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Contribution du commerce du poisson à l’aménagement de l’espace dans la Sous-préfecture de Sassandra

1KOUMAN Koffi Mouroufié, 2DOSSO Yaya

Résumé;
Français
English

Cet article apporte un éclairage sur la participation du commerce du poisson à la structuration de l’espace dans la Sous-préfecture de Sassandra. Il met en évidence les habitations, les équipements, les infrastructures et les activités créés, entretenus ou améliorés par l’effet de ce commerce. L’étude a consisté à recueillir les données à partir de la recherche documentaire et à administrer des questionnaires aux enquêtés sur le terrain.
Il en ressort une faible contribution du commerce du poisson à l’aménagement de l’espace dans cette circonscription. En effet, les habitations, les équipements et les infrastructures modernes qu’elle dispose sont loin d’être le fait de ce commerce. Sur sept villages qui pratiquent une pêche commerciale, deux enregistrent quelques habitations modernes construites par des pêcheurs. Il s’agit de Gahoulou et Louga, des villages riverains du fleuve Sassandra.
Au niveau de la ville, l’activité économique est polarisée par la pêche et le commerce du poisson. Mais, les installations qui en découlent affichent une certaine précarité, dénaturant ainsi l’urbanité des quartiers. Cela se comprend par une forte implication des étrangers dans ce commerce et par la non intégration de cette activité dans les programmes internes d’amélioration du cadre de vie.

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Mots-clés : Sassandra, aménagement, commerce du poisson.

Keywords: Sassandra, development, trade in fish

Texte intégral

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INTRODUCTION

Située à 387 km d’Abidjan, entre le 9°32 de latitude nord et le 6°29 de longitude ouest, la Sous-préfecture de Sassandra s’étend sur environ 830 km². Elle est limitée à l’est par les Sous-préfectures de Sago et Fresco, à l’ouest par celles de San-Pedro et de Gabiadji, au nord, par celles de Lobakuya, Medon et Dakpadou et par l’océan atlantique au sud. La figure suivante donne sa localisation ainsi que des localités qui la composent.

Carte 1 : Localisation de la Sous-préfecture de Sassandra


Cette zone est drainée par de nombreux cours d’eau dont le principal est le fleuve Sassandra. Elle compte plus de 55 villages dont 14 en bordure de l’océan et 7 riverains du fleuve Sassandra. La pêche maritime est très intense à Sassandra ville et dans les villages de Grand-Dréwin et Dagbégo (carte 1). Quant à la pêche continentale, elle est permanente sur le fleuve et saisonnière sur les rivières (BAPS, 2013).
Les études sur les pêches fluvio-lacustres, lagunaires et maritimes en Côte d’Ivoire privilégient les aspects liés aux volumes débarqués, au traitement, à la conservation, aux caractéristiques sociodémographiques des acteurs et aux matériels de capture. La filière halieutique y joue un rôle important dans le développement socioéconomique à travers les emplois et les protéines animales offerts aux nombreuses populations et participe à l’aménagement de l’espace. Plusieurs auteurs dont FIRCA (2013), Kouman (2008), Anoh (2007), Tall (2004), Chaumet (2000), Koffié-Bikpo (1997), Corlay (1993) et Arnal (1992), ont abordé la question de l’emploi induit par cette activité. Pour eux, la pêche participe à la lutte contre la pauvreté en ce sens qu’il crée des emplois dans les domaines de la production, de la transformation et de la commercialisation du poisson. Certains auteurs tels que Kouman (2008), Anoh (2007), Koffié-Bikpo (1997) et Delaunay (1995), laisse entrevoir ses implications dans le processus de développement à Sassandra. Mais, de façon spécifique, les équipements, les infrastructures, les habitations et les activités créés ou entretenus par le commerce du poisson n’ont pas fait l’objet d’une étude scientifique approfondie.
Le constat est que malgré le dynamisme du commerce du poisson à Sassandra, sa contribution à l’aménagement de l’espace reste méconnue. Ainsi, la question centrale qui sous-tend cette étude est la suivante : comment le commerce du poisson contribue-t-il à l’aménagement de l’espace dans la Sous-préfecture de Sassandra ?
Dans cet article, il s’est agi d’analyser les équipements, les infrastructures, les habitations et les activités créés ou entretenus par le commerce du poisson dans cette Sous-préfecture.

