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Ordures ménagères, eaux usées et santé de la population dans la ville de Daloa (Centre-Ouest de la Côte d’Ivoire)

1Tuo Péga, 2Coulibaly Moussa, 3Aké Djaliah Florence Epse Awomon, 4Tamboura Awa Timité, 5Anoh Kouassi Paul

Résumé;
Français
English

La gestion des ordures ménagères et des eaux usées reste une préoccupation pour les populations de la ville de Daloa. En effet, la prolifération des dépôts sauvages d’ordures ménagères dans les rues et les espaces publics, la stagnation des eaux usées dans les rues et les caniveaux à ciel ouvert favorisent l’insalubrité des cadres de vie des populations. Aussi, la non maîtrise de la dynamique urbaine entraîne l’occupation des zones marécageuses. Or l’insalubrité et les zones marécageuses sont déterminantes dans la transmission et la propagation des maladies telles que le paludisme, la diarrhée, la fièvre typhoïde, les infections respiratoires aigües qui sont liées à l’environnement du cadre de vie des populations. Une corrélation est donc établie entre la distribution spatiale de ces maladies et le niveau de dégradation de l’environnement des quartiers de la ville de Daloa. Pour réduire les risques sanitaires dans cette ville, l’implication des populations et des pouvoirs publics est nécessaire dans tous les programmes d’aménagement urbain et de gestion de l’environnement pour un mieux-être des citadins.

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Mots-clés : Côte d’Ivoire, Daloa, ordures ménagères, Eaux usées, la santé de la population

Keywords: Ivory Coast, Daloa, household waste, waste water, the health of the population

Texte intégral

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INTRODUCTION

L’urbanisation est l’un des principaux phénomènes sociaux dont l’évolution accélérée touche à présent la planète toute entière. Cette situation est fortement perceptible dans les pays en développement, où les mégalopoles enregistrent les taux de croissance urbaine les plus marqués (Konan, 2012). Le phénomène d’urbanisation reste un véritable défi pour les pays en voie de développement. Une urbanisation caractérisée par un rythme accéléré (34%) qui n’a pu permettre la mise en place des conditions idéales pour son encadrement et donc sa maîtrise (Ministère d’Etat, Ministère du plan et du Développement, 2007). La croissance rapide des villes est étroitement liée au rythme de la croissance démographique. Elle est également alimentée par un exode massif des populations des villages et campement vers les centres urbains, motivé par la croyance que ceux-ci offrent de meilleures conditions de vie. L’exode rural est un facteur explicatif de la croissance vertigineuse de la population urbaine. Les villes absorbent les deux tiers de la croissance démographique totale au niveau mondiale (PNUD, 1991). En Afrique, l’urbanisation est encore récente et le continent reste le moins urbanisé. Néanmoins, il connaît le taux de croissance urbaine le plus élevé du monde et les projections montrent que d’ici à 2025, plus de 50% de la population africaine sera urbaine (Salem et al, 2003). Ce phénomène se justifie par l’explosion démographique qui est une caractéristique commune aux pays en voie de développement.
La Côte d’Ivoire à l’instar des pays de l’Afrique a connu une explosion démographique accompagnée d’une urbanisation très accélérée. Ainsi le taux d’urbanisation était de 32% en 1975 et 39% en 1988. Ce taux est passé de 43% en 1998 et 48% en 2009 pour atteindre 50,3% en 2014 (INS-RGPH, 2014). Cette croissance démographique est marquée toute fois par un fléchissement du taux d’accroissement naturel, continu tout au long de ces décennies : 4,4% avant 1975, 3,8% de 1975 à 1988, 3,3% de 1988 à 1998 et enfin 2,6% de 1998 à 2014 (INS-RGPH, 2014). Ceci a des implications sur la gestion de l’espace urbain dans la mesure où, on assiste à la consommation de vastes quantités de ressources naturelles, à une production d’énormes quantités de déchets que les administrations urbaines ont beaucoup de mal à gérer de façon rationnelle et à une crise généralisée des services urbains qui comprennent l’approvisionnement des citadins en eau potable, l’habitat, les infrastructures de drainage et d’assainissement. Ainsi, avec la brutalité de ce phénomène, surtout dans les grandes villes, les problèmes de santé des populations se posent avec une acuité de plus en plus grande. Dans le processus de détérioration de la santé des populations en milieu urbain, beaucoup de facteurs qui concourent à la dégradation de l’environnement sont mis en cause (Hibberd et al, 1998) cités par Sy (2006). Il s’agit de l’accroissement des bidonvilles, du manque et de l’insuffisance des équipements de gestion de l’environnement.
La ville de Daloa, chef-lieu de la région du Haut-Sassandra et troisième grande ville de la Côte d’Ivoire en termes de populations après Abidjan et Bouaké (Commission Européenne, 2002) connaît une dynamique urbaine mal maîtrisée qui engendre des problèmes d’environnement. En parcourant les différents quartiers de la ville, on constate une stagnation des eaux usées (eaux usées de lessives, vaisselles, vannes) dans les rues et devant les habitations. Des dépôts sauvages d’ordures ménagères sont visibles dans les rues et espaces publiques et deviennent des lieux de prédilection pour les animaux errants. Ces dépôts non contrôlés et l’incinération des déchets à l’air libre générant une pollution atmosphérique sont un véritable danger pour la santé des populations riveraines. L’état de la dégradation de l’environnement à Daloa est aggravé par l’insuffisance de caniveaux pour le drainage des eaux pluviales et la présence de bas-fonds dans le paysage urbain du fait de son relief. Ce qui donne l’image d’un environnement fortement dégradé, insalubre et pollué. Les eaux usées stagnantes, les dépôts d’ordures ménagères et les zones marécageuses constituent donc des sources de nuisances et de propagation de certaines pathologies au sein de la population. En effet, les sociétés humaines, en modifiant perpétuellement leur environnement, créent des conditions favorisant la disparition, le maintien ou l’émergence de certaines pathologies (Salem et al., 1989 ; Cadot et al., 1998) cité par Sy et al. (2011). La ville de Daloa, soumise à ces problèmes d’environnement est confrontée à une propagation de nombreuse pathologies causant ainsi de nombreux problèmes de santé publique. Les données fournies par le district sanitaire de Daloa montrent que le paludisme est la maladie la plus récurrente avec 142‰ suivi des infections respiratoires aigües (basse et haute) (66‰.), des maladies diarrhéiques (14‰), des cas de conjonctivite (3,1‰) et de la fièvre typhoïde (2,0‰.) en 2015. L’incidence du paludisme était de 58‰ en 2009, elle est passée à 102‰ en 2011 pour atteindre 109‰ en 2013 et125‰ en 2014. Les infections respiratoires aigües ont connu également une évolution dans le district sanitaire de Daloa. En 2009, son taux d’incidence est passé de 24‰ à 33,11‰ en 2011 et est arrivé à 37,26‰ en 2013 et 40‰. Les maladies diarrhéiques ont également connu une évolution car leur incidence qui était de 9‰.en 2009 est passée à 10,69‰ en 2011pour atteindre 13,80‰ en 2013.
Au regard de ce qui précède, il se pose le problème de la difficile gestion des ordures ménagères et des eaux usées qui influence négativement la santé des populations. Alors, Quel est l’impact de la gestion des ordures et des eaux usées sur la santé de la population dans la ville de Daloa? Cet article a pour objectif général de montrer l’impact de la gestion des ordures et des eaux usées sur la santé des populations à travers l’analyser des modes de gestion des ordures ménagères et des eaux usées et les conséquences sur la santé des populations.

