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Le marche de gros de Bouaké dans l’approvisionnement en produits vivriers du centre nord de la Côte d’Ivoire

1ADAYE Akoua Assunta, 2 KOFFI Koffi Marc

Résumé;
Français
English

Ce présent article vise à analyser la contribution du marché de gros de Bouaké dans l’approvisionnement en produits vivriers du centre-nord de la Côte d’Ivoire.
Afin de répondre à cet objectif, la méthode de travail utilisée a été principalement basée sur l’analyse documentaire et l’enquête de terrain. Cette enquête a été dominée par des entretiens et l’administration d’un questionnaire aux principaux acteurs.
  Les résultats de cette étude montrent que le marché de gros de Bouaké joue un rôle prépondérant dans l’approvisionnement des marchés internes et externes à la région centre nord ivoirien. Il est un important grenier, dans le commerce des vivriers de la région centre nord de la Côte d’ivoire et des régions environnantes. Il collecte de très importantes quantités de vivriers, afin de les redistribuer sur tous les marchés. Ce dispositif qualifié de zone de convergence des produits alimentaires et de redistribution vers les autres marchés permet à la région de disposer de quantités suffisantes de denrées alimentaires diverses et variées toute l’année en vue de satisfaire les besoins alimentaire des populations.

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Mots-clés : Côte d’Ivoire, Centre nord, marché de gros de Bouaké, approvisionnement, produits vivriers

Keywords: Côte d’ivoire, centre north, wholesale market of Bouaké, food providing, local subsistence products

Texte intégral

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INTRODUCTION

La satisfaction de ses besoins alimentaires constitue depuis longtemps un souci pour l’homme. C’est la raison pour laquelle la communauté internationale a créé des organisations internationales comme le Fond pour l’Agriculture et l’alimentation (FAO), le Programme Alimentaire Mondial (PAM) et, instauré la journée mondiale de l’alimentation le 16 octobre de chaque année. Le problème de l’alimentation a toujours rimé avec l’existence de l’espèce humaine. Depuis l’ère préagricole où l’homme préhistorique vivait de cueillette, de chasse et de pêche en passant par la naissance et l’extension de l’agriculture jusqu’à la modernité agro-industrielle, l’homme est toujours à la recherche de sa nourriture pour assurer sa survie (Ghersi, 2005). La Côte d’Ivoire, pays situé en Afrique de l’ouest, n’échappe pas à cette réalité. La problématique de la sécurité alimentaire est au centre de nombreuses préoccupations, en raison de la longue crise sociopolitique déclenchée en septembre 2002, de la crise alimentaire mondiale de 2007-2008 et des changements climatiques, dont les effets néfastes sont perceptibles sur les disponibilités alimentaires du pays.
Du passage du concept de l’autosuffisance alimentaire (Lagos, 1980) à celui de la sécurité alimentaire, les vivriers marchands ont connu une forte évolution en Côte d’Ivoire, particulièrement au niveau de la recherche et des acteurs du développement. Toutes les initiatives sont prises au plus haut sommet de l’Etat pour assurer, atteindre ou sauvegarder la sécurité alimentaire des régions, priorité constante depuis 1980 (FAO, 1996). L’Etat de Côte d’Ivoire a dans sa politique, planifié la construction de marchés de gros qui vont être d’importants dispositifs d’appui à l’Office d’Aide à la Commercialisation des Produits Vivriers (OCPV), pour le ravitaillement des marchés et le développement des vivriers, gage d’une sécurité alimentaire durable. C’est dans cette optique qu’en 1998, il a construit le marché de gros de Bouaké dans la région centre nord ; région où les cultures vivrières représentent 53,6% de l’économie contre 28% pour les cultures d’exportation (Rapport National sur l’état des ressources phytogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture, 2014). Le marché de gros vient répondre à une préoccupation, celle de faire de cette région un important grenier du pays et de la sous-région, par le développement des cultures vivrières et de leur commercialisation. Son rôle est la collecte, la conservation et la redistribution sur les autres marchés des produits vivriers sur toute l’année.
Des marchés de gros existent dans certains pays d’Afrique comme le marché de gros de fruits et légumes au Maroc et au Kenya, le marché de gros de manioc à Kinshasa. Ils rassemblent sur un même espace toute l’offre et la demande d’un produit donné, permettant ainsi d’obtenir un prix unique d’équilibre. La formation des prix devient ainsi transparente et les coûts de transaction sont grandement réduits (Eric Tollens, 2012). Ce sont d’importants lieux de coordination verticale dans la chaine de commercialisation, contribuant ainsi à une meilleure efficacité des prix et à une plus grande productivité de la filière de distribution des vivriers. De par leurs actions, ils contribuent efficacement à l’atteinte de la sécurité alimentaire (Eric Tollens, 2012). Au regard de toutes ces considérations, on se demande : « comment le marché de gros de Bouaké contribue-t-il à approvisionner la zone centre-nord et les autres régions ivoiriennes ? De cette question centrale découlent ces questions subsidiaires : Quels sont les principaux vivriers qui alimentent le marché de gros de Bouaké ? D’où proviennent-ils ? Qui sont les acteurs ? Comment ce marché de gros fonctionne t-il ? Quel est son impact socio-économique sur les populations ?
Mais avant de développer toutes ces questions, il est nécessaire de présenter le cadre géographique et la méthode utilisée.