I. Outils et méthodes

L’étude s’est faite à partir de la recherche documentaire et d’enquêtes de terrain. Les principaux documents consultés portent sur les marchés des produits de la pêche, les commerçants, le traitement et les prix de vente des poissons. Ils indiquent certains flux de distribution en pays lagunaires ou côtiers. Parmi ces documents, figurent ceux de Anoh (op.cit.), de FAO (FAO, 2008a, 2008b). D’autres auteurs dont Coulibaly (2010), EMMA (2011), Delaunay (op.cit.) et Kouman (op.cit.) s’intéressent à la place qu’occupe ce commerce dans le développement en Côte d’Ivoire et à Sassandra.
Sur le terrain, le choix des espaces enquêtés et des personnes interrogées s’est fait par sondage aréolaire et tirage stratifié. Le sondage aréolaire a permis d’identifier toutes les localités de pêche et de retenir celles qui pratiquent la pêche commerciale. Concernant le tirage stratifié, il a consisté à constituer des groupes de pêcheurs, de transformatrices, de mareyeurs, de vendeurs, de consommateurs et à tirer les individus à enquêter au sein de chaque groupe. Étant donné que l’effectif de la population-mère est connu, le choix du nombre de personnes à enquêter s’est fait selon la formule suivante :
N = taille de la population-mère, n = taille de l’échantillon, e = marge d’erreur, t = coefficient de marge déduit du taux de confiance et p = proportion des éléments de la population-mère. Le coefficient de marge déduit du taux de confiance est la fiabilité voulue pour la taille de l’échantillon. Ainsi, des taux de 90%, 95% et 99% avec des coefficients de marge (t) respectifs de 1,65 ; 1,96 et 2,57 ont été obtenus.
La fonction p.(1-p) varie entre les valeurs 0 et 0,25 avec une moyenne de 0,175. La valeur maximale de 0,25 est utilisée lorsque la taille de l’échantillon doit être majorée. Par contre, pour obtenir une approche plus fine qui minimise l’erreur faite sur l’évaluation de la taille, le choix se porte sur la valeur moyenne de p, soit 0,175 correspondant à 0,226. Pour déterminer la taille de notre échantillon (n), nous avons pris en compte un taux de confiance de 90 % correspondant à un coefficient (t)1.65. Par conséquent, la marge d’erreur est de 10 % ; soit e =0,1. La valeur de p choisie est la moyenne 0,175 ; soit 0,226. En remplaçant "e", "t" et "p" par leurs valeurs respectives, on aboutit à la formule suivante :

L’application de cette formule a donné les échantillons suivants.

Tableau 1 : Taille de l’échantillon


La collecte des données primaires s’est faite en trois phases. La première part du 28 juillet au 26 août, la seconde en décembre 2015 et, la dernière, en juillet 2016. Les techniques utilisées lors de l’enquête de terrain sont l’observation, l’entretien et l’enquête par questionnaire.
L’observation a consisté à se rendre sur le terrain pour prendre les clichés des habitations, des équipements, des infrastructures et des activités créés par l’effet de ce commerce.
Les entretiens ont été menés avec les agents de la Direction Départementale des Productions Halieutiques le 30 juillet 2015 et avec ceux du Bureau Aquaculture et Pêches le 08 août 2015. Les échanges avec les agents de la mairie et du conseil régional ont respectivement eu lieu les 25 et 28 décembre 2015. Ces entretiens tournaient autour des zones d’approvisionnement, de la production, des acteurs, du traitement et des marchés. Ainsi, ils ont permis de connaître les chiffres d’affaire de ce commerce et son influence sur l’aménagement.
Les questionnaires ont été adressés à 1428 acteurs échantillonnés dont 301 pêcheurs, 14 mareyeurs, 244 transformateurs, 815 vendeurs et 54 transporteurs. Différents types de traitements ont été utilisés selon la nature des données. Ainsi, les logiciels Excel et Word ont servi à établir des tableaux et des graphiques. Aussi, avons-nous utilisé les logiciels Arcgis 10.3 et Qgis 2.6.1. pour la confection des cartes. À l’issue du traitement des données, les résultats obtenus se présentent comme suit :

II- Résultats

1- Le commerce du poisson de la pêche de Sassandra, une activité à portée nationale polarisant l’économie locale

Le poisson de la pêche de la Sous-préfecture de Sassandra est distribué dans plus de trente localités à partir de deux échouages principaux (la ville et Grand-Drewin) et six échouages secondaires (Brodjè, Dagbégo, Lékidou, Misséhi, Gahoulou et Louga). Abidjan est la destination principale. En effet, en 2015, sur une production totale de 4 673,80 tonnes, elle a reçu 1 324, 078 tonnes ; soit 28,33 %. Daloa, Gagnoa, Méagui, Man, San-Pédro et Soubré sont les destinations secondaires. D’autres villes reçoivent des quantités moins importantes. Il s’agit de Guiglo, Duekoué, Touba, Sinfra, etc. Cette activité, bien que polarisant la vie économique de cette localité, a une signature spatiale faible.