1- Matériels et méthodologie

1-1 Zone d’étude

La ville de Daloa située dans le Centre-Ouest de la Côte d’Ivoire est le chef-lieu de la région du Haut-Sassandra depuis 1996. Daloa est limité au Nord par la ville de Vavoua et la ville de Zuénoula, au Sud par les villes d’Issia et de Sinfra, à l’Ouest par celle de Duékoué et Bangolo et à l’Est par la ville de Bouaflé. Le choix de la ville a été fait à la suite d’un constat. Située dans l’ancienne région du Centre-Ouest, aujourd’hui rebaptisée région du "Haut-Sassandra" en pays Bété à 400 km d’Abidjan, Daloa se trouve à la jonction de plusieurs axes routiers dont Abidjan-Guinée (Est-Ouest), San Pédro-Mali (Nord-Sud), Man-Abidjan et Odienné-San Pédro. Cette situation en fait un lieu de passage obligé, aussi bien pour le transport des marchandises que pour le transit de nombreux migrants qui fréquentent ces axes. Daloa connaît donc un trafic routier conséquent. Cette ville forestière à vocation agricole est un véritable centre de commerce et de transport. Elle comptait en 2014, 275 277 habitants et 42 quartiers pour une superficie de 5 305 hectares, ce qui correspondait à une densité de 52 habitants /km2 (INS-RGPH, 2014). En conséquence, Daloa attire les populations des autres villes du pays et celles de la sous-région. Daloa à travers sa spécificité et les caractéristiques communes qu’elle partage avec les autres villes du pays apparaît comme le cadre idéal pour comprendre le lien qui existe entre un environnement dégradé et la santé de la population. La carte n°1 localise et présente l’espace d’étude.