1. Le cadre géographique et la méthode

1.1. Le cadre géographique de l’étude

La région d’étude est située au centre nord de la Côte d’Ivoire et comprend la région du Gbêkê et du Hambol. Elle est limitée au nord par les régions du Tchologo et du Poro, à l’ouest par les régions du Béré et de la Marahoué, à l’est par les régions du Bounkani, du Gontougo et de l’Iffou et au sud par les regions du Bélier et du N’zi. Elle comprend sept départements (Bouaké, Béoumi, Sakassou, Botro, Katiola, Dabakala et Niakaramadougou), trente-six sous-préfectures (confère Figure 1).
Selon le Recensement Général de la Population et de l’Habitat (RGPH, 2014), la région compte une population totale de 1 440 826 habitants, avec 42,87% de ruraux et 57,13 % d’urbains. Les principales spéculations agricoles sont les cultures vivrières (igname, manioc, maïs, banane plantain, maraîcher) et les cultures d’exportation (anacarde, coton, cacao, café).

Figure 1 : La carte administrative de la zone d’étude

1.2. La méthode d’échantillonnage

Le choix de l’échantillonnage s’est porté sur la méthode empirique ou de choix raisonné, précisément, sur celle des quotas. Les raisons qui sous-tendent ce choix sont multiples. Il s’agit de l’étendue de l’espace d’étude et du manque de statistiques récentes et fiables. Du fait aussi de la densité de la population, il n’est guère aisé de constituer une base de sondage avec un nombre précis d’acteurs.
   Quant au choix des localités à enquêter, il s’est basé sur un certain nombre de critères à savoir : le poids du vivrier marchand dans la région, la dimension socioculturelle et l’accessibilité. Au total, huit (08) localités sur 36 ont fait l’objet d’enquête. Les producteurs ont été choisis selon l’âge, le sexe, les surfaces de production. Seuls les commerçants exerçants au marché de gros de Bouaké ont retenu notre attention. Leur choix a été aléatoire ainsi que celui des transporteurs et des consommateurs. Au total, le questionnaire a été administré à 384 personnes : 120 producteurs, 114 commerçants, 30 transporteurs et 120 consommateurs.