2- Le commerce du poisson, une activité à faible impact spatial à Sassandra

2.1- Un nombre limité d’habitations modernes liées au commerce du poisson

Sur 17 villages situés en bordure d’eau, 7 pratiquent la pêche commerciale. Il s’agit de Gahoulou, Louga, Missehi, Lékpidou Grand-Drewin, Brodjé et Dagbégo. Dans ces villages, la répartition des habitations se présente selon la figure suivante.

Figure 1 : Répartition des maisons par localité de pêche de Sassandra selon l’activité des propriétaires

Cette figure 1 témoigne de la création d’habitations grâce au commerce du poisson dans les villages maritimes et fluviaux de la Sous-préfecture de Sassandra. En général, ils sont en bois, en banco ou terre battue ou en matériaux de récupération à l’image des photos ci-dessous.

Gahoulou enregistre le plus fort taux (5,97 %) de maisons de qualités bâties grâce au commerce du poisson. Il est suivi de Louga (4,65 %). Hormis ces villages qui enregistrent quelques maisons modernes (photo 2) issues de la vente de poissons, celles des autres zones de production rurale sont presque toutes précaires (photo 1). La répartition des équipements des ménages de pêcheurs dans ces quatre villages se présente comme suit.

Figure 2 : Équipements des ménages de pêcheurs des villages fluviaux de Sassandra

Tous les pêcheurs du fleuve sont abonnés au réseau électrique et équipés de moyens de communication et d’information. 12 ménages dont 5 à Gahoulou, 3 à Missehi et 2 à Lékpidou et à Louga sont abonnés à la chaîne de télévision privée canal horizon. Excepté Misséhi dont le centre culturel est bâti grâce aux cotisations des pêcheurs maliens, aucun équipement collectif n’en relève. D’ailleurs, Grand-Drewin, Brodjé et Dagbégo ne sont pas connectées aux réseaux d’électricité et d’eau potable et aucun acteur ne possède de groupe électrogène et de palette d’énergie solaire. Par contre, Gahoulou, Louga, Missehi et Lékpidou, villages riverains du fleuve sont mieux équipés.
Au niveau de la ville, les aménagements générés dénaturent l’urbanité des quartiers.

2.2- Une multitude d’habitations précaires inesthétiques dans le paysage urbain

À Sassandra-ville, rares sont les habitations et les infrastructures modernes créés du fait du commerce du poisson. De l’inventaire des habitations modernes selon les sources de revenus des propriétaires, il n’y a qu’une seule villa de 04 pièces, située au quartier CFAO qui appartient à une vendeuse de poissons.
À cela, s’ajoute un projet de réaménagement du bord de la mer initié par une ONG japonaise qui, en association avec les autorités ivoiriennes, a pris la résolution de délocaliser les commerçants pour les reloger dans un marché à construire à l’entrée de la ville. Mais avant sa réalisation, le Conseil Régional a entrepris la construction de trois hangars provisoires pour les recevoir; l’un d’eux ayant déjà bâti à hauteur 30 000 000 F CFA. En plus, la ville abrite un magasin de poissons fumés et secs, un marché de poisson frais, des logements et les services des agents du Bureau Aquaculture et Pêches. Les images suivantes illustrent quelques uns de ces aménagements.
Ce marché (photo 3) est bâti par le conseil régional pour recevoir les vendeurs dont ceux du poisson. La maison (photo 4) appartient à une vendeuse de poissons. En outre, il existe de multitude d’habitations, voire de quartiers créés grâce à la pêche et la vente de poissons mais dont la précarité impacte négativement le paysage urbain. En effet, la ville comprend 15 quartiers dont les camps Nanakrou et Fanti bâtis respectivement sur environ 4 800 et 6 000 m². Le camp Fanti, localisé dans la vallée marécageuse et inondable de la rivière Guézé, est fait de constructions rudimentaires. Le camp Nanakrou, quartier des pêcheurs libériens, se trouve derrière l’ancien cimetière en bordure de l’axe principal débouchant sur la sortie de la ville en partance pour San-Pedro. Installés à environ 600 m de l’échouage, dans le bas du versant de l’ancien quartier Kroumen, ces pêcheurs vivent dans des maisons louées aux autochtones à 10 000 ou 15 000 F CFA par mois.
Dans ces quartiers malsains, les cases sont en bois, en terre battue ou en matériaux de récupération figurés par les images suivantes.