1- 2 Méthode de collecte des données

La démarche de recherche adoptée à combiner deux techniques de collecte de données à savoir la recherche documentaire et les enquêtes de terrain. La recherche documentaire a permis d’aborder le terrain d’étude avec un ensemble de connaissances sur le sujet de l’étude. Elle a porté sur les sources bibliographiques, statistiques et cartographiques :
- Les sources bibliographiques : A travers les documents, nous avons recherché les informations relatives à l’impact de la dégradation de l’environnement sur la santé de la population en milieu urbain. Ces données ont été collectées dans les bibliothèques, centres de documentation, instituts et institutions. Les documents consultés se résument à des ouvrages méthodologiques, des ouvrages généraux et des ouvrages spécifiques portant sur les études dont les centres d’intérêt sont proches de notre sujet.
- Les sources statistiques : L’Institut National de la Statistique, les services techniques de la mairie et le district sanitaire de Daloa ont été sollicités pour avoir les données statistiques. Les données sociodémographiques des recensements de 1975, 1988, 1998 et de 2014, les données relatives à la gestion de l’environnement sont fournies par les services techniques de la mairie (quantité de déchets solides produits et ramassés en 2014, l’état des voies de communication). Les données sanitaires ont été données par le district sanitaire de Daloa et les centres de santé de l’armée ivoirienne (police, gendarmerie et militaire). Il s’est agi de l’évolution des maladies environnementales de 2009 à 2014, le taux de fréquentation des structures sanitaires, le nombre d’hospitalisation pour cause de maladies environnementales en 2014, le niveau d’accessibilité aux centres de santé et le taux d’approvisionnement en médicaments dans les centres de santé.
- Les sources cartographiques : Les cartes réalisées en février 2014 par l’Institut National de la Statistique ont permis d’apprécier les extensions de la ville, d’avoir une meilleure connaissance de l’occupation de l’espace de la ville par l’habitat.
Pour l’enquête de terrain, une observation, des entretiens et une enquête par questionnaire ont été faits. L’observation sur le terrain nous a permis d’avoir un aperçu général de l’état de l’environnement de la ville, de relever les différents problèmes majeurs à savoir le déversement des eaux usées domestiques dans les rues, devant et /ou dans les cours, la stagnation des eaux usées et pluviales, la prolifération des ordures ménagères à travers les quartiers et les actions menées par les différents acteurs en matière de gestion de l’environnement.
Les entretiens libres ont ciblé les responsables chargés des problèmes environnementaux et sanitaires notamment ceux des services techniques de la mairie, du district sanitaire, de l’INHP et des services du ministère de l’environnement et de la direction régionale de la construction et de l’urbanisme. Ces entretiens nous ont permis d’avoir des données concernant les problèmes environnementaux, de connaître les points de groupages des ordures dans la ville, la longueur des voies en terre et bitumées, la superficie de la décharge de la ville, les différentes actions menées par ces responsables en matière de gestion de l’environnement afin d’infléchir les problèmes de santé des populations de Daloa.
L’enquête par questionnaire a été menée auprès des chefs de ménages ou à défaut sa femme dans les différents quartiers de la ville. L’enquête a porté sur un échantillon de 662 chefs de ménage. La prise en compte de tous les quartiers de la ville (42 quartiers) se justifie par le fait que cette méthode nous a permis de mettre en évidence les diversités spatiales et sociales afin d’affiner l’analyse des faits en vue de parvenir à une meilleure généralisation des faits. Un quartier peut abriter une ou plusieurs Zone (s) de Dénombrement (ZD). Pour cette étude, nous avons fait la liste de toutes les ZD composant chaque quartier et procéder à un tirage aléatoire. Pour une meilleure couverture des ZD tirées, nous avons opté pour le nombre accepté par INS et qui est 13 ménages. Dans les quartiers où c’est un multiple de 13, on a tiré 2, 3 voire 4 ZD dans ces quartiers. Le tableau n°1 présente la répartition des chefs de ménages enquêtés par quartier et par zone de dénombrement.

Tableau n° 1: Répartition des chefs de ménages enquêtés par quartier et par zone de dénombrement


Une ZD est composée d’un ou plusieurs îlots. Le choix des îlots dans lesquels nous avons enquêté a été possible grâce à deux méthodes : pour les ZD comprenant au maximum 13 îlots, nous avons fait une simple division du nombre de ménages à enquêter par le nombre d’îlots et pour les ZD de plus de 13 îlots, nous avons procédé à un tirage dans la liste des îlots par ZD. Le facteur discriminant pour le choix des ménages à visiter a été le critère de proximité d’une source de pollution telle que les caniveaux à ciel ouvert, les dépôts sauvages d’ordures ménagères, la mauvaise évacuation des eaux usées et pluviales, la présence de boues de vidange et le type d’habitat.
La ville de Daloa comprend 42 quartiers. Les critères qui sont à la base de l’organisation des quartiers relèvent de réalités historiques, socioculturelles et politiques. Sur le plan urbanistique, la délimitation des quartiers doit s’appuyer sur un certain nombre de principes et normes pouvant assurer sa fonctionnalité. Dans le cadre de cette étude, nous avons retenu trois types de quartiers en fonction de leur niveau de services, de leur mode de construction et de la densité d’occupation à savoir les quartiers d’habitat résidentiel, les quartiers d’habitat évolutif et les quartiers d’habitat précaire comme nous indique le tableau n° 2.

Tableau n° 2 : répartition des quartiers de la ville de Daloa selon le type d’habitats

1- 3 Traitement des informations

Les informations recueillies à travers la recherche documentaire et les enquêtes sur le terrain ont subi un dépouillement manuel et informatique. Le logiciel Word a été utilisé pour la saisie de texte, le logiciel Excel pour l’élaboration de tableaux et de graphiques et sphinx V5 pour le masque de saisie. Certaines données traitées sont traduites en carte. La réalisation de ces cartes s’est faite à l’aide des logiciels Arc View et Adobe Illustrator.

2- Résultats et discussion

Les résultats de l’étude portent sur les modes de gestion des ordures ménagères, des eaux usées et leurs conséquences sur la santé de la population. Ils sont aussi discutés.

2- 1 Une difficile gestion des eaux usées et vannes

2- 1.1 L’évacuation des eaux usées de ménages et de toilettes

Les résultats obtenus concernant les modes d’évacuation des eaux usées sont présentés dans le tableau n° 3.