1.3. La méthode de collecte et de traitement des données

Pour cette étude, deux catégories de données ont été nécessaires : Celles issues de l’exploitation documentaire qui ont permis d’avoir une idée générale sur la thématique traitée et celles obtenues par enquête auprès des producteurs, des commerçants, des transporteurs et des consommateurs. Ces informations primaires ont donné un sens particulier à l’étude, en ce sens qu’elles ont permis de s’imprégner des réalités du terrain.
Les résultats de cette investigation sont restitués en trois parties : la première présente les principaux vivriers qui alimentent le marché de gros de Bouaké et leur provenance, la deuxième présente les acteurs et le fonctionnement du marché de gros de Bouaké, enfin, la troisième analyse l’impact socio-économique du marché de gros sur les populations.

I. Les principaux produits vivriers sur le marché de gros de Bouaké et leur provenance

I.1. Les principaux produits vivriers sur le marché de gros de Bouaké

On trouve sur le marché de gros de Bouaké plusieurs vivriers que l’on peut classer en six catégories : les féculents (igname, manioc, banane plantain), les céréales (maïs, riz, mil, sorgho, haricot), les oléagineux (arachide), les légumes (oignon, piment sec), la noix (cola) et les fruits (gingembre). Ces différents produits vivriers proviennent de divers horizons pour le ravitaillement du marché de gros de Bouaké.

I.2 La provenance des produits vivriers

Le marché de gros de Bouaké dispose de deux sources principales d’approvisionnement en produits vivriers : une provenance interne à la zone d’étude et une provenance externe.

I.2.1 Une provenance interne de vivriers dominés par les féculents

L’approvisionnement en produits vivriers du marché de gros de Bouaké est d’abord la préoccupation des départements internes de la région centre nord. Chaque département y commercialise sa production comme l’indique la figure 2.

Figure 2 : Les localités internes approvisionnant le marché de gros de Bouaké en vivriers


Cette figure 2 indique la provenance de trois types de vivriers. Il s’agit notamment de l’igname, du maïs et du manioc et ses dérivés. Ces produits vivriers viennent de tous les départements, avec des volumes de flux inégaux d’un département à un autre. Dabakala est le principal pourvoyeur du marché de gros en igname. La quantité produite en 2014 est de 474 180 tonnes, le maïs avec 146 200 tonnes vient de Katiola et le manioc (15 720 tonnes) du département de Bouaké. En effet, après la régression, voire la disparition du coton, chaque département s’est spécialisé dans une culture vivrière commerciale, face à la forte demande urbaine, en produits alimentaires. L’igname est le principal trait caractéristique du département de Dabakala, non seulement, elle constitue l’aliment de base des populations, mais aussi et surtout elle est commercialisée. Il en est de même pour le département de Katiola. Ce peuple a le maïs comme premier aliment de base et il constitue le vivrier le plus commercialisé. Quant au département de Bouaké, les producteurs ont l’igname et le manioc comme principales cultures vivrières. Le manioc, une plante peu exigeante s’y développe considérablement et constitue pour ces populations, la première culture commerciale.
De par son caractère de plaque tournante de commercialisation des produits vivriers, le marché de gros de Bouaké, en plus d’être ravitaillé par son espace immédiat, bénéficie également de l’apport en vivriers des autres régions ivoiriennes et même de la sous-région.

I.2.2. Les zones externes de provenance des produits vivriers, ravitaillant le marché de gros de Bouaké.

En plus des productions locales, le marché de gros de Bouaké est ravitaillé par des produits vivriers venant des autres régions du pays (Figure 3).

Figure 3 : Les localités externes à la région centre nord ravitaillant le marché de gros en vivriers


