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Les poissons de mer et d’aquaculture pour faire face à la récession de la pêche lagunaire dans la sous-préfecture de Bingerville

1SEKONGO Largaton Guénolé, 2KAKOU Yao Sylvain Charles

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INTRODUCTION

La sous-préfecture de Bingerville est traversée du nord au sud par la lagune Ebrié, la plus importante du système lagunaire ivoirien avec 560 km². Elle compte 13 villages qui disposent chacun d’un bord lagunaire (Figure 1).

Figure 1 : Situation de la sous-préfecture de Bingerville par rapport à la lagune Ebrié


Dans les villages riverains, la pêche constitue l’activité dominante. Jusqu’en 2007, la sous-préfecture de Bingerville enregistrait des productions annuelles d’environ 300 tonnes de poissons lui permettant d’être classée parmi les grandes zones de pêche du littoral ivoirien. Après cette période, les productions ont fortement baissé plongeant ainsi la pêche dans une crise sans précédent. Face à cette situation, comment les populations arrivent-elles à satisfaire leur besoin en poissons ?
Cette étude a pour objectif d’identifier les symptômes de cette récession et de montrer les dispositions à prendre pour satisfaire les besoins en poissons dans la sous-préfecture de Bingerville.

I. LES SYMPTOMES DE LA RECESSION DE LA PECHE LAGUNAIRE

1.1 Nombre de pêcheurs et d’engins en régression

Les pêcheurs dans la sous-préfecture de Bingerville sont composés d’autochtones Ebrié, de Béninois et Ghanéens. Pour mener à bien leur activité, certains pêcheurs s’organisent en compagnie. Le nombre de pêcheurs au sein d’une compagnie varie selon les périodes. Il passe souvent de 20 à 50 pêcheurs pendant les moments favorables à la pêche. Selon les statistiques du service de pêche, le nombre de compagnies connaît une régression ces dernières années. De 44 compagnies en 2013 et 33 en 2014, la Sous-préfecture de Bingerville compte aujourd’hui (2017) 14 compagnies. Le nombre de ces compagnies correspond au nombre de sennes de plage recensées car chaque senne est utilisée par une compagnie. De même que les sennes de plage, les autres engins de pêche tels que l’épervier, la balance à crabes, l’accadja, les filets maillants, les lignes deviennent aussi rares sur toute l’étendue de la lagune.

1.2 Une raréfaction quantitative des poissons de la lagune sur les marchés locaux

La régression de la production est devenue une caractéristique propre à toutes les pêcheries en Côte d’Ivoire (DPH, 2009). Le tableau 1 présente le cas de cette régression de la production de poissons dans la sous-préfecture de Bingerville avant et après la crise sociopolitique qu’a connue la Côte d’Ivoire car aucune quantité de poissons n’avait été enregistrée par le bureau de l’aquaculture et des pêches au cours de la période 2009-2011.

Tableau I: Production de la pêche lagunaire dans la sous-préfecture de Bingerville de 2007-2009 et 2013-2015


L’analyse de ce tableau montre une tendance au déclin quantitatif des prises. Au cours des trois années avant la crise (2007, 2008 et 2009), la production diminuait déjà progressivement. De 93 804 kg, la production est passée à 63 363 kg en 2008 et 35 970 kg en 2009. Après la crise précisément en 2013, la production a légèrement augmenté de 921 kg pour atteindre 36 891 kg. Cette légère augmentation a été possible grâce à la réduction de la pression sur la ressource pendant la crise car les pêcheurs avaient suspendu leurs activités à cause de la crise. De 2014 à 2015, la production a régressé : elle est passée de 8 832 kg à 6 606 kg.

II. Les stratégies pour faire face aux manques de poisson de la lagune

Pour compenser le manque de poissons de la lagune dans la sous-préfecture de Bingerville, les populations consomment les poissons issus de l’aquaculture et de la mer.