Tableau n° 3 : Mode d’évacuation des eaux usées de ménage dans les différents types de quartiers


Sur les 661 chefs de ménage qui ont donné une réponse à question suivante : «quel est le lieu d’évacuation des eaux usées de ménages (cuisine, lessive, vaisselle ?», les rues ou les cours constituent les principaux lieux de rejet des eaux usées pour 216 chefs de ménages, soit 32,7% de l’ensemble des enquêtés. Une part importante des chefs de ménage (26,3% de l’ensemble) évacuent les déchets liquides dans les terrains vagues ou dans la nature. 170 parmi eux, c'est-à-dire 25,7% des chefs de ménage éliminent les eaux usées dans des puits perdus ou des fosses septiques. Les bas-fonds ou les ravins (10,1%) servent à des lieux d’évacuation des eaux usées.
Les fosses septiques et les puits perdus (74,2%) sont les lieux où les résidents des quartiers résidentiels comme le Commerce, Tazibouo, Lobia, Evéché, Piscine, Tazibouo Ecole Française, Kirmann, etc… évacuent leurs eaux usées de ménages. Quant aux habitants des quartiers évolutifs tels que Marais, Labia 2, Huberson, Belleville, Cissoko, Ségou, etc …, ils rejettent plus les eaux usées issues des activités domestiques dans les rues ou les cous (38,2%) comme le montrent les photos n° 1 et n° 2 et dans les terrains vagues (27,2 %). Ces mêmes endroits constituent les lieux privilégiés d’évacuation des déchets liquides ménagers des populations des quartiers précaires. Tout cela fait que les rues sont jonchées de détritus. Dans la ville de Daloa, les réseaux d’assainissement drainent les eaux usées vers les bas-fonds surtout la rivière Tétégbeu. Les caniveaux existants d’ailleurs sous dimensionnés sont constamment bouchés malgré le travail (curage des caniveaux et dalots) des Coopératives des Travaux Communaux (CTC) et ne permettent pas l’évacuation normale des eaux usées comme la Commission Européenne (2002) l’avait déjà signalée.
L'assainissement constitue l’un des éléments fondamentaux dans la préservation ou l'amélioration de la santé de l'individu et de la communauté entière. Malgré son importance, dans les quartiers de la ville de Daloa, l’évacuation des eaux usées est laissée aux initiatives individuelles. Plusieurs méthodes sont alors utilisées par les ménages pour l’évacuation des déchets liquides selon le type de quartiers comme le montre la figure n° 1.

Figure n° 1 : Répartition des ménages selon le mode d’évacuation des eaux usées de toilettes

Les eaux usées issues des douches sont généralement recueillies dans un puits perdu ou fosse septique creusé à l’intérieur ou à l’extérieur des concessions. C’est une fosse d’environ 1 à 4 mètres de diamètre sur 3 à 4 mètres de profondeur, reliée directement à la douche. Elle est souvent couverte par des dalles en béton, par des planches de bois, des morceaux de tôles ou peut être à ciel ouvert. Mais faute d’aménagement approprié, parce que confectionnés par des artisans ou des maçons non formés à la construction des puisards ou des latrines, ces ouvrages peu profonds sont vite remplis laissant déborder les eaux usées qui s’écoulent sur les voies publiques. Les fosses sont vidées sous la pluie ou à la faveur de la nuit. Les méthodes utilisées pour l’évacuation des eaux usées domestiques dans les quartiers s’avèrent donc inadéquates. De telles situations offrent dans une certaine mesure, des conditions favorables à la prolifération et à l’accumulation des moustiques.
Les fosses septiques ou les puits perdus sont utilisés dans 383 des 662 ménages enquêtés, soit une proportion de 57,9% des cas dans la ville. Dans 164 ménages, les eaux de toilettes sont rejetées directement dans les rues, dans les cours, des maisons inachevées ou terrains vagues (24,8%). Les rues qui servent de passage aux populations sont utilisées à d’autres fins par ces ménages. Ces derniers évacuent directement les eaux de toilettes dans ces lieux sans se soucier des problèmes de santé que cela pourraient engendrer. Les rigoles ou les bas-fonds constituent les lieux de rejet des eaux usées issues des toilettes pour 69 ménages, soit 10,4% des ménages visités. En plus de ces méthodes, les caniveaux à ciel ouvert (6,9%) sont utilisés pour l’évacuation des eaux usées de toilette.
Dans les quartiers résidentiels, plus de 94,2% des ménages évacuent les eaux usées dans les fosses ou des puits perdus et 5,8% rejettent les eaux usées dans les rues ou même ils laissent les eaux usées ruisseler dans un terrain vague ou dans une habitation inachevée. Dans les quartiers évolutifs, les fosses sont utilisées par 54,3% des ménages tandis que 25,3% des ménages préfèrent évacuer directement dans les rues (photo n° 3) et 10,6% des ménages éliminent les eaux usées dans les caniveaux à ciel ouvert.