La figure 3 montre qu’au niveau de la banane, la région de la Marahoué est le principal pourvoyeur du marché de gros. Quant à l’igname et le maïs, ils proviennent du Béré, et le manioc est fourni par la région du Bélier. Ses spécialisations dans la production vivrière proviennent des conditions naturelles qui lui sont favorables. Par ailleurs, le fort taux d’urbanisation (57,8%, INS, 2014) de la région suscite une demande alimentaire croissante. Pour y répondre, les producteurs ont augmenté leurs surfaces de production et commercialisent d’importantes quantités de produits vivriers.
   Les grossistes parcourent toutes ces zones de production et collectent les vivriers. Celles-ci sont très éloignées du marché de gros de Bouaké. Selon les données de l’AGEROUTE (2014), la région du Béré est à 152 km ; le Bélier (78 km), le Tchologo (215 km) ; l’Iffou (88 km) ; le N’zi (144 km) ; le Gontougo (321 km) et le Bounkani (383 km). Malgré cet éloignement, ces régions privilégient la direction du marché de gros de Bouaké, car celui-ci a une grande capacité d’absorption de vivriers et constitue pour eux un endroit sûr pour l’écoulement rapide de leurs productions.
   Pour les producteurs, le prix d’achat qu’offre le marché de gros de Bouaké est meilleur par rapport à celui de leurs zones de productions. Dans la plupart des cas, c’est le grossiste qui envoie vers le producteur des véhicules (achat bord champ). La distance ici ne constitue plus un handicap. Les producteurs de ces zones leur vendent leur production. Cela est d’autant plus intéressant que les frais de transport et les tracasseries routières leurs sont épargnés. L’approvisionnement du marché de gros de Bouaké en produits vivriers est régi par un certain nombre d’acteurs, donnant ainsi un dynamisme de fonctionnement à ce marché.

II. Les acteurs et le fonctionnement du marché de gros de Bouaké

II.1. De multiples acteurs aux fonctions différentes

Les acteurs qui animent le marché de gros de Bouaké sont au nombre de quatre (4) : les producteurs-vendeurs, les grossistes, les transporteurs et les consommateurs.

II-1-1. Les producteurs-vendeurs : le premier maillon de la chaine d’approvisionnement

Les producteurs-vendeurs sont des paysans qui cultivent les produits vivriers et les vendent au marché de gros de Bouaké. Ils le ravitaillent selon deux modes : soit ils viennent eux-mêmes écouler leur production, soit les grossistes vont dans les champs chercher les productions. Ils ne font pas du commerce leur principale activité. Cependant, à la récolte, ils viennent proposer leurs productions aux commerçants grossistes. Selon nos enquêtes, 40% des producteurs bénéficient d’une aide financière et matérielle (outils de travail, engrais, produits phytosanitaires, etc.) de la part de leur partenaire commercial (le grossiste). A la récolte, ces derniers ont l’obligation de vendre leur production au grossiste, pour non seulement manifester leur fidélité et espérer bénéficier du soutien financier et matériel pour les campagnes à venir, mais aussi et surtout pour rembourser la dette du grossiste par déduction tacite de son investissement après la vente. De ce fait, lorsque la production est abondante sur les marchés, le grossiste est obligé d’accepter la production de son partenaire producteur. De même, le producteur par fidélité est tenu de vendre sa production à son partenaire grossiste quel que soit le prix du produit sur les marchés. Ils fraternisent au point de se partager les peines et les joies (naissance, baptême, décès, mariage etc.).

II-1-2. Les commerçants grossistes, les plus gros bénéficiaires

La fonction de grossiste consiste à acheter des marchandises directement aux producteurs, les stocker et les revendre aux détaillants. Le grossiste peut se définir comme la personne chez qui le détaillant ou le demi-grossiste s’approvisionne. Ils sont les acteurs clés du ravitaillement. Ce sont eux qui se déplacent sur les lieux de production ou les petits marchés ruraux et assurent le transfert des produits vivriers. Le grossiste travaille sur un volume considérable et a un contact moins direct avec le consommateur. Les grossistes assurent à plus de 90 % l’approvisionnement. Leur rôle est de constituer un trait d'union entre le producteur et le détaillant. Ils achètent régulièrement et en grandes quantités et assurent pour le détaillant un rôle de ‘’centralisateur’’ de marchandises et de stockage.
Au marché de gros de Bouaké, tous les commerçants sont des grossistes. On dénombre pour les différentes filières, 43 grossistes pour la cola, 13 grossistes pour la banane plantain, 5 grossistes pour le manioc frais, 370 grossistes pour l’igname, les céréales, les fruits, les oignons (Direction du marché de gros de Bouaké, 2014). Les grossistes ont cette particularité de fixer le prix de la marchandise aux producteurs. Souvent, ces prix tiennent compte de la loi de l’offre et de la demande, mais généralement, ils sont fonction de la marge de bénéfice que pourrait avoir le grossiste. Le producteur n’ayant aucune autre alternative, au risque de voir sa production pourrir. Cette situation le rend dépendant du grossiste.