Les habitations de ces quartiers donnent une image sombre à la ville. Le niveau de contribution de cette activité à l’aménagement de l’espace est matérialisé par la carte suivante.

Carte 2 : Impact spatial du commerce du poisson dans la Sous-préfecture de Sassandra


Cette carte 2 montre la faible contribution du commerce à la création d’habitations malgré quelques cas à Gahoulou, Misséhi, Lékpidou, Louga et à Sassandra-ville. En milieu urbain comme rural, ces habitations sont précaires comme le montre l’illustration suivante.

Carte 3 : Commerce du poisson dans la création d’habitations précaires dans la Sous-préfecture de Sassandra


Cette carte 3 montre que le commerce du poisson engendre fortement la création d’habitations précaires à Grand-Dréwin et Brodjé. Cette contribution est moyenne à Sassandra-ville, Dagbégo, Misséhi et Lékpidou et faible dans les autres localités.

3- Le commerce de poissons : un secteur pourvoyeur d’emplois

On note une intensification des activités de pêche, de fumage et de vente de poissons dans les localités maritimes et une moyenne présence dans celles en bordure du fleuve Sassandra.

3.1- La pêche, le fumage et la vente de poisson : des activités très développées

La pêche est l’activité en amont qui occupe les hommes alors que le fumage est dévolu aux femmes. Quant à la vente, elle occupe les deux sexes.
La pêche est la principale activité des populations de Grand-Drewin, de Brodjé et de Dagbégo. En ville, la proportion de pêcheurs par rapport à la population masculine est assez importante comme le confirme la figure suivante : Figure 3: Nombre de pêcheurs dans la population masculine à Sassandra>


La proportion de pêcheurs par rapport à la population masculine des villages maritimes est largement supérieure à celle des villages fluviaux. Elle est de 31,5 % à Lékpidou et Missehi contre 20 % à Louga et 4,58 % à Gahoulou. Avec respectivement 100 %, 56 % et 63 %, Grand-Dréwin, Brodjé et Dagbégo ont les parts les plus élevées de pêcheurs en zone rurale. En ville, elle est d’environ 21 %. Bien qu’artisanale, cette activité génère des revenus subséquents comme le présente la figure suivante :

Figure 4 : Revenus mensuels par technique des pêcheurs de Sassandra en 2015

Les propriétaires de filets tournants gagnent plus de 350 000 FCFA. Ils sont suivis par les détenteurs de filets maillants dérivants dont les gains s’élèvent à 122 000 F CFA contre 112 000 FCFA pour ceux des filets maillants de fond. Mais la pêche s’appuie sur le fumage, une activité lucrative dévolue aux femmes. Il est, de loin, la méthode la plus utilisée pour la conservation à long terme des pêches à Sassandra.
Les fumeuses recensées au cours de nos enquêtes en 2016 sont de six nationalités dont les Ghanéennes (81,65 %) plus présentes en ville et à Grand-Drewin, les Ivoiriennes (11,18%) à Brodjé, Dagbégo et en ville suivies des Libériennes (2,98 %) basées en ville. À celles-ci, s’ajoutent les Maliennes (1,76 %) installées à Lékpidou, Misséhi, Gahoulou et Louga, les Togolaises (1,33 %) et les Burkinabés (1,10 %). Si pour 75,80 % des fumeuses, l’exercice du fumage découle de son caractère lucratif, 26,17 % imputent leur choix au manque d’emplois. Les hommes monopolisent la vente fraîche alors que les femmes ont la mainmise sur celle des poissons fumés.
Des pêcheurs aux détaillants, on dénombre 5 326 vendeurs de poissons dans la Sous-préfecture ; soit 12,06 % de la population totale dont 86,72 % en ville. D’autres activités annexes se sont développées.