Photo n° 3 : Les eaux usées de toilette ruisselant dans les rues au quartier Orly 2 de Daloa

Les problèmes d’assainissement et la mauvaise qualité des eaux de surface et souterraines dus aux déchets se posent avec acuité sur l’ensemble de la planète et sont plus inquiétants dans les pays en voies de développement. Selon l’OMS/PNUD (1992), l’absence d’un système convenable d’évacuation des eaux superficielles pose un sérieux problème pour de nombreuses communautés à faibles revenus et peut avoir de graves conséquences : inondations fréquentes, érosion des sols, transmission accrue d’un certain nombre de maladies.
L’on observe dans la ville de Daloa que les eaux usées sont essentiellement constituées d’eaux de vaisselle, de lessive, de bain et de cuisine.
Quant aux eaux pluviales, elles envahissent les voies rendant la circulation des véhicules très difficile. On assiste en effet, à une dégradation accélérée de la voirie par l’étalement des eaux de ruissellement (photo n° 4). La ville dispose de 3463 ml de grandes émissaires d’eaux pluviales revêtues :
- section 50 X 50 donne 1600 ml
- section 60 X 60 correspond à 1663 ml
- section 80 X 60 vaut 200 ml
Daloa est de plus en plus confrontée aux problèmes de gestion des eaux pluviales avec des conséquences économiques et sociales parfois dramatiques.
La ville dispose d’un schéma directeur d’assainissement qui ne couvre pas toute la ville. Le réseau d’assainissement collectif ne se limite qu’au Centre Hospitalier Régional, au 2ème Bataillon d’infanterie et à l’Escadron de la Gendarmerie. Ce système qui servait à l’évacuation des eaux usées et pluviales dans ces différentes structures n’est fonctionnel qu’au CHR.

Photo n° 4 : Ecoulement des eaux pluviales sur une voie au quartier Marais

Le système de canalisation des eaux pluviales qui n’existe que sur le long des voies principales A6 et aux abords des voies des anciens quartiers n’assure pas le bon fonctionnement du réseau d’assainissement surtout qu’il est le lieu par excellence pour le dépôt des ordures ménagères. Mais certains ménages construisent à leurs propres frais des ouvrages pour l’évacuation des eaux usées et pluviales. Ces ouvrages sont généralement faits de briques en ciment et orientés vers les ravins et les bas-fonds. A ces différents problèmes, il faut ajouter la stagnation des eaux qui crée des flaques d’eau d’origine domestique ou pluviale. Elle se rencontre dans quelques endroits des quartiers évolutifs, précaires et évolutifs-précaires. Cette situation est le résultat du mauvais drainage des eaux pluviales. Ces eaux qui stagnent dans la rue restent un réservoir ou un gît pour les moustiques par conséquence source de paludisme. Les caniveaux qui doivent servir à l’évacuation des eaux pluviales sont rarement curés.

2- 1.2 Le mode d’évacuation des eaux vannes dans la ville de Daloa

Les ménages de Daloa ayant des lieux d’aisance évacuent les eaux vannes de diverses manières comme le montre le tableau n° 4.

Tableau n° 4: Le mode d’évacuation des eaux vannes selon la typologie des quartiers

L’analyse du tableau n° 4 montre que 312 ménages, soit 47,7% de l’ensemble évacuent les eaux vannes dans les Fosses septiques tandis que 233 ménages éliminent ces eaux dans des fosses à puits perdus. Les Puisards (trous creusés à l’extérieur des cours) servent souvent de lieux d’évacuation des eaux vannes par 108 ménages (16,5% des ménages). Ces méthodes ont un impact sur la santé de la population. L’OMS en collaboration avec le PNUE (1992) soutiennent qu’en termes de santé publique, les infections les plus importantes sont les nombreuses transmissions «fécales-orales» dues à la consommation d’aliments ou de boissons contaminés. Les pathologies microscopiques responsables de ces infections se trouvent dans les défections des humains ou des animaux infectés. Ils contaminent les eaux de surface lorsque les égouts sont bouchés ou lorsque les fosses septiques débordent et ils proviennent souvent aussi des défécations des individus qui ne disposent pas de toilettes. Les effluents des systèmes d’assainissement autonome sont riches en coliformes fécaux, helminthes, virus, protozoaires et en divers polluants chimiques et physiques. La situation sanitaire de la gestion des boues de vidange est préoccupante. La gestion se fait de façon anarchique et sans tenir compte des règles d’hygiène que requière cette activité. Cette situation entraîne des risques sanitaires énormes pour les populations et l’environnement. Mais indépendamment de ces pratiques, il faut noter le non-respect des normes techniques de construction des ouvrages d’assainissement individuel telles que conseillées par le ministère de la construction et de l’urbanisme. Ce qui provoque le remplissage rapide des fosses et un débordement du contenu hors de celles-ci augmentant ainsi les risques sanitaires encourus par la population (PDM & PS-Eau, 2002).