II.1.3 Les transporteurs (chauffeurs et apprentis), des acteurs incontournables dans la commercialisation des produits vivriers

Les transporteurs jouent un rôle indéniable dans la commercialisation des vivriers. Ce sont eux qui, à la demande des commerçants vont chercher les produits sur les lieux de production. Avec leur véhicule de transport, ils parcourent pistes et routes pour convoyer les vivriers sur les différents marchés. Ils n’ont pas de clients préférés et sont à la disposition de tout commerçant qui accepte les conditions de travail, c’est-à-dire le prix.
Ils sont accompagnés dans leurs activités par une catégorie d’acteurs, généralement plus jeunes, appelés « apprentis ». Ce sont ces derniers qui, une fois arrivés aux barrages routiers, descendent et vont présenter les documents du véhicule aux forces de l’ordre. Ils dirigent le chargement et le déchargement du camion et sont rémunérés par voyage, entre 2000 FCFA et 5000 FCFA, selon le trajet et la quantité des produits transportés.

II.1.4 Un attrait grandissant des consommateurs pour les produits locaux

Les consommateurs constituent le dernier maillon de la chaine des acteurs. Leurs besoins alimentaires exprimés animent les activités agricoles vivrières. Ce sont leurs besoins qui modulent « la loi de la demande et de l’offre ».
Pour des raisons de santé disent-ils, ils préfèrent pour leur alimentation les vivriers locaux, car le riz importé entraine souvent des constipations. Ils profitent des marchés ruraux hebdomadaires pour faire d’importants stocks. En effet, les vivriers locaux sont plus accessibles de par leur prix que les produits alimentaires importés qui ont connu une hausse considérable des prix, ces dernières années. Face à cette demande alimentaire croissante, une pression est exercée sur le producteur afin de produire plus. Et c’est pour répondre à cette exigence, qu’il augmente ses surfaces de production et utilise des produits phytosanitaires.

II.2 Le fonctionnement du marché de gros

II.2.1 Collecte des produits vivriers

Le marché de gros exerce une attraction sur le commerce des vivriers des régions du Gbêkê, du Hambol et sur les autres régions du pays. Il capte toutes les productions d’igname, de maïs, de manioc, de banane plantain etc. Il est le lieu privilégié d’écoulement par excellence des vivriers produits en grande quantité et est détenu par les commerçants grossistes. Ceux-ci organisent la collecte des vivriers à chaque récolte et sont aidés dans cette tâche par des acteurs appelés « pisteurs ». A la demande des grossistes, les pisteurs parcourent les zones de production pour la collecte des vivriers et leur acheminement vers le marché de gros de Bouaké.

II.2.2 Distribution et commercialisation des produits vivriers

Après la collecte (groupage), le marché de gros joue le rôle de distribution et de commercialisation des produits vivriers sur tous les marchés, aussi bien de l’intérieur que de l’extérieur de la région mais aussi, il ravitaille les marchés de quelques pays limitrophes (Mali, Burkina Faso, Niger, Sénégal) (Figure 4). Pour cette opération, il a été mis en place le 22 octobre 2013, un système de prélèvement consensuel avec tous les grossistes. Ce prélèvement s’effectue lorsque le produit vivrier sort du marché de gros pour être commercialisé sur d’autres marchés. Il est de 2 FCFA par kilogramme de produit et est reparti comme suit : 20 % de ristourne à l’opérateur grossiste, reversée à la fin du mois ou en fin d’année, selon le choix du grossiste ; 20 % constituant un fonds de garantie, déposé auprès d’une structure financière au nom de l’opérateur grossiste ; 10 % pour le fonctionnement des GIE (groupement d’intérêt économique) des opérateurs du marché de gros ; 10 % pour le remboursement des dettes des opérateurs débiteurs vis-à-vis de la société de gestion du marché de gros (loyers impayés et autres) ; 40 % reviennent à la direction du marché de gros pour son fonctionnement.