3.2- Une diversité d’activités secondaires induites

Les activités annexes se résument en trois grandes entités. Ce sont le transport, la vente de marchandises ayant un rapport avec le poisson, l’élevage et l’administration. La première entité regroupe le transport par voies d’eau et le transport routier. La deuxième rassemble la vente de poudre de poissons, de paniers et de cartons pour l’emballage des poissons et la restauration notamment la vente d’attiéké1 accompagné de poissons. Les investigations ont permis d’en recenser plusieurs dont certaines se présentent comme suit :

Ces illustrations présentent des activités annexes du commerce du poisson. Il s’agit de la vente des produits alimentaires. En effet, aux alentours des échouages et dans les marchés, plusieurs femmes s’adonnent à la vente de l’attiéké, à des mets composés de riz, du foutou banane et surtout du plakali2 accompagné de poissons pour une somme variant entre 500 F et 800 F le plat.
La gestion administrative de la pêche et du commerce de poisson implique plusieurs services dont la mairie, le service pêche et le service maritime, tous centrés en ville. Le tableau ci-après fait une synthèse des acteurs directement et indirectement impliqués dans les activités liées au commerce du poisson dans les zones de production.

Tableau 2 : Importance des acteurs des activités liées au commerce du poisson par zone


Le nombre d’actifs impliqués dans la vente de poissons est très élevé à Grand-Dréwin car elle s’évalue à 89,42% de la population totale. Cela s’explique par les taux très élevés de pêcheurs et de fumeuses-vendeuses (figure 4 et tableau 2). Il est moyen à Brodjé et Dagbégo. En ville, bien qu’elle soit largement en dessous de la moyenne (23,18 %), l’activité économique est polarisée par ce commerce. Une diversité d’activités s’y exerce de façon intensive contrairement aux autres localités comme le présente la carte suivante présente la répartition spatiale des acteurs impliqués dans les activités liées à ce commerce.

Carte 4 : Implication des populations dans le commerce du poisson dans la Sous-préfecture de Sassandra


Comme le montre cette carte 4, la population est fortement impliquée dans la vente du poisson à Grand-Dréwin, moyennement à Dagbégo, Brodjé et Sassandra-ville et faiblement dans les autres localités. Contrairement aux zones rurales où les activités se résument à la pêche, au fumage et à la vente, on note une diversité d’activités en ville dont le transport routier, maritime et fluvial, la vente d’emballages, la restauration et l’administration.
De ce qui précède, le commerce du poisson polarise la vie économique à Sassandra. Mais, sa signature spatiale est faible en raison de la précarité des habitations qui en résultent.

III- Discussion

L’analyse de l’aménagement et de la structuration de l’espace à Sassandra montre que les habitations, les équipements et les infrastructures modernes sont loin d’être le fait du commerce du poisson qui, pourtant, polarise toutes ses activités économiques. Ce résultat est identique à ceux de Koffié-Bikpo (1997) et Kouman (2008). En effet, Koffié-Bikpo (1997) a montré que les pêcheurs ont une empreinte spatiale faible. Onze ans après, en décrivant les habitats des pêcheurs dans le Sud-ouest ivoirien, Kouman (2008) soutient qu’ils vivent dans des maisons traditionnelles aux cases groupées et serrées de manière désordonnée sans aucun plan préalable d’occupation du sol. Par contre, Anoh (2007) trouve que la pêche contribue énormément à l’aménagement de l’espace dans certaines localités lagunaires comme à Adiaké où ses acteurs participent à la création, l’entretien et l’amélioration d’écoles, de centres de santé, de marchés, de lieux de culte et de centres culturels.
Le commerce de poissons est une activité pourvoyeuse d’emplois à Sassandra et nombre d’activités se développent de son fait. Cela confirme les résultats d’Anoh (2007), FAO (2008) et Chaumet (2000). En effet, pour Anoh (op.cit.), le secteur des pêches au sens large, y compris la transformation, joue un rôle important au plan social. Il fournit 70 000 emplois directs tout en faisant vivre indirectement près de 400 000 personnes. Quant à la FAO (op.cit.), elle estime à 23 029 emplois directs contre 80 000 emplois indirects induits par la pêche. Chaumet (op.cit.) affirme que la commercialisation des produits de pêche génère une importante activité de transformation artisanale et de distribution avec plus de 10 000 fumeuses et d’innombrables vendeuses.
Deux raisons fondamentales expliquent la faible empreinte spatiale du commerce du poisson et sa forte participation à la création d’habitations précaires à Sassandra. La première s’explique par une forte implication des étrangers et la seconde est liée à l’absence de corrélation entre cette activité et l’amélioration du cadre de vie. En effet, les étrangers qui ont la mainmise la pêche à Sassandra, y investissent sommairement et rapatrient leurs revenus dans leurs pays respectifs. Cela confirme les résultats de Delauney (1995) et Kouman (2008) qui relèvent la non intégration des pêcheurs ghanéens à leur zone de travail. En effet, selon ces auteurs, les pêcheurs Fanti appartiennent au groupe ethnolinguistique Akan alors que les populations du Sud-ouest ivoirien sont du groupe Krou avec lequel ils n’ont aucune affinité culturelle et linguistique. Il se pose alors un problème d’insécurité social ajouté à leur statut d’étranger ; toute chose qui ne garantit pas de bons investissements dans leur zone de travail. Aussi, la vente du poisson étant surtout le fait de leurs conjointes, note-t-on une absence de ses retombées dans l’amélioration du cadre de vie de la Sous-préfecture. La mauvaise gestion des cotisations versées par les pêcheurs aux villages est souvent source de conflit.