2- 2 La prolifération des ordures ménagères

2- 2.1 Le mode de conditionnement des ordures ménagères dans les ménages

Le rapport du PNUD (1991) souligne que les villes absorbent les deux tiers de la croissance démographique totale au niveau mondial. Elles consomment de ce fait de vastes quantités de ressources naturelles et produisent d’énormes quantités de déchets que les administrations urbaines ont beaucoup de mal à gérer de façon rationnelle. Cette situation défavorable et déplorable nous a amené à interroger les chefs de ménage sur leurs modes de conditionnement des ordures ménagères. Sur les 662 chefs de ménage enquêtés dans les différents types de quartiers, nous avons obtenu les différents modes présentés dans le tableau n° 5 ci-dessous :

Tableau n° 5 : Répartition des ménages par type de quartier selon le mode de conditionnement des ordures ménagères à domicile

Il importe que les ordures ménagères, avant d’être évacuées, soient conservées de façon hygiénique par le ménage. Pour cela, des récipients bien fermés, en matière imperméable et résistant à la corrosion, assez solide et susceptible d’être vidés et nettoyés facilement doivent être utilisés par les ménages. Les capacités de ces récipients dépendent de la fréquence de la collecte, du nombre d’individus qu’ils desservent.
A l’échelle de la ville de Daloa, les déchets solides ménagers domestiques sont conditionnés dans toutes sortes de récipients usagés (fût, seau, sac, etc.) généralement sans couvercle ou à défaut sont entreposés sur le sol. Les seaux constituent les principaux récipients utilisés pour recueillir les déchets ménagers dans 277 ménages, soit 41,8% des ménages visités. Mais 155 des ménages enquêtés, soit 23,9% ne possèdent d’aucun récipient pour collecter les déchets. Les déchets produits par ces ménages sont généralement déversés devant la cour ou dans les rues. Les ménages ne possédant pas de récipient sont repartis dans les types de quartiers de la ville. Plusieurs raisons sont données par les occupants de ces ménages pour justifier l’absence de poubelles ou autres récipients de collecte des ordures ménagères. La figure n°2 met en évidence le poids de chaque motif dans les types de quartier.
Dans les quartiers résidentiels, les ordures ménagères sont pour la plupart conditionnées dans des corbeilles avec couvercle (34,2%) et dans des seaux (33,3%). Les seaux sont utilisés par 47,8% et les sacs par 22,6% des ménages des quartiers évolutifs. Dans les quartiers précaires 55,1% des chefs de ménages n’ont aucun récipient pour recueillir les déchets avant leur élimination. Dans ces types de quartiers, les ordures sont entreposées au sol et créent des désagréments aux populations. Lorsque les déchets au sol sont à l’extérieur des habitations, ils sont à la merci du vent, des rongeurs et autres animaux errants.

Figure n° 2 : Répartition des chefs de ménages par type de quartiers et selon la raison justifiant l’absence de poubelles dans le ménage


La figure n° 2 montre que plusieurs raisons à savoir la négligence, le comportement des récupérateurs, le vol de poubelle, le manque de moyens financiers et les boîtes à ordures abîmées expliquent l’absence de poubelles pour recueillir les ordures dans les 158 ménages recensés.
La négligence des chefs de ménage constitue la principale raison de l’absence de poubelle dans le ménage. Ces chefs de ménage négligents représentent 50,63% des 158 enquêtés. Dans les quartiers évolutifs, la négligence et les poubelles gâtées expliquent les raisons fondamentales de l’absence de poubelles dans les ménages avec des taux respectifs de 44,5% et 26,6%. Cette même tendance est observée dans les quartiers précaires avec 61% et 23,7%.

2-2.2 Des modes de gestion des ordures ménagères inappropriés dans la ville de Daloa

Les différents modes d’évacuation des ordures ménagères adoptés par la population de Daloa peuvent être regroupés en huit modes comme le montre la figure n° 3 qui indique la répartition des ménages suivant la mode d’évacuation des déchets et selon le type de quartier.

Figure n° 3 : répartition des ménages en fonction du mode d’évacuation des ordures ménagères et la typologie des quartiers


L’analyse de la figure n° 3 montre que l’évacuation des ordures ménagères dans les rues ou espaces publique, l’évacuation à l’aide de précollecteurs, le rejet des déchets dans les bas-fonds et ravins et dans les cours constituent les principales méthodes d’évacuation des déchets ménagers dans la ville de Daloa. Sur les 662 chefs de ménages enquêtés, 266 chefs, soit 40,2% de l’ensemble des enquêtés ont recours aux dépôts sauvages (dans les rues, les caniveaux à ciel ouvert, les parcelles inhabitées,…) pour l’évacuation des déchets solides (photo n° 5). En plus de ceux-ci, 30,2% des ménages enquêtés louent le service des précollecteurs informels. Ils sont au nombre de 200. Ils apprécient ce système car il est régulier et permet d’éviter la conservation des ordures ménagères pendant longtemps dans les habitations. Les bas-fonds et les ravins sont utilisés par 88 chefs de ménages comme lieux d’évacuation des ordures ménagères. Pour 83ménages, soit 12,6% des ménages enquêtés la solution pour éliminer les déchets est toute simple. Il s’agit de verser les ordures ménagères dans la cour ou devant la cour pour être incinérer par la suite (photo n° 6). Cette méthode très simple, peu coûteuse et rapide, elle est de plus en plus courante et répandue à travers certains quartiers comme Marais, Cissoko, Kennedy, Huberson... L’évacuation des déchets est nécessaire pour des raisons d’hygiène et d’esthétique.