1- Les poissons de l’aquaculture

De 2001 à 2007, la sous-préfecture de Bingerville comptait 2 grandes fermes : la Société Africaine de Production de Poissons d’Elevage (SAPPE) et la Société Ouest Africaine de Poisson (SOAP) qui produisaient respectivement 185 et 70,24 tonnes par an soit 255,24 tonnes au total par an (Nanan et al, 2014). De 2007 à 2015, de nouvelles fermes modernes ont été créées permettant aux populations de réduire le déficit en produits de pêche. Il s’agit de la PSAT (Poisson Saint d’Adjin Télégraphe) et l’HYDROFISH. De plus, 7 petites fermes traditionnelles ont été aussi créées. Depuis 2015, La sous-préfecture de Bingerville compte au total 11 fermes dont 4 fermes modernes et 7 fermes traditionnelles. La production aquacole est passée de 255,24 tonnes en 2007 à 392 400 tonnes en 2015. Les espèces aquacoles vendues sont le Tilapia, le Mâchoiron et le Silure.

2- Les poissons de mer

Les poissons de mer proviennent essentiellement du port de pêche d’Abidjan. Ils sont stockés et conservés dans des conteneurs frigorifiques puis vendus en détaille. De 2 conteneurs en 2007, Bingerville en compte une douzaine depuis février 2017 et c’est 378,919 tonnes de poissons de mer qui sont vendus de nos jours sur les marchés de la sous-préfecture. Ces poissons sont le Thon, le Brochet, le Capitaine et le Maquereau. La photo 1 présente un tas de poissons Thon prêt à être stocké dans un conteneur.

Photo 1 : Un tas de poisson thon au pied d’un conteneur frigorifique

CONCLUSION

La pêche lagunaire dans la sous-préfecture de Bingerville est marquée par une diminution progressive du nombre de pêcheurs et d’engins de pêche entrainant une raréfaction quantitative des poissons de la lagune sur les marchés locaux. Pour faire face à cette situation, les populations se tournent désormais vers les poissons qui proviennent du port de pêche d’Abidjan ou issus des fermes aquacoles locales.

REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES

DPH., 2009. Rapport annuel d’activité 2009. Direction des productions Halieutiques, MIPARH, 30p.

KOUADIO-NANAN K.F et ASSI-KAUDHJIS J.P., 2014. Récession de l’aquaculture lagunaire et lutte contre la pauvreté et l’insécurité alimentaire en Côte d’Ivoire, in revue de Géographie Tropicale et d’Environnement (GEOTROPE), n°2, décembre 2014, Abidjan, EDUCI, Pp 77-88.

MIPARH, 2007, 2008, 2009. Données relatives aux produits de la pêche. Ministère de la Production Animale et des Ressources Halieutiques, Poste d’Elevage et des Ressources Halieutiques de Bingerville, 11p.

MIPARH, 2013. Rapport d’activités sur l’aquaculture et la pêche à Bingerville. Ministère de la Production Animale et des Ressources Halieutiques, Poste d’Elevage et des Ressources Halieutiques de Bingerville, 13p.

MIPARH, 2014. Rapport d’activités sur l’aquaculture et la pêche à Bingerville. Ministère de la Production Animale et des Ressources Halieutiques, Poste d’Elevage et des Ressources Halieutiques de Bingerville, 14p.

MIPARH, 2015. Rapport d’activités sur l’aquaculture et la pêche à Bingerville. Ministère de la Production Animale et des Ressources Halieutiques, Poste d’Elevage et des Ressources Halieutiques de Bingerville, 15p.

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Auteur(s)

1SEKONGO Largaton Guénolé, 2KAKOU Yao Sylvain Charles
1sekongoguen@yahoo.fr
2kakoucharles74@yahoo.fr Centre de Recherche en Ecologie, Université Nangui Abrogoua 08 BP 109 Abidjan 08, Côte d’Ivoire

Droits d'auteur

Institut de Géographie Tropicale
Université Félix Houphouët-Boigny, Abidjan, Côte d’Ivoire

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« Métropoles portuaires et territoires de l'hinterland en Afrique subsaharienne », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 28 avril 2015

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