Figure 4 : Les régions et pays ravitaillés en vivriers par le marché de gros de Bouaké

En plus des localités à l’intérieur de la Côte d’Ivoire, il convoie des vivriers vers les pays limitrophes au nord de la Côte d’Ivoire. En ce qui concerne le ravitaillement à l’intérieur de la Côte d’ivoire, ses activités sont orientées généralement vers le sud de la région principalement vers les régions de San-pédro, d’Abidjan et d’Agnibilékrou. La région d’Abidjan reçoit les plus grandes quantités avec 470 540 tonnes d’igname, 15 090,55 tonnes de maïs, 2 757 tonnes de banane plantain, 602,6 tonnes de manioc frais, 340,65 tonnes d’attiéké et 560 tonnes de placali (Nos enquêtes, 2014). Quant à l’extérieur du pays, ce sont deux pays limitrophes qui bénéficient des vivriers venants du marché de gros de Bouaké : le Mali et le Burkina Faso. Mais comme l’indique la figure, plusieurs vivriers sont convoyés vers le Mali en grande quantité (1 879 670 tonnes de banane plantain ; 1 218 860 tonnes d’igname et 884 220 tonnes d’attiéké) alors que le Burkina Faso est seulement ravitaillé en banane plantain (92 470 tonnes) (OCPV Bouaké, 2014). Le fonctionnement du marché de gros de Bouaké engendre un dynamisme de relation entre les acteurs.

III. L’impact socio-économique du marché de gros de Bouaké sur les acteurs

Le marché de gros de Bouaké, mis en place pour une meilleure commercialisation des vivriers aussi bien à l’intérieur de la Côte d’ivoire et dans les échanges avec la sous région impacte la vie de ses acteurs que sont les producteurs, les commerçants et les transporteurs. Cet impact est de deux ordres : l’impact social et l’impact économique.

III.1. Un impact social basé des relations fraternelles entre les acteurs

L’approvisionnement du marché vient de tous les horizons. Cet aspect lui permet de disposer à tout moment de l’année de denrées alimentaires. La présence du marché de gros de Bouaké a permis non seulement de développer les vivriers mais, également de développer le commerce en gros. Il met en relation plusieurs acteurs : les producteurs, les grossistes, les transporteurs, les consommateurs. Entre ces acteurs, des liens d’amitié et de fraternité se développent. Des exemples sont légions, les transporteurs bénéficient de quelques dons (igname, maïs, banane, manioc etc.) de la part des producteurs qui en retour bénéficient de la part de leurs partenaires aussi des dons (pains, essence, huile, poisson etc.). Les cultivateurs, quant à eux bénéficient du soutien financier (crédit) ou matériel (engrais, herbicide etc.) de la part de leurs partenaires grossistes pour leurs permettre de produire en grande quantité. Ces grossistes qui préfinancent la production bénéficient non seulement des dons en nature mais aussi d’une réduction sur les produits de la part de leurs partenaires cultivateurs. La fidélité s’installe dans leur relation. Les consommateurs fidèles à un grossiste bénéficient parfois de petites remises sur le prix du kilogramme ou de petits surplus d’achat.
  Le marché de gros met en relation les grossistes du marché de gros de Bouaké et ceux des autres marchés du pays et des pays limitrophes au nord de la Côte d’ivoire. Ces relations permettent aux deux parties de passer des commandes de vivriers via le téléphone et le produit est convoyé sans accompagnateur vers le grossiste demandeur. Le producteur reçoit son argent en retour par transfert à partir des paiements de téléphonie mobile. Ce mode de transfert contribue à réduire l’insécurité et autres risques de braquage (coupeurs de route, vol, détournement).