La prolifération des ordures ménagères reste la forme la plus visible de la dégradation de l’environnement urbain. Selon Konan (2012), les dépôts sauvages, en raison des problèmes environnementaux et sanitaires qu’ils constituent, sont des marqueurs spatiaux d’insalubrité dans la mesure où ils forment des niches écologiques favorables à la prolifération des arthropodes (des mouches, des cafards) et des rongeurs. Ces arthropodes représentent des vecteurs de transmission de certaines pathologies infectieuses. D’après la Commission Européenne (2002), les dépotoirs de la mairie de Daloa initialement au nombre de 22 et concentrés dans la zone commerciale seraient eux aussi devenue de véritables dépôts sauvages. L’entreposage des ordures se fait en désordre puisqu’il n’existe aucun contrôle. Pendant la saison des pluies, les eaux sont drainées à travers la décharge et se déversent dans les quartiers périphériques où les habitants pratiquent des cultures maraîchères. Les odeurs qui se dégagent deviennent insupportable à certains moments. Pour l’OMS (1998), les déchets domestiques organiques posent des problèmes sanitaires particulièrement graves, puisqu’en fermentant ils gréent des conditions favorables à la suivie et à la multiplication des pathogènes microbiens, surtout lorsque, faute d’assainissement, des excréments humains y sont associés. Les déchets organiques favorisent également la prolifération des insectes, des rongeurs et d’autres animaux pouvant être porteur de pathogènes entériques.
Inspiré du modèle de spatialisation du niveau de salubrité utilisé par Konan (2012) et celui de Cissé (1997) dans sa thèse sur l’impact sanitaire de l’utilisation d’eaux polluées en agriculture urbaine, le processus de classification adopté prend en compte pour chaque type d’objet géographique le nombre et la superficie. Outre les centres de groupages sauvages, la décharge et le point de groupage retenu par la mairie, les superficies des dépôts d’ordures et des rejets d’eaux usées et vannes ont été mesurées en combinant la méthode des pas étalonnés et des mètre ruban de 30 m. En fonction de chaque superficie calculée, une côte allant de 5 à 14 pour les déchets solides et 4 à 14 pour les déchets liquides a été attribuée. Partant des résultats obtenus, les quartiers de la ville de Daloa diffèrent les uns des autres selon le niveau de la dégradation de l’environnement comme illustrée par la carte n° 2.

Carte 2 : Le niveau de dégradation de l’environnement des quartiers de Daloa

2.3. Les principales maladies rencontrées à Daloa

Au cours de l’année 2014, le paludisme, les infections respiratoires et la diarrhée ont constituées les principales pathologies (figure n° 4) enregistrées dans la ville de Daloa.
Le paludisme constitue la première cause de consultation des malades surtout des enfants de moins de cinq ans. Le total des cas de paludisme enregistré est de 7 748 cas pour un effectif total de 12 092 cas de pathologies. Les infections respiratoires aiguës (IRA) sont la seconde maladie diagnostiquée chez les patients avec un total de 2 402 cas, soit 19,9% de l’effectif total. Le nombre de cas de diarrhée était de 842.
Ces mêmes tendances ont été observées dans le district sanitaire de Daloa au cours de l’année 2014. L’incidence du paludisme est passée de 58‰ habitants en 2009 à 102‰ en 2011. En 2012, elle a connu une nette amélioration car elle est passée à 96,6‰ habitants. Mais en 2013, elle est remontée à 109‰ habitants pour atteindre 125‰ habitants en 2014.
En ce qui concerne l’incidence des infections respiratoires dans la population générale, en 2009, elle était de 24‰ habitants. Deux ans après, c'est-à-dire en 2011, elle atteint 37,26‰ habitants. A partir de 2012, elle connaît également une amélioration (34‰) jusqu’en 2013 avec 33,11‰ habitants. En 2014, on enregistre 40 nouveaux cas pour 1000 habitants.
Les maladies diarrhéiques, regroupant la diarrhée aigüe non sanglante, la diarrhée sanglante et la diarrhée persistante chronique ont donné pour 2009, 09 nouveaux cas pour 1000 habitants contre 14,02‰ habitants en 2011. Les périodes 2012 et 2013, l’incidence de diarrhée connaît une diminution (11 ‰ habitants en 2012 et 10,69‰ habitants en 2013). En 2014, elle a atteint 12‰ habitants.

2.4- Relation entre les problèmes environnementaux et les maladies dont souffre la population

La ville de Daloa est confrontée à de nombreux problèmes d’environnement. Le mauvais drainage des eaux usées a de fortes conséquences sur l'environnement et la santé des populations. Elle est responsable de l'érosion des ouvrages d'adduction d'eau potable, des intoxications et de a prolifération des maladies. La prolifération des dépôts d’ordures ménagères, l’envahissement des quartiers par les broussailles, l’occupation des bas-fonds non aménagés par l’habitat, les pollutions provoquées par l’incinération des ordures ménagères, la dégradation de la voirie contribuent énormément à la dégradation de l’environnement et causent de nombreux désagréments à la population. La carte n° 3 présente la répartition des proportions de maladies environnementales en fonction du niveau de la dégradation de l’environnement des quartiers de la ville de Daloa.

Carte n° 3: Relation entre la mauvaise gestion des eaux usées et des ordures ménagères et les problèmes de santé des populations de Daloa.


