Table des illustrations

Auteur(s)

1ZIDNABA IRISSA
1Ingénieur de recherche Département Sciences de la Population de l’Institut des Sciences de Société Centre National de Recherche Scientifique et Technologie, Burkina Faso alnourzidnaba10@gmail.com

Droits d'auteur

Université Felix Houphouët Boigny de Cocody, Abidjan, Côte d’Ivoire

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« Métropoles portuaires et territoires de l'hinterland en Afrique subsaharienne », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 28 avril 2015

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