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Foyers de production artisanale de poisson fume à Abidjan : espaces de précarité de pollution et de risques sanitaires

1Yagnama Rokia OUATTARA-COULIBALY, 2ANDIH Kacou Firmin Randos

Texte intégral

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INTRODUCTION

Les activités artisanales en Côte d’Ivoire sont des activités reconnues par la loi n°2014-338 du 05 juin 2014. Dans la branche alimentation-hygiène et service, la production de poisson fumé est l’une des plus importantes activités artisanales. Sa production annuelle évaluée à 1473 tonnes (Direction des Productions Halieutiques, 2007) est très prisée par les populations ivoiriennes en générale et abidjanaises en particulier. Le poisson fumé mobilise pour sa production près de 70 000 personnes dont 89% sont des femmes. Dans la ville d’Abidjan les sites de Treichville-Biafra, Vridi Cocotier, Yopougon-marché Koweït, Ile-Boulay-Kodjobla, Abobodoumé-gare lagunaire et Adjamé-Macaci constituent les principaux foyers de fumage (tableau 1, figure 1) de cet important aliment qui malheureusement est produit dans des conditions de précarité et d’insalubrité les plus ahurissantes. Ce travail fait l’état des caractéristiques environnementales des sites de transformation de poisson fumé à Abidjan, des impacts environnementaux de cette activité et fait des suggestions afin que des mesures urgentes soient prises pour éviter des catastrophes et sécuriser cette activité qui participe à la sécurité alimentaire, à la promotion du genre et au développement économique du pays.

Tableau 1: Nombre d’artisans (es) fumeurs (ses) par site de fumage de poisson à Abidjan

Figure 1: Localisation des principaux sites de fumoirs de poisson de la ville d’Abidjan

II- OBJECTIF

La présente fiche technique a pour but d’aider à l’amélioration du cadre environnemental des lieux de fumage du poisson de la ville d’Abidjan.

III-LES CARACTERISTIQUES ENVIRONNEMENTALES DES SITES DE TRANSFORMATION DE POISSON FUMÉ A ABIDJAN

Des sites marqués par la précarité
La précarité foncière des transformateurs
Les producteurs de poissons fumés de la ville d’Abidjan souffrent d’une instabilité foncière des sites qu’ils occupent. Expulsés au gré des aménagements initiés par les communes, les opérateurs économiques ou encore des propriétaires terriens, ils sont dans la hantise permanente d’être délogés des sites qu’ils squattent. Généralement excentrés aux confins des quartiers, les sites de transformation de poisson fumé sont des résidus de terrains, parfois non aedificandis, en bordure de lagune (images B et D) ou sous les lignes de hautes tensions aux accès difficiles (image C). La précarité des installations
Dans la quasi-totalité des cas, les transformateurs de poisson fumé exercent sous des petits hangars de fortune (images B et C) faits de bois et de tôles recouverts de sachets plastiques ou de paille. Certaines installations n’ont pas d’abris. Les fours encore traditionnels entrainent d’importantes déperditions de fumées nocives aussi bien pour les fumeurs que pour les riverains.
Des sites de production très insalubres
Les sites de transformation du poisson (frais, salé-séché ou fumé), sont extrêmement insalubres. Les sites sont à la fois des dépotoirs de déchets de poisson (excrétas, écailles), d’ordures ménagères et d’eaux usées (images A, B et C). Les infrastructures ne répondant pas aux conditions sanitaires et hygiéniques règlementaires exposent les fumeurs(euses) et les populations riveraines à des problèmes de santé. Les conditions de traitement et de manutention (conservation, transport) du poisson sont aussi précaires (image E), ce qui expose les consommateurs aux infections.

Planche photographique 1 : Sites, installations précaires et insalubres observés sur les lieux de fumage artisanal de poisson au marché Kowëit de Yopougon (A), à Abobodoumé (B), à Adjamé-Macaci (C), à Treichville-Biafra (D)

IV-IMPACTS ENVIRONNEMENTAUX DES ACTIVTES SUR CES SITES DE FUMAGE: ACCIDENTS, MALADIES ET POLLUTION

Les énormes risques de maladies
Les conditions rudimentaires de travail (absence de gants, de protège-nez, etc.), de vie des fumeurs (logeant avec leurs familles sur les sites) et l’exposition à la fumée de bois (images G et H) sont la cause de maladies telles que :
- Les affections respiratoires (pneumonie, bronchite chronique) reconnues par 75 % des fumeurs de poisson comme étant les premières causes de consultation médicale;
- Les troubles oculaires ;
- Le cancer du poumon (pour les fumeurs) et ou du colon et de l’estomac (pour les gros consommateurs de poissons fumés).
Les rapports de bon voisinage considérablement détériorés
- L’environnement pollué, attire massivement les mouches sur les lieux ;
- Les fumées de combustion provoquent un trouble permanent et anormal de voisinage ;
- La combustion permanente de bois accroit les risques d’incendies (en saison sèche) ;
- Un tabagisme passif à la base de nombreuses plaintes des populations riveraines ;
- Des conflits récurrents (parfois violents) éclatent entre les riverains et les fumeurs.
Des foyers de pollution atmosphérique
- L’activité du fumage de poissons utilise la combustion d’importante quantité de bois qui constitue une des causes de la pollution atmosphérique ;
Les fumées particulièrement polluantes forment un « smog » permanent sur les différents sites de la ville (Cf. image i).

V-RECOMMANDATIONS POUR UNE PRISE DE DECISION EN FAVEUR DE L’AMELIORATION DU CADRE ENVIRONNEMENTAL DES SITES DE FUMAGE

Au niveau des sites
- Trouver des sites portuaires (en bordure d’eau) adéquats et permanentes pour l’exercice de l’activité de fumage (débarquement et transformation) ;
- Aménager les sites pour réduire les risques naturels (glissement de terrain, inondation) ;
- Assainir les sites en les dotant d’équipements d’évacuation des eaux usées et de conditionnement des déchets issus de la transformation des poissons
- Construire des hangars en matériaux durables garantissant la sécurité des transformateurs en cas d’intempéries ou d’incendies ;
- Sensibiliser les acteurs (fumeurs, écailleurs, vendeurs de bois) à la salubrité et l'hygiène des sites de fumage.
Au niveau de l’activité de fumage
- Inciter les fumeurs à sortir de l’informel ;
- Promouvoir un développement durable de l’activité par l’amélioration du système de fumage et la modernisation des moyens matériels de production ;
- Vulgariser les fours améliorés des types Chorkors ou FTT Thiarroye (image j) améliorant le rendement et réduisant les émissions de fumée et de GES ;
Former les transformateurs sur les bonnes pratiques pour une meilleure combustion du bois énergie.

Récommandations

Auteur(s)

1Yagnama Rokia OUATTARA-COULIBALY, 2ANDIH Kacou Firmin Randos
1Centre de Recherche en Ecologie (CRE), Université Nangui Abrogoua, yagnama@yahoo.fr
1Centre de Recherches Architecturales et Urbaines (CRAU), Université Félix Houphouët-Boigny, andihrandos@yahoo.fr

Droits d'auteur

Institut de Géographie Tropicale
Université Félix Houphouët-Boigny, Abidjan, Côte d’Ivoire

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« Métropoles portuaires et territoires de l'hinterland en Afrique subsaharienne », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 28 avril 2015

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