La carte n°3 met en évidence le lien entre la dégradation de l’environnement dans les différents quartiers de Daloa et le nombre de malades liés à l’environnement. Mais il importe de noter que cette relation n’est pas visible à partir de la carte. L’analyse des données issues du terrain révèle une corrélation linéaire croissante entre les problèmes environnementaux et l’état de morbidité dans les quartiers de Daloa. Cette corrélation est perceptible à travers la figure ci-dessus.
Dans cette corrélation linéaire, la variable explicative est la dégradation de l’environnement des quartiers. L’incidence des morbidités est la variable expliquée. Une courbe de tendance linéaire a été ajoutée au nuage de points obtenu (figure n° 5). La croissance de cette courbe montre que les deux variables évoluent dans le même sens. Ce qui veut dire que le nombre de malades croît en fonction de l’évolution du niveau de dégradation de l’environnement et du cadre de vie dans les quartiers.

Figure n° 5 : corrélation entre le niveau de stagnation des eaux usées, la prolifération des dépôts sauvages d’ordures ménagères et le nombre de malades dû à l’environnement à Daloa

Avec un niveau de significativité de 0,05% et de coefficient de corrélation (r=0,8376), l’intensité de la liaison entre les deux variables est testée à travers le coefficient de détermination. Le coefficient de détermination (r2 = 0,7016) traduit l’existence d’une corrélation de forte intensité entre le niveau de dégradation de l’environnement et les incidences des maladies environnementales car r2 = 0,7016 est comprise entre 60 et 75%.
Pour un nombre de degrés de liberté de 40, le R2 de cette corrélation linéaire est de 0,7016 et le r est égal à 0,8376. Le r lu dans la table de PEARSON est de 0,304. Le r calculé (0,8436) est supérieur au r lu (0,304). On conclut alors qu’il existe une corrélation linéaire significative entre la gestion des eaux usées, des ordures ménagères et la santé des populations à Daloa. Le coefficient de détermination traduisant l’intensité de relation entre le niveau de dégradation de l’environnement des quartiers et le nombre de malades montre que 70,16% des maladies environnementales seraient attribuées à la dégradation de l’environnement à Daloa. En d’autres termes, le niveau de dégradation de l’environnement est pertinent dans la distribution spatiale des maladies environnementales. Cela se voit clairement avec les quartiers Kennedy, Marais, Soleil 2, Lobia 2, Tazibouo 2, Belleville, Huberson et Orly 1 qui ont les plus grands niveaux de dégradation environnementale. Ces différents quartiers ayant les plus grands niveaux de dégradation enregistrent les plus grands nombres de malades dans la ville.
La santé reste une préoccupation majeure du développement durable comme le souligne le principe I de la déclaration de Rio sur l’Environnement et le Développement en 1992 : « les êtres humains sont au centre des préoccupations relatives au développement durable. Ils ont droit à une vie saine et productive en harmonie avec la nature». L’interdépendance entre qualité environnementale et santé publique fait ainsi apparaître de nouveaux risques pour le IIIème millénaire. L’OMS (2000) cité par Sandy et al (2004) estimait que les problèmes liés à l’environnement sont la cause de 21% des maladies dans le monde. La grande majorité de ces maladies se manifestent dans les pays en développement et la part qui revient aux causes environnementales est plus importante dans les régions les plus pauvres du monde. Ainsi, Sy (2006) a associé en partie la survenue des maladies diarrhéiques à la prolifération des déchets solides dans l’espace urbain.

CONCLUSION

La gestion des ordures ménagères et des eaux usées reste une préoccupation pour les populations de la ville de Daloa. En effet, la prolifération des dépôts sauvages d’ordures ménagères dans les rues et les espaces publics, la stagnation des eaux usées dans les rues et les caniveaux à ciel ouvert favorisent l’insalubrité des cadres de vie des populations. Aussi, la non maîtrise de la dynamique urbaine entraîne l’occupation des zones marécageuses. Or l’insalubrité et les zones marécageuses sont déterminante dans la transmission et la prolifération des maladies telles que le paludisme, la diarrhée, la fièvre typhoïde, les infections respiratoires aigües qui sont liées à l’état des établissements humains. La distribution spatiale des maladies pour cause l’environnement dans la ville de Daloa est liée au niveau de dégradation de l’environnement des quartiers. Pour réduire les risques sanitaires dans la ville de Daloa l’implication des populations et des pouvoirs publics est nécessaire dans tous les programmes d’aménagement urbain et de gestion de l’environnement pour un mieux-être des citadins.

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Notes

Table des illustrations

Auteur(s)

1Tuo Péga, 2Coulibaly Moussa, 3Aké Djaliah Florence Epse Awomon, 4Tamboura Awa Timité, 5Anoh Kouassi Paul
1 Maître-Assistant, E-mail : pega12007@yahoo.fr
2 Doctorant, E-mail : coulsiby2015@gmail.com,
3Doctorante,
4Doctorante, E-mail : a.timite@yahoo.fr
5Professeur Titulaire, E-mail : anohpaul@yahoo.fr

Droits d'auteur

Université Felix Houphouët Boigny de Cocody, Abidjan, Côte d’Ivoire

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« Métropoles portuaires et territoires de l'hinterland en Afrique subsaharienne », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 28 avril 2015

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