III.2 L’impact économique

Le marché de gros de Bouaké a un impact économique sur chacun des acteurs.

III.2.1. L’impact sur les producteurs

Le marché de gros de Bouaké permet aux producteurs de trouver un débouché pour leur production. Avec ce marché, ceux qui produisent en grande quantité ont toujours des partenaires grossistes. Aujourd’hui, il existe au marché de gros de Bouaké le Bureau de Vente des Producteurs (BVP). C’est une structure privée qui encadre les producteurs, les regroupent en Groupe d’Intérêt Economique (GIE) et les informe régulièrement sur les prix des produits vivriers, afin de leurs permettre de produire et de vendre au bon moment. Les revenus des grands producteurs varient de 400 000 FCFA à 2 000 000 FCFA l’année (nos enquêtes, 2014). Avec ces revenus, ils peuvent diversifier leur alimentation qui, généralement est basée sur les produits vivriers locaux. Ils achètent donc après la vente de leur production du poisson, de la viande, de l’huile, du riz etc. Par ailleurs, ils assurent aussi les autres charges du ménage (santé, frais d’écolage, vêtement, électricité, équipement en appareils électroménagers, etc.).

III.2.2 L’impact sur les commerçants et les transporteurs

Le marché de gros de Bouaké permet aux commerçants et aux transporteurs d’être toujours en activité, de pérenniser leurs activités. Avec le marché de gros, les clients viennent de tous les horizons (Côte d’ivoire et en dehors de la Côte d’ivoire). Le mouvement des commerçants est lié à celui des transporteurs. Quand les activités commerciales marchent pour le commerçant, elles le sont aussi pour les transporteurs. La commercialisation des vivriers, même si elle baisse d’intensité pendant la période de soudure, elle s’étend sur les douze mois de l’année.
C’est une activité qui leur permet d’avoir régulièrement des revenus, de subvenir aux besoins de leur ménage et de faire face aux différentes charges sociales. Avec ces revenus, ils diversifient leur alimentation aussi bien en l’enrichissant avec les protéines.

CONCLUSION

Dans la région du centre nord de la Côte d’ivoire, les populations se disent satisfaites de la présence du marché de gros de Bouaké. Sa mise en place depuis 1998 permet à la région de disposer à tout moment de denrée alimentaire. Il donne ainsi la possibilité aux ménages de disposer et d’accéder facilement aux vivriers
Ce marché est une infrastructure importante dans la collecte et la commercialisation des produits vivriers. Il met en relation plusieurs acteurs : le producteur, le transporteur, le commerçant grossiste et le consommateur. Les avantages liés à sa mise en place sont deux ordres : la disponibilité des produits alimentaires et leur accessibilité. Le marché collecte les vivriers de la région du centre nord de la Côte d’ivoire et ceux des autres régions du pays et ensuite les redistribuent aux autres régions et quelques pays limitrophes. Le marché de gros de Bouaké est par aisance une infrastructure pourvoyeuse d’emploi, permettant à une partie de la population d’avoir des revenus conséquents et réguliers.

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Notes

Table des illustrations

Auteur(s)

1ADAYE Akoua Assunta, 2 KOFFI Koffi Marc
1 Maître-Assistant Institut de Géographie Tropicale (IGT) Université Félix Houphouët Boigny Abidjan adayeakoua@yahoo.fr
2 Doctorant Institut de Géographie Tropicale (IGT) Université Félix Houphouët Boigny mkoffi99@yahoo.fr

Droits d'auteur

Université Felix Houphouët Boigny de Cocody, Abidjan, Côte d’Ivoire

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« Métropoles portuaires et territoires de l'hinterland en Afrique subsaharienne », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 28 avril 2015

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