CONCLUSION

Cette étude porte en exergue le faible impact spatial du commerce du poisson à Sassandra. Cependant, nombreuses sont les habitations qui y sont construites de sont fait. Hormis Gaoulou et Louga où certaines sont modernes, dans les autres zones de production, elles sont précaires. Cela se justifie par une forte implication des étrangers dans cette filière et leur non intégration dans les programmes d’amélioration du cadre de vie.
Nombreuses sont les activités qui s’y développent du fait de ce commerce dont la pêche, la transformation, le transport, la vente de poissons, de cartons et de paniers, les restaurants, l’élevage et l’administration. Ce commerce polarise l’activité économique alors que son impact spatial dénature l’esthétique du paysage urbain.
Pour qu’il participe à l’amélioration des conditions de vie des populations, il faut le respect strict des conditions d’une pêche durable, l’amélioration des conditions de travail des acteurs et l’intégration de ce commerce dans les programmes d’amélioration du cadre de vie.

Bibliographie

Anoh K. P., 2007, Pêche, aquaculture et développement en Côte d’Ivoire, thèse de doctorat de géographie, université de Nantes, 334 p.

Arnal S., 1992, Les différentes sources de crédits au secteur de la pêche artisanale en Afrique de l’Ouest. Commission des Communautés européennes, Direction générale du développement, série évaluation CEE n°5-Bruxelle, 53 p.

Chaumet A., 2000, Études des postes et d’expansion économique; la pêche en Côte d’Ivoire, Abidjan, 35 p.

Corlay J-P., 1993, La pêche au Danemark : Essai de géographie halieutique, Thèse de doctorat d’État, Brest, vol. 1 et 2, 1331 p.

Delaunay K., 1995, Les pêcheurs Fanti à Sassandra dans le contexte économique local, Séminaire sur « Croissance Démographique, Développement agricole et Environnement à Sassandra, 14-16 Juin 1995, ORSTOM ; ENSEA, Abidjan (CIV), 117 p.

EMMA, 2011, La filière du poisson sec à l’Ouest de la Côte d’Ivoire, IRC/CE, 20 p.

FAO, 2008a, Vue générale du secteur des pêches nationales : la république de Côte d’Ivoire, FAO, FID/CP/CIV, 43 p.

FAO, 2008b, Cadre national des priorités à moyen terme de la FAO en Côte d’Ivoire 2009-2013, Ministère d’État, Ministère du Plan et du Développement (CIV), 55 p.

FIRCA, 2013, La filière du progrès-Acte 11- à la recherche de la filière pêche et aquaculture, août 2013, 44 p.

Koffié-Bikpo C. Y., 1997, La pêche artisanale maritime en Côte d’Ivoire, Thèse de doctorat de l’Université de Nantes, 285 p.

Kouman K. M., 2008, Implantation des pêcheurs dans le Sud-ouest de la Côte d’Ivoire : Permanence et mutation dans l’organisation de l’espace, Thèse de Doctorat de Géographie, IGT, Univ. De Cocody-Abidjan (CIV), 419 p.

Tall A., 2004, ?Profil de la pêche des pays membres d’infopêche et du SADC, info SA? ; in NORAD, 21-22

Notes

1Semoule de manioc
2pâte de manioc

Table des illustrations

Auteur(s)

1KOUMAN Koffi Mouroufié, 2DOSSO Yaya
1Maître-assistant, École Normale Supérieure-Abidjan, LIMERSSA-IGT Université Félix Houphouët Boigny de Cocody, koumankoff@yahoo.fr
2Doctorant, Université Félix Houphouët Boigny-Abidjan Institut de Géographie Tropicale, yayadosso137@gmail.com

Droits d'auteur

Université Felix Houphouët Boigny de Cocody, Abidjan, Côte d’Ivoire

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« Métropoles portuaires et territoires de l'hinterland en Afrique subsaharienne », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 28 avril 2015

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